vendredi 31 août 2007

Otages en Colombie : Hugo Chavez tente de convaincre Uribe de faire un échange




Le président du Venezuela Hugo Chavez est arrivé vendredi à Bogota pour tenter de convaincre son homologue colombien Alvaro Uribe d'accepter un échange entre 45 otages détenus par la guérilla des FARC, dont Ingrid Betancourt, et 500 guérilleros emprisonnés.

"Je viens avec ma foi, avec mon optimisme (...) pour contribuer au thème de l'accord humanitaire, au thème de la recherche de la paix, de la paix pour tous", a lancé M. Chavez, vêtu de sa traditionnelle chemise rouge, à sa descente d'avion, accueilli par le chef de la diplomatie colombienne Fernando Araujo.

M. Chavez, arrivé dans la matinée à l'aéroport militaire de Bogota, était ensuite attendu dans la propriété présidentielle de Hato Grande, dans les faubourgs de la capitale, pour un entretien de plusieurs heures avec M. Uribe.

A 11H25 locales (16H25 GMT), les deux dirigeants se sont réunis avec leurs délégations respectives. Les ministres des affaires étrangères du Venezuela Nicolas Maduro et de Colombie Fernando Araujo, le Haut commissaire colombien pour la paix Carlos Restrepo et la sénatrice colombienne d'opposition Piedad Cordoba étaient présents lors de ces conversations.

Avant l'arrivée du président Chavez, M. Uribe avait annoncé que les discussions se dérouleraient "en toute sincérité et en toute fraternité", tout en réitérant son refus de créer une zone démilitarisée, une condition exigée par la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) pour réaliser l'échange.

Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a souhaité vendredi que cette médiation soit "au moins utile", après que le président Nicolas Sarkozy eut appelé ces derniers jours les deux dirigeants au téléphone.

M. Chavez, qui se réclame de la gauche révolutionnaire comme les FARC, "peut apporter sa touche personnelle bien qu'il soit lui-même très controversé. Mais après tout, toutes les bonnes volontés sont accueillies et il faut faire flèche de tout bois", a a déclaré M. Kouchner à la radio France Info.

L'intervention de M. Chavez est perçue comme extrêmement positive par les familles des personnes retenues en otages, ainsi que par les diplomates et les analystes politiques colombiens.

L'ambassadeur du Venezuela en Colombie, Pavel Rondon, avait annoncé la veille que M. Chavez avait "reçu de la guérilla une nouvelle proposition", dont il n'a pas révélé la teneur.

"Cette médiation a des chances de succès bien supérieures aux précédentes qui ont toutes échoué, parce que M. Chavez bénéficie de la confiance des deux camps", le gouvernement colombien et la guérilla, avait affirmé le diplomate.

Les familles d'otages estiment également que la médiation de M. Chavez peut jouer un rôle décisif pour dénouer cette situation qui perdure depuis des années, compte tenu de sa forte influence sur les FARC. Mais nombre d'entre eux demeurent très sceptiques quant à la volonté de M. Uribe de parvenir à un échange.

"Plusieurs d'entre nous ont décidé de garder un silence total afin de ne rien faire qui puisse compromettre la médiation du président Chavez", a déclaré à l'AFP Yolanda Pulecio, la mère de la Franco-colombienne Ingrid Betancourt, ex-candidate écologiste à la présidentielle colombienne, otage depuis plus de 5 ans.

A l'issue de son entretien avec M. Uribe, M. Chavez devait rencontrer des représentants de familles d'otages ainsi qu'un groupe de patrons de presse, a indiqué à l'AFP un diplomate vénézuélien.

A l'origine, M. Chavez souhait effectuer une visite de deux jours à Bogota mais cette dernière a été écourtée à la demande de la présidence colombienne, a indiqué le quotidien national El Tiempo.

Quelque 6.000 soldats et policiers ont été mobilisés pour cette visite.

jeudi 30 août 2007

Hugo Chavez attendu en Colombie pour négocier un accord humanitaire



Le Président Chavez:Il a la confiance des deux camps

La venue à Bogota vendredi du président du Venezuela fait naître un grand espoir parmi les familles d'otages car, après d'innombrables échecs, Hugo Chavez apparaît aujourd'hui comme l'unique médiateur susceptible d'obtenir un accord humanitaire sur leur libération.
La médiation du président Chavez en vue d'un échange de 45 otages des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, guérilla marxiste), dont la Franco-colombienne Ingrid Betancourt, contre 500 guérilleros emprisonnés par les autorités est perçue comme extrêmement positive par les familles des otages, les diplomates et les analystes politiques colombiens.

«Je pense qu'après la rencontre avec les familles d'otages», le 20 août à Caracas, «Hugo Chavez a une très forte volonté» de parvenir à un accord humanitaire, a affirmé à l'AFP Gustavo Moncayo, ancien «marcheur pour la paix» et père d'un soldat détenu par la guérilla.

Après cette rencontre, Yolanda Pulecio, la mère d'Ingrid Betancourt, s'est déclarée «optimiste et confiante qu'il en sortira quelque chose de positif».

En revanche, de nombreux membres de familles d'otages, comme Mme Pulecio et M. Moncayo, accusent le président colombien Alvaro Uribe de jouer un rôle négatif.

«Chavez, sympathisant des FARC, peut obtenir d'eux ce qu'il désire, car en fermant sa frontière il peut les asphyxier, interrompre toutes les arrivées d'armes, la vente de drogue et les allées et venues de guérilleros», a estimé un diplomate européen qui a requis l'anonymat.

«Les FARC», estime ce diplomate, «ne peuvent rien refuser à Chavez qui ne se lancerait pas dans cette médiation aux implications internationales sans détenir des atouts maîtres».

Jeudi, l'ambassadeur du Venezuela en Colombie, Pavel Rondon, a annoncé à la station privée colombienne Radio Caracol que M. Chavez avait «reçu de la guérilla une nouvelle proposition», dont il n'a pas révélé la teneur.

«Cette médiation a des chances de succès bien supérieures aux précédentes qui ont toutes échoué, parce que Chavez bénéficie de la confiance des deux camps», le gouvernement colombien et la guérilla, a affirmé l'ambassadeur.

Depuis Paris, le président français Nicolas Sarkozy avait appelé mercredi au téléphone M. Chavez pour lui exprimer son soutien à ses démarches pour obtenir la libération d'Ingrid Betancourt et des autres otages.

Mme Betancourt a été enlevée le 23 février 2002 par les FARC, guérilla qui compte 17 000 combattants.

Jeudi, M. Sarkozy a appelé son homologue colombien Uribe pour soutenir la médiation de M. Chavez et les deux hommes «sont convenus de se parler plus souvent», a déclaré à l'AFP un responsable de la présidence colombienne.

À la veille de sa visite à Bogota, le président Chavez a accordé une amnistie à un groupe de 41 paramilitaires colombiens, accusés d'avoir fomenté un putsch contre lui en 2004.

Jeudi après-midi, le président colombien a annoncé que la guérilla remettrait samedi les corps de onze députés provinciaux tués le 18 juin alors qu'ils étaient retenus en otages.

Le représentant du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Yves Heller, a indiqué à l'AFP que son organisation ne «confirmait pas la date» de remise des corps annoncée par M. Uribe. «Nous continuons à tenter de mener à bien cette opération qui dure depuis plus de deux mois», a-t-il ajouté.

Jeudi, des médias colombiens ont émis des réserves quant aux chances de réussite de M. Chavez, estimant que M. Uribe peut faire échouer la médiation.

Ainsi, le quotidien El Tiempo a rapporté qu'Hugo Chavez avait initialement l'intention d'effectuer une visite de deux jours en Colombie et de rencontrer les familles d'otages et de guérilleros emprisonnés, mais que la présidence colombienne avait réduit ce déplacement à une rencontre de six heures vendredi entre les deux chefs d'État.

Rencontre Chavez-Uribe : nouvel espoir pour les proches des otages des FARC



Raoul Reyes, négociateur en chef des FARC

La rencontre prévue vendredi à Bogota entre les présidents vénézuelien et colombien, Hugo Chavez et Alvaro Uribe, représente pour les familles des 45 otages retenus par les FARC un nouvel espoir, même si la persistance des désaccords entre la guérilla et le gouvernement est peu encourageante.

Le président Chavez a accepté de jouer un rôle de médiateur entre les FARC et le gouvernement colombien afin qu'un accord humanitaire soit conclu entre les deux parties pour l'échange des otages contre 500 rebelles prisonniers, comme le proposent les FARC.

Première étape de cette médiation, le président vénézuelien a reçu le 20 août à Caracas des membres des familles des otages, parmi lesquels Yolanda Pulecio, la mère de la franco-colombienne Ingrid Betancourt.
Mme Pulecio avait fait part de son espoir concernant la médiation d'Hugo Chavez, un homme «sincère et engagé sur cette question» de l'échange.
«Je suis optimiste et confiante qu'il en sortira quelque chose de positif» a-t-elle déclaré mercredi à l'AFP, après avoir indiqué attendre de «voir si Uribe réagit».



Marlene Orjuela, porte-parole des familles de militaires et des policiers enlevés par les FARC, est moins optimiste que Mme Pulecio, même si elle considère que la rencontre entre Chavez et Uribe est «très importante».

«Nous sommes modérément optimistes» a déclaré Mme Orjuela à l'AFP, ajoutant que «le seul qui a la clé d'un accord humanitaire est Uribe».

Le principal espoir de la rencontre concerne la possibilité que le président Chavez apporte une réponse des FARC, après qu'il a appelé le leader de la guérilla, Manuel Marulanda, à se prononcer publiquement.

Mais les déclarations du numéro 2 des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes), Raul Reyes, dimanche dans le quotidien argentin Clarin, ne sont pas encourageantes.

Raul Reyes a remercié Hugo Chavez pour sa médiation mais a écarté la possibilité d'opérer un échange sur le territoire vénézuélien et réaffirmé l'exigence des FARC d'une démilitarisation des localités de Pradera et Florida, dans le département de Valle (sud-ouest).

De son côté, le président Uribe refuse tant la démilitarisation du territoire que la libération des prisonniers qui pourraient, selon lui, reprendre les armes.

Sarkozy évoque avec Chavez et Uribe le sort d'Ingrid Betancourt





Affiche demandant la libération d'Ingrid Betancourt et des autres otages des Farc. Nicolas Sarkozy, qui veut encorager la démarche de médiation proposée par son homologue vénézuélien Hugo Chavez, s'est entretenu avec ce dernier et doit contacter ce jeudi le président colombien Alvaro Uribe pour évoquer le sort de l'otage franco-colombienne


Nicolas Sarkozy a téléphoné mercredi à son homologue vénézuélien, Hugo Chavez, et devait s'entretenir jeudi avec le président colombien Alvaro Uribe pour évoquer le sort d'Ingrid Betancourt, annonce le porte-parole du président français.

Le chef de l'Etat a dit à Hugo Chavez que "la libération des otages, et en particulier celle d'Ingrid Betancourt, reste un objectif de première importance pour lui", a rapporté David Martinon lors de son point de presse hebdomadaire.

La Franco-Colombienne Ingrid Betancourt est otage des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) depuis plus de cinq ans.

Selon David Martinon, Nicolas Sarkozy veut "encourager" la démarche d'Hugo Chavez, qui s'est engagé à jouer un rôle "d'observateur et de garant" dans le processus de libération des otages en Colombie.

