
Soucieux de préserver les intérêts de ses entreprises au Venezuela, Madrid a rejeté jeudi toute "surenchère verbale" avec le président vénézuélien Hugo Chavez, malgré son annonce mercredi d'un "profond réexamen" des relations avec l'Espagne.
"J'espère que ce jeu de surenchère verbale va s'atténuer", a déclaré le ministre espagnol des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos, lors d'une conférence à Madrid.
"Nous allons faire tout notre possible pour assurer la meilleure défense des intérêts de nos concitoyens au Venezuela", a-t-il promis, lançant un message de "tranquillité et de sérénité" aux entrepreneurs espagnols présents au Venezuela.
Le chef de la diplomatie espagnole réagissait à l'annonce faite mercredi soir par le président Chavez d'un "profond réexamen des relations politiques, diplomatiques et économiques avec l'Espagne".
Cela "signifie que les entreprises espagnoles vont devoir rendre plus de comptes", avait averti Hugo Chavez.
Il avait préalablement demandé des "excuses" du roi d'Espagne Juan Carlos, qui lui avait intimé de se "taire", samedi lors d'un sommet ibéroaméricain au Chili, alors qu'il venait de qualifier à plusieurs reprises de "fasciste" l'ancien chef du gouvernement conservateur espagnol José Maria Aznar.
"La dernière chose" à faire serait de rappeler l'ambassadeur d'Espagne au Venezuela, comme le réclament les conservateurs du Parti populaire (PP), a insisté M. Moratinos.
"L'exécutif est en train de courber l'échine face à des agressions contre le chef de l'Etat", avait critiqué mercredi le chef de l'opposition espagnole, le conservateur Mariano Rajoy, candidat à la présidence du gouvernement aux législatives de mars prochain.
Mais Madrid, qui s'est rapproché depuis son arrivée au pouvoir en 2004 des gouvernements latino-américains de gauche, après huit ans d'alignement des gouvernement Aznar sur Washington, souhaite avant tout une "normalisation rapide", dans l'intérêt des entreprises espagnoles et des quelque 300.000 Espagnols qui résident au Venezuela, 6e pays exportateur de pétrole.
Certaines des plus importantes entreprises espagnoles ont investi un total de 1,7 milliard d'euros au Venezuela depuis l'arrivée au pouvoir d'Hugo Chavez en 1999, selon le Conseil supérieur des chambres de commerce espagnoles.
Les deux plus gros groupes bancaires espagnols, Santander et BBVA, le géant des télécommunications Telefonica, et le pétrolier Repsol YPF, y sont notamment implantés.
Carlos Malamudi, chercheur à l'Institut Royal Elcano de Madrid, relève toutefois que les investissements espagnols au Venezuela (2,5 milliards de dollars) ne représentent qu'une infime part du total des investissements espagnols en Amérique latine, qui se chiffrent à 100 milliards de dollars.
"Sauf changement des règles du jeu" par Caracas, "je ne crois pas qu'il existe le moindre risque pour les entreprises espagnoles", a déclaré ce chercheur à l'AFP.
"En réalité, les entreprises espagnoles sont sous surveillance des autorités vénézuéliennes depuis pas mal de temps. Elles savent qu'elles peuvent faire à tout moment l'objet de contrôles fiscaux, et je pense donc que leurs comptes sont tenus proprement", argumente-t-il.
Selon le quotidien espagnol El Pais, Hugo Chavez exploite la crise avec Madrid comme un "filon électoral" à l'approche du référendum controversé du 2 décembre sur la réforme de la Constitution, qui lui permettrait de se présenter indéfiniment à la présidentielle ou de décréter un "état d'exception" autorisant la censure pure et simple de la presse.
"En se présentant comme une victime des agressions espagnoles et du roi", il "tente d'introduire un facteur émotionnel pour mobiliser les masses", abonde Carlos Malamudi.
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