
Paris réquisitionne un avion médicalisé, au cas où l'otage franco-colombienne serait libérée. Mais rien ne permet de croire à une issue imminente.
Depuis vendredi soir, un Falcon 900 médicalisé de la République française se tenait prêt sur un aéroport près de Cayenne en Guyane française. «Des informations concernant l'état de santé d'Ingrid Betancourt ainsi que des déclarations faisant état de possibles tractations à propos de sa libération ont amené le président de la République à décider de prépositionner un avion médicalisé en Guyane», a indiqué l'Élysée. L'avion a dû cependant rentrer hier pour des raisons d'organisation interne du ministère de la Défense.
Dès lundi, un autre appareil se tiendra prêt à prendre la relève. «C'est pour moi l'expression de ce que fait la France pour Ingrid depuis que Nicolas Sarkozy est aux affaires, a salué Fabrice Delloye, l'ex-mari de la Franco-Colombienne. Mais je suis très angoissé. Le gouvernement colombien a présenté un plan dans la précipitation. J'espère que ce n'est pas seulement pour se laver les mains en cas d'issue fatale pour Ingrid.»
Le président colombien Alvaro Uribe tenait samedi son «conseil communautaire» hebdomadaire (rencontre du président avec la population) dans la ville de San Jose de Guaviare. Un symbole fort puisque c'est dans un village de cette région que 200 à 300 guérilleros auraient fait irruption fin février pour faire soigner Ingrid. Dans son discours d'introduction, le président colombien a, à nouveau, réclamé la libération d'Ingrid Betancourt. Puis il a lancé un appel à la désertion aux combattants des Farc : «Nous garantissons la liberté aux guérilleros qui remettront leur otage et nous protégerons leur famille», et rappelé qu'une prime de 100 millions de dollars serait versée dans ce cas. Il a aussi demandé à l'armée de redoubler d'efforts pour localiser les otages, qualifiant cette action «d'humanitaire». Ce renforcement de l'action militaire risque de compliquer encore un peu plus les contacts avec les dirigeants des Farc, indispensables si on veut croire au plan proposé par Alvaro Uribe jeudi, d'échanger des guérilleros emprisonnés contre les otages. Le silence de Hugo Chavez, ces derniers jours, renforce l'impression que la guérilla est coupée de ses canaux de communication depuis la mort de Raul Reyes en Équateur. D'une part, parce qu'il était l'un des seuls à être en relation constante avec l'extérieur et particulièrement avec le président vénézuélien. Et, d'autre part, parce que depuis cette opération, les dirigeants des Farc redoublent de prudence dans leurs communications et leurs mouvements, craignant une nouvelle attaque d'envergure de l'armée colombienne.
Mauvais scénario
Les fragiles espoirs suscités par la proposition d'Uribe présentée jeudi par le haut-commissaire à la Paix, Luis Carlos Restrepo, s'estompent chaque jour un peu plus. Le procureur général de la nation colombienne, Mario Iguaran, a estimé que la loi n'autorise pas à libérer ainsi des prisonniers, surtout s'ils sont accusés de crime contre l'humanité. D'autre part, beaucoup de guérilleros emprisonnés refusent de faire l'objet d'un échange.
En fait, tout dépend des choix que feront les Farc après les rudes coups que lui a infligés l'armée colombienne ces dernières semaines. Soit elles changent de stratégie et se montrent ouvertes à des propositions comme celle de l'ex-otage Luis Heladio Perez. Soit elles se replient dans la forêt pour reconstituer leurs forces. Mais dans ce dernier cas, Ingrid Betancourt pourrait ne pas y survivre. Or il n'y aurait pas plus mauvais scénario pour les Farc que la mort de la Franco-Colombienne. «Il est plus que jamais urgent que la société civile se mobilise, estime Hervé Marro des comités de soutien à Ingrid Betancourt. C'est pour cela que nous organisons dimanche prochain une marche blanche qui partira à 14 h 30 de l'Opéra à Paris.»
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