"Le président s'entretiendra cet après-midi avec le président Uribe, avec lequel il compte rester en contact très étroit", a aussi fait savoir le porte-parole de l'Elysée. "Le sujet et suffisamment complexe et douloureux pour qu'on essaie d'utiliser tous les ressorts possibles".

Ce que la France attend désormais, "ce sont des preuves de vie de Mme Betancourt", a-t-il rappelé.

Hugo Chavez a proposé d'accueillir dans son pays des pourparlers sur la libération des otages des Farc. Selon un dirigeant des Farc, la guérilla a accepté le principe de négociations au Venezuela, mais affirme que toute libération d'otages devra avoir lieu en Colombie.

Interrogé sur la capacité d'Hugo Chavez à faire avancer ce dossier, David Martinon a répondu : "Savoir si le président Chavez a ou non une influence sur les Farc est une question superflue. On n'a pas besoin de le savoir pour saisir la perche".

Les Farc détiennent depuis des années des centaines de policiers, soldats et dirigeants politiques, dont Ingrid Betancourt, ancienne candidate à l'élection présidentielle colombienne, qui fut enlevée en février 2002.

Sarkozy s'entretient avec Hugo Chavez des otages en Colombie



Le Président Hugo Chavez

Nicolas Sarkozy s'est entretenu jeudi au téléphone d'Ingrid Betancourt et de la situation des autres otages en Colombie avec le président vénézuélien Hugo Chavez, a annoncé vendredi le porte-parole de l'Elysée David Martinon.

Lors de cet entretien à son initiative, le président français a apporté "son plein soutien" à la démarche de M. Chavez et l'a assuré de sa "volonté d'accompagner ses efforts en accord avec le président colombien Uribe", selon l'Elysée. Le président vénézuélien a manifesté ces dernières semaines sa disponibilité pour contribuer à apporter une solution humanitaire à la question des otages détenus par les FARC en Colombie.

Les deux présidents sont convenus de "rester en contact le plus étroit possible", selon M. Martinon.

Nicolas Sarkozy doit par ailleurs s'entretenir jeudi après-midi au téléphone avec le président colombien Alvaro Uribe, a précisé le porte-parole de l'Elysée.

Ces initiatives "témoignent de la mobilisation du président de la République pour obtenir libération des otages en général et de notre compatriote en particulier", a souligné M. Martinon.

La Franco-colombienne Ingrid Betancourt est détenue depuis le 23 février 2002 par les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie). La dernière preuve de vie date de 2003. Nicolas Sarkozy a fait de sa libération une priorité de sa politique étrangère. La France "ira chercher Ingrid Betancourt", affirmait-il vendredi dernier à Arcachon

mercredi 29 août 2007

REFLEXION : la croisée des chemins




REFLEXION
Que se passe-t-il en Amérique Latine ?
Par Sylvie Carrasco – Annecy


Pourquoi parler de l’Amérique Latine aujourd’hui ?
Parce que de nombreux observateurs s’accordent pour dire que quelque chose s’y passe depuis le début des années 2000.
Parce que l’année 2006 a été importante et qu’elle est venue confirmer cette opinion par plusieurs processus électoraux.
Avant ces élections successives de 2006, il convient de souligner deux événements importants du fait de leur impact hors des frontières des états concernés et du continent latino-américain lui-même :
a) la crise argentine de 2001.
b) l’élection d’Hugo Chavez au Venezuela.
Lorsque nous pensons ou disons quelque chose se passe en AL, c’est une façon d’avoir conscience d’un changement.
Ce changement pour certains est interprété comme un « virage à gauche », pour d’autres comme l’irruption de nouveaux visages en politique, pour d’autres encore ce qui prévaut c’est l’irruption des populations indigènes comme force sociale et/ou politique, tandis que d’autres préfèrent mettre l’accent sur la montée du populisme.
Essayons de voir ce qu’il en est :
Pour cela, il convient de faire en quelque sorte un rapide état des lieux en nous posant quatre questions :
De quelle(s) gauche(s) parle-t-on lorsque l’on évoque ces changements ?
Quelles ont été certaines des causes de ces changements ?
Sont-ils, peuvent-ils être un espoir dans notre lutte ou résistance contre le capitalisme aujourd’hui renommé libéralisme ?
Quelles sont les limites à ces changements ou les dangers face à eux ?
I - PROCESSUS ELECTORAUX ET CHANGEMENTS :
A. DATES ET NOUVEAUX CHEFS D’ETATS, commentaires :

Juillet 2000 (1) : Venezuela / Hugo Chavez / MVR + coalition
Octobre 2002 : Brésil / I. Lula Da Silva / PT + coalition
Avril 2003 (2) : Argentine / Nestor Kirchner /Péroniste : Coalition
Octobre 2004 (3) : Uruguay / Tabaré Vazquez / Coalition
Décembre 2005(4) : Bolivie / Evo Morales / MAS
Décembre 2005(5) : Chili / Michelle Bachelet / PS + Alliance
Octobre 2006(6) : Brésil / I. Lula Da Silva / Coalition
Novembre 2006 (7) : Equateur / Rafael Correa / Alianza PAIS
Novembre 2006(8) : Nicaragua / Daniel Ortega / FSLN
Décembre 2006 : Venezuela / Hugo Chavez / MVR + coalition
1. Il convient ici de revenir en arrière, en effet H. Chavez est élu pour la première fois en 1998. Respectant ses promesses électorales, il convoque rapidement une Assemblée Constituante. En 1999, une nouvelle constitution est approuvée par référendum marquant ainsi le début de la 5ème République. Dans la logique de ce processus, de nouvelles élections générales sont convoquées et aboutissent à la réélection de H. Chavez en 2000. En 2001, l’opposition se mobilise soutenue par une importante aide matérielle en provenance des Etats-Unis, la production pétrolière et les secteurs en dépendant sont paralysés ce qui entraînent de graves conséquences économiques dans le pays. En 2002, cette même opposition est à l’origine d’une tentative de coup d’Etat qui évince le président pendant une durée de 72 heures, provoquant un vaste mouvement populaire de protestation, les citoyens envahissent le palais présidentiel et exigent le retour d’H. Chavez. Il convient de souligner que le gouvernement espagnol de José María Aznar et l’UE seront les premiers à reconnaître le renversement de Chavez. Le retour à la normalité s’effectue mais l’opposition ne désarme pas et, comme le prévoit la nouvelle Constitution, elle demande la convocation d’un référendum révocatoire, organisant une vaste campagne pour obtenir les signatures nécessaires. Le Conseil électoral soulignent de nombreuses irrégularités ; cependant, afin d’apaiser le pays, H. Chavez décide de convoquer ce référendum qui se tient finalement en 2004 ; une fois encore le vote populaire apporte un large soutien au président. Celui-ci, comme le montre le tableau sera réélu pour un nouveau mandat de six ans en décembre 2006 avec plus de 60% des votes.
2. La crise argentine, comme je l’ai souligné dans l’introduction commence fin 2001. Elle précipite dans la pauvreté et le dénuement une grande partie de la population, seul 11% de la classe moyenne échappera à l’effondrement. Les petits ateliers ferment, certains chefs d’entreprise quittent le pays, d’autres démontent le matériel essentiel dans le processus de production, des ouvriers tentent de s’organiser, les banques ferment leurs portes…Les « cartoneros » et « piqueteros » seront de nouveaux visages dans ce sombre marasme. La révolte populaire avec son slogan « que se vayan todos » (qu’ils s’en aillent tous) dénonce les politiques responsables du désastre et marque une rupture avec les leaders traditionnels, les renvoyant tour à tour. Les élections verront finalement arriver en tête du premier tour deux péronistes : l’un, Carlos Menem, trop bien connu, incarnation de la pire corruption et tenu pour principal responsable de la crise. L’autre, moins connu à l’échelle nationale mais jouissant d’une bonne réputation du fait de son intégrité comme gouverneur de l’état de Santa Cruz en Patagonie. Menem, voyant qu’il n’est pas en situation de remporter le second tour, se retire laissant la place libre à son rival Nestor Kirchner dont la priorité sera de lutter contre la corruption et de rendre possible le redémarrage du pays par une politique pragmatique. Il faut préciser également qu’il œuvre rapidement pour rompre avec les lois de « punto final » qui ne permettaient pas de punir les crimes commis pendant la dictature. En avril dernier, devant la lenteur de certaines affaires, dans un discours retransmis à la télévision, il a même exhorté la population à exiger de la Justice qu’elle fasse son travail et qu’elle cesse de « traîner les pieds ».
3. Tabaré Vazquez représente une coalition de gauche : « Encuentro Progresista-Frente amplio-Nueva mayoría ; il devient le premier président de gauche du pays, rompant ainsi avec l’hégémonie des deux partis traditionnels : Partido Nacional et Partido Colorado qui ont dominé l’histoire politique de l’Uruguay depuis 1830. Cette coalition regroupe les socialistes, communistes, radicaux de gauche, chrétiens démocrates et d’anciens membres du Mouvement pour la Libération Nationale, tupamaros.
4. Evo Morales s’était peu à peu distingué comme leader syndical des paysans petits producteurs de coca (cocaleros) ; d’origine aymara, il incarne cette irruption des indigènes dans la vie politique. Il sera soutenu par les secteurs les plus pauvres de la population qui sont principalement indigènes, or la Bolivie est le pays de la région avec le plus fort taux de population indigène.
5. Au Chili pas de rupture : l’élection de M. Bachelet, candidate du parti socialiste chilien, fait suite à celle de Ricardo Lagos de ce même parti. Michelle Bachelet représente en fait une coalition centriste.
6. La réélection de Lula avait été un moment mise en danger par des scandales de corruption qui ont touché son gouvernement ainsi que par l’accusation de très faibles changements en rapport aux promesses de la campagne électorale antérieures. Les attentes sont donc aujourd’hui accrues, il s’est engagé à accorder une priorité à la lutte contre la pauvreté.
7. R. Correa remporte les élections face à Alvaro Noboa, le magnat de la banane, leader d’une de ces organisations que le pays voudrait voir disparaître le PRIAN, qui plus qu’un parti politique constitue une entreprise électorale organisée autour d’un cacique, une énorme fortune et un puissant holding. Economiste, il a suivi des études en Belgique et aux Etats-Unis et se définit comme un « humaniste chrétien de gauche ». Plutôt inconnu, c’est une chose certaine, il rompt avec ses prédécesseurs et le choix de son gouvernement le prouve : les nouveaux ministres sont des personnalités issues des milieux universitaires, de jeunes professionnels métis des secteurs d’une gauche moderne et des femmes qui occupent des ministères importants. Il reconnaît que pour mener à bien son projet, la participation citoyenne et populaire sera nécessaire et a promis d’en terminer avec la « longue nuit néolibérale ».
8. Le personnage de Daniel Ortega est apparu très controversé dans les années qui ont précédé les élections tant au niveau privé que politique. La division dans son parti était profonde et les prises de position du leader sandiniste sur l’avortement thérapeutique, notamment, ont nourri la plus grande méfiance. Mais il a emporté les élections sur des promesses toutefois favorables aux milieux les plus populaires et les plus défavorisés et du fait du discrédit (corruption et énorme taux de pauvreté) qui pesait sur les précédents présidents.
B. CARACTERISQUES COMMUNUES DE CETTE NOUVELLE GAUCHE :

Pas de lutte armée
Discours cohérent
Elections au suffrage universel respectueux des règles démocratiques confirmé par les observateurs internationaux. Les grands battus de ces derniers scrutins sont les partis traditionnels
Tous souhaitent à leur façon combattre pour une autre Amérique.
Ils manifestent le désir de s’émanciper de la tutelle nord-américaine.
C. POURQUOI CES VICTOIRES ?

