
Un Hugo Chavez géant gonflable est installé à l’extérieur de l’Assemblée nationale à Caracas
La réforme de la Constitution, annoncée avec fracas par le président vénézuélien Hugo Chavez, suscite une controverse autour de la suppression de la limitation du nombre de mandats présidentiels et l'instauration d'une «économie socialiste».
Au pouvoir depuis 1999 et réélu pour six ans, le chef de l'État a annoncé, le 15 août dernier, dans un discours de cinq heures devant un Parlement entièrement acquis à sa cause, la suppression de la limitation du nombre des mandats présidentiels (actuellement fixée à deux).
Pour en «finir avec le système d'exploitation capitaliste», cet ex-militaire putschiste, qui lorgne sur la longévité politique de son mentor cubain Fidel Castro, compte inscrire dans la loi l'obligation de créer «un modèle économique socialiste» à la tête du sixième pays exportateur de pétrole au monde.
Rejetée par la majorité des Vénézuéliens selon un sondage, la possibilité pour M. Chavez – qui entend gouverner au moins jusqu'en 2021 – de se présenter indéfiniment à l'élection présidentielle, a provoqué une levée de bouclier dans l'opinion.
Le leader de l'opposition, le social-démocrate Manuel Rosales, candidat malheureux à la présidence, a dénoncé un «coup d'État constitutionnel», exigeant la convocation d'une assemblée constituante au lieu du référendum populaire prévu par le gouvernement.
L'autorité électorale suprême du pays ne s'est pas non plus privée d'épingler l'inscription du socialisme dans la Constitution, une réforme qui pourrait porter atteinte au «pluralisme politique».
«En déclarant le Venezuela État socialiste, on doit se demander ce qu'il advient du pluralisme politique», a déclaré l'un des membres du Conseil national électoral (CNE), Vicente Diaz. «Que se passe-t-il si un parti se présente comme antisocialiste parce qu'il est libéral?», s'est-il interrogé.
Au-delà de la rhétorique antilibérale et de ses diatribes récurrentes contre les États-Unis, le président vénézuélien a toutefois reconnu qu'il n'entendait pas interdire la «propriété privée». «Secteur privé, vous n'êtes pas exclu, nous avons besoin de vous», a-t-il lancé.
Pour autant, le chef de l'État a aussi assigné des objectifs économiques à sa réforme qu'il a baptisée «socialisme pétrolier».
Après avoir déjà contraint les multinationales étrangères à céder le contrôle de l'exploitation du pétrole au géant pétrolier national PDVSA, M. Chavez veut consacrer une plus grande partie de la manne des hydrocarbures au financement des «missions sociales», dans un pays où la pauvreté frappe la moitié de la population.
Au cours des trois dernières années, les dépenses publiques, essentiellement financées par les recettes pétrolières, ont atteint 10 % du PIB contre 1 % auparavant, selon les chiffres officiels.
Selon l'économiste Francisco Monaldi, enseignant à l'école de commerce EISA, l'expression «socialisme pétrolier» signifie une «intervention encore plus forte» de l'État.
Le gouvernement va obliger les entreprises traitant avec PDVSA à consacrer un pourcentage variable de leur chiffre d'affaires à des projets de développement, explique-t-il à l'AFP.
Le dirigeant vénézuélien est, en revanche, davantage critiqué pour avoir affirmé son intention de retirer «tout type d'autonomie» à la Banque centrale, afin de contrôler directement le niveau des réserves dans un pays où le régime chaviste a institué le contrôle des changes.
Cette mesure, qui tranche avec l'usage en vigueur dans la plupart des pays développés, sème l'inquiétude chez les experts qui prônent la stabilité des finances.
Directeur de la revue d'affaires Veneconomia, Robert Bottome s'inquiète des conséquences de la gestion de la Banque centrale par le pouvoir politique. Cette situation peut compromettre la balance des paiements et augmenter l'inflation à l'avenir, selon lui.
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