dimanche 30 septembre 2007

Cuba prépare une nouvelle phase d'ouverture aux investissements étrangers



Cuba prépare actuellement une nouvelle phase d'ouverture à des investissements étrangers, mais "sans commettre les erreurs du passé", a confirmé samedi à la presse la ministre de l'Investissement étranger, Marta Lomas.


Le 26 juillet, le président cubain intérimaire, Raul Castro - aux commandes du pays depuis l'accident de santé de son frère Fidel en juillet 2006 - avait déjà annoncé que des "changements structurels" dans l'économie cubaine étaient "à l'étude", dont des investissements étrangers.

Il avait à cette occasion indiqué que le pays envisageait un nouveau recours à des investissements étrangers tout en prévenant qu'il s'agissait de ne pas "répéter les erreurs du passé".

Ces erreurs, selon Mme Lomas, ont été de réaliser de "petits investissements", de n'avoir pas mieux sélectionner les associations, les propositions qui génèrent du capital-travail comme en demande le pays - et non de la technologie et du marché.

"Aujourd'hui, nous nous trouvons dans des conditions qui nous permettent d'augmenter l'investissement", a déclaré la ministre, se félicitant des bons résultats des entreprises du pays en 2006 et soulignant que "ce premier semestre (2007), avait été très bon".

"Nous étudions ce que nous pouvons faire avec de l'investissement", a-t-elle indiqué, "la ligne étant que soit réalisé ce qui fait défaut au pays, comme complément au développement".

Le ministère de l'Investissement étranger étudie avec le reste des organismes d'Etat les besoins avant de présenter des propositions aux entrepreneurs, début de 2008.

Pour l'heure, des associations sont recherchées dans le secteur du tourisme pour des investissements extra-hôteliers, a ajouté la ministre.

"Nous voulons développer aussi une partie de l'infrastructure hôtelière avec de l'investissement étranger: (pour) des parcours de golf, des parcs thématiques", a-t-elle précisé.

Raul Castro avait bien souligné que Cuba choisirait "des entrepreneurs sérieux" à l'étranger et "sur des bases juridiques bien définies qui préservent le rôle de l'Etat et la prédominance de la propriété socialiste".

"On ne doit pas s'attendre à des changements spectaculaires", avait toutefois prévenu le cadet de Fidel.

Assemblée constituante élue en Equateur : Rafael Correa a cherché le plébiscite



Les 130 membres de l'Assemblée constituante élus le 30 septembre en Equateur doivent dans les huit mois élaborer une nouvelle Constitution. L'ambition du président Rafael Correa est que la nouvelle charte offre aux 13,9 millions d'Equatoriens, dont un tiers d'Amérindiens, le "socialisme du 21e siècle" cher à son allié vénézuélien Hugo Chavez.

L'élection de la Constituante sera "notre victoire finale sur le néolibéralisme" prédisait il y a quelques jours Rafael Correa. En menaçant de démissionner si son mouvement Alliance Pays ne dominait pas la nouvelle assemblée, il a cherché le plébiscite.

Le dernier sondage lui attribuait au moins 66 élus, soit la majorité absolue. De quoi aller de l'avant vers un socialisme qui, ne cesse-t-il de préciser, sera "équatorien" malgré les liens avec Hugo Chavez.

Vainqueur de la présidentielle en novembre 2006 et du référendum d'avril 2007 qui a ouvert la voie à la Constituante, le président Correa reste très populaire dans un pays qui compte 60% de pauvres. Il a pu doubler l'aide aux plus démunis, passée de 15 à 30 dollars par mois, grâce à la flambée des prix du pétrole. L'Equateur en est le 5e producteur latino-américain avec 540.000 barils quotidiens.

Son appui à l'unité sud-américaine, le refus de proroger au delà de 2009 l'utilisation par les Etats-Unis de la base aérienne de Manta, la volonté de renégocier les contrats avec les multinationales et son opposition aux "ingérences" du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale confèrent à Rafael Correa une image d'homme nouveau qui éclipse les vieux partis de droite et de gauche, considérés comme corrompus par la majorité des Equatoriens.

Mais l'autoritarisme de Rafael Correa illustre l'éternelle difficulté d'équilibrer justice sociale et libertés.

Des groupes de civils violents se réclamant de lui ont conditionné ces derniers mois des décisions de députés et de la justice. En outre, comme ses homologues de gauche bolivien Evo Morales et vénézuélien Hugo Chavez, le président Correa insulte et menace la presse, dont il inscrit les critiques à son égard dans un "complot impérialiste" permanent.

Sur le même registre du complot, le 3 août dernier à l'Académie de guerre, Rafael Correa invitait l'armée équatorienne à défendre son "gouvernement citoyen" contre "des grèves, des attentats, de fausses accusations et de nouveaux scandales [des accusations de corruption lors de transactions avec le Venezuela visent l'actuel ministre de l'Economie, le socialiste Ricardo Patiño; ndlr] que préparent des groupes qui savent que les citoyens vont vaincre le 30 septembre". L'analyste militaire Luis Hernandez, colonel à la retraite, répliquait alors que "les forces militaires ne sont pas l'armée particulière d'un président ou d'un parti politique".

Enfin, Rafael Correa estime que l'élection de l'Assemblée constituante autorise la liquidation immédiate de l'actuel Congrès (Parlement monocaméral) qu'il ne domine pas pour n'y avoir pas présenté de candidats aux législatives de 2006.

Discrédité aux yeux de nombreux Equatoriens et qualifíé "d'égout" par Rafael Correa, le Congrès fut néanmoins élu légitimement sous l'oeil d'observateurs internationaux. En mars dernier, 57 de ses 100 députés, opposés au monopole présidentiel sur le projet d'Assemblée constituante, furent destitués et remplacés par leurs suppléants sur décision du Tribunal suprême... électoral! Une décision appuyée par Rafael Correa, quoique peut-être sans précédent dans les annales universelles de la démocratie.

Les Equatoriens élisent une assemblée constituante


Les Equatoriens se rendaient aux urnes dimanche pour élire une assemblée constituante sur proposition du président socialiste Rafael Correa qui souhaite dissoudre le Congrès aux mains de la droite et renforcer le pouvoir étatique sur l'économie.

Les électeurs avaient à choisir parmi 3.229 candidats, issus de 497 partis et mouvements politiques, pour désigner les 130 membres de la future assemblée dans les 37.657 bureaux de vote ouverts depuis 07H00 locales (12H00 GMT).

Les instituts de sondages sont unanimes à estimer que ce scrutin sera favorable au gouvernement de Rafael Correa, l'un des principaux alliés du président vénézuélien Hugo Chavez en Amérique latine.

Le parti de M. Correa devrait obtenir entre 65 et 68 sièges et les trois principaux partis d'opposition 38 mandats, selon le dernier sondage de l'institut Market, réalisé sur un échantillon de 7.000 personnes et publié samedi soir.

"Les instituts de sondage nous donnent entre 66 et 72 sièges", soit la majorité absolue, a déclaré à la presse le ministre de l'Intérieur Gustavo Larrea.

La future assemblée constituante sera mise en place le 31 octobre pour une période de 180 jours.

M. Correa qui bénéficie d'une cote de popularité de 55%, juge "corrompu et incompétent" l'actuel Congrès tout-puissant qui a démis trois présidents dans la dernière décennie, et réclame sa dissolution.

La rédaction d'une nouvelle Constitution devrait aussi lui permettre de mettre en oeuvre le "socialisme du 21e siècle", une doctrine qu'il partage avec son ami Chavez. Défavorable au libéralisme mais anti-marxiste, M. Correa prône un rôle accru pour l'Etat notamment dans l'éducation, la santé et le domaine social.

Les observateurs internationaux de l'Organisation des Etats américains (OEA), de la fondation Carter et de l'Union européenne (UE) ont souligné la "complexité" du scrutin et le grand nombre d'indécis qui sont susceptibles de créer des surprises.

Selon l'institut Cedatos-Gallup, 36% des électeurs ne savaient pas encore samedi soir quels candidats choisir et, plus inquiétant, 65% ignoraient que la future assemblée sera chargée d'élaborer une nouvelle Constitution.

"Les élections sont terriblement complexes, mais aussi terriblement démocratiques", a déclaré le président Correa dimanche matin à Quito, où il s'est rendu au siège du Tribunal suprême électoral (TSE), ajoutant qu'il "ne trahirait jamais les idéaux et la confiance du peuple".

L'ancien président Fabian Alarcon, comme les principaux dirigeants de l'opposition de droite, le candidat présidentiel Alvaro Noboa et l'ex-président Lucio Gutierrez, ont accusé le chef de l'Etat d'avoir pour visée un "projet totalitaire en concentrant tous les pouvoirs".

Dimanche, l'ancien chef de la diplomatie Edgar Teran (droite) a dénoncé sur la chaîne de télévision privée Equavisa le projet "néo-communiste" de M. Correa. Cette élection, a-t-il dit, "est une farce, une copie de ce qu'a fait le dictateur Chavez au Venezuela".

Il s'agit de la quatrième élection en moins d'un an en Equateur où le vote est obligatoire. Pour la première fois, l'Etat a intégralement financé la campagne électorale et interdit les subventions privées.

Quelque 30.000 policiers et près de 50.000 militaires étaient mobilisés pour assurer le bon déroulement du scrutin.

La vente d'alcool est interdite dans tout le pays jusqu'à lundi.

Dans ce pays de 13,6 millions d'habitants, 40% des richesses sont aux mains de 10% de la population, selon les chiffres officiels.

Les résultats officiels du scrutin ne seront connus que le 22 octobre, a indiqué le TSE.

Hugo Chavez et Ahmadinejad s'unissent contre Bush




Producteurs de pétrole et antiaméricains, l'Iran et le Venezuela se rapprochent. Le président iranien se rend à Caracas pour la troisième fois en deux ans.
L'AXE antiaméricain qui unit depuis deux ans l'Iran et le Venezuela se consolide. Alors que son pays est de nouveau menacé de sanctions au Conseil de sécurité des Nations unies, Mahmoud Ahmadinejad a quitté New York et l'enceinte de l'ONU pour la Bolivie, puis pour Caracas, où il vient chercher le soutien de son ami Hugo Chavez. C'est déjà la troisième visite du président iranien au Venezuela, depuis son élection en 2005. Il sera, cette fois encore, accueilli avec un tapis rouge. Car si les pays occidentaux en ont fait leur bête noire, Hugo Chavez voit en Ahmadinejad « une personne respectueuse de la paix internationale et un être humain extraordinaire ».
Les deux hommes, qui s'appellent mutuellement « frère », ont beaucoup en commun. Anciens militaires reconvertis en chefs d'État populistes, prétendant tous deux promouvoir une pensée révolutionnaire, ils jouent un rôle clé au sein de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Ils partagent en outre, et surtout, de virulentes positions antiaméricaines.
Dans un moment de forte tension sur le dossier nucléaire, le pouvoir iranien tente de rompre sa solitude diplomatique en affichant devant les médias le soutien dont il bénéficie sur le continent sud-américain. En 2005, Caracas avait en effet voté contre une résolution condamnant le programme nucléaire iranien. « Nous nous tiendrons au côté de l'Iran à tout moment et dans n'importe quelle circonstance », a promis Chavez, qui affirme depuis lors son soutien au programme nucléaire iranien.
Le président vénézuélien, qui s'est récemment emparé du dossier des otages des Farc en Colombie (avec le soutien de Paris, qui y voit une chance de progresser vers la libération d'Ingrid Betancourt), utilise cette nouvelle occasion (la visite d'un trublion international) pour imposer son pays comme un acteur sur la scène mondiale. En même temps, il espère renforcer sa légitimité à l'intérieur du pays, où des voix dénoncent sa « révolution bolivarienne » et les atteintes aux droits de l'homme.
Coopération économique
Ensemble, Caracas et Téhéran ont pris la tête d'un front antiaméricain qu'ils espèrent étendre à la planète. Avec Mahmoud Ahmadinejad, Hugo Chavez veut construire un « axe du Bien » destiné à faire contrepoids à « l'impérialisme américain ». Les deux chefs d'État ont promis d'unir leurs efforts, diplomatiques et économiques, « pour mettre en échec » cet impérialisme. Pour donner corps à cet « axe de l'unité », Caracas et Téhéran ont considérablement renforcé leur coopération économique, notamment dans le domaine énergétique et surtout pétrolier. Les deux pays ont déjà souscrit trente-trois accords de coopération, pour un montant de 8 milliards de dollars. Cette fois, leur rencontre devrait aussi être largement nourrie de conversations diplomatiques et politiques.