Elles émanent en général d’un ras-le-bol des politiques dites traditionnelles.
Un autre facteur a également joué un rôle : Ce que l’on a appelé « le réveil indien » à travers la constitution de mouvements indigènes qui affirment et revendiquent leurs droits. Ils mettent en avant leur identité et s’organisent pour sortir de l’exclusion sociale.
Elles sont aussi le résultat d’une insatisfaction générale devant une pauvreté accrue, des inégalités croissantes et les conséquences catastrophiques des réformes économiques résultant du Consensus de Washington (= discipline budgétaire, privatisations, dérégulations) - le cas d’école est sans doute celui de l’Argentine ( traité par F. Solana dans le film « Mémoire d’un saccage »)-, ces réformes supposaient l’acceptation généralisée du modèle testé durant les dictatures du Cône Sud (Chili, Argentine sont celles que l’on nomme le plus souvent). Elles impliquent un modèle économique néolibéral selon lequel l’Etat ne garantissait aucune protection face à un marché libéré en échange de quoi la croissance économique serait plus grande et plus forte.
Ainsi, une observation de la Banque Interaméricaine de Développement sur les années 90 reconnaît une croissance économique moyenne de la région : + 1,5%, tandis que la pauvreté touche 40% des habitants de l’AL. En Colombie, le néolibéralisme a limité l’action sociale de l’État à tel point que les dépenses publiques sont passées de 40% du PIB dans les années 80 à 12% actuellement.
Elles découlent également des mouvements de protestation contre l’ALCA en Amérique Centrale et dans les pays andins. L’ALCA devait être appliquée à partir de janvier 2005. Il n’en a pas été ainsi. (Depuis 2006, les EE.UU ont opté pour des négociations de traités bilatéraux. Au mois de mars denier, pendant la visite de G.W.Bush en AL, des mouvements populaires hostiles à l’ALCA se sont encore largement exprimés).
D. CONSEQUENCE ET CONSTITUTION DE BLOCS :
Ces nouvelles gauches, comme nous venons de le voir, se sont alimentées de l’échec du Consensus de Washington. A partir du rejet du modèle économique néolibéral, certains ont progressivement élaboré leur identité politique et considérablement consolidé leurs bases sociales. Ainsi, H. Chavez s’est affirmé comme une avant-garde de lutte contre le néolibéralisme et la globalisation existante dans un projet national (Révolution bolivarienne) et des projets à l’échelle du continent (intégration latino-américaine à tous les niveaux : économique, énergétique, sociale, humaine, sportive, politique et culturelle), et à partir de fin 2006, il affirme son choix d’une option « socialiste ».
Pour illustrer cette évolution, il faut souligner que Hugo Chavez a été élu après une insurrection populaire contre le Plan d’ajustement structurel du FMI ( « el Caracazo » en 1989), insurrection sévèrement réprimée par son rival Carlos Andres Pérez. Cette répression sera en grande partie à l’origine du « coup d’Etat » d’H. Chavez en 1992. Ce même rival, lors des élections qui suivront a toutefois dénoncé les économistes en poste à la Banque Mondiale comme « responsables de génocide de travailleurs, paiement du totalitarisme économique » et le FMI comme « une bombe à neutrons qui tuait les gens mais laissait les immeubles debout ».
En ce qui concerne Lula dont la position est souvent qualifiée d’orthodoxe, il s’est engagé dans sa dernière campagne à promouvoir la justice sociale (programme faim zéro).
H.Chavez, E. Morales et R. Correa affirment tous trois leur préoccupation pour la souveraineté nationale qui inclut le contrôle de l’exploitation des ressources naturelles de leur pays (pétrole et gaz). C’est sur cette base commune qu’ils se retrouvent unis.
Parallèlement, tous les nouveaux élus affirment leur intérêt pour développer des initiatives de coopération ou d’action conjointe tant au niveau politique qu’économique ; les rapprochements, les réunions, les sommets sont extrêmement nombreux depuis des mois et les projets foisonnent dans les accords économiques déjà existant et dans d’autres nouveaux qui, certes, semblent parfois se télescoper. Les pays de la zone mettent ainsi en place des projets et des entités dont ils sont les seuls acteurs. Certains sont virtuelles comme l’ ALCSA (Área de Libre Comercio Suramericana), d’autres reposent davantage sur des rassemblements populaires et citoyens comme la ASC (Alianza Social Continental), d’autres sont interétatiques comme l’ ALBA, le MERCOSUR et le Banco del Sur, CAN… Ils traduisent une claire volonté de s’unir mais en même temps cette diversité met en évidence la difficulté de constituer des blocs solides et clairement orientés.
A un autre niveau, l’intégration latino-américaine constitue le cheval de bataille d’H. Chavez aujourd’hui, le projet multilatéral qui l’incarne est l’ALBA (Bolivie, Cuba, Venezuela et Nicaragua très récemment). De même, cette intégration latino-américaine représente un objectif prioritaire de la chaîne télévisée TELESUR ( Argentine, Brésil, Venezuela, Cuba). Dans ces deux cas, on peut parler d’initiatives qui unissent très solidement les partenaires mais nous constatons qu’ils ne sont pas les mêmes dans l’une et l’autre. Le même constat s’applique pour les autres entités existantes.
Au niveau financier, on a remarqué cette année des stratégies communes face aux organismes financiers internationaux : l’Argentine et le Brésil ont remboursé leur dette et ont même anticipé leur paiement. L’Equateur a annoncé son intention de faire de même, quant au Venezuela, il a annoncé qu’il quittait le FMI et la BM.
Enfin, sur le terrain de la contestation sociale, durant les deux dernières années se sont déroulées de spectaculaires manifestations à Porto Alegre, Caracas, BB.AA, Cochabamba et Cuzco pour s’opposer aux politiques néolibérales ; et il existe des mouvements sociaux réels dans les milieux populaires au Mexique, en Argentine, en Equateur, au Pérou et au Brésil.
II. LES LIMITES :

Face à cette tendance protéiforme, la droite conserve ses bastions au Mexique (2006), en Colombie (2006) et au Pérou (2006). Les deux premiers pays, fidèles alliés alignés sur la politique de Washington constituent un frein important à la montée de la gauche surtout stratégiquement. Ce sont des pays liés au narcotrafic, la Colombie a des frontières très instables, les pénétrations au Venezuela, en Equateur sont très fréquentes ; l’armée américaine est directement impliquée dans le Plan Colombie qui constitue un important facteur de déstabilisation de la zone.
Si en Colombie, Alvaro Uribe jouit d’un appui populaire réel (encore que récemment son gouvernement affronte un fort mouvement de protestation populaire des lycéens, étudiants et enseignants), la situation reste confuse au Mexique où la tension ne décroît pas véritablement et se manifeste sur plusieurs fronts. Le pays semble être coupé en deux (mouvement très important à Oaxaca pendant presque six mois, réprimé sévèrement, grande agitation au moment des élections et forte contestation du résultat des élections autour de Lopez Obrador ; il y a peu, agitation dans le Guerrero et le Michoacan du fait du narcotrafic ; des attaques et la mort de plusieurs policiers en plein Mexico DF, attaques également liées au narcotrafic). Au Pérou, l’opposition indigène et populaire contre les accords bilatéraux avec les EE.UU s’est également manifestée.
Au Venezuela, on ne peut oublier la tentative de coup d’Etat contre H. Chavez en 2002 appuyée par les EE.UU et l’UE (notamment l’Espagne de JM Aznar) et amplement orchestrée par les médias de droite et préalablement par les grands du pétrole. Aujourd’hui, suite à la décision du non renouvellement de Licence de la chaîne de télévision privée RCTV, l’opposition s’est ressaisie avec le soutien des pays occidentaux.
D’autre part, il est clair que la politique sociale d’H. Chavez déplaît à la classe dirigeante qui s’est livrée et se livre encore à un sabotage économique réel en refusant de produire ou d’investir. La seule réponse possible est l’expropriation et avec elle l’inévitable accusation d’autoritarisme, ce qui freine les secteurs les plus réformateurs du mouvement bolivarien.
En Bolivie, l’insurrection à caractère indépendantiste dans la région de Sta Cruz –zone riche de production de gaz- cherchait à déstabiliser profondément le pays.
L’Equateur a également vécu une situation de grave crispation juste après la prise de pouvoir de R. Correa du fait d’une tentative de blocage du processus de convocation d’une Assemblée Constituante, aujourd’hui acquise mais après que des députés de l’opposition décident de fuir en Colombie où ils ont demandé l’asile politique.
Si les EE.UU semblent reculer dans certains projets d’intégration comme le PPP ou l’ALCA, il n’en reste pas moins que Washington en optant pour des traités bilatéraux cherchent à diviser et à affaiblir les accords multilatéraux que les pays d’AL pourraient développer entre eux. D’autre part de façon plus discrète, ils poursuivent l’impulsion du très ambitieux projet IIRSA (Intégration de l’infrastructure Régionale Sud-américaine) qui est étroitement lié à l’ALCA.
Ce mois-ci (juin 2007), un responsable de la CEPAL (Commission économique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes) souligne une tendance à définir des stratégies nationales.. Tout ceci constitue un frein réel face aux initiatives précédemment citées
CONCLUSION :
Tout n’est donc pas gagné en matière de conquête d’égalité et d’une vie meilleure pour les peuples de l’AL. L’AL bouge effectivement, cette gauche qui bouge tente de s’unir mais elle demeure protéiforme ; elle semble toutefois avoir décidé d’obtenir un véritable changement, elle s’y emploie dans les nombreux mouvements populaires qui s’y expriment et constituent autant d’exemples dignes de respect de notre part, elle s’y est aussi employé en remettant son destin collectif entre les mains d’hommes et de femmes qui cherchent de nouvelles voies et devraient obtenir notre soutien, certes, emprunt d’une vigilance constructive, plutôt que de faire l’objet de dénigrement, d’attaques et de critiques destructrices résultant d’une incapacité à concevoir que le monde tourne selon un modèle différent de celui qui régit l’Occident. La Fraternité et l’Egalité n’y demeurent plus que figées dans la pierre des frontons de nos mairies et de nos écoles.
Il faut souhaiter que la volonté de s’unir l’emporte et que l’idée du « pan-américanisme » qui était chère à Bolivar se concrétise par le renforcement du Mercosur en créant un marché commun des Amériques et une nouvelle forme d’expression économique. On a bien l’impression que les peuples d’Amérique Latine se trouvent à une croisée de chemins : vont-ils enfin parvenir à écrire eux-mêmes leur destin et leur histoire ? Les laissera-t-on gagner une véritable indépendance qui leur a été volée il y a deux cents ans ?

lundi 27 août 2007

Chavez / Betancourt / Otages - FARC : "pas de libération au Venezuela", mais y négocier, oui



Les présidents colombien Alvaro Uribe (à gauche) et vénézuélien Hugo Chavez: l'échange humanitaire au centre de leur rencontre, le 31 août à Bogota -

Non à un échange de prisonniers au Venezuela, mais acceptation de ce pays comme cadre d'éventuelles négociations. La guérilla colombienne marxiste des FARC répond ainsi au président vénézuélien Hugo Chavez qui a offert, avec l'aval du président colombien Alvaro Uribe, sa médiation pour faciliter un échange humanitaire d'otages des FARC, dont Ingrid Betancourt, contre des guérilleros emprisonnés.
Accepter de négocier au Venezuela et non plus nécessairement en Colombie est une concession nouvelle faite par Raul Reyes, nº2 des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) dans une interview-reportage exclusive publiée dimanche dans l'influent quotidien argentin Clarin sous la plume de Pablo Biffi, journaliste qui suit depuis de longues années le conflit interne colombien.

