
L'armée colombienne prépare-t-elle le premier "siège humanitaire" de sa guerre contre les Farc ? Le quotidien colombien El Tiempo révèle, vendredi, qu'une grande opération militaire serait en cours entre les départements du Guaviare et du Vaupés, dans le sud-est de la Colombie.
C'est dans cette région, une jungle grande comme trois fois la Suisse, que se trouveraient les otages "échangeables" de la guérilla, parmi lesquels figurent Ingrid Betancourt et trois soldats américains. L'hypothèse avancée par El Tiempo est, semble-t-il, crédible : c'est en effet depuis San José del Guaviare qu'avaient été libérés, en janvier et février dernier, six otages de la guérilla.
D'après El Tiempo , les services secrets colombiens auraient localisé un campement des Farc au début du mois de mai, avec la certitude qu'un des trois otages américains se trouverait à l'intérieur. L'armée aurait donc entamé des opérations pour tenter de se rapprocher du secteur et, in fine, d'encercler les guérilleros. 15.000 militaires auraient été déployés pour mener cette mission périlleuse.
"Une opération militaire donnerait l'occasion aux Farc d'exprimer toute leur barbarie" (Hervé Marro)
Le président colombien Alvaro Uribe a déjà créé la surprise. Avant d'arriver à Lima (Pérou), où se tient vendredi le 5e sommet Union européenne-Amérique latine, il a dit "espérer que les Farc annoncent, maintenant, la libération d'Ingrid Betancourt et des autres otages". Faute de quoi "les forces armées chercheraient la localisation humanitaire", moyen selon Uribe de faire pression sur les Farc pour obtenir une libération "humanitaire" , conformément à ce qui avait déjà été annoncé la veille.
Ce tour de vis des autorités colombiennes a de quoi surprendre, alors même que la guérilla n'a jamais accepté de mission humanitaire, même médicale, dans la jungle. L'échec de l'opération française , début avril, en est le dernier exemple. Sans compter sur le risque que ferait courir aux otages un encerclement de leur campement. Pour Luis Eladio Perez, libéré en février dernier, une telle opération "signifierait condamner à mort les otages". Contacté par lepoint.fr, le porte-parole du comité de soutien à Ingrid Betancourt , Hervé Marro, indique "redouter fortement une opération militaire qui donnerait l'occasion aux Farc d'exprimer toute leur barbarie. Cela ne fait pas de doute : ils exécuteraient les otages".
Le précédent est dans tous les esprits : en 2003, le gouverneur du département d'Antioquia, Guillermo Gaviria, et l'ancien ministre de la Défense Gilberto Echeverri, tous deux otages des Farc depuis un an, avaient été exécutés par leurs geôliers alors que l'armée avait encerclé leur campement. La France, pour sa part, s'est toujours opposée à une solution militaire dans la crise des otages colombiens.
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