
Hummer Tigre a Miami Dade
Décidément sur tous les fronts, le président Hugo Chavez vient de se lancer dans une campagne de moralité au Venezuela, en promettant de s'attaquer au vice sous toutes ses formes, à commencer par l'alcool, le tabac et les produits de luxe.
Soucieux de combattre ces "fléaux capitalistes", le gouvernement vénézuélien a annoncé lundi l'augmentation des taxes sur les alcools importés ainsi que l'instauration d'un nouvel impôt sur les voitures de luxe et les oeuvres d'art.
Ces mesures radicales visent à encourager les Vénézuéliens à adopter le profil-type du "nouvel homme", révolutionnaire bolivarien, aussi droit qu'intègre. Hugo Chavez cite à l'envi l'exemple de l'icône rebelle Ernesto "Che" Guevara, se plaignant au passage du manque de valeurs morales de ses concitoyens.
"Nous sommes l'un des pays au monde où l'on consomme le plus de whisky par tête d'habitant. Nous devrions être honteux", a-t-il récemment constaté dans une intervention télévisée. "Je ne veux pas que l'on continue à payer en dollars pour importer de telles quantités de whisky. Quelle est cette révolution? La révolution whisky? La révolution Hummer (véhicule 4x4 de grand gabarit, NDLR)?"
Reste que les ventes de whisky premium et de Hummer sont en plein boom au Venezuela, où les plus aisés sont friands de signes extérieurs de richesse. Il sera difficile de leur faire renoncer à leur consumérisme effréné et à leur goût pour les alcools d'importation. "Si je bois ma bouteille de whisky, c'est parce que j'ai travaillé pour me l'offrir", explique Ernesto Gonzalez, commerçant de 49 ans, croisé au salon de l'automobile à Caracas en train d'admirer les voitures de luxe.
Hugo Chavez ne voit pas les choses ainsi. Lundi, le directeur du fisc vénézuélien José Vielma Mora a annoncé la réduction des aides en dollars aux sociétés important des alcools liquoreux. Effet pervers de la mesure: bon nombre de ces entreprises vont se rabattre sur le marché noir pour acheter des billets verts à un prix deux fois supérieur au cours officiel, et ce pour importer du whisky comme le Chivas Regal, très apprécié au Venezuela.
Le gouvernement prévoit également de relever jusqu'à 50%, la semaine prochaine, le montant des taxes prélevées sur une série d'autres boissons alcoolisées. Dans le même temps, la taxe sur les cigarettes passera de 52% à 70%.
Nouveau chantre de la moralité, Hugo Chavez ne supporte pas davantage de voir ses concitoyens s'imbiber de bière en pleine rue. Bien décidé à freiner les ventes illicites de ce breuvage, notamment dans les bidonvilles, il a averti que tout camion surpris en train de se livrer à ce commerce direct serait saisi. "J'ai donné ordre à la Garde nationale de saisir tout poids lourd qui vendrait de la bière dans la rue comme s'il ne s'agissait que de glaces", a-t-il martelé. "Cela ne peut être toléré."
Autres recommandations présidentielles: ne pas abuser des sauces piquantes, faire de l'exercice régulièrement, privilégier les aliments allégés pour soigner son cholestérol et respecter les limitations de vitesse. Il souhaite aussi que les parents cessent d'offrir des poupées Barbie et des prothèses mammaires à leurs progénitures. "Certains disent: 'quand ma fille aura 15 ans, je lui offrirai des faux seins'. Quelle horreur! C'est un nouveau signe de décadence", a-t-il lancé voilà quelques jours au cours d'un forum à Caracas. "Est-ce que j'exagère?", s'est interrogé le président moraliste, dans son style caractéristique. Réponse de l'assemblée: "Non!"
Hugo Chavez ne supporte pas de voir sa culture corrompue par des valeurs importées des Etats-Unis. Mais l'ancien parachutiste, toujours prompt à faire la fête, est-il lui-même exemplaire? "Vraiment, je ne bois pas. Il m'arrive de fumer une cigarette, mais jamais en public parce ce serait un mauvais exemple", a-t-il assuré dans un entretien à l'Associated Press.
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