
Le Parlement vénézuélien a approuvé hier une réforme controversée de la Constitution qui prévoit un renforcement des pouvoirs du président Hugo Chavez, l'instauration d'une «économie socialiste» et la censure de la presse en «état d'exception».
Le Parlement, acquis au Parti socialiste uni de Chavez (PSUV), demandera aujourd'hui au Conseil national électoral (CNE) de convoquer un référendum pour ratifier le texte. Le vote aurait lieu le 2 décembre.
Le pays, déjà polarisé autour du projet bolivarien de Chavez, promet de s'enfoncer encore plus dans la division d'ici là. Le vote d'hier, à 161 voix sur 167, s'est déroulé alors que la police s'était érigée en mur entre étudiants pro et anti-Chavez devant le parlement.
L'opposition de droite, atterrée depuis son échec de 2004 pour destituer Chavez et qui a boycotté les législatives de 2005, s'est ranimée autour de la réforme constitutionnelle.
Des milliers d'étudiants d'opposition ont marché mardi sur le parlement, où des milliers d'étudiants pro-Chavez les attendaient de pied ferme.
«Vous ne pouvez pas réformer nos droits», a lancé Stalin Gonzalez, de la Fédération des étudiants de l'Université centrale. «Votre Constitution prive le peuple de ses droits fondamentaux», a-t-il dit, avant de remettre une pétition aux députés.
«Ce sont les enfants de l'oligarchie et ils ont refusé toutes nos invitations à débattre de la réforme, qui fait avancer le processus révolutionnaire au Venezuela», a dit un étudiant de l'Université bolivarienne.
L'aspect le plus médiatisé de la réforme touche l'article 230 de la Constitution de 1999 qui permet à Hugo Chavez de porter son mandat de six à sept ans, et de se représenter indéfiniment.
Aux 30 articles que Chavez voulait amender, les élus en ont ajouté 30 autres. L'un d'eux, l'article 337, a suscité les vives critiques de Human Rights Watch et de Reporters sans frontières: la réforme votée suspendrait les droits à l'information, à un avocat, et à un procès en cas d'«état d'urgence».
Critiques internes
Deux alliés de Chavez qui n'ont pas rejoint le PSUV, le Parti communiste et Podemos ont aussi critiqué l'amendement de l'article 337. Podemos a jugé que la réforme était trop substantielle pour être votée à l'Assemblée nationale, et qu'il fallait, pour cela, convoquer une Assemblée constituante.
Toutes ces parties, de droite comme de gauche, entendent s'adresser à la Cour suprême et au Conseil national électoral pour faire valoir leurs objections. L'opposition de droite n'a pas encore décidé si elle boycottera ou non le referendum, qu'elle souhaite voir remis à février 2008.
D'autres articles amendés prévoient cependant, entre autres, de renforcer les conseils communaux et de leur octroyer 5% du budget national, de ramener l'âge du vote de 18 à 16 ans, de bannir la discrimination basée sur l'orientation sexuelle, d'imposer la parité des sexes dans la fonction publique, de réduire la semaine de travail de 44 à 36 heures.
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