lundi 8 février 2010

La mission bolivarienne du proconsul Ramiro Valdés au Venezuela


Le numéro trois cubain est allé prêter main forte à Hugo Chavez, en butte à une vague de protestation populaire grandissante.

Mais qu'est donc allé faire Ramiro Valdés au Venezuela? La présence à Caracas du vice-président cubain et numéro trois du régime, la semaine dernière, a déclenché une vague d'interrogations, de critiques et d'inquiétudes parmi les analystes, les experts et les opposants au lieutenant-colonel Hugo Chavez. Envoyé spécial de Fidel Castro, Valdés, 78 ans, était officiellement à la tête d'une mission qui devait aider le Venezuela à résoudre son problème énergétique.

Problème: ministre de l'Informatique et des Communications depuis 2006, et autrefois impitoyable ministre de l'Intérieur, Valdés est surtout connu comme le symbole des décennies de répression cubaines. "Présenter Ramiro Valdés comme un spécialiste des questions électriques prête à sourire puisqu'il n'a aucune compétence particulière dans ce domaine", ironise la spécialiste du castrisme Elizabeth Burgos. En outre, il est difficile d'imaginer comment Cuba pourrait servir de modèle en la matière puisque la crise énergétique y est permanente...

La stabilité du Venezuela est vitale pour le régime cubain

Pour nombre d'observateurs, le voyage de Ramiro Valdés cachait probablement un autre objectif. Celui de prêter main forte à Hugo Chavez, dont la politique est à nouveau en butte à une vague de protestation populaire importante. "Compte tenu de la quantité considérable de pétrole qu'Hugo Chavez cède chaque mois au gouvernement de Castro, la stabilité du Venezuela est vitale pour le régime cubain", observe Eugenio Yanez, expert en questions cubaines qui dirige le think-tank Cubanalisis.

Selon le Nuevo Herald, de Miami (Floride), l'expertise de Ramiro Valdés est plutôt lié à ce que l'intéressé connaît le mieux: le contrôle social et la mise en coupe réglée d'une société entière. Coïncidence? Le lieutenant-colonel Chavez donne actuellement un tour plus répressif à sa "révolution bolivarienne". "Face aux manifestations d'étudiants anti-chavistes, il faut s'attendre à un redoublement de la répression", écrit le quotidien.

Quatre objectifs

Selon Eugenio Yanez, les conseils prodigués par Valdés auraient quatre objectifs.

"Un: accroître la pression sur les médias en général et particulièrement sur ceux qui posent des problèmes à Chavez.

Deux: multiplier les mesures confiscatoires contre les personnes qui détiennent des ressources économiques.

Trois: développer un système de contrôle absolu sur tous les mouvements d'opposition et les dissidents potentiels.

Quatre: contrôler de plus près les cadres militaires et les agents de renseignements vénézuéliens afin de se prémunir contre toute tentative de coup d'Etat."

"Que Fidel Castro ait décidé d'envoyer un proconsul de ce niveau en mission commandée au Venezuela signifie qu'il prend au sérieux la situation de crise dans ce pays", reprend l'analyste Elizabeth Burgos pour qui la mission de l'envoyé spécial de Castro est claire. "Il s'agit de s'assurer de la bonne marche de la révolution bolivarienne au Venezuela et en Bolivie, en lui attribuant une fonction de proconsul."

C'est en effet Ramiro Valdés qui a représenté le gouvernement cubain lors de la cérémonie de prise de pouvoir du président bolivien réélu Evo Morales, le mois dernier, à la Paz (Bolivie). Il a ensuite fait la tournée de popotes, rendant visite aux milliers de Cubains (enseignants, médecins, conseillers techniques) installés dans le pays andin.

L'année dernière, c'est encore Valdés qui est venu célébrer à Caracas avec Hugo Chavez le cinquantenaire de la Révolution cubaine, aux cotés d'Hugo Chavez, au Panthéon national. Au Venezuela, le nombre de Cubains en "mission bolivarienne" atteint actuellement 30 000 personnes. Conclusion de Burgos: "Il est évident que Fidel Castro a confié à Ramiro Valdés une visibilité et un pouvoir que cet homme de l'ombre n'a jamais eu par le passé."

jeudi 4 février 2010

Venezuela: manifestations pro et anti-Chavez à sept mois des législatives


L'opposition vénézuélienne a manifesté jeudi pour protester contre les pénuries et la suspension de médias au Venezuela, tandis que le gouvernement mobilisait aussi ses troupes, à sept mois d'élections législatives jugées cruciales par le pouvoir en place.

