lundi 29 octobre 2007

Argentine : Cristina Kirchner fait mieux que Ségolène



En étant élue hier soir dès le 1er tour de l’élection présidentielle argentine, Cristina Kirchner remplace son mari à la tête du pays. Un véritable plébiscite au pays des gauchos qui a dû faire une envieuse : Ségolène Royal, présente sur place pour soutenir son amie argentine.


Mais comment font-elles ? Voilà ce qu’a dû se dire Ségolène Royal, en voyage à Buenos Aires pour assister au triomphe de la nouvelle présidente argentine. Déjà présente au Chili en Janvier 2006 pour assister à la victoire de Michelle Bachelet Ségolène Royal doit chercher le remède miracle. Une femme socialiste présidente, c’est possible mais pour l’instant, cela se limite à l’Amérique Latine. En remportant facilement l’élection avec 43,55% des voix, Cristina Fernandez de Kirchner succède à son mari Nestor Kirchner. Une élection programmée tant l’opposition fut incapable de s’unifier. D’autre part, les bons résultats économiques de Nestor Kirchner lui ont facilité la tâche.

Après Nestor, Cristina. Cela veut-il dire que l’Argentine s’enfonce dans une monarchie ? Que dire alors des Etats-Unis qui après Bush père et fils risque d’avoir les Clintons, maris et femmes ? Qui connaît aujourd’hui cette femme toujours tapi dans l’ombre de son mari, Nestor Kirchner ? Un Nestor Kirchner qui en 4 ans de présidence est toujours aussi peu connu sur la scène internationale ? Que sait-on d’elle mis à part son goût pour les vêtements de luxe et sa collection de chaussures ?

Tout d’abord il s’agit d’une femme politique plus ou moins aguerrie puisqu’elle est sénateur de l’état de Buenos Aires depuis 2005 après avoir été législatrice du même état depuis 1989. Tout comme Hillary Clinton, elle est avocate de formation et rencontra son mari sur les bancs de l’université. Il est d’ailleurs amusant de voir de nombreuses similitudes entre Hillary et Cristina. Les conseillers de Mme Kirchner ont mis en avant dans cette campagne son expérience de la politique plutôt que son rôle de première dame, ce qui est exactement la même stratégie qu’Hillary. Christina Kirchner est d’ailleurs une admiratrice d’Hillary Clinton et elle verrait d’un bon œil un rapprochement entre les 2 pays si Mme Clinton arrive au pouvoir. Il faut dire que l’Argentine ne compte pratiquement plus sur la scène internationale. Avec son mari, le pays a connu des années d’isolement, que lui-même justifia en évoquant la grave crise intérieure connue par l’Argentine entre 1998 et 2002. A défaut des remboursements requis par le monde entier afin d’honorer ses bons publics et ses contrats rompus, privée de sources de financement externe et positionnée contre le FMI, l’Argentine fut poussée à une alliance avec le président vénézuélien et antiaméricain, Hugo Chavez. Ce dernier aida l’Argentine à effacer une partie de sa dette et à l’approvisionner à bon marché en matière de pétrole. Pourtant, Chavez compte de nombreux ennemis en Argentine, surtout parmi la communauté juive. Chavez est considéré comme un anti-sémite et ses relations avec l’Iran sont très critiquées. Il semblerait que Cristina Kirchner souhaite prendre ses distances avec Chavez car la communauté juive est très influente en Argentine. Ses récents voyages en Europe, en Suisse et en France, aux Etats-Unis et au Canada prouve sa volonté de sortir l’Argentine de son isolement. La Chavez-dépendence n’est pas sa tasse de thé même si elle est parfois obligée de ménager le président vénézuélien. Elle a récemment légitimé la demande d’incorporation de Chavez au MERCOSUR, le marché commun sud-américain, en déclarant qu’il était un démocrate. Des propos qui peuvent prêter à sourire puisque dans la foulée, elle le compare sans hésiter au président russe Vladimir Poutine, confronté aujourd’hui à de vives critiques internationales.

Au niveau intérieur, Cristina Kirchner a du pain sur la planche. Le gouvernement de Nestor Kirchner a été rongé par les scandales de corruptions avec les démissions successives du ministre de l’économie et du ministre de l’environnement. L’actuel ministre de la défense est dans le collimateur de la justice suite à des ventes d’armes illégales. Au niveau énergétique, la crise se poursuit avec de régulière coupures de courant dans les provinces les plus reculées. L’équation énergétique de l’Argentine ne peut pas être résolue sans la présence du Venezuela et il est amusant de voir que Cristina Kirchner aura besoin de Chavez comme l’Europe de Poutine.

Au niveau économique, le problème de l’inflation est récurrent avec plus de 12%. Il ne faudrait pas que la situation économique se détériore alors que l’Argentine compte 12 millions de pauvres sur une population totale de 38 millions. La croissance est au ralenti après 4 années à plus de 8% et le travail au noir touche 42% des habitants.

Alors que nous réserve Cristina Kirchner ? Et si sa présidence était un leurre ? Ou un coup monté avec son mari ? Certains hauts fonctionnaires du gouvernement disent à mots couverts que le retrait de Nestor Kirchner est purement stratégique. L’ambition de l’actuel chef de l’Etat serait de gouverner le pays pendant seize ans en échangeant tous les quatre ans son fauteuil présidentiel avec sa femme. Il faut savoir que la loi argentine interdit au président élu d’être candidat à deux mandats successifs mais l’autorise toutefois à se présenter deux fois. L’argentine aurait alors droit au couple Kirchner jusqu’en 2019. N’est-ce pas Hugo Chavez qui serait jaloux ?