Des ONG, une quarantaine rassemblées au sein du Groupe d'orientation politique pour les Amériques (GOPA), organisme créé par le Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI), se sont réjouies hier du renouveau d'intérêt du Canada pour l'Amérique latine et les Caraïbes.
Elles ont salué l'engagement pris par le premier ministre Harper à Heiligendamm, en Allemagne, lors du sommet du G8 le mois dernier, de s'occuper davantage de «nos voisins d'Amérique». Mais elles ont du même coup servi une mise en garde à Stephen Harper, à la veille de son départ; exhortant le premier ministre à ne pas oublier d'accorder la priorité aux droits de l'homme lorsqu'il s'agira de discuter d'échanges commerciaux, d'investissements, d'aide au développement et à la démocratie, en particulier en Colombie, au Chili et en Haïti. M. Harper s'envole dimanche pour Bogota en Colombie, où il rencontre lundi le président Alvaro Uribe. Il visitera ensuite le Chili, la Barbade et Haïti.
Les ONG s'inquiètent vivement du fait notamment que le premier ministre Harper souhaite conclure un accord de libre-échange avec la Colombie alors que «des liens étroits existent dans ce pays entre l'État, le conflit armé en cours, l'économie de la drogue, une piètre gouvernance et les violations des droits de l'homme», selon Alex Neve, président de la section canadienne d'Amnistie internationale.
«Ce n'est pas le moment de conclure un accord commercial», a déclaré hier Teresa Healy, du Congrès du travail du Canada (CTC).
En conférence de presse hier, Amnistie internationale, le CTC, l'Initiative Halifax et le CCCI ont rappelé que le Congrès américain avait rejeté toute négociation de libre-échange avec la Colombie en raison de la catastrophe humanitaire qui y sévit, notamment les nombreuses exécutions sommaires perpétrées par les forces de sécurité, les disparitions, les déplacements forcés, les assassinats de syndicalistes et les liens de plusieurs membres du Congrès de la Colombie avec les paramilitaires.
Le Canada a annoncé le 7 juin dernier qu'il ouvrait des négociations en vue de conclure un accord de libre-échange avec Bogota et son partenaire andin, le Pérou. Hier, Amnistie internationale et les ONG ont demandé à M. Harper de suspendre ces négociations bilatérales.
Au gouvernement, on s'est voulu rassurant sur cette question. «Il est important de se rappeler, a affirmé un haut responsable gouvernemental, que ce voyage n'est pas un voyage de libre-échange. C'est un voyage pour tisser des liens dans la région, pour insister sur nos valeurs communes, sur la démocratie, sur la justice. C'est un voyage qui a pour objectif le travail de coopération avec de nouveaux et d'anciens partenaires.»
Responsabilisation
La responsabilisation des entreprises minières canadiennes en Amérique latine est également au coeur des inquiétudes des organisations humanitaires et de défense des droits de l'homme. Plus du tiers des investissements mondiaux dans l'industrie minière en Amérique latine et dans les Caraïbes, soit 37%, proviennent de sociétés inscrites en Bourse au Canada. Et trop souvent, affirme le GOPÀ dans sa lettre au premier ministre, «les conflits et les violations des droits de l'homme sont liés aux projets miniers canadiens». Le groupe demande donc à M. Harper de s'assurer que les compagnies minières canadiennes en Colombie, au Pérou et au Chili ne violent pas les droits de l'homme et les normes environnementales.
En Haïti, où le premier ministre Harper doit rencontrer le président René Préval, la situation continue d'être «désastreuse», selon le président d'Amnistie internationale. «Et cela malgré la présence forte des 8000 soldats de la force de sécurité de l'ONU, ajoute Alex Neve. La pauvreté demeure extrême, l'insécurité sévit partout, les violations des droits de l'homme sont permanentes et le catalogue des besoins humanitaires urgents s'allonge. La visite du premier ministre est une occasion majeure de démontrer que l'engagement du Canada envers Haïti demeure ferme et que son gouvernement est disposé à intensifier son aide pour stabiliser ce pays, dit-il, notamment en ce qui concerne le désarmement des milices et des malfaiteurs et le besoin absolu d'une réforme de tous les aspects du système de justice.»
vendredi 13 juillet 2007
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