
Dans une ruelle sale et sinueuse d'un quartier pauvre de Caracas, 12 Américains semblent égarés. En fait, ils sont guidés par Léo, qui travaille pour Global Exchange, une association qui tente de promouvoir le «tourisme-réalité» en mettant ses clients directement en contact avec la population.
Pendant 10 jours, ils vont sillonner le pays à la recherche de la réalité vénézuélienne. Celle des pauvres, dont les conditions de vie se sont considérablement améliorées depuis l'accession au pouvoir du président Hugo Chavez et l'explosion des cours du pétrole.
Tous se disent de gauche, même s'ils viennent d'horizons différents.
Jeune diplômé d'histoire latino-américaine, Christian est issu d'une famille aisée de New York. Il veut constater de lui-même les changements apportés par Chavez: «J'espère voir plus de compassion et d'entraide que dans mon pays. Je trouve extraordinaire l'engagement civique des couches les plus pauvres.»
Stephen vient également de New York. Il a 39 ans et un long passé de militant: «Aux États-Unis, les gauchistes peuvent au mieux faire un beau site web ou un DVD Ici, ils sont vraiment au pouvoir, c'est pour ça que je suis là.»
L'effet Chavez
À 91 ans, Alan est le doyen de la troupe. Géologue à la retraite, il vient de Washington et se souvient de la venue de Chavez aux États-Unis l'an dernier: «Il a quasiment offert du pétrole aux plus démunis. Il a fait plus pour eux que le maire de ma ville. Je viens ici comme je vais à l'opéra après avoir lu la pièce.»
La visite commence par la radio communautaire Negro Primero. Après un petit tour dans les studios de fortune, ils sont reçus par Carlito, le directeur d'antenne. Jeff ose une question: «D'où vient l'argent?»
Malgré les traductions de Léo, la réponse ne permet de comprendre ni le financement ni la nature du lien qui unit ces médias «alternatifs» au gouvernement.
Peu importe, Carlito leur dit tout le mal qu'il pense des chaînes commerciales qui «ont organisé le coup d'État contre Chavez en 2002 et continuent d'appeler à la violence». Par la fenêtre, il leur montre le téléphérique, nationalisé la semaine précédente. Personne ne demande pourquoi il est arrêté.
La journée continue avec une visite du quartier. Dans sa bicoque misérable, Guillermo, 77 ans, leur raconte son histoire. «J'ai construit cette maison avec ma femme il y a 50 ans. Pendant les 40 ans de pseudo-démocratie, personne ne s'est préoccupé de savoir comment je vivais. Mais grâce au commandant Chavez, la communauté a réhabilité ma maison sans que j'aie rien à payer».
Devoir de réserve
Un peu plus loin, ils ont le privilège de pouvoir accéder au poste de santé barrio adentro. Pour soigner ses pauvres, l'État vénézuélien a fait venir de Cuba 20 000 médecins qui vivent dans les quartiers pauvres. En échange, le Venezuela fournit à Cuba du pétrole à un prix dérisoire.
Les médecins sont soumis à un strict devoir de réserve et il est impossible de leur parler. Mais les photos et les citations de Fidel Castro qui ornent les murs de cet hôpital de fortune font le folklore et, déjà, Jeff demande où il peut acheter un t-shirt à l'effigie de Chavez.
Des groupes comme celui-là, Léo en a guidé une trentaine cette année. Il se défend de servir la soupe au gouvernement, même s'il reconnaît qu'on lui a proposé de travailler dans ce sens.
Il met un point d'honneur à faire également rencontrer l'opposition à ses clients. «Nos touristes repartent généralement plus confus qu'ils ne sont arrivés.» Rien n'est donc aussi simple qu'il y paraît au pays de Chavez.
1 commentaires:
Il fallait tout simplement y penser.Et si c'était une manière de faire toucher du doigt les vrais problèmes.???
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