Jusqu'à présent, la guérilla prétendait que toute négociation éventuelle se tienne en Colombie. "Nous croyons que le conflit et tous ses dérivés doivent se résoudre en Colombie" déclarait à ce propos en mars dernier à l'hebdomadaire colombien Cambio le même Raul Reyes. Il déclinait alors la proposition de l'Italie d'abriter des pourparlers de paix et opposait le même refus, accompagné de remerciements, "à tous les gouvernements qui offrent leur pays".

Aujourd'hui, Raul Reyes dit à Clarin que "l'échange humanitaire étant un problème dérivé du conflit interne, il doit se solutionner en Colombie. Nous n'allons pas libérer les prisonniers au Venezuela". Mais à la question "Allez-vous négocier au Venezuela?", le dirigeant rebelle répond à Pablo Biffi: "Oui, nous n'avons aucun problème pour dialoguer où que ce soit, mais la remise des prisonniers doit se faire en Colombie".

Parallèlement, le dirigeant communiste colombien Carlos Lozano, bien en cour auprès des FARC, déclarait dimanche au quotidien El Tiempo de Bogota que les FARC accepteront la médiation internationale et qu'un membre du secrétariat des FARC, peut-être Raul Reyes, ira à Caracas pour dialoguer sur l'échange humanitaire avec Hugo Chavez.

Raul Reyes précise à Clarin que l'échange dont bénéficierait notamment la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, séquestrée par les FARC depuis le 23 février 2002, concernerait "quelques 50 otages [de la guérilla] et 400 guérilleros prisonniers". Le dirigeant rebelle qualifie Ingrid Betancourt, ex-sénatrice et ex-candidate à la présidence de la Colombie, de "prisonnière politique" appartenant "au système que nous combattons".

Des analystes croient que l'acceptation par les rebelles de négocier au Venezuela et non plus exclusivement en Colombie ouvre un espoir, si tenu soit-il, de dénouer le noeud gordien qui bloque l'accord humanitaire, à savoir l'exigence des FARC, réitérée à Clarin par Raul Reyes, d'une démilitarisation préalable pendant 45 jours des municipalités de Florida et Pradera, soit 800 km² dans le sud-ouest colombien.

C'est là que la guérilla veut situer l'échange humanitaire de prisonniers, mais elle n'exige donc plus que s'y tienne la totalité des négociations puisqu'à cet égard Raul Reyes accepte l'alternative vénézuélienne. Dès lors, l'exigence de durée, voire de superficie d'une démilitarisation préalable de municipalités pourrait-elle être réduite comme l'avaient d'ailleurs proposé Paris, Madrid et Berne en décembre 2005, en invitant il est vrai les guérilleros à se retirer aussi de la zone concernée?

Le président colombien Alvaro Uribe, farouchement hostile à toute démilitarisation, avait pourtant accepté alors la proposition des trois pays européens, mais la guérilla avait fait la sourde oreille. Les FARC, qui couvrent d'éloges la révolution dite bolivarienne menée actuellement au Venezuela, cèderont-elles cette fois à des suggestions que le président vénézuélien pourrait concerter avec La France, l'Espagne et la Suisse, dont Raul Reyes dit "apprécier beaucoup le rôle dans la recherche de l'accord"?

L'Agence ANNCOL, proche des FARC, laisse entendre que la guérilla aspire à n'être plus considérée comme terroriste [elle l'est aux yeux de l'Union européenne, des Etats-Unis et de la Colombie; ndlr] et d'être autorisée à ouvrir des "bureaux d'information" à Caracas, Mexico et Paris.

Rencontre Chavez-Uribe

Les présidents Alvaro Uribe et Hugo Chavez débattront de ce dossier le 31 août à Bogota. Si la pression diplomatique et médiatique européenne en faveur d'un échange de prisonniers s'est longtemps exercée essentiellement sur le chef de l'Etat colombien, ce dernier a désormais réussi à détourner cette pression sur les FARC par de récentes libérations unilatérales et surtout en cautionnant le rôle de médiateur d'Hugo Chavez, que les FARC n'ont pas intérêt à diriger vers un cul-de-sac.

Chavez étant lui-même chef d'Etat, il ne devrait pas inciter le président d'un pays voisin de 42 millions d'habitants, la Colombie, à céder publiquement aux principales exigences politiques, militaires et territoriales des 17.000 insurgés des FARC.

Dans ce contexte, un possible accord de paix issu des négociations actuellement très avancées à Cuba entre Bogota et la seconde guérilla colombienne, l'Armée de libération nationale (ELN, guévariste), serait une pression de plus sur les FARC. La médiation de Fidel Castro en personne plane discrètement sur ces négociations et les liens entre Castro et Chavez ne sont plus à démontrer. Les deux comandantes pourraient miser sur une paix qui réduirait la dépendance de la Colombie à l'égard des Etats-Unis.

Outre l'exigence des FARC d'une zone démilitarisée, au moins deux autres points hypothèquent l'espoir d'un échange humanitaire.

D'abord, Raul Reyes confirme à Clarin que les trois otages américains des FARC, qualifiés "d'espions", ne seront libérés "qu'après la libération de Simon Trinidad et Sonia", deux dirigeants rebelles extradés aux Etats-Unis où ils sont accusés notamment de trafic de drogue. Existe-il un mécanisme qui permettrait à l'administration du président George Bush d'obtenir la libération des trois Américains sans s'impliquer dans une négociation avec des "terroristes"?

Ensuite, la mort violente en juin dernier de 11 députés régionaux colombiens otages des FARC et le décès de nombreux autres séquestrés ces dernières années, victimes ou non de tentatives de libération par l'armée comme le prétend la guérilla, laisse ouverte la question de savoir combien et quels otages sont encore en vie.

"Nous réitérons... l'exigence maintes fois présentée aux FARC de fournir une preuve de vie de Mme Ingrid Betancourt, ce qu'elles n'ont pas fait depuis exactement quatre ans" indiquait la déclaration de Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, faite le 16 août dernier à l'occasion du 2.000e jour de captivité de la Franco-Colombienne.

dimanche 26 août 2007

Le président bolivien Evo Morales en visite au Pérou



Le port péruvien de Pisco

Le président bolivien Evo Morales a effectué une visite dans le port péruvien de Pisco, touché par un violent séisme, apportant une aide de 59 tonnes d'eau et de médicaments aux victimes.

"Le Pérou et la Bolivie ont toujours été solidaires", a déclaré Evo Morales samedi, soulignant que le Pérou avait aidé la Bolivie lors des inondations meurtrières qui avaient touché son pays l'année dernière. "Cette fraternité entre nos peuples, nous ne l'oublierons jamais".

Son homologue péruvien Alan Garcia a remercié Evo Morales pour ce "geste fraternel et latino-américain".

Evo Morales a annoncé qu'il ferait don de la moitié de son salaire mensuel, soit environ 700 euros (950 dollars), aux victimes. Son gouvernement a également envoyé un avion rempli de vivres avec des volontaires.

Le Chili voisin a également dépêché des équipes de secours médical, alors que le président vénézuélien Hugo Chavez a précisé que Alan Garcia avait accepté sa proposition d'offre d'une centaine de maisons préfabriquées pour abriter les sans-abri.

Le Pérou a été touché par un séisme de magnitude 8 le 15 août dernier, qui a provoqué la mort de plus de 500 personnes et détruit plus de 40.000 habitations.

Selon le ministre péruvien de l'Economie, le coût de la reconstruction devrait avoisiner les 161 millions d'euros (220 millions de dollars)

Tourisme-réalité : sur les traces d'Hugo Chavez




Dans une ruelle sale et sinueuse d'un quartier pauvre de Caracas, 12 Américains semblent égarés. En fait, ils sont guidés par Léo, qui travaille pour Global Exchange, une association qui tente de promouvoir le «tourisme-réalité» en mettant ses clients directement en contact avec la population.
Pendant 10 jours, ils vont sillonner le pays à la recherche de la réalité vénézuélienne. Celle des pauvres, dont les conditions de vie se sont considérablement améliorées depuis l'accession au pouvoir du président Hugo Chavez et l'explosion des cours du pétrole.

Tous se disent de gauche, même s'ils viennent d'horizons différents.

Jeune diplômé d'histoire latino-américaine, Christian est issu d'une famille aisée de New York. Il veut constater de lui-même les changements apportés par Chavez: «J'espère voir plus de compassion et d'entraide que dans mon pays. Je trouve extraordinaire l'engagement civique des couches les plus pauvres.»
Stephen vient également de New York. Il a 39 ans et un long passé de militant: «Aux États-Unis, les gauchistes peuvent au mieux faire un beau site web ou un DVD Ici, ils sont vraiment au pouvoir, c'est pour ça que je suis là.»

L'effet Chavez

À 91 ans, Alan est le doyen de la troupe. Géologue à la retraite, il vient de Washington et se souvient de la venue de Chavez aux États-Unis l'an dernier: «Il a quasiment offert du pétrole aux plus démunis. Il a fait plus pour eux que le maire de ma ville. Je viens ici comme je vais à l'opéra après avoir lu la pièce.»

La visite commence par la radio communautaire Negro Primero. Après un petit tour dans les studios de fortune, ils sont reçus par Carlito, le directeur d'antenne. Jeff ose une question: «D'où vient l'argent?»

Malgré les traductions de Léo, la réponse ne permet de comprendre ni le financement ni la nature du lien qui unit ces médias «alternatifs» au gouvernement.

Peu importe, Carlito leur dit tout le mal qu'il pense des chaînes commerciales qui «ont organisé le coup d'État contre Chavez en 2002 et continuent d'appeler à la violence». Par la fenêtre, il leur montre le téléphérique, nationalisé la semaine précédente. Personne ne demande pourquoi il est arrêté.

La journée continue avec une visite du quartier. Dans sa bicoque misérable, Guillermo, 77 ans, leur raconte son histoire. «J'ai construit cette maison avec ma femme il y a 50 ans. Pendant les 40 ans de pseudo-démocratie, personne ne s'est préoccupé de savoir comment je vivais. Mais grâce au commandant Chavez, la communauté a réhabilité ma maison sans que j'aie rien à payer».

Devoir de réserve

Un peu plus loin, ils ont le privilège de pouvoir accéder au poste de santé barrio adentro. Pour soigner ses pauvres, l'État vénézuélien a fait venir de Cuba 20 000 médecins qui vivent dans les quartiers pauvres. En échange, le Venezuela fournit à Cuba du pétrole à un prix dérisoire.

Les médecins sont soumis à un strict devoir de réserve et il est impossible de leur parler. Mais les photos et les citations de Fidel Castro qui ornent les murs de cet hôpital de fortune font le folklore et, déjà, Jeff demande où il peut acheter un t-shirt à l'effigie de Chavez.

Des groupes comme celui-là, Léo en a guidé une trentaine cette année. Il se défend de servir la soupe au gouvernement, même s'il reconnaît qu'on lui a proposé de travailler dans ce sens.