vendredi 28 septembre 2007

Washington appuie la médiation Chavez sur les otages des FARC




De Caracas à New York en passant par Paris, les otages de la guérilla colombienne mobilisent la communauté internationale. Médiateur officiel, le président vénézuélien, Hugo Chavez, a créé la surprise en invoquant, mardi 25 septembre, la collaboration de son homologue américain George Bush pour obtenir la libération des otages. "Les Etats-Unis peuvent aider, beaucoup aider", a déclaré M. Chavez.
Le président vénézuélien a confirmé qu'il recevrait, le 8 octobre à Caracas, un émissaire des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Mardi, aux Nations unies, le président Nicolas Sarkozy s'est entretenu avec son homologue colombien, Alvaro Uribe, du sort de la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, otage depuis soixante-sept mois. M. Uribe a évoqué la possibilité que des congressistes américains assistent à la réunion du 8 octobre.

Chaleureux et optimiste, M. Chavez a reçu les familles des trois Américains aux mains des FARC, mardi, au palais présidentiel de Miraflores, à Caracas. Capturés en 2003 dans le sud de la Colombie, où ils participaient aux opérations antidrogue, les Américains font partie du groupe de 45 otages que les FARC veulent échanger contre les guérilleros emprisonnés.

Le nouvel ambassadeur américain à Bogota, William Brownsfield, a assuré que son gouvernement "voit d'un bon oeil la démarche de tout individu, gouvernement ou organisation qui puisse contribuer à la libération rapide et sûre des otages". Cette reconnaissance du rôle de M. Chavez a été d'autant plus remarquée que M. Brownsfield, auparavant en poste à Caracas, y avait entretenu des relations tendues avec le chef de l'Etat vénézuélien.

"VICTOIRE POLITIQUE"

Autre surprise, le diplomate américain a invité les FARC à "présenter des propositions concrètes" au gouvernement des Etats-Unis. "L'implication de Washington peut modifier la donne et faire enfin bouger les choses", estime l'analyste Alfredo Rangel.

L'optimisme reste pourtant mesuré. Ni les FARC, ni Bogota n'ont modifié leur position. A New York, le président Uribe a rappelé qu'il ne "démilitariserait jamais" les deux municipalités rurales exigées par les FARC pour négocier un "échange humanitaire". Pour la première fois, la France s'est montrée compréhensive sur ce point. "C'est une question de souveraineté", a admis M. Sarkozy.

"De toute leur histoire, les FARC n'ont jamais été officiellement reçues par un chef d'Etat étranger. La réunion du 8 octobre constitue pour eux une victoire politique sans précédent", note Rafael Pardo. Ancien ministre colombien de la défense, il juge que les FARC, "objet de tant de sollicitude internationale", vont être tentées de faire monter les enchères.

Marie Delcas

Ahmadinejad en Bolivie


Deux jours après avoir réaffirmé à la tribune des Nations unies ses ambitions nucléaires, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a effectué jeudi une visite éclair en Bolivie reconnaissant avec son hôte, Evo Morales, le droit à l'emploi civil de l'énergie nucléaire.

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M. Ahmadinejad, qui est arrivé vers 15H00 GMT à La Paz, est reparti pour Caracas vers 19H00 GMT à bord d'un avion vénézuélien.

Dans une déclaration conjointe, les deux présidents ont réaffirmé le "droit des pays à développer l'énergie nucléaire civile dans le cadre du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires", soulignant qu'il s'agit "d'un moyen de contribuer significativement au développement économique et technologique de ces pays".

M. Ahmadinejad a également salué "le peuple vaillant et travailleur de Bolivie" tandis que M. Morales a insisté sur le pacifisme de son gouvernement et souligné que "l'Iran lui avait offert une aide sans limite".

Passant outre la colère et la suspicion de Washington, Evo Morales a accueilli avec les honneurs militaires le président de la République islamique d'Iran.

Un peu plus tôt jeudi, le porte-parole de la présidence française David Martinon a fait savoir que la France "ne croit pas" M. Ahmadinejad quand il affirme que les activités nucléaires de l'Iran sont "pacifiques".

"Tout le monde sait que ce programme est à visée militaire", a déclaré M. Martinon devant la presse.

Mercredi, les Etats-Unis avaient fermement rejeté l'affirmation du président Ahmadinejad et continuent d'oeuvrer avec leurs partenaires pour imposer des sanctions plus contraignantes à l'Iran.

"Le président iranien se trompe complètement s'il croit que la communauté internationale va oublier le fait que son pays poursuit contre la volonté du Conseil de sécurité de l'ONU, son programme de recherche nucléaire" avait déclaré Nicholas Burns, le numéro trois du département d'Etat.

Samedi, l'ambassadeur des Etats-Unis à La Paz, Philip Goldberg, avait fait part au président bolivien de l'inquiétude de Washington quant au rapprochement de la Bolivie et l'Iran, dont les relations diplomatiques ont été récemment rétablies.

Evo Morales est un proche allié du président vénézuélien Hugo Chavez avec lequel il partage l'admiration de Fidel Castro et entretient également des relations conflictuelles avec les Etats-Unis.

M. Ahmadinejad, qui est venu à la tête d'une délégation de trente-cinq personnes, a signé avec M. Morales une série de conventions d'aide et de coopération portant sur l'énergie, les hydrocarbures, les micro-entreprises, les mines et le secteur agro-industriel.

L'escale de quelques heures du chef d'Etat iranien apparaît comme hautement symbolique, illustrant le resserrement des liens entre l'Iran, la Bolivie et le Venezuela - où il est attendu jeudi soir - en une sorte de front commun anti-Etats-Unis.

Les médias boliviens et l'opposition libérale n'ont pas caché certaines inquiétudes quant à l'intérêt que pourrait porter l'Iran aux gisements d'uranium et de lithium de Bolivie. Ces gisements se trouvent, selon les spécialistes, dans la zone du gigantesque désert de sel de Uyuni à 600 km au sud de La Paz.

L'opposition libéral, qui détient la majorité au sénat, a déjà affirmé qu'elle refuserait de voter des accords portant sur des matières pouvant servir au développement du nucléaire iranien.

mercredi 26 septembre 2007

Otages en Colombie : Washington peut aider à résoudre la crise, estime Chavez


Le Président vénézuélien Hugo Chavez a déclaré mardi que Washington pouvait aider à la résolution de la crise des otages en Colombie dans laquelle les membres des Forces armées révolutionnaires (FARC) veulent échanger 45 de leurs otages, dont trois Américains, contre 500 prisonniers des FARC détenus par Bogota.

"Le gouvernement des Etats-Unis peut beaucoup nous aider", a dit Hugo Chavez lors d'une rencontre au palais présidentiel de Miraflores, a Caracas, avec les familles des trois otages américains. "Le président Bush, plaise à Dieu, peut nous aider", a-t-il ajouté.

"Nous comptons sur les institutions des Etats-Unis" pour faciliter l'échange d'otages contre des prisonniers des FARC", a poursuivi Chavez. "Le président français Nicolas Sarkozy va rencontrer son homologue américain George W. Bush aujourd'hui et demain et ils vont certainement aborder le sujet", a-t-il encore affirmé.

Le chef de l'Etat vénézuélien a précisé qu'il avait "de bons amis" aux Etats-Unis qui pourraient apporter leur aide dans la résolution de la crise, citant notamment l'ex-président Jimmy Carter, les acteurs Sean Penn et Kevin Spacey, ainsi que le cinéaste Oliver Stone, à qui il a proposé de tourner un documentaire sur les familles des otages américains retenues par les FARC. Hugo Chavez a annoncé en outre qu'il rencontrerait le président colombien, Alvaro Uribe, après son entrevue avec le Numéro 2 des FARC, Raul Reyes, prévue le 8 octobre prochain, en vue d'un accord humanitaire.

"Je verrai le président Uribe entre le 8 et le 12 octobre", a ajouté le président vénézuélien. Hugo Chavez a confirmé qu'il rencontrerait Nicolas Sarkozy, avec qui il s'est déjà entretenu trois fois au téléphone, en novembre, à Paris.

Les trois américains Marc Gonsalves, Thomas Howe et Keith Stannsen, collaborateurs du Département d'Etat américain, sont détenus par les FARC (marxistes) depuis le mois de février 2003 après que celles-ci eurent abattu l'avion à bord duquel ils effectuaient une mission anti-drogue.

Les Etats-Unis détiennent deux chefs guérilleros, "Sonia" et "Simon Trinidad", dont la libération est exigée par les FARC dans le cadre d'un échange de 500 guérilleros contre 45 otages, dont la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt et les trois Américains.

Mme Cordoba s'est rendue à la fin de la semaine dernière aux Etats-Unis pour y rencontrer les familles américaines. La sénatrice s'était également rendue à Washington pour organiser une éventuelle réunion entre une délégation du Congrès américain et M. Chavez dans le cadre de sa médiation. Accompagnée de l'ambassadeur vénézuélien Bernardo Alvarez, la sénatrice doit retourner à Bogota mercredi et s'entretenir avec le haut commissaire pour la paix, Luis Carlos Restrepo. Mme Cordoba devrait se rendre à nouveau aux Etats-Unis jeudi, selon son porte-parole.

Douze proches des otages américains, Mme Cordoba, deux représentants de chefs guérilleros des FARC emprisonnés aux Etats-Unis ainsi que le président de la Conférence épiscopale de Colombie, Mgr Luis Augusto Castro et Yolanda Pulencio, mère d'Ingrid Betancourt, ont participé à la rencontre.

La visite à Caracas des proches des otages américains doit également donner le coup d'envoi d'une campagne internationale baptisée "Une ouverture pour l'échange". Yolanda Pulencio, mère d'Ingrid Betancourt enlevée en février 2002, et le ministre des Affaires étrangères du Venezuela, Nicolas Maduro, doivent participer à l'événement.

Lundi soir, l'ambassadeur américain à Bogota William Brownfield a annoncé que le gouvernement américain était disposé à écouter les conditions "concrètes" posées par les FARC pour la libération de leurs ressortissants.

lundi 24 septembre 2007

Hugo Chavez remet les pendules à l'heure



Réformateur infatigable, Hugo Chavez a décidé lundi de passer à "l'heure vénézuélienne", une heure propre à son pays, afin d'augmenter les capacités de travail des citoyens.

