samedi 14 juillet 2007

Autour du barbecue : Du vent

Notre confrère Michel Vastel de canoe info commente en ces termes les visites en Europe et en Amérique latrine et aux caraIbes des Premiers Ministres canadiens et québecois.En résumé:du vent .

Jean Charest en France et en Bavière, Stephen Harper en Colombie, au Chili, dans les Caraïbes et en Haïti, nos premiers ministres profitent de l'été pour se faire commis voyageurs. Mais l'un et l'autre n'ont guère que de belles paroles à vendre.

La semaine a débuté à Paris pour le premier ministre du Québec. Comme toujours lorsqu'il s'agit d'un premier ministre libéral, l'accent était mis sur les relations économiques plutôt que politiques. C'est comme cela que Jean Charest s'est fait le promoteur d'une «alliance transatlantique» entre l'Europe et le Canada. On ne sait pas s'il en avait parlé au premier ministre du Canada - le premier intéressé! - ni même à ses homologues des autres provinces. À ce stade-ci, on a l'impression qu'il cherchait surtout l'appui des Français et de l'influent État de la Bavière en Allemagne.

L'idée d'un traité commercial avec l'Europe refait surface de temps à autre de ce côté-ci de l'Atlantique. Pierre Trudeau y voyait une «troisième voie» pour réduire notre dépendance vis-à-vis des Etats-Unis. Mais nos échanges avec notre grand voisin du sud n'ont cessé d'augmenter et les Européens ne nous prennent pas au sérieux. Le Québec, et même le Canada, offrent un intérêt marginal par rapport aux grands marchés européens et asiatiques.

Enfin, Jean Charest aura toujours essayé! Un groupe de travail aura même été créé avec la France qui, dans un premier temps, étudiera un projet d'entente sur l'immigration et la mobilité de la main d'oeuvre. Le premier ministre du Québec pense notamment à ouvrir le marché européen aux professionnels québécois mais il lorgne surtout du côté de l'immense réservoir de professionnels de la santé que représente l'Europe. Mais de même que le gouvernement du Québec ne peut prendre de tels engagements internationaux sans la permission d'Ottawa, de même il ne peut être certain d'accélérer l'arrivée de médecins et de spécialistes étrangers au Québec sans la bonne volonté de Ordres professionnels et du Collège des médecins en particulier... C'est loin d'être acquis!

Bref, un beau voyage sans histoire, qui donne quelques articles positifs et surtout de belles images dans la cour de l'Élysée ou à Matignon, mais peu de conséquences pour l'avenir. La multinationale Rio Tinto, qui vient d'acheter Alcan, aura bien plus d'influence sur l'avenir du Québec que l'ensemble du voyage de Jean Charest en Europe.

C'est un peu comme la semaine que le premier ministre canadien passera en Amérique latine à partir de demain. Aux deux extrémités de cette semaine, les étapes seront difficiles: en Colombie, où Stephen Harper voudrait bien entamer des discussions sur un accord de libre échange, et en Haïti où il parlera surtout de démocratie. «Cette visite permettra au Canada de créer de nouveaux partenariats au sein des Amériques et de renforcer ses liens avec l'Amérique latine et les Caraïbes, a dit Stephen Harper. Par cet engagement accru, le Canada pourrait réaliser de véritables progrès dans d'importants dossiers comme la sécurité, la gouvernance démocratique et la prospérité économique...»

Mais on ne peut s'empêcher de penser que si la Colombie est le principal exportateur de cocaïne, Haïti est la principale plaque tournante pour son commerce vers les Etats-Unis. Voilà un terrain bien dangereux pour le premier ministre du Canada. C'est pourquoi les diplomates canadiens donneront une façade honorable à ce voyage avec les étapes intermédiaires du Chili et de la Barbade pour un mini Sommet avec les chefs des gouvernements des Caraïbes.

«Nous souhaiterions que le 'modèle canadien' soit une alternative viable au modèle vénézuélien» a osé dire un haut fonctionnaire canadien lors d'une rencontre avec la presse. Il est bien certain que le régime d'Hugo Chavez dérange beaucoup plus la Maison blanche que le régime conservateur de Stephen Harper. Notre premier ministre serait-il en mission pour le président George W. Bush? Bien sûr que non, protestent les diplomates canadiens.

N'empêche que le Canada aimerait bien passer pour le bon garçon des Amériques, très différent des États-Unis, de même qu'en Afrique, il se présente vierge de tout passé colonial, très différent de la France et de la Grande Bretagne donc. C'est incidemment une autre troisième voie que Pierre Trudeau avait tentée en multipliant les visites au Mexique et à Cuba.

Beau sujet de conversation d'été autour du barbecue! Mais attendez que l'automne parlementaire rattrape nos premiers ministres, vous verrez que les belles images de ces visites officielles à l'étranger seront vite rangées sur la plus haute tablette de leur bureau...