mercredi 18 juillet 2007

Le canada voudrait être une 3° voie entre Bush et Chavez



En présence de la présidente du Chili, Michelle Bachelet, et de gens d'affaires, le premier ministre a livré son message. «Le Canada est déterminé à jouer un plus grand rôle au sein des Amériques et dans les Caraïbes.»

M. Harper estime que «les Amériques sont aujourd'hui à un point tournant», que certains pays, comme le Chili, accèdent aux développements social et politique alors que d'autres se tournent vers des politiques économiques régressives, une allusion à peine voilée au gouvernement vénézuélien de Hugo Chavez.

«Certains dans l'hémisphère sont portés à croire que leurs seuls «Certains dans l'hémisphère sont portés à croire que leurs seuls choix se limitent - si j'ose dire - à un retour au syndrome du nationalisme économique, à l'autoritarisme politique et à la lutte des classes ou à celui de devenir exactement comme les États-Unis. Tout cela, bien sûr, n'a aucun sens. L'existence même du Canada prouve que ces choix sont de mauvais choix.»

Trois piliers

«Nous allons d'abord asseoir et promouvoir nos valeurs fondamentales de liberté, de démocratie, de respect des droits de la personne et de la primauté du droit, a-t-il précisé. Ensuite, nous allons construire une économie forte et durable grâce à l'accroissement du commerce et des investissements tout en mettant à la disposition des citoyens de l'hémisphère davantage de moyens de se réaliser. Enfin, nous allons nous donner les moyens de faire face ensemble aux nouveaux défis sécuritaires, aux désastres naturels et aux pandémies.»

Le premier ministre Harper avait déjà indiqué en février, et au sommet du G8 le mois dernier en Allemagne, son intention d'affermir les liens du Canada avec ses «voisins» d'Amérique latine et des Caraïbes. Le choix du Chili pour annoncer en détail cette nouvelle politique est hautement symbolique. Le Chili est aujourd'hui le grand partenaire du Canada en Amérique latine, la clé en quelque sorte d'une percée commerciale dans la région. En 2006, le Canada se classait au premier rang pour les nouveaux investissements au Chili qui ont atteint au cours de cette seule année 11 milliards de dollars.

Et hier, M. Harper et Mme Bachelet ont célébré, au cours d'une rencontre bilatérale, le 10e anniversaire du Traité de libre-échange Canada-Chili, «une réussite», ont-ils dit, en signant un nouvel accord de partenariat élargi dans les domaines de l'énergie, de l'éducation, de l'environnement, de la lutte contre les changements climatiques et de l'agriculture.

Michelle Bachelet, la présidente d'un gouvernement progressiste de gauche au Chili, symbolise la nouvelle Amérique latine de plus en plus démocratique et respectueuse des droits de la personne. Michelle Bachelet a été détenue et torturée par la dictature de Pinochet en 1975 et son père, le général Alberto Bachelet, est mort en 1974 aux mains des bourreaux de la junte militaire pour avoir soutenu le gouvernement Allende.

Pour le premier ministre Harper, cette nouvelle politique est un changement radical qui est la conséquence normale de deux initiatives du gouvernement conservateur de Brian Mulroney: l'adhésion à l'ALENÀ et l'adhésion du Canada à l'Organisation des États américains en 1989. «Pendant des siècles, a-t-il affirmé, la politique étrangère du Canada a toujours été enracinée dans nos relations avec les empires français et anglais; elle s'est toujours définie comme étant liée à l'Europe. () La nouvelle perspective que nous dévoilons est cette fois enracinée dans notre géographie. Nous sommes, en fait, un pays des Amériques.»

Pour preuve de ce nouvel engagement, a souligné Stephen Harper, «le Canada est de retour dans le grand jeu des négociations commerciales. Nous avons entamé lundi dernier des négociations de libre-échange avec la Colombie, le Pérou et la République dominicaine. Nous demeurons déterminés également à négocier un accord avec le quatuor d'Amérique centrale, soit le Salvador, le Guatemala, le Honduras et le Nicaragua».

Déjà, a rappelé le chef du gouvernement hier, les investissements canadiens dans les Amériques atteignent 100 milliards de dollars, «une somme qui est plus que le double des investissements canadiens en Asie».

La Banque de Nouvelle-Écosse à Santiago

Plus tôt dans la journée, le premier ministre canadien s'était rendu à une nouvelle succursale de la Banque de Nouvelle-Écosse à Santiago pour changer 60$ en pesos chiliens. Il a été reçu par nul autre que le PDG de la Banque Scotia, Richard Waugh, qui a fait état de l'essor de la Banque au Chili et ailleurs en Amérique latine. La Banque de Nouvelle-Écosse compte en effet 56 succursales au Chili et quelque 1500 employés.

M. Waugh a déclaré aux journalistes hier que l'essor de la BNE au Chili devait beaucoup au libre-échange et au «modèle canadien». «Nous avons ce grand avantage ici, a-t-il dit, d'être Canadiens. Nous ne sommes pas une puissance militaire ou politique, ce qu'apprécie beaucoup l'Amérique latine. Nous sommes la démonstration des effets positifs de la transparence et de la démocratie. Tout cela nous permet d'oeuvrer sur un pied d'égalité avec nos partenaires. Les portes s'ouvrent plus facilement pour nous.»