Le président vénézuélien prévoit de reculer les montres du pays, en marche sur la voie du "socialisme du 21e siècle", d'une demi-heure. Ainsi, la différence avec l'heure de Greenwich (GMT) ne sera plus de 4h comme elle l'est actuellement, mais de 4h30.

Selon le chef de l'Etat vénézuélien, ce changement est absolument nécessaire, pour "améliorer le métabolisme des Vénézuéliens le matin". Il estime également que cela permettra "aux écoliers de se réveiller avec la lumière du jour et de rester couchés tant qu'il fait noir".

Anticipant la réaction possible de la communauté internationale, M. Chavez a déclaré aux journalistes qu'il lui était complètement égal qu'on le prenne pour un fou après sa proposition. "Qu'ils disent ce qu'ils veulent", a-t-il ajouté.

De nombreux Vénézuéliens estiment que reculer les montres d'une demi-heure est une bonne mesure. Cependant, la précipitation avec laquelle cette décision a été prise et le manque d'informations introduisent des doutes quant à la nécessité de mettre en place cette innovation dès ce lundi.

Le compagnon d'armes du leader vénézuélien, Luis Marcano Gonzalez, vice-ministre de la Planification, s'était lui-même prononcé en faveur d'une date postérieure.

"Il serait préférable que le changement d'heure du Venezuela ne survienne que deux ou trois semaines après la date indiquée au préalable. Mais tout est entre les mains du président", a-t-il fait savoir.

Les pays limitrophes n'ont fait part d'aucune réaction jusqu'à présent.

Un peu plus tôt, Hugo Chavez avait déposé un nouveau projet de réformes constitutionnelles au parlement, afin qu'il y soit discuté. Il avait en particulier proposé d'accorder au chef de l'Etat la possibilité d'être réélu sans limitation du nombre de mandats, de faire passer la durée du mandat présidentiel de six à sept ans et de limiter la journée de travail à six heures.

Il a en outre proposé de créer un quatrième pouvoir, sous forme de conseils de communes, pour représenter les simples citoyens du Venezuela.

Selon lui, la nouvelle mesure devrait permettre "d'ouvrir une nouvelle ère dans la construction du socialisme au Venezuela" et de prévenir "un glissement du pays vers le capitalisme".

Le président vénézuélien a également changé le nom de l'Etat, ainsi que le drapeau et les armoiries d'Etat. Ce pays d'Amérique latine s'appelle aujourd'hui la République bolivarienne du Venezuela.

M. Chavez a de plus fait modifier le galop du cheval blanc sur les armoiries nationales. Il est désormais tourné vers la gauche et non plus vers la droite comme auparavant, afin de montrer l'orientation politique du pays.

Selon les observateurs, sa capacité à adopter des décisions peu ordinaires et à les mettre en oeuvre, ainsi que la continuité avec laquelle il s'y attache, devraient aider le président Chavez à rentrer dans l'histoire de son pays et de toute l'Amérique latine, en tant que président-réformateur.

samedi 22 septembre 2007

Prospection et raffinage au programme




Les présidents du Brésil Luiz Inacio Lula da Silva et du Venezuela Hugo Chavez ont ratifié jeudi à Manaus des projets énergétiques binationaux: la construction d'une raffinerie au Brésil et la prospection du champ Carabobo dans le bassin de l'Orénoque au Vénézuela.

L'intention, ont confirmé les deux présidents à l'issue d'une réunion de plusieurs heures, est de créer deux entreprises mixtes dès la fin décembre.

La première donnera à PDVSA 40% de la raffinerie Abreu e Lima en construction au nord-est du Brésil et l'autre donnera 40% à Petrobras dans le champ Carabobo du bassin pétrolifère de l'Orénoque où se trouvent d'énormes réserves de brut extra lourd.

Le Brésil a donné le coup d'envoi à la construction de la raffinerie Abreu et Lima ce mois-ci sans le Venezuela. Petrobras a indiqué qu'elle avait envoyé les documents pour la création de ces entreprises mixtes et qu'elle attendait encore une réponse.

«Si l'association (avec PDVSA) ne se confirme pas, Petrobras poursuivra seule le projet et raffinera du pétrole lourd brésilien», avait alors dit Petrobras.

Le ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim, a expliqué jeudi qu'il y avait des problèmes techniques pour conclure le projet, comme le pré-raffinage du brut extra lourd que produit le Venezuela.

Lula a assuré à la fin de la réunion qu'il «n'y avait pas de dispute entre les deux pays» ni «d'intrigue ou de rumeur qui empêche le Brésil d'approfondir cette relation stratégique avec le Venezuela».

Après plusieurs frictions au cours des derniers mois entre les deux pays, la principale avec le Sénat brésilien qui doit encore approuver l'entrée du Venezuela dans le Mercosur, Lula et Chavez ont décidé de se réunir régulièrement, tous les trois mois. La première de ces réunions a été fixée à la seconde semaine de décembre au Venezuela.

«Le Venezuela exprime sa volonté de faire partie du Mercosur», a souligné Chavez qui peu avant avait dit aux journalistes qu'il ne «supplierait ni ne ramperait» pas pour entrer dans le bloc économique.

Lula a souhaité que l'approbation du Brésil ait lieu le plus tôt possible.

Dans le domaine énergétique les deux présidents se sont mis d'accord pour demander un projet d'ingénierie pour la construction du dénommé Gazoduc sud qui devra relier la région vénézuélienne de Guiria à Manaus (en Amazonie Brésilienne) et le nord-est du Brésil.

«L'énergie a été le thème dominant de la réunion», a souligné le ministre brésilien des Affaires étrangères.

Les relations Lula-Chavez




Les relations entre les deux exécutifs sont au beau fixe.Les deux présidents n'avaient pas eu de tête-à-tête depuis des mois, alors que la presse évoquait leur rivalité pour le leadership régional, sur fond de concurrence entre pétrole vénézuélien et biocarburants brésiliens.

La rencontre entre Hugo Chavez et les FARC s’amorce




Colombie . La guérilla et le président vénézuélien pourraient tenir une réunion bilatérale le 8 octobre. À condition que le gouvernement colombien soit d’accord.
Le choix même de la date est en soi un symbole. Dans une vidéo remise à Piedad Cordoba, sénatrice libérale colombienne et médiatrice d’un éventuel accord humanitaire entre la guérilla et les autorités colombiennes, et retransmise, mardi, à la télévision vénézuélienne, Raul Reyes, le chef de la diplomatie des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), a proposé au président vénézuélien Hugo Chavez la tenue d’une première réunion bilatérale le 8 octobre prochain, décrétée journée du guérillero, quarante ans, jour pour jour, après l’assassinat du célèbre commandant, Ernesto Che Guevara.

deux missives

de la guérilla

Profitant de cette occasion, Hugo Chavez a donné lecture de deux missives de la guérilla colombienne signées respectivement de la main du chef historique des FARC, Manuel Marulanda et de Raul Reyes, confirmant leur souhait de parvenir à un accord humanitaire. « Chez les FARC, il existe, monsieur le président, la disposition en vue de faciliter l’échange de prisonniers aux mains des FARC », a rapporté le chef de l’État vénézuélien.

Près d’un demi-siècle depuis le début du conflit colombien, les négociations sont-elles enfin sur les rails ? Depuis le 20 août dernier, date à laquelle, le président Hugo Chavez a accepté d’oeuvrer à un accord humanitaire à même d’aboutir à la libération des 47 prisonniers politiques détenus aux mains des FARC, parmi lesquels figure la Franco-Colombienne, Ingrid Betancourt, contre cinq cents guérilleros emprisonnés dont Sonia et Simon Trinidad, extradés aux États-Unis ; le dossier semble en bonne voie.

les FARC disposées à accueillir Chavez

Reste à déterminer le lieu de la fameuse rencontre. Selon Piedad Cordoba, celle-ci pourrait se tenir au Venezuela. Raul Reyes, dans un entretien accordé à Anncol, a confirmé que les FARC étaient disposées à accueillir le président Hugo Chavez sur le territoire colombien, comme indiqué par le commandant Manuel Marulanda dans sa lettre. Les yeux se tournent désormais du côté de Bogota. Lors de leur entretien, le président colombien, Alvaro Uribe, a certifié à son homologue qu’il avait son aval pour mener à bien les pourparlers avec la guérilla, tout en excluant l’éventualité de démilitariser une zone, en l’occurrence les municipalités de Pradera et Florida.

Depuis, et en dépit des pressions politiques et celles de l’opinion publique, les autorités n’ont pas bougé d’un iota. Le gouvernement « ne peut autoriser des paradis d’impunité où les terroristes peuvent éviter l’action de la justice, l’action des forces institutionnelles de l’État », a cru expliquer, mardi, Alvaro Uribe pour justifier son intransigeance. Et ce, au risque de compromettre le dialogue naissant. Or, faute d’une zone sécurisée, on voit mal comment le chef de l’État vénézuélien pourrait dialoguer avec les forces insurgées et in fine, aboutir à un échange de prisonniers. L’idée même d’une rencontre sur le sol vénézuélien pourrait être compromise en raison de l’attitude de Bogota. En recevant la direction des FARC, le président vénézuélien restituerait de fait aux FARC le statut de force belligérante. Un statut qu’Alvaro Uribe s’est efforcé de détruire, en s’alignant sur la politique états-unienne et européenne, afin d’étiqueter les FARC de narcoterroristes et de conforter par là même sa stratégie militaire.

Cathy Ceïbe

La Banque du Sud sera lancée en Novembre



Le Président équatorien Rafael Correa

Après avoir discuté avec le président équatorien Rafael Correa, le président vénézuelien Hugo Chavez a annoncé qu’ils avaient décidé de lancer la Banque du Sud en novembre prochain, malgré l’absence d’un consensus de tout les pays impliqués. Dans une interview, le président Correa a expliqué que « certains pays veulent passer à l’action rapidement, comme l’Argentine, le Venezuela, la Bolivie et l’Equateur (...) Ce que nous avons décidé parmi ceux qui veulent accélérer, c’est d’avancer et qu’ensuite les autres nous suivront et seront les bienvenus, mais nous ne pouvons pas aller au rythme des plus lents. »

Correa et Chavez faisaient clairement référence au fait que le gouvernement brésilien de Lula da Silva traîne le pied, à cause des pressions qu’exerce la Banco Santander et d’autres spéculateurs internationaux pour que le Brésil sabote la Banque du Sud. Chavez a dit que Lula était prêt à commencer en Novembre, mais que si le Brésil « n’est pas prêt à ce moment-là, nous continuerons quand même. »

Selon Chavez, la crise financière actuelle prouve qu’il est nécessaire de bâtir des mécanismes pour protéger les nations contre les effets de la crise, et que la Banco del Sur pourrait être l’un d’eux. Puis il a dit « Ce qui se passe aux Etats-Unis est peut être le premier signal d’un tremblement de terre financier (...) on doit être préparé au pire. »

jeudi 20 septembre 2007

Piedad Córdoba :"Seul Hugo Chávez peut trouver un accord avec les FARC"



Luis Carlos Restrepo



"Il y a de nombreuses personnes qui veulent voir cette négociation échouer", indique la législatrice.