A l'occasion du 18e anniversaire du putsch avorté du président Hugo Chavez contre son prédécesseur Carlos Andre Perez en 1992, plus de 5.000 "chavistes" ont convergé vers le Fort Tiuna, une base militaire de Caracas, pour écouter le chef de file de la gauche radicale latino-américaine.

"Nous nous sentons plus que jamais fiers du chemin parcouru", a lancé M. Chavez, vêtu d'un uniforme militaire et d'un béret rouge.

Le dirigeant vénézuélien, emprisonné deux ans après cette opération ratée, considère qu'il ne s'agissait pas d'un coup d'Etat mais du point de départ d'une révolution contre un gouvernement à la solde de l'étranger qui l'a finalement porté au pouvoir en 1998.

"Le 4 février marque la naissance de la véritable démocratie pour nous. Avant, le peuple était opprimé", a déclaré Omaira Vegas, une Vénézuélienne de 66 ans, durant la manifestation pro-gouvernementale.

Dans le même temps, des centaines d'opposants, en majorité des étudiants, ont manifesté pour montrer leur "mécontentement à propos de ces 11 ans (de présidence Chavez) qui n'ont pas résolu les problèmes", selon l'un de leurs dirigeants, Roderick Navarro.

Ils souhaitaient défiler jusqu'à l'Assemblée nationale, mais n'ont pas obtenu l'autorisation des autorités, qui ont déployé un imposant dispositif policier autour du bâtiment.

Les étudiants sont le fer de lance des manifestations récentes contre le gouvernement, comme celles contre la suspension de six chaînes câblées, parmi lesquelles RCTV, très critique à l'égard du pouvoir. Des incidents en marge des rassemblements avaient fait deux morts la semaine dernière.

La multiplication des mesures de rationnement d'eau et d'électricité a également irrité une partie de la population de ce pays riche en pétrole.

Le gouvernement évoque une sécheresse historique, qui a réduit l'activité de trois centrales hydro-électriques assurant 70% de la production du pays. Ses détracteurs dénoncent un manque de maintenance et d'investissements.

Lundi, d'anciens ministres et ex-alliés d'Hugo Chavez ont exigé sa démission, estimant qu'il n'avait "ni la légitimité, ni les capacités pour gouverner".

Le président vénézuélien, élu fin 1998, réélu en 2000 et en 2006, a répondu le lendemain qu'il était prêt à rester 11 ans de plus au pouvoir.

Et il a ajouté que sa "révolution bolivarienne", mêlant programmes sociaux à l'intention des plus pauvres et nationalisation des secteurs stratégiques (hydrocarbures, électricité, télécommunications, sidérurgie, banques), durerait encore 900 ans.

Cela passe par une large victoire aux prochaines législatives, selon Chavez, qui veut remporter deux-tiers des sièges en septembre. Le pouvoir contrôle la quasi-totalité du parlement actuel, car l'opposition avait boycotté le scrutin de 2005.

mercredi 3 février 2010

Hugo Chavez promet 900 ans de révolution



Le président du Venezuela Hugo Chavez, chef de file de la gauche radicale latino-américaine, a affirmé que sa révolution durerait 900 ans et qu'il était lui-même prêt à rester 11 ans de plus au pouvoir à l'occasion du 11e anniversaire de sa prise de fonctions, mardi.

«J'ai 55 ans, dont 11 comme président. Lors des 11 prochaines années, je promets de me ménager un peu plus et si vous le souhaitez, dans 11 ans, j'aurai 66 ans, dont 22 comme président, si Dieu le veut», a déclaré M. Chavez sous les vivats de ses ministres et de centaines de partisans.

«Et je ne préfère pas penser aux 11 années qui suivront, parce que j'aurai 77 ans, dont 33 comme président. Cela fera trop, vous ne croyez pas?», a demandé le président, élu en 1998, puis réélu en 2000 et 2006.

La foule a hurlé «non» en guise de réponse.

Le dirigeant socialiste avait déjà annoncé qu'il se représenterait en 2012, après l'adoption en 2009 d'une réforme constitutionnelle qui a levé la limitation du nombre de mandats présidentiels.

Il veut poursuivre la mise en place du «socialisme du XXIe siècle», mêlant programmes sociaux à l'attention des plus pauvres et nationalisation des secteurs stratégiques du premier pays exportateur de pétrole latino-américain (hydrocarbures, électricité, télécommunications, sidérurgie, banques).

«Cette révolution est arrivée pour gouverner 900 ans», a-t-il affirmé, en ajoutant que «les oligarques» et les «yankees» (Américains) «ne gouverneront plus jamais le Venezuela».