Il met un point d'honneur à faire également rencontrer l'opposition à ses clients. «Nos touristes repartent généralement plus confus qu'ils ne sont arrivés.» Rien n'est donc aussi simple qu'il y paraît au pays de Chavez.

samedi 25 août 2007

Visite du président vénézuélien Chavez au siège de l'UA




Le président vénézuélien, Hugo Chavez, va effectuer le 03 septembre une visite au siège de l'Union africaine (UA) où il va s'adresser aux représentants permanents des Etats membres de l'organisation panafricaine sur la coopération naissante entre l'Afrique et l'Amérique Latine, a-t-on appris de source officielle ce vendredi.

Selon la Division de la communication et de l'information de l'UA, le discours du président va porter sur le Sommet Afrique-Amérique du Sud et sur la proposition du Venezuela de coopération pour le développement sud-sud dans les domaines du pétrole, des télécommunications, du secteur bancaire et de l'enseignement supérieur.

Des représentants d'organisations internationales et de pays ayant le statut d'observateurs au niveau de l'UA ainsi que de la direction et du personnel de l'UA ont été invités à assister à cet évènement.

vendredi 24 août 2007

Le laboratoire vénézuélien





Au Venezuela cet été, l’effervescence est palpable. Pour la xième fois, le peuple se prépare à une nouvelle grande consultation sur la Constitution. El presidente Hugo Chavez propose des amendements qui iraient davantage dans le sens de la décentralisation du pays, notamment vers les conseils communaux qui pourraient devenir les piliers d’une administration axée sur les besoins des barrios et des villages. Les mauvaises langues à Caracas disent cependant que le véritable objectif est de permettre la réélection de Chavez à la présidence (la Constitution actuelle permet deux mandats seulement). Quoi qu’il en soit, le processus bolivarien enclenché depuis 1999 semble bien solide.
Les succès de Chavez, validés par plusieurs élections et référendums ces dernières années, consistent a avoir entrepris de vastes réformes sociales en faveur des démunis. L’État est devenu pourvoyeur de services de santé et d’éducation pour la majorité de la population, au lieu d’être ─ ce qu’il était avant ─ l’organisateur des prédations de la classe dominante. Ce qui permet cette restructuration est bien sûr la manne pétrolière. Le budget de l’État, qui prévoyait un prix moyen de 30 $ dollars le baril, est présentement tiré vers le haut par les cours actuels (au-dessus de 70 $). Grâce aux fameuses « missions » mises en place par l’État, des millions de personnes ont maintenant accès à des services de santé adéquats, à des écoles avec des profs, à des biens alimentaires à prix abordables. Pour la première fois, une famille pauvre peut sauver son enfant malade parce qu’il y a un médecin et des médicaments de l’autre côté de la rue.

Parallèlement à ces mesures contre la pauvreté, Chavez veut réorienter les priorités de développement vers l’intérieur du pays ─ traditionnellement tout était concentré sur Caracas et les régions côtières ─, où réside une population marginalisée, et qu’il veut désenclaver par des infrastructures de transport. De cette immense redistribution des revenus ressort un certain nombre de problèmes. Les budgets consacrés aux dépenses sociales ne permettent que marginalement à l’économie de se diversifier et de s’investir dans des projets productifs en agriculture ou dans le secteur manufacturier. Les détenteurs de capitaux, pour ne pas dire les dominants, sont méfiants et préfèrent garder leur frc plutôt que de l’investir. Ce qui crée des pressions inflationnistes dangereuses. Mais en attendant, le « socialisme pétrolier » ─ l’expression est de Chavès ─ fonctionne.

Pouvoir populaire ?

Les dominés profitent de tout cela pour s’organiser. Ici et là, des coopératives, des groupes d’entraide, des radios communautaires poussent comme des champignons dans l’improvisation générale. Les partis de gauche, traditionnellement assez faibles au Venezuela, n’exercent pas une grosse influence, sauf peut être au sein de la nouvelle centrale syndicale, l’Union nationale des travailleurs (UNT). Pour sa part, Chavez veut aller vite et ne pas tergiverser. Il rêverait d’une sorte de pouvoir populaire « direct », où les citoyens prennent l’initiative. Il voudrait d’autre part coaliser les diverses gauches au sein d’un parti « unique de la gauche », le Parti socialiste uni du Venezuela.

Face à cela, les anciennes organisations de gauche sont plutôt réticentes pour un ensemble de raisons. D’une part, elles pourraient perdre leur espace. Elles craignent d’autre part que les organisations populaires ne deviennent autant de « courroies de transmission » vers le centre du pouvoir. Mais les gens ordinaires voient la chose différemment. La révolution bolivarienne, c’est Hugo. On voit de ses propres yeux les impacts d’une politique qui donne des résultats.

On est aussi sceptique face à un monde politique traditionnel qu’ont toujours dominé les mêmes élites, essentiellement riches, blanches et urbaines. Edgardo Lander, un sociologue de Caracas qui observe la situation de près, estime que le processus actuel d’auto-organisation à la base est porteur même s’il demeure fragile : « Parfois, l’État intervient trop et maladroitement, y compris par la distribution chaotique de ressources financières. Mais dans ce chaos s’accumule une expérience organisationnelle inédite. Reste à voir si le mouvement populaire saura se déployer dans l’espace institutionnel créé par le bolivariannisme et se structurer de manière à réellement libérer la parole et l’action des communautés de base. »

À la conquête des Amériques

La révolution bolivarienne et le « socialisme pétrolier » du président Chavez lui permettent de prendre une place de plus en plus importante sur l’échiquier latino-américain. Sur le plan du symbolique, Chavez est devenu un véritable héros aux yeux des multitudes du Rio Grande jusqu’à la Terre de feu. Non seulement il tient tête à Bush, mais il met en place toutes sortes d’initiatives concrètes pour traduire en action le rêve d’une Amérique latine solidaire.

Ainsi le Venezuela, avec l’aide de Cuba, transfert actuellement des ressources considérables vers la Bolivie et le Nicaragua. L’Alliance bolivarienne pour les Amériques, l’ALBA, est encore sur papier, mais elle commence à apparaître comme un processus réel, stimulé par des projets concrets comme PétroSud, TVSud et d’autres idées visant à intégrer les Amériques pour les peuples. Mais l’ALBA est fragilisée du fait que le Brésil et l’Argentine, notamment, restent en marge. Comme si ces pays craignaient l’hégémonie de Caracas au moment où eux-mêmes tentent de se positionner comme puissances régionales, et même mondiales.

Pérou : Un monstrueux montage contre Chavez




Comment les photos de Hugo Chavez et d'Ollanta Humala sont apparues sur les boites de thon ????

Alors que le Venezuela apporte une aide aux victimes du tremblement de terre au Pérou, Le drame est politisé par l'apparition, dans la distribution d'aide humanitaire, de boîtes de thon portant les photos du président vénézuélien Hugo Chavez et de son protégé local Ollanta Humala, candidat l'an dernier à la présidence du Pérou. Un monstrueux montage ,bien mystérieux car l'aide venezuelienne a été directement à Caracas supervisé par le gouvernement péruvien .On voit à nouveau la puissance de la désinformation .Récit.


Huit jours après le tremblement de terre, d'une magnitude de 7,9 sur l'échelle de Richter, le bilan officiel dressé par la Défense civile péruvienne est de 514 morts, 1.090 blessés, 39.741 habitations détruites et 6.300 autres endommagées. Des médias en déduisent que le nombre de sans-logis peut atteindre 180.000.

Ceux qui ne trouvent pas refuge chez des parents sont hébergés dans des camps -qualifiés "d'auberges"- formés de dizaines ou centaines de tentes dressées sur des terrains de sport, dans des parcs ou autres espaces disponibles. Des familles de sinistrés continuent néanmoins à dormir dans les rues. Le ministre du Logement, Hernan Garrido, a annoncé une aide de 6.000 sols (2.000 dollars) pour ceux qui ont perdu leur maison.

Toujours selon la Défense civile, le séisme a aussi endommagé ou détruit 136 centres scolaires, 54 "établissements de santé" (dispensaires, cliniques, hôpitaux), 29 tronçons de diverses routes et 20 églises.

Des ruines de l'église de San Clemente, à Pisco, les sauveteurs ont retiré 148 cadavres. L'édifice s'était effondré sur plus de 200 fidèles qui assistaient à une messe de... funérailles au soir du 15 août au moment du tremblement de terre. Quelque 50 des victimes appartiennent à une même famille, venue célébrer le premier mois du décès d'un des siens, Nery Espino. Les débris et la poussière soulevée par l'effondrement de l'église, construite en adobes (briques d'argile non cuite), ont écrasé ou étouffé trois générations d'Espino. Le plus jeune avait 3 ans et le plus âgé 69.
C'est à Pisco, ville de 120.000 habitants détruite à 80%, que siège depuis plusieurs jours Alan Garcia, le président social-démocrate du Pérou. Avec sa ministre du Travail, Susana Pinilla, il a enrôlé huit mille sinistrés parmi les plus démunis dans le programme "Construyendo Perú" ("En construisant le Pérou") pour déblayer et nettoyer Pisco, Ica et Chincha.

Vêtus de rouge et casqués de blanc, maniant un matériel flambant neuf fait de brouettes, pelles et balais, ces brigadiers qui ont tout perdu recevront 98 sols (32 dollars) par semaine de travail. "Nous construirons une ville plus grande et plus prospère" leur promettait mercredi Alan Garcia sur la Plaza de Armas de Pisco où l'on hissait le drapeau national pour honorer les morts.

Les villes de Pisco, Ica et Chincha appartiennent à la région dont Ica est le chef-lieu. Les cinq provinces de cette région, ainsi que la province de Cañete, la plus méridionale de la région de Lima, forment la zone sinistrée. C'est autour de cet axe qui s'étire sur plus de 300 km au sud de la capitale péruvienne qu'est répartie l'aide humanitaire nationale et internationale avec une lenteur critiquée et sous la menace de pillages que l'armée doit conjurer.

A propos de cette aide, le quotidien Expreso a relaté la distribution de milliers de boîtes de thon en conserve dont l'étiquette porte les photos du président vénézuélien Hugo Chavez et d'Ollanta Humala, leader du Parti Nationaliste Péruvien (PNP). Tenant local de la gauche bolivarienne et antiaméricaine de Chavez et ex-officier putschiste comme lui, Humala fut vaincu le 4 juin 2006 au second tour de l'élection présidentielle péruvienne par les quasi 53% d'Alan Garcia. L'ancien militaire briguera sans doute à nouveau la charge suprême en 2011.

"Je demande à Dieu que ne soit pas président du Pérou l'irresponsable, le démagogue, le menteur et le voleur qu'est Alan Garcia" avait ancé sept jours avant le scrutin présidentiel Hugo Chavez, qui soutenait ouvertement Ollanta Humala. Un long froid diplomatique s'ensuivit. Dans ce contexte, les boîtes de thon ne risquaient pas aujourd'hui de passer inaperçues. Selon l'Expreso, les militants nationalistes péruviens les achemineraient en camions, sans coordination avec la Défense civile.

Outre les photos polémiques, l'étiquette des boîtes affiche ce texte: "Face au désastre naturel qui a secoué le Pérou et surtout notre région d'Ica, le Parti Nationaliste Péruvien fait acte de présence avec notre leader Ollanta aux côtés de notre soeur la République Bolivarienne du Venezuela, dont le président est notre frère Hugo Chavez, car le gouvernement péruvien agit de manière inefficace, lente et sans coeur, sans que lui importe la douleur des victimes, laissées à la merci de la faim, de la soif et du pillage".