La sénatrice colombienne Piedad Córdoba a demandé de la prudence dans l’évaluation de la possibilité que le président du Venezuela, Hugo Chávez rencontre le plus haut gradé de la guerrilla des FARC, Manuel Marulanda Vélez, alias "Tirofijo".
déclarations ont été faites dans le cadre d’une interview exclusive accordée ce jour à BBC Mundo au cours de laquelle elle a évoqué le rôle du président (vénézuélien) qu’elle a qualifié comme étant "peut-être la seule personne pouvant obtenir un accord humanitaire" des rebelles des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (Farc).

Córdoba, une législatrice fortement opposée au président Álvaro Uribe a été désignée par le gouvernement de Colombie en tant "facilitatrice" de ces négociations. Elle a par la suite proposé Chávez comme "observateur" international du processus.

Le chef d’état vénézuelien a indiqué que sa fonction s’est désormais transformée en celle de médiateur, et en tant que tel il est disposé à se déplacer dans la jungle colombienne pour parler personnellement avec le commandant des FARC.

Ce commentaire a été fait ce dimanche au cours de son émission radio "Aló Presidente" durant laquelle il a informé qu’il avait reçu une lettre de "Tirofijo" dans laquelle il alléguait des problèmes de santé (l’empêchant) de se rendre au Venezuela.

" Je suis disposé à me rendre dans la jungle profonde pour discuter avec Marulanda si le gouvernement colombien l’approuve, si Uribe le considère approprié ", a indiqué Chávez. Mais ce lundi, le haut commissaire pour la paix, Luis Carlos Restrepo, a soutenu que Bogotá n’a reçu aucune demande à ce sujet et que le gouvernement de Uribe "ne considère pas qu’une éventuelle proposition allant dans ce sens soit viable ".

Dans un communiqué, Restrepo a rappelé qu’il y a cinq jours il a rendu visite à Chávez à Caracas et à cette occasion "le soutien du gouvernement colombien à une rencontre du président Chávez avec un délégué des FARC en territoire vénézuélien a été réitéré".

Proposition inédite

Au cours de son entretien avec la BBC ce mercredi, la sénatrice Piedad Córdoba a indiqué que la possibilité que Chávez se rende en Colombie pour une réunion de cette nature n’a jamais été négociée.

"Il n y a eu aucun rapprochement personnel pour vérifier quelles peuvent être les conditions actuelles de l’accord humanitaire et la possibilité d’une réunion avec les membres du commando des FARC", a déclaré la législatrice.

Elle a également lancé un appel à la prudence dans l’analyse des possibilités de rencontres de ce genre chaque fois qu’il y a "des personnes ayant intérêt à ce que ce processus échoue".

D’autre part, elle a estimé qu’il existe des coïncidences qui font que Chávez est " peut-être la seule personne pouvant obtenir un accord humanitaire du fait de l’influence qu’il a sur les parties ".

"Pas parce que le président Chávez est lié aux FARC, mais parce qu’il y a des coïncidences du point de vue de la conception politique de ce que doivent être les pays d’Amérique Latine", a-t-elle précisé.

Soutien français

La législatrice a partagé sa réflexion sur l’importance de la relation économique entre le Venezuela et la Colombie pour le rôle de médiateur de Chávez. "Il existe des intérêts très importants, par exemple, dans le gazoduc qui passerait par la Colombie", a-t-elle affirmé, avant d’ajouter de suite:

"Et l’importance du fait que le président Uribe, étant actuellement le président de la CAN (Communauté Andine des Nations), la réintégration du président Chávez donnerait une dynamique différente à la communauté andine".

La sénatrice Córdoba considère de plus que la participation de Chávez au processus de négociation de cet accord humanitaire est très bien vue par la majorité de la population colombienne.

Ses déclarations ont également coïncidé avec un autre appui de taille au chef de l’état vénézuélien, cette fois en provenance du président français Nicolas Sarkozy.

Un communiqué de la Chancellerie (française) à Caracas, a indiqué que le président français "a confirmé son soutien à l’action menée par le président Chávez en vue de l’échange humanitaire en Colombie".

Les négociations visent à la libération par les FARC de 45 des otages qu’ils détiennent, parmi lesquels l’ex candidate à la présidence Ingrid Betancourt et trois citoyens américains.

En échange, le gouvernement de Álvaro Uribe s’engagerait à libérer quelques 500 membres du groupe guerrillero détenus dans les prisons colombiennes.

Otages en Colombie: le médiateur Hugo Chavez franchit un premier obstacle





Le président vénézuélien Hugo Chavez a franchi un premier obstacle dans sa médiation pour la libération des otages retenus par les FARC en obtenant une première rencontre le 8 octobre au Venezuela avec un dirigeant du mouvement rebelle colombien.

"En principe, la négociation se déroulera au Venezuela. Cela a bien été accepté par le président (colombien) Alvaro Uribe, et les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) ont également accepté que cela se passe là", a déclaré mercredi à Radio Caracol (privée) la sénatrice colombienne Piedad Cordoba.

L'étape suivante, a précisé Mme Cordoba, désignée par Bogota comme intermédiaire dans le dossier des otages, sera d'obtenir des Etats-Unis l'autorisation de rencontrer deux chefs guérilleros "Sonia" et "Simon Trinidad", emprisonnés aux Etats-Unis et dont la libération est exigée par la guérilla.

"Simon Trinidad", alias de Ricardo Palmeras, a été arrêté en 2004 en Equateur et extradé en 2005 aux Etats-Unis où il est jugé pour l'enlèvement en Colombie des Américains Marc Gonsalves, Thomas Howe et Keith Stannsen.

La sénatrice a indiqué qu'elle rencontrera vendredi à Washington des sénateurs démocrates, puis se rendra en Floride pour s'entretenir avec les familles des trois Américains retenus en otages par la guérilla colombienne depuis février 2003.

Juan Carlos Lecompte, le mari de l'otage Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, estime que la prochaine négociation au Venezuela, entre Hugo Chavez et des porte-parole des FARC annoncée mardi, "sera un pas gigantesque".

"L'important est de commencer et j'applaudis ces négociations", poursuit-il ajoutant: "c'est la première fois en cinq ans et demi que je suis optimiste".

Toutefois, M. Lecompte est conscient "qu'il s'agira de négociations difficiles, tortueuses et longues".

Ingrid Betancourt a été enlevée le 23 février 2002. Elle fait partie avec les trois Américains du groupe de 45 otages que la guérilla, forte de 17.000 combattants, entend échanger, dans le cadre d'un accord humanitaire, contre 500 rebelles emprisonnés, dont le commandant "Simon Trinidad".

Ce premier succès de Chavez intervient alors que les FARC et le président Alvaro Uribe affichent régulièrement des positions inflexibles et incompatibles.

Ainsi, les FARC estiment "indispensable" l'établissement d'une zone démilitarisée pour permettre l'échange humanitaire entre otages et guérilleros détenus par les autorités colombiennes et soutiennent qu'une rencontre entre Chavez et le chef historique de la guérilla, Manuel Marulanda, ne peut avoir lieu que sur le territoire colombien.

De son coté, le président Uribe répète inlassablement son hostilité à toute forme de zone démilitarisée et refuse catégoriquement qu'une rencontre entre Marulanda et Chavez puisse se dérouler sur son territoire.

"Pour l'instant les deux adversaires campent sur leurs positions, de crainte d'être amenés à faire de trop importantes concessions", estime un diplomate européen qui a requis l'anonymat.

"Les FARC ne peuvent pas tout refuser à Chavez au risque de perdre leurs alliés du camp progressiste en Amérique latine. Et Uribe ne peut apparaître aux yeux des Européens comme un obstacle absolu à la paix, un conservateur aux positions intransigeantes, alors que ses relations avec les démocrates américains sont au plus bas", poursuit-il.

Mercredi, le vice-président Francisco Santos a demandé à la sénatrice Cordoba et au président Chavez d'être "plus discrets" sur ces négociations qui, selon lui, "ne peuvent se dérouler publiquement devant les micros des journalistes".

mercredi 19 septembre 2007

Entretien avec E. Lander






Le Venezuela sous Chavez : quel changement social, quelle démocratie ?

« Nationalisations » dans le secteur de l’électricité, du pétrole et des télécommunications, construction du Parti socialiste uni du Venezuela, non renouvellement de la concession d’une chaîne de télévision d’opposition, renforcement du pouvoir présidentiel et développement d’un « pouvoir populaire », proposition de réforme constitutionnelle devant conduire le Venezuela vers le « socialisme du XXIe siècle », etc. Ladite révolution bolivarienne progresse mais l’action d’Hugo Chavez continue de susciter la polémique et des analyses antagonistes, souvent outrancières, qui occultent ou simplifient différents aspects de ce processus de changement.
Nous publions ci-dessous une interview du sociologue vénézuélien Edgardo Lander réalisée par la revue Mouvements. Il partage avec nous sa vision de ladite révolution bolivarienne, ses forces et ses faiblesses en prenant relativement ses distances de la guerre de propagande et de contre-propagande qui entoure le sujet.



Démocratie et pluralisme dans le processus de changement vénézuélien

— Quelle est votre analyse de l’affaire de la « fermeture » [1] par le président Hugo Chavez de la chaîne de télévision privée RCTV (Radio Caracas Televisión), présentée dans toute la presse occidentale comme une intolérable atteinte à la liberté d’expression ?

Je dirais tout d’abord que, selon les normes constitutionnelles et légales en vigueur au Venezuela – pas seulement celles du gouvernement en place – les ondes hertziennes appartiennent à l’État qui les organise comme une concession à l’usage d’entreprises privées, de l’État ou d’autres groupements tels que radios ou télévisions communautaires. Dans le cas présent, la concession de RCTV, renouvelée pour la dernière fois il y a vingt ans, arrivait à terme et l’État devait décider s’il fallait la renouveler pour vingt ans de plus ou non. Pour placer cette situation dans un contexte sociopolitique plus général, il est important de comprendre le rôle joué par la majeure partie des médias privés ces dernières années. Avec la crise de l’ordre des partis politiques du régime antérieur (Acción Democrática, COPEI, etc.), les médias se sont convertis en principaux instruments d’opposition au gouvernement. Le problème n’est pas qu’ils soient des instruments de l’opposition, mais il faut voir quel type d’opposition, quel type d’actions cette opposition mène. Ces dernières années, l’entreprise RCTV s’était engagée dans des activités qu’on peut appeler golpistas, putschistes, c’est-à-dire de collaboration directe à la préparation d’un coup d’État. On a affaire à une chaîne de télévision qui s’est ouverte en toute impunité aux membres des forces armées qui ont lancé des appels à d’autres militaires pour qu’ils se soulèvent contre Chavez.

