
Ni le président vénézuélien, Hugo Chavez, ni son homologue français, Nicolas Sarkozy, ne se rendront de sitôt dans la jungle colombienne. Médiateur dans l'affaire des otages détenus par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, extrême gauche), M. Chavez a souhaité, samedi 15 septembre, rencontrer le chef de la guérilla, Manuel Marulanda, en territoire colombien. En demandant le feu vert de Bogota, le président vénézuélien a indiqué que M. Sarkozy était "prêt à venir".
Le gouvernement colombien ne souhaite pas qu'une telle réunion se tienne dans le pays. "C'est à Manuel Marulanda de faire le voyage à Caracas", a affirmé, dimanche, le conseiller présidentiel Jose Obdulio Gaviria.
Agé de 76 ans, Manuel Marulanda - Pedro Marin, de son vrai nom - aurait refusé "pour des raisons de sécurité" l'invitation à se rendre à Caracas que lui avait publiquement formulée le président vénézuélien le 31 août. "J'ai besoin de rencontrer Marulanda, a répété, dimanche, M. Chavez au cours de son émission télévisée "Alo presidente !". Sinon, l'affaire des otages va se compliquer."
A Paris, dimanche, le porte-parole de l'Elysée, David Martinon, a précisé que M. Sarkozy était prêt à faire le voyage en Colombie : "S'il le faut, je pense qu'il n'hésitera pas, si c'est utile et si c'est au bon moment." La France s'efforce d'obtenir la libération d'Ingrid Betancourt, un des 45 otages que les FARC veulent échanger contre des guérilleros emprisonnés. L'ancienne sénatrice a la double nationalité franco-colombienne.
LES FARC EN DIFFICULTÉ
La position française ne fait pas l'unanimité en Colombie, notamment au sein de l'Eglise catholique. Dimanche, le secrétaire de la conférence épiscopale colombienne, Mgr Fabian Marulanda, a ainsi regretté que le président Sarkozy ne s'engage pas pour "la libération de tous les otages".
Toutefois, "ce qui a été dit n'a pas besoin d'être répété", a répondu visiblement agacé le président colombien, Alvaro Uribe, aux journalistes qui, samedi, sondaient ses réactions à la proposition de M. Chavez d'une rencontre en Colombie. M. Uribe a toujours refusé de démilitariser une portion de territoire, comme l'exige la guérilla pour négocier un "accord humanitaire" en vue de la libération des otages.
Le président colombien n'a pas oublié l'expérience - jugée désastreuse - des négociations de paix tenues par son prédécesseur. La région du Caguan (sud) avait alors été démilitarisée pendant trois ans, sans résultats tangibles. C'est justement dans le Caguan que M. Chavez voudrait rencontrer Manuel Marulanda. Le président vénézuélien a évoqué "une brève démilitarisation", pour dialoguer "quelques heures", en présence de témoins.
En outre, le gouvernement colombien a des raisons de croire que la guérilla est en difficulté. Treize otages ont été tués en captivité depuis le début de l'année, deux se sont échappés. Les militaires affirment avoir abattu, le 2 septembre, un chef guérillero important surnommé "Negro Acacio".
Dans une vidéo diffusée dimanche soir et enregistrée vendredi dans la jungle, le numéro deux des FARC, Raul Reyes, en compagnie de Piedad Cordoba, une sénatrice colombienne d'opposition, propose une rencontre avec Hugo Chavez dans un lieu indéterminé le 8 octobre, "le jour de l'anniversaire de la mort de Che Guevara".
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