M. Chavez, pourfendeur de «l'impérialisme» américain, estime que son pays a connu «90 ans de colonisation» de la dictature de Juan Vicente Gomez en 1908 à son élection à la présidence fin 1998. Durant cette période, le pays fut dominé par l'oligarquie et les Etats-Unis, selon lui.

Pour poursuivre sa révolution, M. Chavez juge aussi nécessaire de remporter largement les prochaines législatives, en dépit d'un mécontentement croissant, lié à la crise énergétique, aux pénuries d'eau ou encore à l'insécurité.

«Nous allons gagner le 26 septembre avec une majorité écrasante», a-t-il lancé.

Le pouvoir détient la quasi-totalité des sièges au parlement actuel, car l'opposition avait boycotté le dernier scrutin en 2005.

vendredi 29 janvier 2010

Venezuela: en pleine fronde, Chavez nomme des fidèles à des postes-clés


Le président du Venezuela Hugo Chavez a nommé deux fidèles aux postes-clés de vice-président et de ministre de la Défense, en pleine fronde d'une partie de la population contre la suspension de la chaîne câblée RCTV, très critique à l'égard du gouvernement.

A huit mois d'élections législatives cruciales pour Chavez, le ministre de l'Agriculture Elias Jaua a été promu vice-président et le général Carlos Mata ministre de la Défense, dans la nuit de mardi à mercredi, en remplacement de Ramon Carrizalez qui a démissionné lundi de ces deux fonctions pour "raisons personnelles". La presse locale a toutefois évoqué "certains désaccords" entre cet ex-colonel de 59 ans et le chef de l'Etat socialiste dont il était un fidèle collaborateur depuis six ans. Sa femme Yubiri Ortega a également démissionné de son poste de ministre de l'Environnement, alors que le pays est secoué par des manifestations qui ont fait deux morts après la suspension dimanche de RCTV. Le nouveau vice-président Elias Jaua, 40 ans, choisi "en raison de la transparence, de la capacité de travail, de l'humilité et de l'honnêteté dont il a fait preuve dans toutes les fonctions qu'il a assumées", selon M. Chavez, est un ancien leader étudiant de gauche. C'est aussi un proche du chef de file de la gauche radicale latino-américaine, dont il a notamment été le secrétaire personnel. Le nouveau ministre de la Défense, le général Mata, dirigeait le Commandement stratégique opérationnel dont dépendent toutes les unités opérationnelles des forces armées.

Venezuela : Hugo Chavez discuterait avec Casino


Caracas a annoncé il y a deux semaines la nationalisation des supermarchés Exito, une filiale du groupe français accusée d'avoir indûment augmenté ses prix.



Le président vénézuélien Hugo Chavez a annoncé, jeudi 28 janvier, qu'il examinait une proposition d'"alliance" de Casino après la nationalisation des hypermarchés Exito, une filiale du groupe de distribution français accusé d'avoir augmenté ses prix après une dévaluation au Venezuela.
"Ils sont venus discuter calmement"

"Je suis déjà en train de l'examiner. Ils sont venus discuter calmement", a expliqué Hugo Chavez à Caracas au cours d'une cérémonie officielle diffusée à la télévision vénézuélienne. "Ils étaient très agacés par les gérants qu'ils avaient ici, qui spéculaient. [...] Une spéculation terrible", a-t-il ajouté, sans donner plus de précisions sur la proposition du groupe français, qui détient 67,1% du capital de Cativen, filiale qui exploite six hypermarchés Exito et 35 supermarchés Cada au Venezuela.
Selon une porte-parole de Casino, Exito ne représente qu'"environ 1%" du chiffre d'affaires actuel de Casino et la contribution de la filiale vénézuélienne au résultat 2009 du groupe "est quasi nulle".
Hugo Chavez, chef de file de la gauche radicale latino-américaine, a ordonné l'expropriation de la chaîne Exito pour avoir augmenté ses prix à des fins "spéculatives" après la dévaluation le 8 janvier de la monnaie locale, le bolivar. Pour éviter une valse des étiquettes, il avait menacé d'exproprier tous les commerçants qui augmenteraient les prix de manière abusive, après avoir déjà nationalisé ces dernières années plusieurs entreprises vénézuéliennes et étrangères dans les secteurs de l'énergie, des télécommunications ou bancaire.

jeudi 28 janvier 2010

Venezuela: RCTV reste fermée


TV Chile et deux chaînes du groupe mexicain Televisa, dont la diffusion sur le câble était suspendue depuis dimanche au Venezuela, vont pouvoir émettre de nouveau, mais la très populaire RCTV reste condamnée au silence malgré des manifestations qui ont fait deux morts.