Pendant la tentative de coup d’État du 11 avril 2002, les médias ont produit des images de personnes, présentées comme des hommes armés de Chavez, qui auraient été vues en train de tirer sur des manifestants pacifiques. On a montré des images de morts en les présentant comme la preuve que le gouvernement Chavez tirait contre ces manifestants pacifiques. Mais il a été prouvé ensuite que ces images étaient le résultat d’un montage total et que les personnes armées tiraient sur un détachement hautement armé de la police métropolitaine qui participait au coup d’État et se dirigeait vers le palais présidentiel. La manifestation de l’opposition se déroulait à quelques centaines de mètres de là et n’avait rien à voir avec ces faits. Les manifestants ont été tués par des francs-tireurs qui participaient au coup d’État, c’était un stratagème pour justifier le putsch. Au Venezuela et à l’échelle internationale, on a utilisé ces images comme une justification du coup d’Etat contre un gouvernement criminel qui tuait son propre peuple alors qu’en réalité, c’était un montage. Les images n’avaient pas été filmées par RCTV, mais c’est RCTV qui a fabriqué le montage et l’a diffusé à plusieurs autres chaînes, au Venezuela et internationalement. Le reportage a même gagné le prix du Prince des Asturies, mais tout était faux. [2]

La force des médias dans le monde contemporain est telle qu’ils sont capables de créer des faits, de fabriquer la réalité. Dans ce cas, la réalité a été créée avec d’évidentes intentions politiques, et pour beaucoup de gens dans le monde c’était « la » vérité, même s’il a été possible, plus tard, de prouver que c’était une fabrication. On se demande quel pays d’Europe permettrait à une grande chaîne de télévision de participer directement à un coup d’État contre l’ordre constitutionnel, en fabriquant des images d’assassinats de masse par l’État. Évidemment, ce ne serait pas tolérable. L’État vénézuélien aurait pu en toute légitimité fermer cette chaîne au moment du coup d’Etat, mais il a opté pour une forme plus simple d’un point de vue légal, qui consistait à ne pas renouveler sa licence au moment de son expiration, presque cinq ans plus tard.

— Mais on dit que beaucoup de Vénézuéliens, y compris beaucoup d’électeurs de Chavez, ont été déçus par la fermeture de cette chaîne, qui était source pour eux de divertissement, avec ses telenovelas et ses matchs sportifs, etc. De ce point de vue, Chavez n’a-t-il pas commis une erreur politique ?

Différentes sortes de problèmes se posent. D’abord, la question du contrôle oligopolistique des moyens de communication alors que les ondes sont censées appartenir à tous. Ensuite, la question de savoir si ces médias peuvent violer la loi impunément. On peut ensuite se poser la question de la manière dont la « fermeture » s’est effectuée et des explications données par le gouvernement. Autre question encore : quelles étaient les options disponibles, sachant que les médias font partie de la société contemporaine et que nous sommes en démocratie, qu’il faut tenir compte de la construction pluraliste de la sphère publique ?

Il y a aussi la question du divertissement qu’on ne peut pas oublier. Certains prétendent que les médias doivent être en permanence un instrument pédagogique et politisé, mais ce n’est pas possible, cela va à contre-courant d’une culture populaire bien installée, contre les attentes des gens. Il y a une culture de télévision qui s’est constituée ces cinquante dernières années. Au Venezuela comme ailleurs, quand les gens allument la télévision, c’est en général pour se divertir, regarder des telenovelas et les matchs de sport, des choses qu’on peut estimer frivoles, mais la télévision c’est cela ! Faire de la télévision un instrument pédagogique, une chose toujours sérieuse, c’est enlever aux gens une de leurs sources de divertissement. Cette chaîne captait, selon certaines sources, 40 % du public des téléspectateurs, un pourcentage très élevé. Ce n’était pas seulement pour des raisons politiques, puisqu’une grande partie de cette audience venait des couches populaires qui soutiennent massivement le gouvernement de Chavez.

On a annoncé que la place de RCTV sur les ondes allait être prise par une nouvelle chaîne de service public. Or, la création d’une chaîne publique plurielle, qui intéresse et divertit réellement les gens, n’est pas chose facile. Cela ne dépend pas uniquement de la volonté politique, mais aussi de la capacité de création et de production, et cela dépend également du talent dont on dispose. Cela ne se fait pas du jour au lendemain. Il y a eu, au départ, beaucoup d’improvisation. La chaîne commence en suscitant des attentes très élevées. Elle commence avec une programmation de 24 heures sur 24, ce qui paraît absurde, car on aurait pu attendre d’une nouvelle chaîne plus de modestie, qu’elle commence par exemple avec une programmation de prime time et qu’elle ajoute d’autres programmes par la suite.

Créer une chaîne publique qui ne soit pas une chaîne gouvernementale exigerait un cadre institutionnel qui rende possible une certaine autonomie par rapport aux instances gouvernementales. Il faudrait aussi de l’autonomie financière. Mais l’appui financier de cette nouvelle chaîne vient essentiellement de l’État et elle diffuse une propagande qui donne à cette chaîne une coloration très gouvernementale, avec une propagande qui ressemble à celle des autres médias de l’État, en faveur des initiatives du gouvernement. Il est difficile dès lors de voir comment on fera de cette chaîne quelque chose de différent. C’est très compliqué. La chaîne principale de l’État, le Canal 8, la traditionnelle chaîne publique au Venezuela, fait quelques efforts pour organiser des vrais débats, inviter des gens de l’opposition, mais il y a aussi un autre contenu qui apparaît comme l’image-miroir du ton agressif des chaînes privées. Certaines émissions font véritablement de l’agitation politique, de façon sectaire. Cela ne contribue pas à l’ouverture d’un espace de débat plus large, plus tolérant, plus démocratique, puisqu’on reste dans le même registre sectaire de certaines chaînes privées. Il y a là un grave problème, qui montre les difficultés d’apprentissage du débat démocratique, puisqu’il n’est pas vraiment possible qu’une chaîne de l’État s’exprime sur le même ton que la droite la plus agressive.

— Chavez lui-même et son gouvernement ont-ils la volonté de créer un espace public plus démocratique ?

C’est une question qui n’a pas été posée au Venezuela avec suffisamment de sérieux et de clarté. Elle ne passe pas seulement par les médias, même si c’est largement une question des médias. Le processus de changement au Venezuela se présente toujours comme un processus non violent et démocratique. Dans l’actuel débat sur la réforme constitutionnelle, Chavez soutient qu’il n’est pas nécessaire de changer de constitution puisque la constitution en vigueur rend possible des changements importants sans que les principes de base soient remis en cause. Il dit que le socialisme démocratique qu’il s’agit de construire est compatible avec les nouveaux articles de la constitution [3]. Dans un de ses articles, il est clairement établi que l’ordre politique est un ordre démocratique et pluraliste. Voilà donc le projet, l’imaginaire et le défi : celui d’un processus de changement – ce qu’on appelle le « socialisme du XXIe siècle » – qui ne se réduise pas à un projet social-démocrate et réformiste mais qui continue à s’approfondir, et qui ne reproduise pas non plus le modèle soviétique, avec un État centraliste qui limite la démocratie au lieu de l’approfondir.

Mais ce qui vient compliquer le problème, c’est que tout processus de changement dans le monde contemporain est en permanence sous suspicion et menacé d’attaque. Les États-Unis ont appuyé une tentative de coup d’État et ont aidé l’opposition de différentes manières. Quand on est sur la défensive, on est toujours tenté d’imposer plus de contrôles. À ce propos, il y a un débat théorique naissant qui me paraît important, à propos de l’hégémonie. Il s’agit de contrer l’hégémonie individualiste, libérale, capitaliste, consumériste, très pro nord-américaine, de mener une lutte contre-hégémonique qui ne prétend pas remplacer à proprement parler l’hégémonie en place par une autre, mais qui se trouve engagée dans une lutte permanente. Comme dirait le sociologue portugais Boaventura de Sousa Santos, il s’agit de lutter pour une « démocratie sans fin ». Il ne s’agit pas d’établir un « autre » ordre, une « autre » hégémonie, mais de réaliser un processus continu de démocratisation. Ce qui suppose, évidemment, le pluralisme, un processus toujours ouvert. On est loin de ce que fut le socialisme du XXe siècle.

Il y a un autre terrain à explorer : celui de la manière dont la quête de transformation s’est convertie en social-démocratie, et de là, en « troisième voie », en « New Labour », ou en socialisme à la française, où la transformation sociale est oubliée et ne figure plus à l’ordre du jour. Mais, en Amérique latine, il s’agit de transformer des sociétés profondément excluantes et injustes, où s’est perpétué un certain caractère colonial des rapports sociaux, où l’exclusion sur la base de la couleur de la peau et les critères culturels a produit une sorte d’apartheid social. Il s’agit de transformer ces sociétés en profondeur, ce qui engendre inévitablement des résistances. Il est évident que les catégories privilégiées ne vont pas laisser disparaître leurs privilèges sans résistance aucune. C’est clair dans le cas bolivien, par exemple. La droite bolivienne, qui tout au long du XXe siècle n’a jamais eu de problèmes pour appuyer des gouvernements autoritaires et militaires, s’affiche aujourd’hui comme libérale et démocrate et appuie le « droit des minorités ». Mais très rapidement ce droit des minorités se transforme en droit de la minorité à opposer son veto à toute possibilité de changement, d’imposer sa volonté et ses privilèges à la majorité. Il vise à protéger les privilèges des secteurs blancs et métis contre l’émergence de la population indigène et majoritaire. C’est un processus pervers qui appelle une rupture. Aujourd’hui nous sommes confrontés au choix entre des tentatives de rupture (comme au Venezuela et en Bolivie) et la cooptation totale (Brésil, Argentine, Uruguay).

Racisme et inégalités de classe : quels changements au Venezuela ?

— Comment la perspective théorique de la « colonialité du pouvoir » telle que l’ont théorisée Anibal Quijano, Santiago Castro-Gómez, vous-même et d’autres, vous aide-t-elle à comprendre la situation au Venezuela aujourd’hui ? Est-il vrai que l’élite blanche est autant dérangée par la couleur de Chavez que par ses orientations politiques ?

Au Venezuela, comme dans toute l’Amérique latine, l’indépendance politique n’a pas représenté une rupture fondamentale avec l’ordre colonial qui s’était constitué durant trois cents ans de domination espagnole ou portugaise. L’indépendance a rétabli le contrôle de propriétaires de terres et commerçants créoles, qui étaient plus intolérants et élitistes, dans leurs rapports avec le reste de la population, que ce qui était prévu dans les Lois des Indes ! Dans toute l’Amérique latine pratiquement, on a vu des processus d’extermination des peuples indigènes, et c’était bien pire au XIXe siècle – siècle des indépendances – que dans les deux siècles précédents, cela ne pouvait se comparer qu’au terrible XVIe siècle. Donc cet imaginaire selon lequel l’indépendance politique aurait été un moment de rupture avec l’ordre colonial ne correspond à aucune réalité, c’était la mythologie libérale de la création des Etats-nations. En réalité il n’y a jamais eu d’États véritablement nationaux, démocratiques, proposant une citoyenneté universelle. Le seul endroit où il y a eu une révolution sociale en même temps que la lutte pour l’indépendance, c’était Haïti, et cette expérience a été écrasée, on n’a jamais pardonné au peuple haïtien son péché !

