
Un an après sa première intervention chirurgicale, passée "entre la vie et la mort", Fidel Castro semble durablement affaibli, aux prises avec une interminable convalescence.
Le leader cubain, qui aura 81 ans le 13 août, est toujours confiné dans une chambre d'hôpital et l'origine du mal dont il souffre --ou se remet-- reste un mystère.
Depuis un passage "entre la vie et la mort", dira-t-il, le président peut recevoir des visiteurs et des collaborateurs, suivre la télévision, lire, et, depuis quatre mois, rédiger des chroniques dans la presse officielle. L'annonce, au soir du 31 juillet 2006, de son accident de santé avait révélé une "opération complexe" en réponse à une "crise intestinale aiguë" accompagnée de "saignements abondants": une hémorragie intestinale, dont les causes étaient d'autant moins identifiées que Fidel Castro prévenait que sa santé était désormais couverte par le secret d'Etat, pour déjouer "les plans de l'impérialisme" américain. Le 4 septembre, il levait un coin du voile, indiquant qu'il avait perdu 19 kg en 34 jours, mais que "le pire était passé" et qu'on lui avait retiré les derniers points de suture. Et à la mi-septembre, il recevait à son chevet une dizaine de dignitaires étrangers à l'occasion du sommet des Non-alignés. Pourtant, malgré l'embellie, un silence total de 40 jours s'en suit: la rumeur, à La Havane comme à l'étranger, le donne cette fois pour moribond. Le 28 octobre, il réapparaît dans une vidéo pour démentir. Mais sa prestation, accompagnée d'exercices incertains devant la caméra, laisse au contraire l'image d'un homme très affaibli. Et un profond malaise dans la population.
De nouveau, un silence complet de 33 jours s'abat, alourdi par son absence spectaculaire au défilé militaire du 2 décembre: pour John Negroponte, le "patron" du renseignement américain, plus de doutes: la vie de Castro se compte désormais "en mois, pas en années". Mais dans un communiqué pour le nouvel an, Fidel fait savoir que la bataille "est loin d'être perdue", même si son rétablissement sera "long". En janvier, nouveau mois de silence, la rumeur s'emballe. Dans les milieux diplomatiques à La Havane, on commence à évoquer ses funérailles. Le quotidien espagnol El Pais qualifie son état de "très grave", avec force détails, tandis que nombre de Cubains échafaudent déjà "l'après-Fidel". Le 30 janvier, coup de théâtre: Fidel Castro réapparaît, souriant, visiblement en meilleure forme, aux côtés de son ami et allié Hugo Chavez, le président vénézuélien. Et le survêtement a remplacé les pyjamas. Entre temps, le médecin espagnol José Luis Garcia Sabrido, seul praticien étranger à l'avoir approché, a écarté l'hypothèse d'un cancer parlant d'un "processus bénin accompagné d'une série de complications", après l'avoir examiné fin décembre.
Il faudra attendre le 24 mai pour en savoir (un peu) davantage: ce jour-là, Fidel Castro révèle pour la première fois avoir subi "pas une, mais plusieurs opérations". "Elles n'ont pas eu de succès initial", écrit-il encore pour expliquer "(sa) convalescence prolongée", précisant que "durant plusieurs mois (il a) dépendu d'intravéneuses et de sondes" pour son alimentation. Signe tangible d'amélioration, outre quelque 30 chroniques envoyées à la presse et un entretien télévisé d'une heure, il a reçu ces derniers mois un haut dirigeant chinois, le numéro un vietnamien Nong Duc Manh, le président bolivien Evo Morales, son ami Hugo Chavez et Daniel Ortega du Nicaragua. Et chaque fois, hormis le Chinois, plusieurs heures durant. Mais pour y croire, les Cubains attendent qu'il troque son survêtement pour son uniforme vert olive de toujours. Comme si, tant que l'illustre convalescent resterait assigné à sa chambre d'hôpital, le danger guetterait encore.
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