Les chaînes câblées sont depuis peu considérées comme "nationales" au Venezuela, si elles diffusent au moins 30% de production vénézuélienne. Elle doivent alors se soumettre à une série d'obligations, dont celle de diffuser les discours fleuve du président socialiste Hugo Chavez. Six chaînes avaient été suspendues dimanche pour ne pas avoir respecté ce cahier des charges, mais la Commission nationale des télécommunications (Conatel) a levé mercredi la sanction concernant TV Chile, American Network et Ritmo Son, qui avaient contesté cette décision.

"Les chaînes TV Chile, American Network et Ritmo Son n'entrent pas dans la catégorie des services de production nationale audiovisuelle", a affirmé la Conatel dans un communiqué publié sur son site internet. Les câblo-opérateurs fixeront leur date de reprise.

Honduras: Zelaya contraint à l'exil


Après 129 jours passés dans l'enceinte de l'ambassade du Brésil à Tegucigalpa, le président du Honduras, victime d'un coup d'Etat en juin, a quitté le pays, direction: la République dominicaine. Au même moment, le nouveau président, Porfirio Lobo, a pris les rênes du pays.



"Les Honduriens ont assisté aujourd'hui au dernier chapitre d'un coup d'Etat parfait." C'est ainsi que l'envoyé spécial du quotidien espagnol El Pais au Honduras résume les événements de mercredi. Le président Manuel Zelaya, chassé du pouvoir par un coup d'Etat militaire en juin dernier, et retranché depuis 129 jours dans l'enceinte de l'ambassade du Brésil à Tegucigalpa, a quitté son pays pour la République dominicaine. Le chef d'Etat, démocratiquement élu en 2005, a donc été contraint à l'exil.

Ce départ était attendu. Porfirio Lobo, élu président du Honduras le 29 novembre -dernier lors d'un scrutin boycotté par les partisans du président déchu, car considéré comme un entérinement du coup d'Etat du 28 juin dernier -, avait promis d'accorder à Manuel Zelaya et sa famille un "sauf-conduit" pour la République dominicaine, où il est invité par le président Leonel Fernandez. C'est donc chose faite.
Les putschistes amnistiés

Mais la tâche de Porfirio Lobo, qui appartient à l'oligarchie qui domine la vie politique du Honduras depuis des années, s'annonce difficile. Le coup d'Etat a provoqué la colère de nombre de capitales, notamment latino-américaines, et le pays, l'un des plus pauvres du sous-continent, a perdu la plupart de ses subventions internationales. Et l'amnistie votée mardi soir par le Congrès pour tous ceux impliqués dans le coup d'Etat ne devrait pas améliorer l'image des nouvelles autorités. Mais le président Lobo veut justement y voir "le principe même de la réconciliation". Il a par ailleurs promis de mettre sur pied un gouvernement d'union nationale.

Le processus est soutenu par les Etats-Unis, qui ne devraient pas tarder à rétablir leur aide économique. L'Union européenne pourrait faire de même. Mais le faible nombre de dirigeants présents à la cérémonie d'investiture mercredi témoigne du peu d'enthousiasme de la communauté internationale à soutenir un gouvernement arrivé au pouvoir dans de telles conditions. "Porfirio Lobo était seul pour sa prise de fonction. En dépit de ses efforts désespérés pour gagner la sympathie de la communauté internationale, seuls trois présidents, ceux de Taiwan, du Panama et de la République dominicaine, étaient présents. Et dans le cas du Dominicain Leonel Fernandez, sa présence n'était motivée que par son engagement à sortir Manuel Zelaya du pays", commente El Pais.

Manuel Zelaya avait été renversé alors que le pays s'apprêtait à se prononcer sur un référendum consultatif portant sur l'hypothèse d'un vote supplémentaire lors des élections de novembre sur la convocation d'une assemblée constituante. Celle-ci aurait eu pour but de lever la restriction sur le nombre de mandat présidentiel, pour l'instant limité à un. Cette réforme - initiée par d'autres chefs d'Etat en Amérique latine, dont le Vénézuélien Chavez, le Bolivien Morales, l'Equatorien Correa mais aussi le dirigeant conservateur de Colombie, Alvaro Uribe - a été jugée illégale par la Cour suprême, soutenue par certains membres du Congrès, une partie de l'armée, la Conférence épiscopale du Honduras et les milieux d'affaires.