Pour comprendre le processus actuel au Venezuela, il est important de voir la superposition de deux régimes d’exclusion : premièrement, le maintien des rapports sociaux coloniaux en termes de classification raciale qui détermine qui est réellement citoyen et qui ne l’est pas. Il a fallu attendre 1947 pour qu’arrive au Venezuela le suffrage universel. Comme partout ailleurs en Amérique latine, il y avait un système politique contrôlé par des gens plus urbanisés et lettrés, et le reste de la population avait une participation et une appartenance politique beaucoup plus limitées. Les vingt premières années de l’expérience de la démocratie connue sous le nom du « puntofijismo » au Venezuela, à partir de 1958 après une longue histoire où il n’y a eu que des dictatures, ont représenté un processus de relative incorporation. Les attentes des secteurs populaires en matière de participation citoyenne ont été relevées, il y a eu une forme de « modernisation » qui a été relativement une réussite pendant quelques années, grâce notamment à la rente pétrolière en expansion, mais cela n’a pas duré longtemps : dès la fin des années 70, l’État n’était plus en mesure de répondre aux demandes populaires, une baisse des revenus pétroliers par tête d’habitant – chiffre clé pour qui veut comprendre les rapports entre la situation fiscale et la situation sociale au Venezuela. Le déclin de cet indice sur une longue période a produit une perte de légitimité des partis politiques et c’est ainsi qu’a démarré l’offensive néolibérale, non seulement dans le champ économique mais aussi dans le domaine politique, avec la délégitimation de la chose publique en général, des partis politiques, du politique. La rupture du consensus « social-démocrate » a conduit les secteurs moyens, une partie des intellectuels, et évidemment les entrepreneurs et les médias aussi, vers des positions néolibérales et « antipolitiques » très marquées, avec une tendance à dénoncer toute intervention de l’État, puisque l’État était, par définition, corrompu, inefficient, clientéliste, etc.

Il se produit à partir des années 1980 un processus de fragmentation croissante de la société vénézuélienne. À l’exclusion coloniale – qui n’avait jamais été dépassée par la construction d’une citoyenneté démocratique et véritablement nationale, représentative, dans l’imaginaire du moins, de l’intérêt commun – se sont superposées les politiques néolibérales : retrait de l’État, incapacité de l’État à répondre aux besoins sociaux en matière d’éducation et de santé. Les pauvres ont même disparu du discours politique, alors que dans la période antérieure, les partis politiques – Acción Democrática (AD) en particulier – avaient une base sociale assez large. On disait à l’époque que dans toutes les villes du pays il avait un distributeur de « Polar », la marque de bière la plus populaire, et une section du parti AD ! C’étaient les deux institutions qu’on trouvait partout. Mais c’est terminé, les partis politiques sont tous devenus des partis strictement électoraux, des partis d’affaires. On a assisté à un processus que je crois assez caractéristique de toute l’Amérique latine, et qui est particulièrement fort au Brésil : la mise en place d’un apartheid social très fort, surtout aux dépens des secteurs populaires urbains.

Il s’est produit ainsi une rupture culturelle, une rupture dans l’imaginaire, par rapport aux attentes de la période antérieure, quand prédominait une idée comparable à l’éthique protestante, selon laquelle il fallait déférer les satisfactions, faire des efforts à long terme, envoyer les enfants à l’école pour qu’ils soient sûrs d’avoir un emploi à l’issue de leurs études – cette idée selon laquelle par l’effort on pouvait s’incorporer dans la société, s’est brisée très vite et de façon très traumatisante dans les secteurs populaires. D’autres matrices culturelles se sont formées, qui mettent l’accent sur la survivance, la résistance, l’adaptation. Les frontières entre le légal et l’illégal se brouillent ainsi que les frontières entre le travail formel et informel. La notion du temps se transforme aussi : à la vision de type éthique protestante, qui incite à attendre des améliorations futures, se substitue une conception plus « postmoderne » du temps comme « présent permanent », puisque l’effort ne vaut plus la peine. Pour les jeunes, surtout les jeunes hommes, il y a cette idée qu’on n’est jamais sûr de vivre au-delà d’un certain âge, donc la vie se transforme en « présent permanent », il n’y a aucune attente d’autres possibilités, on ne voit aucun sens à épargner pour acheter une maison. Beaucoup s’étonnent de voir comment les jeunes qui n’ont pas beaucoup d’argent sont capables de dépenser des sommes folles pour acheter des chaussures de sport ou un téléviseur à écran géant. Mais l’idée d’épargner pour différer les satisfactions est très éloignée de leur expérience.

Cette rupture culturelle, qui signifie qu’on ne croit plus à l’offre de la modernité ni à l’offre des institutions, finit par créer des valeurs culturelles de distanciation. Avant, il y avait une situation de relatif consensus social-démocrate, où, pour le moins dans le discours, l’État devait assumer un rôle social, puisque les revenus de l’État ne dépendaient pas de l’imposition des riches mais des revenus du pétrole. L’idée d’un État social ne provoquait pas beaucoup de résistance. Les secteurs les plus puissants comprenaient qu’ils pouvaient récupérer la part la plus belle du gâteau comme condition d’une certaine stabilité. Mais ensuite, on est arrivé dans une situation de crise, de jeu à somme nulle, où, pour répondre aux besoins des secteurs populaires, l’État devait commencer à imposer les riches, chose inacceptable pour eux. L’expression politique la plus claire de cette crise a été le « Caracazo » en 1989, qui correspondait à l’annonce de la mise en œuvre des recettes du « consensus de Washington », et la signature d’un accord entre le second gouvernement de Carlos Andrés Pérez et le Fonds monétaire international. C’est alors qu’on a assisté à une explosion populaire qui a démontré à quel point la légitimité du système politique était brisée. On s’est installé dans une crise longue qui s’est traduite ensuite par la tentative de coup d’État militaire en 1992. Rafael Caldera en a profité pour gagner des élections sur un discours anti-néolibéral mais a fini par appliquer les recettes néolibérales. En somme, on assistait à une superposition historique de deux processus d’exclusion : d’une part celui qui s’inscrivait dans la continuité de l’ordre colonial et, d’autre part, cette nouvelle forme d’exclusion propre à la société d’apartheid que produit le néolibéralisme, par la concentration de la richesse, qui provoque une rupture culturelle entre les couches moyennes et élevées cosmopolites, qui consomment beaucoup, ayant étudié à l’étranger, et le reste de la population qui est tout simplement exclu de tout cela.

— Quel bilan peut-on faire des gouvernements de Chavez durant ces huit dernières années ? Y a-t-il un déclin notable des taux de pauvreté ? Les couches populaires ont-elles bénéficié de changements palpables dans leur mode de vie ?

Les changements les plus importants au Venezuela ces dernières années se sont produits précisément dans les secteurs populaires. On est passé d’une situation de désespoir, du sentiment d’être exclu du système politique, d’une absence d’attentes, à une situation où a pu se créer un sentiment d’appartenance, de dignité humaine retrouvée, de capacité à peser sur les affaires collectives, localement ou à plus grande échelle. Ceci a produit un changement culturel d’une très grande importance. Évidemment, c’est un changement qui doit continuer, qu’il faut essayer de consolider pour qu’on puisse dire qu’il y a réellement transformation, mais je crois quand même qu’on est en train d’assister à un changement dans la culture politique populaire, c’est l’acquis le plus important de ces dernières années.

À partir de 2003, une fois que le gouvernement a pu se rétablir après les terribles affrontements des années 2002-2003 (coup d’État militaire de 2002, sabotage pétrolier, la grève patronale, etc.), a commencé une politique sociale ambitieuse. Le gouvernement tout seul n’aurait pas pu y arriver. La défaite du coup d’État a été rendue possible par la mobilisation populaire et la défaite de la grève des entrepreneurs du secteur pétrolier n’aurait pas eu lieu sans la patience infinie des gens et leur détermination à résister de façon organisée. Il est sorti de ces événements une sorte de nouveau pacte social entre le gouvernement et le peuple, puisque chacun comprenait que le gouvernement n’aurait pas pu survivre à ces événements sans l’appui populaire. Ceci a créé un nouvel engagement en faveur du social, beaucoup plus fort et exigeant, qui devient visible à partir du milieu de l’année 2003. La politique sociale mise en place a eu comme point de départ l’expérience du programme de santé Barrio Adentro (« Au cœur du quartier »), grâce d’abord à la reconnaissance du fait que les seuls appareils administratifs de l’État ne suffisaient pas à faire une réforme, étant donné le manque de légitimité de toute initiative de l’État, et l’image des activités de l’État comme des activités de deuxième catégorie, avec des agents de l’État percevant de bas salaires, ayant de bas niveaux de formation, et résistant fortement à tout changement à l’intérieur de leur administration. D’un autre côté il y avait l’urgence, la nécessité absolue de mettre en œuvre des politiques publiques susceptibles d’améliorer de façon tangible les conditions matérielles de la vie des gens, en termes d’emploi, de santé, d’éducation – conditions qui n’avaient pas encore changé de façon significative.

L’expérience de Barrio Adentro, rendue possible grâce à l’arrivée de 15 à 18 mille médecins cubains qui se sont installés dans les quartiers populaires, a changé en très peu de temps les rapports entre les gens et le système de santé. C’était la rupture avec un système de santé centralisé, tutélaire, « curatif », répondant à l’urgence, auquel se substituait un modèle plus proche des communautés, avec des médecins disponibles 24 heures sur 24, la gratuité des médicaments de base et la formation de comités de santé par quartier. Les changements apportés par cette expérience ont fourni le modèle des politiques sociales connues sous le nom des « missions » : mission d’alphabétisation, mission dans les domaines de l’éducation primaire, secondaire et supérieure, puis dans l’emploi, la science et la technologie, les droits des peuples indigènes, la pauvreté féminine, etc. Une autre mission sociale très importante porte sur la distribution des produits alimentaires. Pendant la grève des entrepreneurs, l’économie a révélé ses vulnérabilités puisqu’un pourcentage élevé des produits alimentaires vient de l’importation, dans des canaux commerciaux très concentrés. Il était très facile de couper le pays de sources d’alimentation. C’est alors que la « Mission Alimentation » s’est mise en place, à travers la structure baptisée « Mercal », mécanisme national de distribution des produits alimentaires. Il s’agit de coopératives et de réseaux publics d’appui à la production et la distribution. Une partie importante des activités de Mercal concerne l’importation des produits, par des réseaux coordonnés par l’État. Cela empêche le pays d’être coupé de ses sources d’aliments et de distribuer certains produits à des prix inférieurs à ceux des circuits commerciaux privés. Environ 40% des produits alimentaires au Venezuela aujourd’hui transitent par cette voie. L’accès à des aliments moins chers, à des services médicaux, à de meilleurs niveaux d’éducation, et le fait que beaucoup de ces programmes offrent des bourses de reconversion dans plusieurs domaines : tout cela a eu pour conséquence une évidente amélioration des conditions de vie des secteurs populaires. Mais un problème se pose quand on se propose d’évaluer ou de mesurer cette amélioration : on ne peut pas le faire strictement en termes de revenu, puisque nombre de ces améliorations ne sont pas mesurables en termes monétaires : il s’agit par exemple de l’accès à des services pour lesquels il n’y a pas de contrepartie monétaire. Il est plus compliqué d’incorporer dans le calcul ces changements qualitatifs des conditions de vie. Quand le gouvernement tente d’introduire d’autres critères de mesure, il y a tout de suite des réactions à l’échelle internationale, sur le thème : « le gouvernement vénézuélien manipule les chiffres, fabrique ses propres critères », etc. Cependant, il faut remettre en cause l’idée selon laquelle le revenu monétaire par tête d’habitant ou par famille est la mesure par excellence de la qualité de la vie, c’est un critère totalement unilatéral et biaisé, qui implique toute une conception de l’économie qu’il faut justement questionner dans ses fondements conceptuels et dans ses conséquences pratiques et politiques. Il est donc relativement facile de constater qu’il y a eu une amélioration des conditions de vie des secteurs les plus pauvres de la population, mais il est plus difficile de démontrer que ceci se traduit par une redistribution mesurable des revenus et de la richesse. Mais, du point de vue des indices de développement humain, les améliorations sont significatives.