A Caracas, le ministre vénézuélien des Relations extérieures, Nicolas Maduro, a aussitôt qualifié l'apparition de ces conserves de thon de "montage pervers visant à souiller la solidarité transparente du gouvernement du Venezuela avec le peuple du Pérou". Selon le ministre, les "26 tonnes" d'aide humanitaire envoyées jusqu'à présent par le Venezuela "ont été livrées directement à l'Institut de la Défense civile sous la supervision du gouvernement péruvien".

Pour sa part, le président Alan Garcia a déclaré que son homologue vénézuélien Hugo Chavez n'a aucune nécessité de mener une campagne politique au Pérou. En ajoutant que "ce n'est pas le moment de profiter des circonstances pour faire de la propagande", Alan Garcia semblait accuser implicitement le PNP d'Ollanta Humala.

Mais ce dernier a rejeté lui aussi toute implication dans l'affaire et la responsable de la communication de son parti, Cynthia Montes, y voit "la main noire" du gouvernement du président Garcia, qui chercherait à dévier l'attention des critiques reçues pour la distribution chaotique de l'aide humanitaire.

Les boîtes de thon bolivariennes restent donc pour l'heure un mystère. Il sera probablement éclairci plus rapidement que l'énigme des fameuses lignes du site archéologique de Nazca, situées elles aussi dans la région d'Ica et heureusement épargnées par le séisme.

Que de mensonges sur le Venezuela de Chavez




par Gianni Minà Centre de recherche sur la mondialisation

Si dans quelques mois les délégués du Parti Démocrate nord-américain choisissent Hillary Clinton comme candidate aux prochaines élections présidentielles, il en résultera que dans ces vingt dernières années, deux familles seulement auront eu en main le gouvernement et le pouvoir aux Etats-Unis : les Bush et les Clinton. Mieux, si on considère que l’ex- chef de la Cia, Bush père, a été l’influent vice-président de Ronald Reagan, la saison pendant laquelle le gouvernement de Washington a été sous tutelle de deux clans familiaux seulement devient trentenaire. Particularité qui pourrait soulever quelque doute sur la qualité de la démocratie nord-américaine toujours brandie comme la meilleure. Et en particulier dans une époque où un président, Bush junior, fait approuver une loi qui autorise la torture et une autre qui abolit l’institution de l’habeas corpus, droit fondamental de la défense pour un être humain. Quoi qu’il en soit Chavez, comme il l’a déjà fait une douzaine de fois au cours des dix dernières années, devra d’abord être encore une fois jugé et élu par son peuple. A condition que les élections ne soient pas valables que lorsque ce sont ceux que nous soutenons qui les gagnent. Je ne sais pas pourtant si Pierluigi Battista, de plus en plus inconsolable d’avoir été communiste, a pensé à cette réalité indiscutable quand le samedi 18 août, dans un article de première page sur le Corriere della Sera, lacérait ses vêtements sur l’éventualité que la modification à la Constitution vénézuélienne puisse ouvrir la possibilité à Hugo Chavez de rester président de ce pays pratiquement à vie.

Mais Pierluigi Battista, fort incorrectement, a oublié le fait que parmi les modifications proposées ne figure pas celle d’abolir l’article (unique au monde) qui permet au peuple vénézuélien de démettre, par référendum, le président en charge. Une possibilité qui a déjà été tentée en 2004 par l’opposition querelleuse et « golpiste » du pays, qui a cependant échoué misérablement par vote d’un électorat qui avait demandé, presque par plébiscite, la confirmation de Chavez. Ce référendum était arrivé, entre autres, deux ans après une tentative de coup d’état presque comique, mis en acte par cette même imprésentable opposition, et béni par le gouvernement de Washington ; et celui de Aznar en Espagne, comme l’a révélé au Parlement Miguel Angel Moratinos, actuel ministre des Affaires Etrangères du gouvernement Zapatero. Tentative grotesque qui a duré l’espace d’un jour, en impliquant aussi quelques hauts prélats, et qui prétendait substituer au président démocratiquement élu le président du patronat vénézuélien, Carmona-Estanga, à présent réfugié en Colombie.

Je ne me souviens pas, sur tous ces événements, d’une seule ligne indignée analogue à celles écrites samedi dernier par Battista sur le Corriere della Sera, ni d’interventions hasardeuses de politiciens comme le sous-secrétaire aux Affaires Extérieures Vernetti (mais n’est-ce pas Di Santo le vice-ministre délégué à l’Amérique latine ?) qui, entre autres, se signalaient comme l’a écrit Matteuzzi, par une connaissance fausse et incorrecte de l’Amérique latine.
Une information qui semblait photocopiée sur celle systématiquement mise en circulation par la Ned, l’agence de propagande de la Cia, qui fait partie des soutiens de Reporters sans Frontières et que Wayne Smith, le diplomate nord-américain responsable du Bureau d’intérêts des Etats-Unis à La Havane, pendant la présidence Jimmy Carter, a défini comme « une association qui influence et cherche à conditionner, pour le compte du gouvernement de Washington, la presse, les médias, les partis politiques et les organisations syndicales en actions alignées sur les intérêts économiques et stratégiques des Etats-Unis. Un organisme qui serait maintenant à consigner à la poubelle de l’histoire ».

Mais il y a mieux. Bruce Jackson, enseignant de culture américaine à la State University of New York de Buffalo, dans un essai pour Latinoamerica (revue dirigée par l’auteur, NDT) où il reprenait le chapitre « Trojan Horse : the National Endowment for Democracy » tiré du livre de William Blum « Rogue State. A guide for the World’s Only Superpower » rappelait que la Ned avait soutenu avec 877 mille dollars les groupes qui, en 2002, organisèrent le coup d’état raté contre le président Chavez.

Ces réalités appartiennent depuis longtemps au domaine public pour qui s’intéresse avec honnêteté intellectuelle, aux événements latino-américains et aux politiques des Etats-Unis dans cette zone du monde. Comment est-il possible alors que, de façon cyclique, on monte ces petits théâtres grotesques sur Cuba plutôt que sur le Chili d’Allende, sur la Bolivie ou, plus récemment sur le Venezuela ? Et pourquoi y a-t-il encore des gens qui font semblant d’y croire ? Chavez n’est certes pas un personnage facile, parfois il risque la démagogie, mais le Venezuela dont il a hérité du démocrate-chrétien Calderas et du prétendu socialiste Carlos Andrès Peres (les présidents que peut-être Pierluigi Battista et Vernetti auraient qualifié de « démocrates », bien qu’ils se soient officiellement approprié des richesses du pays) était une nation de 15 millions de pauvres sur 23 millions d’habitants où les enfants des déshérités des ranchitos n’allaient pas à l’école parce que, comme leurs parents, ils n’étaient même pas inscrits à un état-civil, ils étaient « invisibles ». Et cela bien que le Venezuela soit, comme nous le savons tous, un des premiers producteurs de pétrole du monde.

Ce paysage, en dix ans, comme le confirment les chiffres des organismes internationaux, a radicalement changé du point de vue de l’éducation, de l’ascension sociale, de l’exploitation équitable des ressources pour le bien commun.

Les invisibles, « los animales » comme les appelait l’oligarchie prédatrice, existent maintenant, et leurs 5 millions de votes ont changé les équilibres politiques du pays, et influencé les choix d’autres nations du continent. Les Etats-Unis de Bush junior en ont pris acte, mais ne sont pas disposés à accepter cet état de choses. Et répètent ainsi la même erreur commise pendant un demi-siècle à l’égard de Cuba : mettre en marche une stratégie de la tension pour jeter une mauvaise lumière sur le Venezuela, le soumette à l’erreur et l’isole. Mais l’opération est perdante parce que la terre de Chavez est riche, très riche. Et, en Amérique Latine, souffle maintenant un vent très fort d’indépendance et de résistance aux politiques de saccage des multinationales, étasuniennes ou pas. Et pourtant on trouve encore des gens qui gardent une connivence avec cette énième tentative de manipulation historique.
Quelle tristesse.

Venezuela : Chavez pour la journée de six heures



Le président vénézuélien, Hugo Chavez, a ouvert la brèche pour que le gouvernement puisse occuper tout bien susceptible d'expropriation, de manière préventive et avant que ne finisse le procès qui déterminerait le montant qu'il devra payer à ses propriétaires. De plus il a annoncé la réduction de la journée de travail à six heures et l'élimination de l'autonomie que la Banque Centrale du Venezuela maintient actuellement à l'égard du gouvernement. Ce sont quelques-unes des 33 modifications impulsées par le mandataire de la Constitution de 1999.

"Au niveau économique, notre Constitution n'a pas de direction précise, elle est ambiguë et est le produit du moment, il faudra rappeler que quand la Révolution Bolivarianne a commencé nous étions presque seuls dans le monde, on disait que le socialisme était mort, que ce qui venait était déjà le nouvel ordre mondial, le consensus de Washington, le Fonds Monétaire et l'ALCA (Aire de Libre Echange des Amérique, impulsée par les Etats-Unis)", a t-il justifié.

Dans le projet qu'il a remis mercredi à l'Assemblée Nationale, Chavez suggère de continuer de garantir la propriété privée aux vénézuéliens, alors qu'il incorpore de nouvelles figures comme la propriété publique qui, comme il l'a expliquée, "est celle qui appartient aux entreprises de l'État" ; la sociale, qui "est celle qui appartient au peuple dans son ensemble et les générations futures et qui pourra être gérée par l'État au nom de la communauté ou non" ; la collective qui "est celle des groupes sociaux" et la mixte qui "sera formée par les privés, l'État et/ les communautés".

Durant son discours retransmis par toutes les chaînes de télévision et radios, Chavez a défendu sa décision de maintenir la propriété privée, même s'il a reconnu que quelques secteurs de son administration ont insisté pour qu'elle soit éliminée. "La prétention d'éliminer d'un trait les petites et moyennes propriétés productives, c'était la raison pour laquelle des expériences socialistes ont échoué comme celle de la Révolution Sandiniste au Nicaragua ou de l'Union soviétique", a-t-il dit, en ajoutant à la fois : "ce que nous devons faire, compatriotes, c'est de convaincre ces petits et moyens producteurs de faire une alliance productive pour lever l'économie du pays ".

Le président Chavez a aussi proposé au Parlement de réviser l'article 90 de la Constitution, lequel établit que la journée de travail sera de huit heures, pour la porter jusqu'à six. Il a nié que cette mesure aille stimuler une "flemme" ; au contraire, il a auguré qu'elle impulsera la productivité, puisque "les travailleurs auront plus de temps pour être avec leurs familles et pour se former".

Il a aussi estimé que le chômage pourrait être réduit, puisque les entreprises se verront obligé d'embaucher 25 pour cent de personnel en plus pour maintenir leurs opérations aux niveaux actuels. De la même manière il a projeté de modifier l'article 87, en rapport à la sécurité sociale, pour garantir une protection et une couverture aux travailleurs autonomes. Il a dit que, d'en approuver son établissement, le gouvernement créera un fond qui garantira pensions, chômage et autres bénéfices à ces secteurs actuellement exclus. Le Venezuela manque d'un système de sécurité sociale efficace et l'administration de Chavez est en retard avec l'approbation des lois qui permettraient d'avancer à ce niveau.

Le mandataire vénézuélien a aussi proposé d'éliminer l'autonomie de la Banque Centrale du Venezuela (BCV), l'organisme en charge de la politique monétaire et des réserves internationales de la nation pétrolière, lesquelles s'élèvent actuellement à 22 milliards d'euros. Le gouvernement dispose déjà de ces ressources, puisqu'une modification de la loi qui régule l'organisme financier, l'oblige à remettre une partie des épargnes en divises qu'il maintient dans ses coffres pour financer différentes initiatives officielles, telles que l'acquisition des avions de combat russes.

