samedi 23 février 2008

Otages en Colombie: Kouchner n'a pas obtenu d'Uribe une nouvelle médiation de Chavez


Les démarches du chef de la diplomatie française Bernard Kouchner auprès du président colombien Alvaro Uribe pour obtenir le retour de son homologue vénézuélien Hugo Chavez comme médiateur dans le dossier des otages colombiens n'ont pas été couronnées de succès.

Le président Uribe "a catégoriquement refusé de réactiver la médiation de Hugo Chavez" pour la libération des otages et n'a "pas même accepté d'en discuter" avec le ministre français des Affaires étrangères lors de sa visite cette semaine en Colombie, a révélé vendredi à l'AFP un haut fonctionnaire du gouvernement colombien.

"A deux reprises, M. Kouchner a tenté d'évoquer le sujet" du retour du président du Venezuela dans un groupe de médiateurs, "mais le président Uribe lui a clairement répondu qu'il refusait de discuter de cette question", a ajouté le haut fonctionnaire qui a requis l'anonymat.

Lors d'une conférence de presse conjointe jeudi avec le ministre français, le Haut commissaire colombien pour la paix, Luis Carlos Restrepo, avait laconiquement déclaré: "Le thème du Venezuela n'a pas été traité lors de la réunion", illustrant le rejet catégorique opposé aux propositions françaises de réintroduire Hugo Chavez parmi les médiateurs.

Le quotidien national El Tiempo a souligné que dans un premier temps le président Uribe avait "décidé de ne pas recevoir Bernard Kouchner", et titrait vendredi: "Uribe pas n'a accepté le retour d'une médiation de Chavez".

"Les Farc sont entrés dans une dynamique de libérations unilatérales. Ils font cela pour renforcer l'image du président Chavez comme personnage-clef dans les questions humanitaires (...) et pour qu'un groupe de pays fasse pression sur le président Uribe afin qu'il accepte de nouveau la médiation de Chavez", a affirmé vendredi M. Restrepo dans un communiqué.

Fin novembre, Alvaro Uribe avait brutalement mis fin à la médiation dans le dossier des otages de son homologue vénézuélien, le seul qui jusqu'à présent ait réussi à obtenir de la guérilla marxiste des résultats concrets, et depuis les relations entre les deux pays se sont envenimées.

Et afin de prouver que la Colombie est le seul décideur dans l'affaire des otages, le ministre de la Défense colombien Juan Manuel Santos affirmait jeudi soir, alors que Bernard Kouchner se trouvait encore en Colombie, que l'armée avait localisé le lieu de détention de quatre nouveaux otages, des parlementaires que les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) ont l'intention de libérer.

"Il n'existe aucun risque d'affrontements entre les troupes et les guérilleros", a-t-il précisé vendredi sur radio Caracol (privée), alors que les familles d'otages le suppliaient de ne pas tenter une libération par la force qui mettrait en danger la vie de leurs proches.

"Tout cela est absurde car il s'agit d'une mission humanitaire. Le gouvernement (colombien) veut reprendre l'initiative parce qu'au fond il ne l'a pas. De plus, les autorités ne sont pas contentes que M. Kouchner ait rencontré auparavant Chavez", répond Carlos Lozano, ancien médiateur et directeur du journal communiste Voz.

Miguel Ceballos, le directeur des études politiques de l'Université privée Sergio Arboleda de Bogota, estime pour sa part que "la France a de bonnes intentions, mais qu'elle n'a toujours pas bien compris les divers intérêts en jeu dans l'affaire des otages".

Les Farc souhaitent échanger 43 otages dits "politiques", dont trois Américains et Ingrid Betancourt, contre 500 de leurs guérilleros emprisonnés en Colombie.