— La question de la discrimination ethnique/raciale a-t-elle été explicitement posée par le gouvernement ? Y a-t-il des mécanismes en place pour la combattre (comme au Brésil, par exemple, où un système d’action positive pour l’entrée aux universités publiques est en train d’être adoptée) ?

En termes strictement empiriques, on peut voir comment se sont constituées des hiérarchies sociales sur une base de couleur, il est évident qu’il y a des mécanismes à l’œuvre qui associent la couleur de peau avec la classe sociale. Cependant, le Venezuela comme le Brésil ont été fortement marqués, surtout ces dernières décennies, par la mythologie de la démocratie raciale, d’un pays qui serait non raciste. Le racisme était perçu comme politiquement incorrect. Il se manifestait principalement dans la vie privée, dans les blagues racontées entre amis par exemple, mais publiquement on ne pouvait pas être raciste. Mais ces dernières années les choses ont changé de façon notoire, puisque dans les secteurs dominants de la société, règne le sentiment que la fête où les gens sont bien habillés et parfumés a été envahie par des gens vulgaires (la chusma), qui sentent mauvais, mangent avec les mains, etc. Ce sentiment a engendré une réaction ouvertement raciste, notamment de la part de la droite vénézuélienne. Un imaginaire très étrange, « médiéval » pourrait-on dire, s’est répandu : l’image par exemple selon laquelle il faut se défendre des masses en jetant de l’huile bouillante par les balcons des maisons.

Les premières initiatives du gouvernement contre l’héritage du racisme ont porté sur la condition des peuples indigènes. Les droits des indigènes - droits linguistiques, droits territoriaux par exemple – sont désormais solidement inscrits dans la constitution. On s’est beaucoup inspiré des programmes issus des luttes menées ailleurs en Amérique latine sur ces questions. Les groupements indigènes étaient plutôt faibles et peu nombreux, mais leurs revendications ont été prises en compte. Il y a maintenant un ministère des Affaires indigènes. Dans le cas des affaires afro vénézuéliennes, les initiatives sont beaucoup plus à l’état d’ébauche. Les associations « afro », notamment de la région de Barlovento, sont en train de promouvoir des thèmes culturels, elles organisent par exemple des festivals de tambour, etc. Mais ces groupes n’ont pas encore une très forte présence politique. Par ailleurs, il n’y a pas de projet à la brésilienne en matière d’« action positive ».

L’avenir du régime : des incertitudes

— De nombreux médias occidentaux dénoncent les intentions affichées de Chavez de rester au pouvoir pendant toute sa vie s’il le peut. Quelles sont ses intentions ? Y a-t-il des structures en place qui pourraient assurer une continuité du processus de changement au-delà de Chavez ?

Cette question touche à l’un des aspects les plus compliqués et les plus polémiques de l’expérience vénézuélienne. En premier lieu, il faut reconnaître que l’histoire souvent ne se passe pas comme on le voudrait mais selon les possibilités que la conjoncture historique propose. Dans la situation d’extraordinaire mal-être, d’apartheid social, dans une société où le tissu social est tant désarticulé et où les possibilités de changement étaient si limitées, il est certain que la présence d’une figure charismatique capable de donner direction, expression et sens au profond mécontentement, est ce qui a rendu possible tout ce qui se passe au Venezuela aujourd’hui. Sans une figure comme Chavez, cela n’aurait pas été possible.

Si l’on compare la situation au Venezuela aujourd’hui avec celle de l’Uruguay ou du Brésil, on pourrait dire, conformément aux conceptions « politiquement correctes » des attentes par rapport à ce que devrait être un processus de transformation, que tant en Uruguay qu’au Brésil toutes les conditions sont présentes : il y a au pouvoir des partis de gauche qui ont accumulé des forces avec le temps, qui sont enracinés dans les mouvements syndicaux et sociaux, dotés d’équipes d’intellectuels solides, dotés aussi d’une expérience du gouvernement (voir les expériences de Montevideo ou de Porto Alegre), parfois des expériences coopératives, possédant une certaine efficacité dans la gestion des affaires publiques, de l’honnêteté…

Si tous ces facteurs sont présents au Brésil et en Uruguay, au Venezuela on n’en voit aucun. Il n’y avait pas d’organisations sociales fortes, pas de partis politiques de gauche, pas d’intellectuels insérés dans les mouvements, pas de stratégie à long terme. Mais souvent la théorie, au lieu de nous aider à comprendre les processus, nous pousse à les comprendre mal, puisque la réalité ne ressemble pas à la théorie et on tend à penser que le problème est du côté de la réalité, alors que le problème se trouve dans les constructions théoriques trop abstraites. Il est indéniable qu’à certains moments de l’histoire, les leaders peuvent jouer un rôle extraordinairement important. Mais cela ne devrait évidemment pas nous faire oublier qu’il faut construire un processus qui dure, qui atteint une certaine stabilité, qui ne dépend pas d’une seule personne, qui génère de la continuité, et cela, au Venezuela aujourd’hui, pose problème et suscite des polémiques. En reconnaissant que les changements auxquels on assiste seraient à peine imaginables sans une figure ayant la force politique et le charisme d’un Chavez, capable de donner direction et sens aux secteurs populaires, il faut dire aussi que la très haute dépendance par rapport à Chavez est une faiblesse.

C’est le cas pour plusieurs raisons. Il y a d’abord une raison tout à fait pratique et immédiate : le fait que les États-Unis aient tenté de renverser Chavez par un coup militaire, comme ils ont tenté de le faire avec la grève des patrons du pétrole, avec la présence de paramilitaires colombiens, etc. Ces différentes tentatives ont échoué, il est vrai. Mais étant données ces tentatives, qui ont eu lieu à Cuba aussi, puisque l’assassinat représente pour les États-Unis la stratégie la plus économique, la dépendance par rapport à une personne est une faiblesse. Si Chavez disparaissait ainsi, évidemment cela donnerait lieu à une situation de violence et de conflit social, mais il y aurait beaucoup de difficulté à assurer une nouvelle direction capable de commander une telle légitimité.

Au moment des prochaines élections présidentielles, en 2013, Chavez aura passé quatorze ans au pouvoir. Mon opinion personnelle – et ce sujet est évidemment hautement polémique au Venezuela, si bien que cette opinion est souvent perçue comme une critique de droite de tout le processus de changement, mais ce n’est évidemment pas le cas – mon opinion est que, après quatorze ans de pouvoir continu, le fait de ne pas avoir développé une direction alternative capable de continuer le processus serait un signe de faiblesse du processus. De ce point de vue je suis en désaccord avec la proposition qui consiste à modifier la constitution de façon à permettre la réélection d’un candidat à la présidence pour un nombre illimité de mandats. Bien sûr, il ne s’agirait pas, selon les termes de cette proposition, de nommer un président à vie, car il aurait besoin de passer par des processus électoraux, mais le fait qu’il soit déjà évident qu’en 2013 Chavez sera candidat, écarte toute possibilité de construire une autre direction. Ce type de direction, ce type de rapport entre la direction et les gens qui l’accompagnent, n’est pas la chose la plus saine, parce qu’un leader si fort finit souvent par être entouré de gens dont le rapport au pouvoir dépend de leur relation avec lui, c’est un genre de relation qui ne permet pas de mener des débats clairs et transparents, de confronter les options, etc. Il est très fréquent que les gens qui l’accompagnent soient d’accord avec ce qu’il dit. Le thème de l’espace de délibération suscite beaucoup de débat.

— Où en est la proposition de Chávez de réunir tous les partis qui souhaitent participer au gouvernement en un seul parti de gauche unifié ?

Pour répondre à cette question, laissez-moi d’abord dessiner brièvement la « carte » des forces politiques de la coalition. Il y a d’abord un grand parti, le Movimiento Quinta Republica (MVR, Mouvement Cinquième République), qui est le parti majoritaire du côté de Chavez, mais il n’a jamais été un parti organique, il fonctionne largement comme un parti de mobilisation électorale, très supérieur en force électorale aux autres partis. Trois autres partis plus petits sont associés au pouvoir et présents au parlement : le Parti Communiste (PC), le parti Patria para todos (PPT, Patrie Pour Tous), et le parti Podemos (« Nous pouvons »), constitué par le secteur du Movimiento al socialismo (MAS, Mouvement au socialisme) resté au gouvernement. Il y a également quelques petits groupes politiques – trotskistes, la Ligue socialiste, etc. – qui n’ont pas de participation parlementaire.

Chavez a déclaré qu’il ne peut pas continuer à gouverner avec tant de pluralité et tant de fractionnement organisationnel et qu’il faut créer un parti unifié, composé de tous les partis impliqués dans le processus de changement : ce serait le Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV). En annonçant cela le 15 décembre 2006, il a dit que les partis qui souhaitaient rester indépendants avaient tout à fait ce droit, mais qu’ils ne feraient plus partie du gouvernement. L’affirmation avait d’autant plus d’impact que le processus de changement au Venezuela est un processus qui a lieu depuis le gouvernement, depuis l’État, et si on est exclu de cet aspect de l’expérience, on est vraiment « dehors ». Les partis concernés ont eu des réactions diverses. Le MVR a tout de suite accepté la proposition et a proposé de diriger la commission électorale. Il a même annoncé sa prochaine auto dissolution en tant que parti.

D’autres formations telles que la Ligue socialiste, après discussion interne, ont annoncé leur intention d’entrer dans le nouveau parti. Pour les trois autres partis de gouvernement, c’était plus compliqué. Pour le Parti communiste, avec ses 70 années d’existence, il était extraordinairement difficile d’envisager l’autodissolution, étant donné la force du sentiment d’appartenance à ce parti. Le PC et les deux autres partis de la coalition de gouvernement ont convoqué leurs instances nationales et il y a eu beaucoup de débat interne et de la division : certains ont voulu participer à la création du nouveau parti, d’autres ont préféré garder les structures de parti existantes. Dans les trois cas, des majorités ont préféré conserver les structures en place, même si certains dirigeants historiques du PPT, notamment Alí Rodriguez et Aristóbulo Istúriz, ont décidé de rejoindre le nouveau parti, contre l’avis de leurs propres troupes. A ce stade on ne sait pas encore ce qui va se passer avec ces partis dans leur relation au gouvernement. L’affrontement le plus important jusqu’à maintenant a eu lieu entre Chavez et le parti Podemos, dont les deux gouverneurs élus ont fortement critiqué la manière dont Chavez traite la question des partis. Il semble difficile, dans ces conditions, que cette formation continue à faire partie de la coalition de gouvernement.

Quant au mécanisme de constitution de ce nouveau parti, Chávez a lancé un appel national très large pour recruter des militants, avec l’appui du Conseil national électoral, qui propose de mettre sa technologie au service d’un nouveau système de candidatures. Selon le règlement il faut d’abord manifester sa volonté d’être militant du nouveau parti, mais la simple inscription sur la liste de volontaires ne garantira pas l’appartenance.