La proposition de permettre au chef de l'État de se représenter à son poste autant de fois qu'il le désire, figure bien sûr dans le projet de réforme constitutionnelle que Chavez a présentée mercredi, mais de plus il a proposé d'augmenter de six à sept ans le mandat présidentiel. "Je propose que l'article 230 dise ainsi : 'La période présidentielle est de sept ans, le président ou présidente de la République peut être réélu(e) pour une nouvelle période'. Aussi simple", a-t-il dit, au milieu des applaudissements des 167 députés, tous de son camp, qui forment le Législatif vénézuélien.

Le chapitre consacré aux forces armées a aussi été révisé par le mandataire, qui aspire à ce que la réserve, corps spécial composé d'hommes et femmes qui en cas de guerre doivent rejoindre l'armée régulière et qui sont sous le commandement direct du président, se convertisse en milice populaire. Il a finalement proposé de substituer la phrase qui établit que les militaires "ne seront au service d'aucune partialité politique" par une autre qui dit que "ils sont anti-impérialistes et qu'ils ne seront jamais au service de l'oligarchie". Chavez qualifie tout ce qui s'oppose à lui comme oligarque. Cependant, les sources économiques consultées croient que les réformes économiques prévues par le président n'engagent, en principe, aucune menace pour les investissements étrangers.

jeudi 23 août 2007

VENEZUELA : NOTES DE VOYAGE



ll est l’idole des pauvres et des laissés-pour-compte.
Ils sont la majorité soit environ 80% de la population.



Chavez prophète en son pays
par Mohammed Zerrouki sur L'EXPRESSIONDZ.COM

Du hublot de l’avion on voit Caracas, capitale du Venezuela, se dessiner sur les flancs d’une haute chaîne de montagnes verdoyantes. La complémentarité du bleu de la mer et du vert du paysage est brisée par un ensemble de buildings et de bidonvilles qui se côtoient.
Le taxi, qui nous transporte de l’aéroport au centre de la ville, se fraye un passage à «l’algérienne» avec pas moins de trois heures de temps. Nous noterons que l’embouteillage s’étalant sur plusieurs kilomètres est dû à la restauration d’un pont.
Aussi, l’accueil que nous réserve ce pays appelé par Christophe Colomb «Terre de grâce» sera surprenant. En effet, les hôtels affichent, pour la plupart, complet et c’est ainsi que le sort nous mène tout droit vers un établissement trois étoiles appelé «Brodway». Malheur à nous car le quartier appelé Chacaito où se situe notre gîte est malfamé ou plutôt insécurisé. Une nuit et le lendemain l’hébergement est assuré dans un hôtel d’Altamira, quartier où est domiciliée notre ambassade.
A propos de l’insécurité, il faut savoir qu’au Venezuela la police nationale est inexistante et que la sécurité, l’ordre et la circulation sont assurés par une police municipale, c’est un héritage des ex-dirigeants du pays. Chavez est en train de réviser cette option et veut avoir sa Sûreté nationale.
havez l´idole
D’ailleurs, les annonces des assassinats quotidiens vous donnent froid dans le dos, en moyenne plus d’une cinquantaine de meurtres déclarés sont inscrits par semaine sur les registres officiels. Il s’agit surtout de règlements de comptes type vendetta ou entre narcotrafiquants ainsi que de personnes attaquées pour vol.
L’absence de l’Etat durant le règne d’avant Chavez, dans des quartiers comme Petare, a laissé pourrir la situation. Toutefois, il n’est pas étonnant de voir des sortes d’abris ou de guérites de policiers municipaux dans des quartiers huppés de Caracas tels Chacao ou Altamira portant la mention «Zone sécurisée».
S’il y a bien un homme vénéré au Venezuela, c’est bien Hugo Chavez. Il est l’idole du peuple, mais celui des pauvres et des laissés-pour-compte. Ils sont la majorité de la population vénézuélienne, soit environ les 80%.
Pour s’approcher plus de son peuple, Chavez, en bon orateur, s’adresse directement à lui trois fois par semaine lors d’une émission intitulée: «Allo Président», sous forme de débats. Tous les jeudis à la télévision et deux fois à la radio. A vrai dire, c’est un show où le rire se mêle à la crudité des mots et des phrases qui embaument le coeur de ces citoyens qui ont si longtemps été considérés comme la classe des intouchables.
Il est bon de savoir que sur plus de 26 millions de Vénézuéliens que compte le pays, sept sur dix n’avaient pas de carte nationale d’identité, pis encore, ils n’étaient même pas inscrits sur les registres de l’état civil. On naissait comme des lapins au Venezuela, sans nom patronymique et sans repère en somme des citoyens nés exclus de la société. Comment, dans de telles conditions, ne nourri-t-on pas le crime et la délinquance? L’insécurité trouvait ses racines dans ce monde de l’inconnu.
En avril 2004, Chavez, dans le cadre de l’instauration des différentes entités appelées «missions», crée celle de l’identité nationale. Elle sera chargée de faire bénéficier des millions de Vénézuéliens et d’étrangers de l’obtention de la carte nationale d’identité et de leur inscription sur les registres d’état civil. L’opération suit son cours actuellement.
Si le président vénézuélien a créé ces missions, c’est parce que, affirme-t-on, l’administration ne lui était pas obéissante. Pour les dossiers urgents, il installe ces «missions» qui prennent en charge tout le processus de suivi et de développement.
Pour cela, il s’appuiera sur l’expérience cubaine. Son ami Fidel Castro, conscient de la portée d’une telle opération, lui envoie quelque 28.000 experts cubains, de la médecine au sport en passant par le social, l’agriculture, les hydrocarbures, l’éducation et l’alimentation.
Nonobstant, le Venezuela, ce beau pays, orgueilleux de sa richesse pétrolière, de son décor paradisiaque ainsi que de la valeur et de la bravoure de ses dirigeants, n’est pas libre de tous ses mouvements.
En effet, ce que l’on appelle le troisième pouvoir, à savoir les médias dans presque leur majorité, lui échappe. Ils sont aux mains de l’opposition qui ne rate aucune occasion pour critiquer le pouvoir en place et contrer toute bonne initiative.
Si le simple citoyen rencontré dans la rue vous fait les éloges de Hugo Chavez et de ses compagnons, celui du riche village d’El Hatillo, perché sur les hauteurs de Caracas, étrille tout ce qui est à consonance «chavista», même la propre famille de Chavez n’y échappe pas et est accusée de tous les maux.
Les opposants occupent les lieux les plus somptueux, ont eurs propres cercles, leurs restaurants, leurs lieux de loisirs et friment avec des voitures de luxe et des 4x4 aux vitres teintées.
Toutefois, Hugo Chavez leur fait un pied de nez, il est partout, dans les stands de vente de tee-shirts où il côtoie le «Che», sur les murs où il est placardé. On le voit sur un tracteur, à cheval, en boyscout ou en tenue rouge, celle des «chavistes», et sa photo officielle trône à l’entrée de tous les édifices étatiques. Il nargue son monde, c’est, dit-on, sa force.
Le Venezuela qui s’étend sur une superficie de 912.050 km² n’est pas seulement connu pour Caracas mais aussi pour ses magnifiques villes de l’intérieur du pays. Des villes comme San Antonio ou San Cristobal ont également leur charme.
San Antonio se trouve à la frontière colombienne, c’est pour ainsi dire leur «Maghnia». On n’a pas besoin de passeport ou de visa pour passer d’un côté ou d’un autre. Le poste frontalier se situe à l’intérieur même de la ville et les véhicules vont et viennent sans être dérangés dans leurs quotidiennes manoeuvres de contrebande.
La seule précaution qu’il faut prendre c’est de payer la taxe de sortie, une fois que l’on quitte ce lieu, elle s’élève à 38.000 bolivars, soit 15 euros. Il existe aussi une taxe aéroportuaire de 10.000 bolivars, environ 4 euros. Sans le paiement de ces taxes, le voyageur encourt de très sévères sanctions s’il fait l’objet d’un contrôle.
Cependant, à San Antonio on se croirait à La Havane, à Cuba, car il y a une multitude de véhicules de marque Chevrolet ou Cadillac très anciens. Ils font office, généralement, de taxi.
Figurez-vous que même si le prix du carburant est l’un des plus bas du monde, la course vous revient un peu cher puisque aucun taxi au Venezuela n’est doté d’un compteur. Le prix est au pif et à la tête du client, surtout s’il est étranger.
Si le centre-ville de San Antonio est un peu laissé à l’abandon au regard de l’état de ses rues et de ses trottoirs, celui de San Cristobal, à quelques encablures, peut être qualifié de moderne.
San Cristobal est l’endroit où a jailli, pour la première fois, le pétrole au Venezuela. C’est donc une zone pétrolifère et la ville est construite sur le mode architectural des cités américaines avec avenues et trottoirs larges. On perçoit la propreté et l’organisation dans cette ville.





Mais visiter le Venezuela peut s’avérer cher car les prix aussi bien de l’hôtellerie que de la restauration que du transport sont assez élevés par rapport à ceux des autres pays d’Amérique latine.
La longue frontière qui longe la Colombie sur 2050 km est un problème assez sérieux et épineux pour les Vénézuéliens, ils vous le disent ouvertement. Les narcotrafiquants opèrent sur cette bande pour pouvoir écouler leur marchandise.
C’est pour cette raison que vous ne devriez pas être étonné lors d’un contrôle sur la route, hors de la zone frontalière ou à l’aéroport, de voir des douaniers experts de la lutte anti-drogue vous renifler le corps, les affaires personnelles et les valises. C’est un moyen de dissuasion pour les éventuels trafiquants.
Les Algériens au Venezuela
Bien que le Venezuela soit assez éloigné, pas moins de 12 heures de vol par avion sans compter les escales, nos
compatriotes ont émigré vers ce pays. Selon M. Mezoued Hocine, premier secrétaire de l’ambassade d’Algérie à Caracas, une quarantaine de compatriotes y résideraient.
La plupart sont des ingénieurs et techniciens des hydrocarbures et seraient presque tous installés dans les villes de la zone pétrolifère comme Macaïbo. Le frère de notre humoriste Fellag se trouve, également, parmi ce contingent. Il y a aussi, dans cette ville, un Sétifien qui tient un café avec son frère nouvellement arrivé. Renseignements pris, il s’avère que les choses vont bien pour ce commerce.
A Caracas, un autre Algérien, Bellatrèche Omar, est propriétaire d’un grand magasin de meubles. Hamza de Sidi Aïch est, lui, professeur de français. Mais le cas le plus intéressant est celui de Djeddid Azzedine, un jeune âgé de 29 ans, qui a pris, il y a sept ans, la décision de rejoindre le Venezuela. Il était étudiant en 2e année de sciences économiques à l’université de Tizi Ouzou-ville dont il est originaire quand, après avoir navigué sur Internet, il a été séduit par ce pays. Billet d’avion, quelques euros et visa en main, il se lance dans l’aventure sans même connaître un mot d’espagnol. Dans sa tête, il s’agissait de faire du tourisme seulement, mais le sort en a voulu autrement. Il nous dira: «J’ai rencontré un monsieur saoul qui s’est avéré par la suite être un avocat qui m’avait, dans la rue, demandé l’heure. Ne comprenant pas l’espagnol, je cherchais dans mon petit dictionnaire. Il me l’a pris et nous avons entamé une discussion beaucoup plus gestuelle et on a lié amitié à partir de ce jour. C’est ainsi qu’il m’a aidé à avoir un appartement et j’ai commencé à donner des cours de français dans un collège.» Azzedine nous avouera que son attention a été attirée, dans ce pays, par la cordialité et la chaleur humaine et surtout par le climat où il fait bon vivre. Toutefois, notre émigré semble bien subir les difficultés de la situation économique que vit le Venezuela. Aidé aussi par notre ambassade qui l’emploie comme vacataire, il pense, toutefois, retourner un jour au bled.
Il adore son pays l’Algérie mais il aime ce pays qui l’a adopté. «Venezuela, tu m’as ensorcelé!», affirmera-t-il.

