samedi 6 octobre 2007

Ingrid Betancourt : l'espoir, enfin



La prochaine médiation du président vénézuélien entre les Farc et la Colombie, prévue lundi 8 octobre, annonce-t-elle un tournant dans l'affaire? Les proches de l'otage veulent le croire.
rès cinq ans, sept mois et deux semaines de captivité, il se passe enfin quelque chose dans le dossier Ingrid Betancourt. Les lignes bougent. Et, soudain, l'espoir renaît. «Pour la première fois, une petite lumière s'allume au bout du tunnel», confie Juan Carlos Lecompte, époux de l'otage enlevée par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc).

Jamais autant de paramètres favorables n'ont été réunis en même temps», ajoute, assis à son côté, Fabrice Delloye, le premier mari de la sénatrice franco-colombienne et père de leurs deux enfants, Mélanie et Lorenzo.

Depuis la fin du mois d'août, en effet, les efforts diplomatiques de quatre pays - France, Colombie, Venezuela, Etats-Unis - se conjuguent pour tenter de libérer Ingrid Betancourt et les 45 autres «prisonniers politiques» aux mains des rebelles. Parmi eux, en particulier, Clara Rojas et le fils de celle-ci, né en captivité, ainsi que trois Américains, dont l'avionnette fut abattue, en 2003, par la guérilla, alors qu'ils effectuaient une mission de renseignement pour les services antidrogue de leur pays.
La récente implication d'Hugo Chavez, surtout, dans le très complexe dossier Betancourt ouvre des perspectives inédites. Ces dernières semaines, le tonitruant président vénézuélien s'est imposé, de sa propre initiative, comme le nouveau médiateur du conflit colombien. Il doit rencontrer, à Caracas, le porte-parole des Farc, Raul Reyes.

La nouvelle représente en soi une victoire pour les rebelles colombiens, qui, pour la première fois de leur histoire, sont reçus par un chef d'Etat. Aussi ont-ils saisi l'occasion pour imposer que le rendez-vous ait lieu le 8 octobre, une date qui correspond au 40e anniversaire de la mort de Che Guevara et leur permettra d'associer - abusivement - leur «image de marque» à celle de l'icône révolutionnaire.
eul chef d'Etat capable d'inspirer confiance aux Farc en raison de leurs affinités idéologiques, Hugo Chavez se place ainsi au centre du jeu. Qu'elle réussisse ou non, sa mission de bons offices est pour lui l'occasion de redorer son blason sur la scène internationale. D'autant qu'il bénéficie de la caution de Nicolas Sarkozy, sans laquelle il paraîtrait suspect aux yeux des Américains.

De plus en plus impliqué dans le dossier Betancourt - désormais géré directement à l'Elysée, et non au Quai d'Orsay - le président français évoque le sujet en toute occasion. Au sommet du G 8 comme à la Maison-Blanche, ou encore en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, où il a souligné que «l'obsession de la France est de rendre Ingrid Betancourt à sa famille dans les plus brefs délais».

Nicolas Sarkozy a, semble-t-il, gagné la confiance de son homologue à Bogota, Alvaro Uribe, un homme de droite dont la popularité, tout comme la sienne, repose sur sa politique de fermeté et son tempérament de fonceur. Sensible au doigté dont Paris semble, enfin, faire preuve dans la gestion de cette affaire, le chef de l'Etat colombien paraît enclin à faire certaines concessions.
Après six années au pouvoir, il sait maintenant qu'il ne pourra pas vaincre les Farc par voie militaire. Certes, grâce à un effort de guerre sans précédent (financé par Washington), il a limité la capacité de nuisance des rebelles. Même repoussés loin dans l'immense jungle, cependant, ceux-ci conservent une puissance de feu considérable. Uribe se voit ainsi contraint d'accepter la médiation.

«Qu'il ait donné son accord à la participation de la sénatrice colombienne de gauche Piedad Cordoba aux pourparlers d'Hugo Chavez constitue déjà un changement important, note Daniel Pécaut, professeur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Par ailleurs, Uribe doit veiller à maintenir de bonnes relations avec Nicolas Sarkozy et Hugo Chavez.» Washington, aussi, par la voix de son nouvel ambassadeur à Bogota, William Brownfield, semble considérer désormais que la recherche d'un accord humanitaire est indispensable pour sortir de l'impasse.

Reste une inconnue: quelles sont les intentions réelles des Farc? Jusqu'ici, l'organisation rebelle a toujours affirmé qu'aucune solution ne pourrait être trouvée tant qu'Alvaro Uribe -- dont le mandat s'achève dans deux ans - serait au pouvoir. La guérilla a-t-elle changé d'avis? L'acceptation des Farc de se rendre à Caracas à l'invitation d'Hugo Chavez constitue, certes, un premier pas vers la table des négociations. Mais la guérilla n'abandonne pas pour autant son objectif principal: affaiblir le président en exercice par tous les moyens. Y compris, s'il le faut, en faisant capoter d'hypothétiques pourparlers.

Autre question, et non des moindres: Ingrid Betancourt est-elle vivante? De passage à Paris au début de septembre, le ministre colombien des Affaires étrangères, Fernando Araujo, assurait à L'Express sa «conviction» que tel était le cas. Jhon Frank Pinchao, policier et ex-otage des Farc, affirme, lui, avoir été détenu avec Ingrid Betancourt jusqu'au 28 avril dernier, date de son évasion rocambolesque à travers la jungle. Mais alors pourquoi les Farc, suréquipées en matériel de transmission, affirment-elles, avec toute la mauvaise foi du monde, être dans l'incapacité technique de fournir des preuves de vie de l'otage franco-colombienne?