Selon les informations communiquées par les responsables de cette première phase de la formation du parti, il y aurait eu plus de 5,6 millions personnes inscrites dans le processus. On devrait maintenant passer à une deuxième phase dont les règles n’ont pas encore été très clairement présentées au public. On ne sait pas encore selon quels critères, selon quelle méthodologie, seront sélectionnés les futurs militants du parti. Il n’est pas très clair non plus sur les mécanismes des assemblées de base, qui pourra et ne pourra pas être candidat aux élections, etc. Il y a aussi des problèmes à propos de l’organisation de tout ce processus. Certains fonctionnaires et un gouverneur ont déclaré publiquement que seuls des fonctionnaires pourraient entrer au parti. D’autres ont démenti cette déclaration, mais un doute persiste. En tout cas, il est clair que dans ce parti il y aura de tout, y compris des opportunistes. Il faut ajouter que dans l’histoire de la construction des partis politiques ce parti va constituer une nouveauté, puisqu’il se forme et recrute ses militants avant de parler du contenu, car ce parti n’a pas encore de règlement, ni de programme politique.

— Les autres partis sont donc sommés de quitter le gouvernement ? Dans quel délai ?

Rien de cela n’est très clair pour l’instant. Il est possible que les choses se passent différemment pour les différents partis. À ce stade il me paraît difficile d’envisager que Podemos continue d’être considéré comme associé au gouvernement bien que ses dirigeants insistent pour dire qu’il le reste [4]. Les relations du gouvernement avec le PC et le PPT sont plus complexes, il est moins probable qu’on assiste à des ruptures. Mais tout cela n’est pas encore clair.

Colombie : les FARC exigent une zone démilitarisée pour un échange humanitaire



Les FARC estiment "indispensable" l'établissement d'une zone démilitarisée pour permettre un échange humanitaire entre otages et guérilleros détenus par les autorités colombiennes, a écrit la guérilla au président vénézuélien Hugo Chavez, a-t-il annoncé mardi.

"Nous considérons indispensable la démilitarisation des troupes des municipalités de Pradera y Florida (sud-est de la Colombie) pour que les chefs des FARC et du gouvernement s'accordent sur les termes et les procédures", a a lu le président Chavez, médiateur entre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxiste) et le gouvernement d'Alvaro Uribe, en présentant sur la chaîne de télévision publique VTV deux lettres dans lesquelles les guérilleros établissent leur position.

Une des lettres était signée par le chef des FARC Manuel Marulanda et une autre de Raul Reyes, le numéro deux de la guérilla marxiste.

Ce dernier a proposé, dans son message, au président Chavez, qui entend oeuvrer pour un échange humanitaire de 45 otages, dont la Franco-Colombienne contre 500 guérilleros détenus par les autorités colombiennes, de lui faciliter une rencontre en Colombie avec son chef Manuel Marulanda.

"Nous sommes en train de préparer le terrain pour accueillir dans notre pays - et ils insistent là-dessus-, a commenté Hugo Chavez dans sa lecture de la lettre de Reyes, votre entrevue nécessaire avec le commandant Manuel Marulanda".

"L'échange de prisonniers peut marquer le pas initial vers un processus de paix", a indiqué dans sa lettre le commandant Reyes.

Les FARC cherchent dans cette réunion à expliquer à Hugo Chavez leur "vision de la solution politique pour que sa gestion solidaire aboutisse à des résultats".

Mardi, le président colombien Alvaro Uribe pour sa part avait réitéré son opposition à la démilitarisation de toute zone du pays en vue de l'échange humanitaire,et ce, en dépit d'appels successifs de son homologue vénézuélien.

Le gouvernement "ne peut autoriser des paradis d'impunité où les terroristes peuvent éviter l'action de la justice, l'action des forces institutionnelles de l'Etat", avait souligné M. Uribe lors d'une intervention publique à Bogota.

Selon le président colombien, si son administration est réellement disposée à un échange humanitaire, "nous ne pouvons offrir des zones démilitarisées".

M. Uribe avait mandaté, fin août, Hugo Chavez pour assurer une médiation en vue d'un accord qui permettrait la libération de 45 otages aux mains des FARC, dont la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, enlevée en février 2002, et trois Américains, contre celle de quelque 500 guérilleros prisonniers.

Dimanche soir, la presse colombienne rapportait que le numéro deux des FARC, Raul Reyes avait proposé une rencontre avec Hugo Chavez dans un lieu indéterminé le 8 octobre, "le jour de l'anniversaire de la mort de Che Guevara".

mardi 18 septembre 2007

Hugo Chavez fermera les écoles privées ne suivant pas le programme «bolivarien»



Le président du Venezuela, Hugo Chavez, a annoncé que le programme scolaire allait devenir «bolivarien», abandonnant les valeurs centrées sur le capitalisme et l'eurocentrisme, et dit qu'il n'hésiterait pas à fermer ou nationaliser les écoles privées qui ne respecteraient pas ce programme.

Ce nouveau programme, qui devra être appliqué dans l'ensemble des écoles du pays d'ici 2010, entend «remplacer l'échelle des valeurs capitaliste par une échelle centrée sur l'être humain (...) et transcender le colonialisme eurocentriste», a déclaré le président dans un discours à l'occasion de la rentrée des classes.

Jusqu'à présent, a-t-il dénoncé, le programme scolaire apprend à «admirer les conquistadors, Christophe Colomb et même Superman». Le nouveau programme, nommé d'après le «libérateur» du XIXe siècle Simon Bolivar, insistera sur le fait que le pays est «d'essence indigène, afroaméricain, métisse et pluriculturel».

Il a assuré que les réformes qu'il entendait mettre en place continueraient à «reconnaître l'existence des écoles privées. Mais celles-ci devront respecter et s'en tenir au système éducatif bolivarien».

Si une école ne respecte pas ces obligations, «il faudra la fermer, l'État interviendra, la nationalisera et assumera la responsabilité de ces enfants», a-t-il confirmé
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lundi 17 septembre 2007

La guérilla colombienne veut rencontrer M. Chavez le 8 octobre




Ni le président vénézuélien, Hugo Chavez, ni son homologue français, Nicolas Sarkozy, ne se rendront de sitôt dans la jungle colombienne. Médiateur dans l'affaire des otages détenus par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, extrême gauche), M. Chavez a souhaité, samedi 15 septembre, rencontrer le chef de la guérilla, Manuel Marulanda, en territoire colombien. En demandant le feu vert de Bogota, le président vénézuélien a indiqué que M. Sarkozy était "prêt à venir".



Le gouvernement colombien ne souhaite pas qu'une telle réunion se tienne dans le pays. "C'est à Manuel Marulanda de faire le voyage à Caracas", a affirmé, dimanche, le conseiller présidentiel Jose Obdulio Gaviria.

Agé de 76 ans, Manuel Marulanda - Pedro Marin, de son vrai nom - aurait refusé "pour des raisons de sécurité" l'invitation à se rendre à Caracas que lui avait publiquement formulée le président vénézuélien le 31 août. "J'ai besoin de rencontrer Marulanda, a répété, dimanche, M. Chavez au cours de son émission télévisée "Alo presidente !". Sinon, l'affaire des otages va se compliquer."

A Paris, dimanche, le porte-parole de l'Elysée, David Martinon, a précisé que M. Sarkozy était prêt à faire le voyage en Colombie : "S'il le faut, je pense qu'il n'hésitera pas, si c'est utile et si c'est au bon moment." La France s'efforce d'obtenir la libération d'Ingrid Betancourt, un des 45 otages que les FARC veulent échanger contre des guérilleros emprisonnés. L'ancienne sénatrice a la double nationalité franco-colombienne.

LES FARC EN DIFFICULTÉ

La position française ne fait pas l'unanimité en Colombie, notamment au sein de l'Eglise catholique. Dimanche, le secrétaire de la conférence épiscopale colombienne, Mgr Fabian Marulanda, a ainsi regretté que le président Sarkozy ne s'engage pas pour "la libération de tous les otages".

Toutefois, "ce qui a été dit n'a pas besoin d'être répété", a répondu visiblement agacé le président colombien, Alvaro Uribe, aux journalistes qui, samedi, sondaient ses réactions à la proposition de M. Chavez d'une rencontre en Colombie. M. Uribe a toujours refusé de démilitariser une portion de territoire, comme l'exige la guérilla pour négocier un "accord humanitaire" en vue de la libération des otages.

Le président colombien n'a pas oublié l'expérience - jugée désastreuse - des négociations de paix tenues par son prédécesseur. La région du Caguan (sud) avait alors été démilitarisée pendant trois ans, sans résultats tangibles. C'est justement dans le Caguan que M. Chavez voudrait rencontrer Manuel Marulanda. Le président vénézuélien a évoqué "une brève démilitarisation", pour dialoguer "quelques heures", en présence de témoins.

En outre, le gouvernement colombien a des raisons de croire que la guérilla est en difficulté. Treize otages ont été tués en captivité depuis le début de l'année, deux se sont échappés. Les militaires affirment avoir abattu, le 2 septembre, un chef guérillero important surnommé "Negro Acacio".

Dans une vidéo diffusée dimanche soir et enregistrée vendredi dans la jungle, le numéro deux des FARC, Raul Reyes, en compagnie de Piedad Cordoba, une sénatrice colombienne d'opposition, propose une rencontre avec Hugo Chavez dans un lieu indéterminé le 8 octobre, "le jour de l'anniversaire de la mort de Che Guevara".

Hugo Chavez insiste pour rencontrer le chef des FARC




Le président vénézuélien Hugo Chavez, qui mène une médiation en vue d'un échange entre otages et guérilleros en Colombie, a insisté dimanche pour rencontrer en territoire colombien le chef de la guérilla des FARC, ce que son holomogue colombien Alvaro Uribe a déjà refusé.
Au cours de son émission radio-télévisée hebdomadaire «Alo, Presidente», M. Chavez a répété qu'il voulait rencontrer Manuel Marulanda, chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

«C'est une nécessité pour moi de parler avec Marulanda», a déclaré M. Chavez dans son émission, à laquelle participait l'ambassadeur de Colombie au Venezuela, Fernando Marin Valencia.

«Nous n'en sommes qu'au début. Patience et encore patience, constance et encore constance, pour obtenir un accord humanitaire. (Il faut) beaucoup de compréhension. Je dois comprendre les positions de cette partie et de l'autre partie. J'ai foi dans le fait que nous allons parvenir» à un accord, a dit le président vénézuélien.

M. Chavez a été mandaté fin août pour assurer une médiation par son homologue colombien Uribe. Il veut oeuvrer à un accord qui permettrait la libération de 45 otages de la guérilla marxiste des FARC, dont la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt et trois Américains, contre celle de quelque 500 guérilleros détenus par les autorités colombiennes.

Pour la deuxième fois en deux jours, M. Chavez a estimé qu'une telle rencontre avec le chef des FARC était essentielle.

Mais M. Uribe a déclaré samedi qu'il n'acceptait pas que le président vénézuélien rencontre le chef des FARC en territoire colombien. Il est farouchement opposé à la démilitarisation d'une zone du territoire colombien qu'impliquerait une telle rencontre.

«Je ferai tout mon possible pour aider modestement à l'accord humanitaire, pour que soient libérés ceux qui doivent être libérés, pour qu'il y ait paix et union entre nous», a affirmé M. Chavez, la main levée.

«Je le jure, nous essaierons d'aider. Et au-delà de l'accord humanitaire, nous allons penser plus grand encore: à la paix. Pourquoi pas ?».