mercredi 22 août 2007

Quand HugoChavez brade son pétrole pour "Ken le rouge"



Ken Livingstone dit" Ken le Rouge "Maire de Londres

Après le "pétrole contre nourriture" irakien, voici le contrat "pétrole contre expertise". Londres et Caracas ont signé un accord pour la fourniture de fioul vénézuélien à un prix préférentiel, en échange de l'expertise britannique en matière d'environnement. Un accord signé en février, mais dont les détails viennent d’être révélés par la mairie de Londres.
En clair, le groupe pétrolier public "Petroleos de Venezuela" réduira de 20% la facture payée par Londres pour le fioul de ses bus. Ce qui permettra à la mairie de réduire à son tour de moitié le prix du billet de bus pour les Londoniens les plus modestes, dont les parents célibataires, ceux qui ont une famille à charge, les malades et les handicapés. Une économie de 23 millions d'euros sur les 148 millions dépensés chaque année dans ce domaine.
En échange, le Venezuela obtiendra gratuitement de la part de Londres une expertise dans les domaines des transports publics, de l'urbanisme, du tourisme et de la protection de l'environnement. Concrètement, Londres ouvrira un bureau à Caracas, où elle dépêchera des experts du recyclage, de retraitement des déchets, du trafic routier et des émissions de dioxyde de carbone.
"Pas défendable moralement"
L’accord suscite de vives réactions dans les deux pays. Ses détracteurs estiment surtout que le Venezuela brade sa principale ressource pour l'une des villes les plus riches du monde. L’opposition conservatrice de Londres est également montée au créneau, critiquant l'initiative du controversé "Ken le rouge". Son leader Angie Bray, qui décrit Hugo Chavez comme "un dictateur avec un bilan monstrueux sur les droits de l'homme", estime qu’il n'est "pas défendable moralement d'accepter du pétrole vénézuélien bradé". "Pourquoi Londres, l'une des capitales les plus riches du monde, a-t-elle besoin d'exploiter une nation en voie de développement ? renchérit Richard Barnes, son adjoint. Cet argent serait mieux destiné aux pauvres du Venezuela".

Controverse autour de la réforme «socialiste» de Chavez - Venezuela



Un Hugo Chavez géant gonflable est installé à l’extérieur de l’Assemblée nationale à Caracas


La réforme de la Constitution, annoncée avec fracas par le président vénézuélien Hugo Chavez, suscite une controverse autour de la suppression de la limitation du nombre de mandats présidentiels et l'instauration d'une «économie socialiste».

Au pouvoir depuis 1999 et réélu pour six ans, le chef de l'État a annoncé, le 15 août dernier, dans un discours de cinq heures devant un Parlement entièrement acquis à sa cause, la suppression de la limitation du nombre des mandats présidentiels (actuellement fixée à deux).

Pour en «finir avec le système d'exploitation capitaliste», cet ex-militaire putschiste, qui lorgne sur la longévité politique de son mentor cubain Fidel Castro, compte inscrire dans la loi l'obligation de créer «un modèle économique socialiste» à la tête du sixième pays exportateur de pétrole au monde.

Rejetée par la majorité des Vénézuéliens selon un sondage, la possibilité pour M. Chavez – qui entend gouverner au moins jusqu'en 2021 – de se présenter indéfiniment à l'élection présidentielle, a provoqué une levée de bouclier dans l'opinion.

Le leader de l'opposition, le social-démocrate Manuel Rosales, candidat malheureux à la présidence, a dénoncé un «coup d'État constitutionnel», exigeant la convocation d'une assemblée constituante au lieu du référendum populaire prévu par le gouvernement.

L'autorité électorale suprême du pays ne s'est pas non plus privée d'épingler l'inscription du socialisme dans la Constitution, une réforme qui pourrait porter atteinte au «pluralisme politique».
«En déclarant le Venezuela État socialiste, on doit se demander ce qu'il advient du pluralisme politique», a déclaré l'un des membres du Conseil national électoral (CNE), Vicente Diaz. «Que se passe-t-il si un parti se présente comme antisocialiste parce qu'il est libéral?», s'est-il interrogé.

Au-delà de la rhétorique antilibérale et de ses diatribes récurrentes contre les États-Unis, le président vénézuélien a toutefois reconnu qu'il n'entendait pas interdire la «propriété privée». «Secteur privé, vous n'êtes pas exclu, nous avons besoin de vous», a-t-il lancé.

Pour autant, le chef de l'État a aussi assigné des objectifs économiques à sa réforme qu'il a baptisée «socialisme pétrolier».

Après avoir déjà contraint les multinationales étrangères à céder le contrôle de l'exploitation du pétrole au géant pétrolier national PDVSA, M. Chavez veut consacrer une plus grande partie de la manne des hydrocarbures au financement des «missions sociales», dans un pays où la pauvreté frappe la moitié de la population.

Au cours des trois dernières années, les dépenses publiques, essentiellement financées par les recettes pétrolières, ont atteint 10 % du PIB contre 1 % auparavant, selon les chiffres officiels.

Selon l'économiste Francisco Monaldi, enseignant à l'école de commerce EISA, l'expression «socialisme pétrolier» signifie une «intervention encore plus forte» de l'État.

Le gouvernement va obliger les entreprises traitant avec PDVSA à consacrer un pourcentage variable de leur chiffre d'affaires à des projets de développement, explique-t-il à l'AFP.

Le dirigeant vénézuélien est, en revanche, davantage critiqué pour avoir affirmé son intention de retirer «tout type d'autonomie» à la Banque centrale, afin de contrôler directement le niveau des réserves dans un pays où le régime chaviste a institué le contrôle des changes.

Cette mesure, qui tranche avec l'usage en vigueur dans la plupart des pays développés, sème l'inquiétude chez les experts qui prônent la stabilité des finances.

Directeur de la revue d'affaires Veneconomia, Robert Bottome s'inquiète des conséquences de la gestion de la Banque centrale par le pouvoir politique. Cette situation peut compromettre la balance des paiements et augmenter l'inflation à l'avenir, selon lui.

mardi 21 août 2007

Venezuela : réforme de Chavez approuvée au parlement, référendum en décembre





Le parlement du Venezuela a approuvé mardi en première lecture la réforme constitutionnelle du président Hugo Chavez visant à établir un "modèle socialiste", un projet qui doit encore être soumis à la population par référendum en décembre.

Les députés vénézuéliens, tous acquis au chef de l'Etat depuis le boycottage des législatives par l'opposition en 2005, ont sans surprise voté en faveur de la réforme qui offre la possibilité à M. Chavez de se présenter indéfiniment à la présidentielle et fait passer le mandat de 6 à 7 ans.

M. Chavez, un dirigeant proche du leader cubain Fidel Castro, avait présenté sa réforme devant les députés la semaine dernière. Elle prévoit notamment le renforcement du contrôle de l'Etat sur l'économie et la fin de l'autonomie de la Banque centrale.

"Approuvé à l'unanimité", s'est exclamé la présidente du parlement, Cilia Flores, après l'examen du texte qui devra encore faire l'objet de deux lectures devant le parlement conformément à la loi.

A l'issue de la troisième lecture, prévue en novembre selon Mme Flores, le Conseil national électoral disposera de trente jours pour convoquer un référendum populaire.

Au pouvoir depuis 1999 ans à la tête du sixième pays exportateur de pétrole au monde, M. Chavez, réélu jusqu'en 2013, avait reçu en janvier les pleins pouvoirs de la part du parlement afin de proposer cette réforme.

Otages des FARC : espoir prudent en Colombie après l'intervention de Chavez



Le président vénézuélien Hugo Chavez (d) rencontre Yolanda Pulecio (g), mère d'Ingrid Betancourt, le 20 aout 2007 au palais Miraflores de Caracas


En Colombie, les familles des otages retenus par les FARC ont accueilli mardi avec espoir l'implication du dirigeant vénézuélien Hugo Chavez dans cet épineux dossier, même si la réaction de la guérilla marxiste demeure incertaine.
M. Chavez a lancé lundi soir à Caracas un appel à son homologue colombien, Alvaro Uribe, et au chef historique des Forces armées révolutionnaires de Colombie, Manuel Marulanda, pour faciliter l'échange des 45 otages réclamés par les FARC contre la libération de 500 des leurs emprisonnés.
Auparavant, le président vénézuélien, un socialiste ouvertement apprécié par la guérilla, avait reçu au palais présidentiel des proches d'otages, dont la mère de la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, ex-candidate des Verts à la présidentielle colombienne, enlevée en février 2002.
Parmi ses hôtes, la mère de Clara Rojas, la directrice de campagne d'Ingrid Betancourt, qui fut séquestrée avec elle, a affirmé que le président vénézuélien s'était montré "très engagé" au cours de la réunion.
M. Chavez "m'a juré qu'il essaierait jusqu'au bout", a affirmé Clara Gonzalez, interrogé à Caracas par la presse colombienne.
"Nous savons que les FARC ont du respect pour Chavez", a souligné pour sa part Yolanda Pulecio, la mère d'Ingrid Betancourt, convaincue que l'Europe soutiendrait sans réserve toute initiative vénézuélienne.
Selon Angela de Perez, épouse d'un sénateur colombien séquestré depuis six ans, le dirigeant vénézuélien, proche du leader cubain Fidel Castro, "détient l'autorité morale pour s'adresser aux FARC car il a mené un processus révolutionnaire à travers la voie démocratique".
Proche de M. Chavez, la sénatrice colombienne d'opposition Piedad Cordoba, désignée comme médiatrice la semaine dernière par Bogota, s'est déclarée confiante mardi.
"Ce n'est pas une question simple mais nous espérons une réponse rapide" de la guérilla, a déclaré à la presse Mme Cordoba, à l'origine de l'intervention de Caracas.
Toutefois, la médiation vénézuélienne ne change rien au fond du dossier. Le président colombien, ennemi acharné de la guérilla, n'a cessé de s'opposer avec les FARC sur les modalités d'un échange humanitaire, refusant en particulier l'instauration d'une zone démilitarisée exigée par les rebelles.
L'ex-représentant du gouvernement pour la paix, Camilo Gomez, qui participa aux négociations avec les FARC avant l'arrivée au pouvoir de M. Uribe, admet que l'action de Chavez est "intéressante", mais note qu'elle reste suspendue à la question de savoir si la guérilla a "une réelle volonté de négocier".
M. Gomez fait en outre observer que le président vénézuélien risque de heurter certains milieux conservateurs colombiens, voyant dans ce dirigeant anti-américain "un allié de la subversion qui veut déstabiliser la région".
En dépit de la sympathie des FARC pour M. Chavez, il est "très difficile de prévoir si ce respect va entraîner un changement" dans leur hostilité envers l'actuel chef d'Etat colombien, souligne la revue colombienne Semana, affirmant que l'introduction du Venezuela dans le jeu est un "pari très risqué".