dimanche 29 juin 2008

Cristina Kirchner affronte la colère des Argentins


Cristina Kirchner s'est efforcée dans une allocution télévisée solennelle, de faire baisser la tension.

Le conflit entre les agriculteurs et le gouvernement dure depuis cent jours.Depuis le début de la semaine, ils sont des milliers à inonder les places de Buenos Aires, armés de casseroles, pour les plus grandes manifestations antigouvernementales organisées depuis la crise économique de 2001, la pire de l'histoire argentine. La consigne, toujours la même, se répand en quelques minutes dans toute la capitale, via les messages «textos» des téléphones portables : «On va dire “basta” à Cristina !»

Six mois après son arrivée à la tête de l'État, Cristina Kirchner affronte une crise institutionnelle majeure. Le président argentin, qui a succédé en décembre dernier à son mari Nestor, a vu sa popularité s'effondrer, passant de plus de 56 % en janvier à 20 % ces derniers jours. Une chute d'autant plus spectaculaire que la situation économique reste positive en Argentine, après quatre années marquées par la croissance économique, les créations d'emplois et la réduction de la pauvreté.

La crise a commencé, il y a trois mois, avec une nouvelle augmentation de l'impôt sur les exportations de soja, tournesol et maïs, taxés à hauteur de 44 %, contre 35 % auparavant. Pour le gouvernement, il s'agit d'inciter les agriculteurs à exporter moins au profit du marché intérieur, afin de tempérer la hausse du prix des aliments.

Perceptible dans le monde entier, l'inflation prend en Argentine des dimensions préoccupantes, l'offre s'avérant incapable de répondre à la demande, une partie des classes défavorisées ayant récupéré leur pouvoir d'achat. En outre, le gouvernement tient à maintenir le peso à un niveau faible pour relancer les exportations industrielles, et donc l'emploi. Mais cette politique monétaire renchérit d'autant le coût des importations. L'inflation pourrait atteindre cette année les 25 %.


Parfum de revanche
La hausse de la taxation a provoqué un tollé chez les agriculteurs. En cent jours, ils ont organisé quatre grèves, en cessant d'approvisionner les villes et en coupant les routes. Les prix des aliments ont explosé et les pénuries se sont multipliées. Bien que minoritaire, le «campo», la campagne argentine, a réussi à rallier à sa cause la classe moyenne urbaine grâce à une efficace stratégie de communication : les manifestants pavanent avec des cocardes argentines et les slogans se réclament de la «patrie».

Le «campo» flatte la perception de pans entiers de la classe moyenne qui détestent le couple présidentiel et son style politique. Inconnu du public jusqu'à son élection, avec 22 % des voix, en 2003, Nestor Kirchner s'est imposé sur la scène politique en affrontant une grande partie des pouvoirs traditionnels : le Fonds monétaire international, les multinationales étrangères, les patrons de l'armée ainsi que l'Église, très conservatrice en Argentine. Pour tous ces secteurs, la crise actuelle a comme un parfum de revanche.

En quelques semaines, les agriculteurs, relayés par les adversaires politiques des Kirchner, ont réveillé dans la société la crainte d'une nouvelle crise. «Pour des raisons presque culturelles, la majorité des Argentins sont convaincus que la stabilité économique ne peut pas durer, que tout va bientôt s'effondrer», analyse Gabriel Puricelli, du laboratoire de politiques publiques, à Buenos Aires. Une fatalité entretenue par les médias, avec lesquels le gouvernement entretient des relations tendues. Cristina Kirchner s'avère incapable de communiquer avec la population, alternant appels à la conciliation et attaques contre les «possédants». Mardi soir, le président a remis le dossier au Congrès.

Pour l'heure, les jours de Cristina Kirchner au pouvoir ne sont pas comptés. Ses adversaires politiques sont aussi virulents qu'incapables de se trouver un leader susceptible de la remplacer. Mais une fois de plus, la clé de la situation est économique, entre les mains des autres secteurs qui profitent à plein de la croissance comme les services, l'industrie et les banques. D'eux dépend l'afflux de dollars dans le pays et donc la stabilité de tout le système économique. Jusqu'à hier, banques et industriels multipliaient les appels au calme.