samedi 21 juillet 2007

Harper en Haïti : Une aide respectueuse



Stephen Harper, qui a relativement peu voyagé à ce jour, est venu se rendre compte de la situation générale en Haïti, tant au plan de la sécurité que des progrès sociaux et démocratiques. Au cours d'une conférence de presse au palais présidentiel en compagnie du président haïtien René Préval, visiblement marqué par sa visite à Cité Soleil, il s'est laissé aller à un constat rempli d'émotions.

«On parle beaucoup de l'amélioration de la sécurité en Haïti ces derniers temps, a commenté M. Harper. Mais il est bien évident, lorsque vous visitez un quartier comme Cité Soleil, que beaucoup de gens ici ont des vies très difficiles. On réalise alors les grands défis auxquels ces gens, nos frères humains, doivent faire face quotidiennement. Ces défis sont énormes. Cela sort de l'ordinaire. Je pense que les Canadiens peuvent être très fiers de l'aide qu'ils ont offerte pour améliorer la sécurité ou encore la situation médicale.»

Le premier ministre s'est rendu compte, de son propre aveu, qu'il y avait beaucoup à faire en Haïti. «C'est important pour nous, pour tous ceux qui ont leur propre famille, en tant qu'humains, de donner l'espoir d'une vie meilleure à ces gens. Nous voulons tous voir ces gens jouir de certaines des bonnes choses dont nous jouissons dans notre pays.»

Le cortège de M. Harper, entouré d'un dispositif de sécurité sans précédent, s'est d'abord enfoncé dans le foisonnement humain de Cité Soleil, à travers les petites ruelles boueuses bordées de taudis rouillés et d'édifices en ruine, encore marqués par les impacts de balles laissés par les récents combats entre les autorités et les bandes armées qui terrorisaient, voici peu, le bidonville.

«Vous revenez d'un quartier que personne ne vous aurait laissé visiter il y a quelque mois», lui a lancé le président René Préval à son arrivée au palais présidentiel. Grâce aux efforts de la Mission de stabilisation de l'ONU en Haïti (MINUSTAH), quelque 500 membres de bandes armées ont été arrêtés et neutralisés. Cité Soleil, depuis peu, vit dans une plus grande tranquillité et le gouvernement a pu commencer à fournir des services à la population, à commencer par la collecte des déchets.

M. Harper s'est rendu à l'hôpital Sainte-Catherine-Labouré, en partie financé par le Canada, où il a pu constater la rusticité des installations. Le premier ministre s'est mêlé à une centaine de femmes qui étaient là pour faire vacciner leurs poupons. Il a été ému de recevoir une corbeille de fruits de deux petites filles de 4 ans, Guerda Morace et Isenia Moimène. Leurs mamans sont porteuses du virus du sida mais, grâce aux interventions du personnel médical de l'hôpital, les deux petites sont nées sans le virus.

Hier, touché par tant de misère, Stephen Harper a annoncé que la présence du Canada en Haïti sera continue. Il est d'ailleurs en faveur de la prolongation au-delà du mois d'octobre de la mission de la MINUSTAH, dans le cadre de laquelle 46 policiers canadiens travaillent à former la police nationale haïtienne. En tout, le Canada a annoncé une contribution de 520 millions de dollars pour la période allant de 2006 à 2011. Après les États-Unis, le Canada a consolidé ainsi sa position de deuxième donateur en Haïti.

Le président haïtien, René Préval, a louangé pour sa part le soutien du gouvernement du Canada. «Ce sera une visite courte, a-t-il dit, une visite de docteur, comme nous disons ici. Mais vous avez pu constater, cher docteur, que le malade ne se porte pas plus mal. () Notre pays, Haïti, est en convalescence, toujours faible, très faible. Mais il faut que nous prenions garde à une rechute.»

Les pays donateurs s'accordent à dire que la situation s'est sensiblement améliorée en Haïti depuis 18 mois. La sécurité s'accroît, l'État peut investir dans ses communautés les plus défavorisées, leur offrir des services tout en jugulant l'inflation (elle est passée de 42% à 8%) et certains leviers économiques.

«Les grands chantiers devant nous, a dit M. Préval à M. Harper, sont le renforcement de l'État de droit, de l'économie et du social. Je puis assurer le peuple haïtien qu'il peut continuer à compter sur l'appui de votre pays. Il faut la sécurité pour les investissements, mais aujourd'hui on peut parler d'investissements parce que la sécurité est revenue.»

Le président haïtien a aussi souligné que l'aide du Canada est «respectueuse»: «C'est une aide qui tient compte de ce que Haïti veut. Ce n'est pas une aide arrogante. C'est une aide qui discute avec nous et qui n'hésite pas, elle-même, à se remettre en question et à nous demander notre avis.»A méditer.