
C'est pour chercher du soutien dans sa lutte contre le terrorisme que le président colombien Alvaro Uribe est venu en Europe. Dans son collimateur, les Farc, les forces armées révolutionnaires colombiennes, qui détiennent toujours 750 otages, dont la Franco-colombienne Ingrid Betancourt. Pour le chef d'état colombien, il faut que les Farc déposent les armes et acceptent de négocier.
Interview exclusive EuroNews.
Sergio Cantone, EuroNews : Président Uribe, bienvenue sur EuroNews. Alors, quand pensez-vous qu'Ingrid Betancourt et les autres otages des Farc pourront-être libérés ?
Álvaro Uribe, président colombien :
Il y a quarante-trois autres citoyens qui ont été kidnappés avec Ingrid Betancourt. La guerilla dit qu'ils peuvent être échangés, mais ces dix dernières années, 750 Colombiens enlevés par les Farc ne sont pas rentrés chez eux. Beaucoup de ces otages ont été assassinés, récemment onze députés régionaux ont été tués. Notre politique de sécurité a rendu beaucoup plus efficace le combat contre les kidnappings. Nous avons connu des années avec 3.000 enlèvements, cette année il y en a eu 230. Nous faisons tous les efforts humanitaires nécessaires pour ramener chez eux les otages, mais nous devons être vigilants et ne pas encourager les enlèvements avec ces efforts humanitaires.
EuroNews :
Quel est votre sentiment après votre entretien avec Javier Solana ?
Álvaro Uribe :
Très bon ! Parce que sans hésiter une fois encore, il a apporté son entier soutien à la Colombie. Ici en Europe, les choses sont claires car vous avez fait l'expérience du nazisme, et ce que les Farc font avec les otages colombiens est comme ce qu'ont fait les nazis avec les juifs. Vous pouvez donc comprendre...
EuroNews :
Peur-être devriez-vous faire attention avec une telle comparaison, vous ne pensez pas que c'est un petit peu exagéré ?
Álvaro Uribe :
Comment pouvez-vous avoir l'impression que c'est exagéré ? Vous n'avez pas vu les photos d'Ingrid Betancourt ? Vous ne savez pas que les membres des forces de sécurité colombiennes kidnappés par les Farc il y a dix ans sont enfermés dans des cages ou attachés avec des chaînes ? Et qu'ils doivent traîner les autres derrière simplement pour quitter le groupe pour leurs besoins ?
EuroNews :
Selon l'opinion publique, le nazisme est le mal absolu, et il est impossible de négocier avec le mal absolu. C'est comme si vous disiez que vous ne négocierez jamais avec les Farc.
Álvaro Uribe :
Au sein du mal absolu que constituent les Farc, il y a beaucoup de gens innocents qui reconnaissent leur erreur. Et de fait, sous notre gouvernement, plus de 10.000 militants des Farc se sont démobilisés. L'année dernière, 2.700 personnes se sont démobilisées et cette année 137 militants ont rendu les armes. Nous sommes aussi durs avec les terroristes que généreux avec ceux qui en font partie, si tant est qu'ils s'émancipent du terrorisme.
EuroNews :
Pour l'Union Européenne, les Farc doivent rester sur la liste noire des organisations terroristes...
Álvaro Uribe :
C'est leur problème. Quand les Farc changeront leur comportement, le gouvernement colombien sera le premier à leur faciliter les étapes vers la paix. Comment ? Eh bien nous sommes prêts à reconnaître leur négociateur, lever les mandats d'arrêt et leur permettre de négocier. Mais nous ne devons pas nous tromper au sujet de leur statut et conférer un statut politique à un groupe violent qui agit contre la démocratie, l'Europe comprend cela. De plus les Farc ont perdu le contrôle de leur territoire. Ils n'ont pas de système judiciaire et il serait impossible de les reconnaître dans un pays avec une justice démocratique et indépendante, qui se renforce tous les jours, comme la Colombie. Ce groupe n'a aucun respect pour les droits de l'homme ou même le droit humanitaire, ce qui aurait été de nature à réduire leur cruauté.
EuroNews :
La Colombie a du décider entre deux options. La première était de suivre la proposition américaine d'acheter des armes et de renforcer l'armée pour combattre les Farc, et la seconde, venue de l'Union européenne, était de tenter l'apaisement avec la guerrilla. Vous avez choisi la première option. Pensez-vous que cela a fonctionné ?
Álvaro Uribe :
Pourquoi cela s'est-il passé? A cause de mon élection et de ce qu'elle a entraîné ? La rébellion du peuple colombien contre cinquante ans de souffrance ? Il ne faut pas oublier qu'on a donné aux Farc une chance de paix; pendant plus de trois ans ils ont eu la chance de pouvoir régner sur une zone libre de la taille de la Suisse. Ensuite, mon gouvernement a commencé cette politique appelée "sécurité à partir de la démocratie". Et ça a renforcé l'état, ça a marché. Nous avons réduits les assassinats de moitié au moins, même s'il y a encore beaucoup à faire. Nous avons réduit le nombre d'enlèvements de 85%. L'année dernière, aucune mairie n'a été détruite, et nous en avons reconstruit 196. Nous avons reconstruit 8.000 maisons, nous avons mis en prison les chefs paramilitaires. Nous avons rendu à l'état le monopole du combat contre les groupes paramilitaires.
EuroNews :
Que pensez-vous de l'attitude du président Chavez envers l'Amérique latine en général, pas seulement durant cette crise ?
Álvaro Uribe :
Ma seule réponse est un message de respect et d'affection envers le peuple frère du Vénézuéla.
EuroNews :
Il a réussi à isoler la Colombie en créant un groupe de pays sud-américains qui...
Álvaro Uribe :
Je veux exprimer ma gratitude à tous les pays dans le monde qui nous ont apporté leur soutien : le soutien que nous avons reçu de la France, le soutien que la Colombie vient de recevoir de l'Union européenne.
EuroNews :
Vous êtes une démocratie, c'est vrai, mais une démocratie plutôt isolée en Amérique du Sud...
Álvaro Uribe :
Une démocratie...
EuroNews :
Parce qu'il semblerait qu'il y a une sorte de course qui rassemble beaucoup d'importants pays sud-américains, comme l'Argentine, pour se rallier aux positions de Chavez plutôt qu'aux positions colombiennes. Que se passe t-il en Amérique latine ?
Álvaro Uribe :
Je ne joue pas à ce jeu, mon cher ami. Ma seule réponse à votre insistance sera de renouveler mon message d'affection et de respect au peuple frère du Vénézuéla, et de réaffirmer les valeurs démocratiques de la Colombie. Nous nous battons pour soutenir l'Eglise catholique, pour soutenir le combat complexe mené par l'Eglise catholique de façon à établir une zone de rencontre avec les deux délégués de la France, de l'Espagne et de la Suisse. Nous nous battons pour mettre en place la mission médicale internationale pour éviter que les conditions de santé des otages n'empirent. Nous devons penser à la libération d'Ingrid Betancourt et des autres otages. Nous devons penser aux 750 otages colombiens qui ne sont pas rentrés chez eux depuis dix ans.
EuroNews :
Merci beaucoup Président.
Álvaro Uribe :
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire