lundi 30 juin 2008

Bruit de bottes et rideau de fumée en Amérique latine


Le président colombien, Alvaro Uribe, essaie de détourner l’attention du cœur de l’affaire : la violation par l’armée colombienne du territoire équatorien. Ce n’est pas une première. Les paramilitaires colombiens entrent au Venezuela assez régulièrement. Avec le lancement du « Plan Colombie », la Colombie est devenue coutumière des incursions militaires chez ses voisins. Notamment via les groupes militaires conjoints avec les États-Unis.

Ces incursions se sont multipliées, officiellement au nom de la lutte anti-drogue. Une couverture facile pour la répression politique ou les opérations purement militaires. Mais surtout il y a le contexte, l’arrière plan non dit. Colombie et Venezuela sont aussi en conflit frontalier sur le partage du golfe de Maracaibo qui compte beaucoup de pétrole offshore. Les provocations d’Alvaro Uribe permettent de préparer une utile diabolisation de Chavez avant d’éventuels conflits publics à ce sujet.

L’annonce par Bush de son soutien total (brrrr !) à la « démocratie colombienne » est ainsi tout un programme. Supposons que ce soit en haine du Venezuela. Mais pourquoi ne rien dire du fait que l’Equateur, victime de l’intrusion militaire colombienne, est aussi une démocratie !

Enfin notons ce qu’il en est de cette démocratie colombienne ! Uribe est élu à chaque fois à la faveur d’un climat de terreur qui conduit la majorité de la population à ne pas voter : 56 % d’abstention à la présidentielle de 2006 où il l’a emporté avec 62 % des suffrages. Petite mention spéciale : Alvaro Uribe n’a pas hésité à faire modifier la constitution en 2004 pour pouvoir être réélu président en 2006 ! Cette possibilité de réélection indéfinie était jusque là exclue dans la constitution colombienne de 1991. Personne n’a rien trouvé à y redire aux États-Unis. Pourtant une proposition similaire a été violemment dénoncée chez Chavez et par nos robots médiatiques européens.

Il est frappant de le voir dénoncer Chavez pour financement de la guérilla et autre sornettes douces aux oreilles des USA. La Colombie n’a évidemment pour l’instant apporté aucune preuve des accusations sensationnelles contre le Venezuela et l’Equateur. En matière de financements illicites ou douteux, le président Uribe ferait mieux d’être discret. En 1991, un rapport officiel du Pentagone américain (rapport du Defense Intelligence Agency publié par l’hebdo NewsWeek en août 2004) classait Uribe parmi la centaine de personnalités directement impliquées dans le soutien au narcotrafic en Colombie.

En tant que maire puis gouverneur puis sénateur de Medellin, il était alors décrit par les États-Unis comme un « Politicien et sénateur spécialisé [dedicated] dans la collaboration avec le Cartel de Medellin dans les plus hauts niveaux gouvernementaux », « ami proche » du célèbre parrain de la drogue Pablo Escobar. Le même rapport américain précisait au passage que, loin de la légende familiale de persécution par les FARC qu’Uribe reprend systématiquement, son père, Alfredo Uribe, a été « assassiné pour ses liens avec les narcotrafiquants ».

Alvarado Uribe a obtenu que les États-Unis passent l’éponge en contrepartie d’un soutien indéfectible de la Colombie à leur politique impériale dans la région. Ce n’est pas tout. Comme gouverneur de Medellin, Uribe a aussi directement soutenu la mise en place des réseaux paramilitaires (Autodéfenses Unies de Colombie) qui terrorisent le pays. Il a contribué au climat d’impunité dont ils jouissent. A Medellin puis au Sénat, il est devenu un spécialiste des « techniques de gestion des conflits », notamment par la militarisation des populations civiles et le développement de la délation. Il a notamment soutenu le général « pacificateur », Rito Alejo del Río, commandant de la 17e Brigade, qui s’est illustrée par de multiples exactions et massacres de masse.

Voila ce qu’est la figure de proue de la « démocratie colombienne » ! Ou peut on le lire où l’entendre ? Reste le résultat. L’assassinat du numéro 2 des FARC Raul Reyes fragilise les possibilités de libération des otages. Dont Ingrid Bettancourt. Alvarado Uribe manipule l’opinion internationale. Faut-il l’aider en laissant dire ?

jean-luc-melenchon

dimanche 29 juin 2008

Cristina Kirchner affronte la colère des Argentins


Cristina Kirchner s'est efforcée dans une allocution télévisée solennelle, de faire baisser la tension.

Le conflit entre les agriculteurs et le gouvernement dure depuis cent jours.Depuis le début de la semaine, ils sont des milliers à inonder les places de Buenos Aires, armés de casseroles, pour les plus grandes manifestations antigouvernementales organisées depuis la crise économique de 2001, la pire de l'histoire argentine. La consigne, toujours la même, se répand en quelques minutes dans toute la capitale, via les messages «textos» des téléphones portables : «On va dire “basta” à Cristina !»

Six mois après son arrivée à la tête de l'État, Cristina Kirchner affronte une crise institutionnelle majeure. Le président argentin, qui a succédé en décembre dernier à son mari Nestor, a vu sa popularité s'effondrer, passant de plus de 56 % en janvier à 20 % ces derniers jours. Une chute d'autant plus spectaculaire que la situation économique reste positive en Argentine, après quatre années marquées par la croissance économique, les créations d'emplois et la réduction de la pauvreté.

La crise a commencé, il y a trois mois, avec une nouvelle augmentation de l'impôt sur les exportations de soja, tournesol et maïs, taxés à hauteur de 44 %, contre 35 % auparavant. Pour le gouvernement, il s'agit d'inciter les agriculteurs à exporter moins au profit du marché intérieur, afin de tempérer la hausse du prix des aliments.

Perceptible dans le monde entier, l'inflation prend en Argentine des dimensions préoccupantes, l'offre s'avérant incapable de répondre à la demande, une partie des classes défavorisées ayant récupéré leur pouvoir d'achat. En outre, le gouvernement tient à maintenir le peso à un niveau faible pour relancer les exportations industrielles, et donc l'emploi. Mais cette politique monétaire renchérit d'autant le coût des importations. L'inflation pourrait atteindre cette année les 25 %.


Parfum de revanche
La hausse de la taxation a provoqué un tollé chez les agriculteurs. En cent jours, ils ont organisé quatre grèves, en cessant d'approvisionner les villes et en coupant les routes. Les prix des aliments ont explosé et les pénuries se sont multipliées. Bien que minoritaire, le «campo», la campagne argentine, a réussi à rallier à sa cause la classe moyenne urbaine grâce à une efficace stratégie de communication : les manifestants pavanent avec des cocardes argentines et les slogans se réclament de la «patrie».

Le «campo» flatte la perception de pans entiers de la classe moyenne qui détestent le couple présidentiel et son style politique. Inconnu du public jusqu'à son élection, avec 22 % des voix, en 2003, Nestor Kirchner s'est imposé sur la scène politique en affrontant une grande partie des pouvoirs traditionnels : le Fonds monétaire international, les multinationales étrangères, les patrons de l'armée ainsi que l'Église, très conservatrice en Argentine. Pour tous ces secteurs, la crise actuelle a comme un parfum de revanche.

En quelques semaines, les agriculteurs, relayés par les adversaires politiques des Kirchner, ont réveillé dans la société la crainte d'une nouvelle crise. «Pour des raisons presque culturelles, la majorité des Argentins sont convaincus que la stabilité économique ne peut pas durer, que tout va bientôt s'effondrer», analyse Gabriel Puricelli, du laboratoire de politiques publiques, à Buenos Aires. Une fatalité entretenue par les médias, avec lesquels le gouvernement entretient des relations tendues. Cristina Kirchner s'avère incapable de communiquer avec la population, alternant appels à la conciliation et attaques contre les «possédants». Mardi soir, le président a remis le dossier au Congrès.

Pour l'heure, les jours de Cristina Kirchner au pouvoir ne sont pas comptés. Ses adversaires politiques sont aussi virulents qu'incapables de se trouver un leader susceptible de la remplacer. Mais une fois de plus, la clé de la situation est économique, entre les mains des autres secteurs qui profitent à plein de la croissance comme les services, l'industrie et les banques. D'eux dépend l'afflux de dollars dans le pays et donc la stabilité de tout le système économique. Jusqu'à hier, banques et industriels multipliaient les appels au calme.

mercredi 25 juin 2008

Betancourt : l'action discrète de Dominique de Villepin



En coulisse, Dominique de Villepin reprend du service dans le dossier des otages retenus en Colombie. L'ancien Premier ministre effectue en effet une tournée diplomatique officieuse en Amérique latine. Il a d'abord passé 48 heures à Lima (Pérou), où il était invité par la société de travaux Grana y Montero, qui célébrait son 75e anniversaire. Outre des entretiens avec différents chefs d'entreprises locaux, l'ancien chef du gouvernement français a rencontré, lundi matin, le président péruvien Alan Garcia. Plus tard, après avoir donné une conférence en espagnol, Dominique de Villepin s'est s'envolé vers le Venezuela, où il devait "essayer" de rencontrer le dirigeant Hugo Chavez.

Cette visite privée, dont la tenue effective n'a toujours pas été confirmée, indique que Dominique de Villepin continue de s'intéresser au sort d'Ingrid Betancourt, dont il a été le professeur et l'ami personnel dans les années 1980. L'ancien dauphin de Jacques Chirac s'est beaucoup impliqué dans ce dossier quand il était aux responsabilités. En 2003, alors ministre des Affaires étrangères, il a notamment lancé une opération coup de poing pour tenter de récupérer Ingrid Betancourt . Organisée dans la précipitation, l'expédition avait alors tourné au fiasco.

Le Quai d'Orsay pas informé

Au Quai d'Orsay, on ne cache pas sa stupéfaction. "Nous ne sommes pas informés d'une quelconque mission de Dominique de Villepin sur le dossier Betancourt", confie, mercredi matin, l'entourage de Bernard Kouchner, au point.fr. Au Comité de soutien à Ingrid Betancourt , où l'opération de 2003 a laissé un goût amer, la visite de Dominique de Villepin est accueillie froidement. "C'est un homme politique comme les autres qui se rend là-bas, pour nous, ça ne veut rien dire", affirme ainsi Hervé Marro.

Le déplacement de l'ancien Premier ministre est d'autant plus surprenant que sa gestion du dossier Betancourt avait été ouvertement critiquée par Mélanie Delloye, fille de l'otage, pendant toute la campagne présidentielle de 2007. Les deux interlocuteurs s'étaient d'ailleurs croisés par hasard à RTL le 20 février 2007. Le script de cet échange improvisé est disponible sur le site Internet de Matignon . Au Premier ministre, Mélanie Delloye avait lancé : "Je ne trouve pas que vous avez été déterminé par rapport à ce qui concerne ma mère [...], vous n'avez pas utilisé tous les moyens qui sont à votre disposition."

Cette visite intervient alors que l'ambassadeur de France en Colombie, Jean-Michel Marlaud, a démenti, mardi, toute réactivation des contacts entre la France et les Farc , comme "une source proche de l'Élysée" l'a indiqué le 19 juin. "Concernant la question des nouveaux contacts, il n'y en a pas eu. Il n'y a eu qu'une mauvaise interprétation, parce que nous n'avons pas de nouveaux contacts", a notamment déclaré le diplomate sur la radio colombienne Caracol .

mardi 24 juin 2008

Farc-ETA, l'alliance détonante




Fantasmée ou réelle, la présumée alliance entre l'ETA et les Farc fait couler beaucoup d'encre. Samedi, la télévision publique espagnole a diffusé des documents extraits de l'ordinateur de Raul Reyes qui prouveraient le lien entre les deux organisations. Dans une vidéo, un guérillero évoque le combat de l'ETA. "Une preuve matérielle indiscutable", selon un officiel colombien.

Le mythe d'une Internationale révolutionnaire est de retour. Mais cette fois-ci, des preuves matérielles lui donnent un peu plus de réalité. Tout commence le 1er mars dernier, quand l'armée colombienne opère un raid en territoire équatorien. Le numéro deux des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), Raul Reyes, est tué lors de cette opération éclair. La police colombienne saisit alors trois ordinateurs portables appartenant au chef de la guérilla marxiste.

Des ordinateurs qui ne vont pas tarder à parler. La Dipol, la CIA colombienne, se met au travail et épluche les 8 000 documents word, 30 000 photos et 116 vidéos découverts. Se basant sur ces données, le gouvernement colombien accuse ses voisins: des fichiers prouveraient que la guérilla est "financée et armée par le président vénézuélien, Hugo Chavez" que les Farc "ont participé au financement" de la campagne présidentielle du président équatorien, Rafael Correa. L'affaire provoque une vive polémique, en pleine période d'extrême tension entre les trois pays andins. Et dans son combat contre Quito et Caracas, que Bogota accuse depuis toujours de soutenir la guérilla, la Colombie se voit apporter le soutien d'Interpol, qui a confirmé l'authenticité des documents retrouvés.

"Les amis d'ETA"
Ces mêmes ordinateurs sont très vite à l'origine d'une nouvelle "affaire". Fin mai, le ministre colombien de la Défense, Juan Manuel Santos, annonce que leur contenu prouve l'existence de liens entre les Farc et l'organisation séparatiste basque ETA. Quelques jours plus tard, Madrid annonce l'ouverture d'une enquête. Et tente de calmer le jeu. "Il faut être très prudent (...) L'ETA est très méfiante dans tout ce qu'elle fait et elle travaille habituellement en solitaire", déclare ainsi le président du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero.

Mais le sujet passionne les médias espagnols et latino-américains. Samedi, la télévision publique espagnole (RTVE) a diffusé un documentaire intitulé "Farc-ETA, les liens du sang". Durant une vingtaine de minutes, les journalistes, qui ont rencontré nombre d'officiels colombiens et d'anciens guérilleros, tentent de démêler les "clés de la connexion" entre les deux organisations. Le documentaire fait état de courriers électroniques échangés entre différents membres des Farc évoquant des liens avec les séparatistes basques. Et les diffuse à l'écran. "Les amis d'ETA ont récemment reçu une formation (...) à leur demande. Nous avons parlé de la possibilité de nous aider avec des travaux en Espagne et dans d'autres pays. Nous avons parlé de Pastrana [Andres Pastrana, ancien président colombien, ndlr]", aurait ainsi écrit en septembre 2003 Raul Reyes au chef des Farc, Manuel Marulanda, depuis décédé. L'actuel président colombien, Alvaro Uribe, est également directement visé.

Si la presse hispanophone s'était dès le début du mois de juin fait l'écho du contenu de ces échanges, c'est la première fois que les documents sont diffusés. "Il s'agissait d'un accord visant d'abord à ce que les etarras puissent être entraînés par les Farc en Colombie. En échange, l'ETA acceptait de rendre des services à la guérilla, comme me tuer ou tuer tout autre fonctionnaire du gouvernement colombien", explique Andrés Pastrana, qui s'est attiré la colère de la guérilla pour avoir rompu les négociations en 2002.

Même modus operandi

Autre preuve de cette alliance explosive, les deux guérillas possèderaient le même modus operandi. Et la RTVE de citer l'exemple d'un attentat commis le 7 février 2003 dans la discothèque Nogal Club à Bogota, qui a fait une trentaine de victimes. A l'écran, les experts se succèdent et confirment des méthodes identiques. Un ex-guérilléro nommé Carlos affirme quant à lui que plusieurs membres de l'ETA ont reçu des formations en Colombie et qu'en échange, ils ont appris aux Farc à se servir de voitures piégées.

La preuve la plus concrète provient d'une vidéo retrouvée sur l'un des ordinateurs de Raul Reyes. Un homme, identifié comme Juan Santrich, responsable politique des Farc, déclare qu'il est "temps que cesse la répression sauvage (...) qu'impose l'Etat espagnol au peuple basque" et se prononce pour l'autonomie du pays basque. Pour le général Oscar Naranjo, c'est "la preuve matérielle indiscutable". "La question est: quel est le degré de cette collaboration", s'interroge le militaire. Par le passé, des liens entre l'ETA et l'IRA (armée républicaine irlandaise) ont été évoqués mais la preuve d'actions concrètes et concertées des deux organisations n'a jamais été apportée.

Dimanche, le président colombien, Alvaro Uribe, qui a pour habitude de diaboliser la guérilla afin de mieux justifier sa politique de fermeté en la matière, a qualifié de "gravissimes" les liens entre les deux organisations. Le procureur général colombien, Mario Iguaran, a quant à lui fait savoir que neuf pays - Espagne, Chili, Brésil, Uruguay, Paraguay, Honduras, Costa Rica, Panama et Mexique - avaient d'ores et déjà sollicité des informations contenues dans ces ordinateurs. Selon la presse colombienne, ceux-ci révèlent des liens entre la guérilla et des personnes originaires de quinze pays différents. Paris n'en aurait pas fait la demande. Du moins officiellement. L'otage franco-colombienne Ingrid Betancourt serait l'objet de nombreux messages.

lundi 23 juin 2008

Un otage des Farc demande l'asile politique à Chavez




Un otage des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), dont une preuve de vie a été fournie samedi par la guérilla marxiste, a demandé l'asile politique au président vénézuélien Hugo Chavez, a-t-on appris auprès de sa famille.
Seul survivant d'un groupe de douze députés colombiens otages depuis 2002, dont onze ont été tués en captivité il y a un an, Sigifredo Lopez lance un appel à M. Chavez, dans une vidéo tournée par les Farc et transmise à l'Eglise catholique.

«Dans cette dernière preuve de vie, il fait une demande d'asile politique au Venezuela et je vais m'en occuper. Il faut le faire, c'est un engagement familial», a déclaré son épouse, Patricia Nieto.

L'otage présente cette demande d'asile comme sa «seule possibilité de liberté», a-t-elle souligné, en précisant qu'elle relayerait cette requête auprès du gouvernement vénézuélien.

M. Lopez fait partie d'un groupe de 39 otages, dont les Farc proposent la libération en échange de celle de 500 guérilleros emprisonnés.

Ce n'est pas la première fois que des otages lancent un appel au président vénézuélien, dans une vidéo envoyée par les Farc. Les autres députés retenus en otages avaient eux aussi formulé une demande d'asile politique à Caracas.

M. Chavez a mené l'an dernier une médiation auprès des Farc, avant d'en être privé par la Colombie qui le soupçonnait de collaborer avec la guérilla. Il a depuis exhorté récemment les rebelles à cesser leur mouvement.

Farc : de nouvelles preuves de vie d'otages ont été diffusées


Image provenant de la preuve de vie du député Sigifredo Lopez envoyée par les Farc.

Alors qu'en Colombie, les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) ne diffusent de preuves de vie de leurs otages qu'au compte-gouttes, ce week-end, ce sont trois enregistrements qui ont été rendus publics en moins de 48 heures.

Samedi, l'Église catholique colombienne a remis aux médias de Bogota un premier témoignage de Sigifredo Lopez, unique rescapé du massacre des 11 autres députés de Valle del Cauca (sud-ouest de la Colombie) avec qui il avait été enlevé en avril 2002. Les parlementaires avaient été tués le 18 juin 2007, dans de mystérieuses conditions. Certains évoquent une tentative de libération par la force de l'armée colombienne, d'autres des combats entre les Farc eux-mêmes. La seule certitude est que ces otages ont été exécutés volontairement par leurs ravisseurs.

Ce message, d'une trentaine de minutes, aurait été tourné en octobre 2007. L'ex-député donne des précisions sur les circonstances de la mort de ses collègues, et appelle à la conclusion d'un accord humanitaire.
Dimanche, surprise. Sur le même support, les autorités découvrent un autre message, non diffusé à cette heure, mais dont le contenu a été révélé. Il est beaucoup plus court (15 minutes) et bien plus récent, puisqu'il aurait été filmé le 30 mars de cette année. Lopez y évoque la mémoire des parlementaires assassinés en 2007. "Aujourd'hui, 30 mars 2008, aux mères, épouses, fils et parents de mes frères massacrés le 18 juin 2007, je veux manifester toute ma solidarité et mon engagement total avec leur mémoire. Ils sont morts en espérant et en réclamant un accord humanitaire que seul le président Uribe peut concrétiser." La dernière preuve de vie de Lopez datait du 27 avril 2007. Au total, en six ans de captivité, huit enregistrements de Lopez ont été rendus publics.

La troisième vidéo dévoilée ce week-end concerne Pablo Emilio Moncayo, le plus ancien otage des Farc, retenu depuis bientôt 11 ans dans la jungle colombienne. Les images, connues de sa famille depuis deux mois, ont été diffusées dimanche.
Dans son message, Pablo Moncayo demande à Ingrid Betancourt, avec qui il a partagé de nombreuses années de captivité, de rester "forte" pour continuer à vivre. L'enlèvement de Moncayo avait été fortement médiatisé en 2007, lorsque son père Gustavo Moncayo et sa fille Yuri Tatiana avaient réalisé une marche de plus de 800 km en Colombie afin d'alerter l'opinion publique colombienne sur la situation des otages. La "marche pour la paix" avait occupé les gros titres en Colombie pendant les 45 jours de marche, et deux millions de citoyens s'étaient engagés en faveur de l'accord humanitaire.

vendredi 20 juin 2008

Immigration :le Choc latino


La "directive retour", nouvelle loi de l'Union européenne (UE) sur l'expulsion des sans-papiers, suscite un profond sentiment d'injustice et de colère en Amérique latine, qui a reçu pendant des siècles des vagues d'immigrés venus du Vieux Continent. Voté mercredi au Parlement européen, ce compromis inédit en matière d'immigration entre les négociateurs du Parlement et les 27 États membres de l'UE vise en priorité à faciliter les départs volontaires des étrangers en situation irrégulière dans l'UE . La loi prévoit notamment une rétention de 18 mois maximum, une réadmission interdite pendant cinq ans ou encore la possibilité d'expulser les mineurs.

Autant de mesures qui ont déclenché l'ire du président du Venezuela, Hugo Chavez. Le chef de file de la gauche antilibérale a ainsi menacé de ne plus fournir de pétrole aux pays européens qui appliqueraient cette "directive de la honte". De la même façon que les pays européens décideront de renvoyer des immigrants sans papiers vers leur pays d'origine, les pays d'Amérique latine pourront de leur côté décider "le retour des investissements européens", a-t-il déclaré jeudi. Même si les immigrés latino-américains vivent pour la plupart aux États-Unis, plus de 15 % des "remesas" - envoi d'argent à leur famille - proviennent de pays européens, selon un rapport de la Banque interaméricaine de développement (BID) publié l'an dernier.

La Bolivie invite l'Afrique à se joindre au combat

Le vote de la loi a aussi provoqué une levée de boucliers dans d'autres pays. "Nous espérons donner une réponse commune avec les différents pays d'Amérique latine. Cette directive n'est pas la directive retour, mais la directive de la honte ", a fustigé le président équatorien Rafael Correa, annonçant avoir pris des "contacts" au niveau régional pour faire face à cette "agression". Son allié bolivien, Evo Morales, a proposé jeudi à l'Afrique de se joindre à ce combat pour obtenir le retrait d'une loi qui "porte atteinte à la vie et aux droits des personnes". "Nous allons mener une campagne internationale afin de retourner la situation. Que les députés européens qui ont approuvé cette directive retour se mettent la main sur le coeur", a martelé ce dernier.

Quant au gouvernement argentin, il a condamné l'UE, en lui faisant la leçon. "La question migratoire ne pourra être résolue de manière efficace que si elle est abordée en respect total des droits de l'homme", souligne un communiqué officiel. En Uruguay, dont plus de la moitié de la population est d'origine européenne, le Sénat a même voté une motion rejetant un texte qui "constitue une violation des droits de l'homme, notamment le droit à la libre circulation internationale". Enfin, au Pérou, le chef de la diplomatie José Garcia Belaunde a haussé la voix pour dénoncer une loi "discriminatoire" qui "ne cadre pas avec la tradition européenne".

jeudi 19 juin 2008

L'Amérique latine choquée par la nouvelle loi européenne sur l'immigration


La nouvelle loi de l'Union européenne (UE) sur l'expulsion des sans-papiers a déclenché un profond sentiment d'injustice et de colère en Amérique latine, qui a reçu pendant des siècles des vagues d'immigrés venus du Vieux continent.

La nouvelle loi de l'Union européenne (UE) sur l'expulsion des sans-papiers a déclenché un profond sentiment d'injustice et de colère en Amérique latine, qui a reçu pendant des siècles des vagues d'immigrés venus du Vieux continent.

Avec 18 mois de rétention et un bannissement de cinq ans, l'arsenal judiciaire de la "directive retour", votée mercredi au Parlement européen, a provoqué une levée de boucliers dans plusieurs pays.

Le président équatorien Rafael Correa, l'un des nouveaux dirigeants incarnant le virage à gauche pris dans la région, a aussitôt prôné un front commun pour protester contre "la directive de la honte".

"Nous espérons donner une réponse commune avec les différents pays d'Amérique latine. Cette directive n'est pas la +directive retour+ mais la +directive de la honte+", a fustigé M. Correa, annonçant avoir pris des "contacts" au niveau régional face à cette "agression".

Son allié bolivien, Evo Morales, a proposé jeudi à l'Afrique de se joindre à ce combat pour obtenir le retrait d'une loi qui "porte atteinte à la vie et aux droits des personnes".

"Nous allons mener une campagne internationale afin de retourner la situation. Que les députés européens qui ont approuvé cette +directive retour+ se mettent la main sur le coeur", a déclaré M. Morales, premier dirigeant d'origine indigène dans le pays andin, le plus pauvre d'Amérique du sud.

Plus direct, le président du Venezuela, Hugo Chavez, chef de file de la gauche antilibérale, a menacé de ne plus fournir de pétrole aux pays européens et riposter par le "retour de leurs investissements".

Même si les immigrés latino-américains vivent pour la plupart aux Etats-Unis, plus de 15% des "remesas" (envoi d'argent à leur famille), proviennent de pays européens, selon un rapport de la Banque interaméricaine de développement (BID), publié l'an dernier.

L'UE a surtout heurté l'opinion publique en Amérique latine, où des millions d'immigrants européens sont venus tenter leur chance.

"Le Brésil, pays qui a reçu des millions d'immigrants et de descendants, aujourd'hui intégrés de manière harmonieuse, déplore une décision qui contribue à créer une perception négative de l'immigration", a réagi son ministère des Affaires étrangères.

Ironie de l'histoire, le vote de la directive survient au moment où le Brésil célèbre le centenaire de l'immigration japonaise.

Arrivé au début du siècle dernier pour travailler dans les plantations de café, ce premier groupe d'immigrants s'est si bien adapté qu'il est devenu, avec 1,5 million de membres, la principale communauté japonaise dans le monde.

Le gouvernement argentin a condamné la directive de l'UE, en lui faisant la leçon. "La question migratoire ne pourra être résolue de manière efficace que si elle est abordée en respect total des droits de l'Homme", souligne un communiqué officiel.

En Uruguay, dont plus de la moitié de la population est d'origine européenne, le Sénat a voté une motion rejetant un texte qui "constitue une violation des droits de l'Homme, notamment le droit à la libre circulation internationale".

Au Pérou, le chef de la diplomatie José Garcia Belaunde a dénoncé une loi "discriminatoire" qui ne "cadre pas avec la tradition européenne".

De nombreuses organisations des droits de l'Homme ont emboîté le pas, à l'image des Mères de la place de mai, la célèbre association argentine qui tente de retrouver les enfants disparus de la dictature.

"Les mesures discriminatoires que l'on veut prendre avec les immigrants de tous les pays dits du Tiers Monde, la prison et la déportation, sont des mesures sauvages", a clamé sa présidente Hebe de Bonafini

Les ravisseurs d'Ingrid Betancourt





L'interminable prise en otage d'Ingrid Betancourt et la compassion qu'elle suscite n'ont pas rendu pour autant plus familiers ses ravisseurs, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, extrême gauche). Il n'est guère facile de saisir la complexité d'un conflit armé dont les origines remontent à un demi-siècle, opposant plusieurs acteurs aux motivations et aux intérêts fluides. L'intérêt de l'ouvrage de Daniel Pécaut est justement d'offrir un éclairage historique, sociologique et politique des FARC, sans pour autant négliger l'affaire des otages.

Directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, l'auteur est un spécialiste de la Colombie, qui a consacré plusieurs ouvrages à la "Violencia", la guerre civile entre libéraux et conservateurs tout au long des années 1950. L'analyse de cette période a défié de nombreux "violentologues", sans pour autant décourager ce sociologue français. Peu d'universitaires ont travaillé autant sur la Colombie.

L'expérience de Daniel Pécaut est précieuse à l'heure de cerner les mentalités et les comportements des dirigeants ou des combattants des FARC. Loin de se contenter des rares textes d'une guérilla peu encline à étayer ses arguments, l'auteur bénéficie d'entretiens réalisés au fil des ans avec des commandants ou des guérilleros de base. Après avoir judicieusement remis en perspective l'évolution des FARC depuis leur naissance, il peut décrire la vie quotidienne de la guérilla, mais aussi le malaise dans ses rangs.

L'auteur souligne le lien originel des FARC avec la paysannerie, la transformation du monde rural par la colonisation de nouvelles terres dévolues à la coca et, enfin, le décrochage de la guérilla par rapport aux mouvements sociaux. Issues d'un Parti communiste particulièrement stalinien, en butte à la concurrence de castristes et maoïstes, les FARC subissent la métamorphose de tous les acteurs du conflit colombien, dopé par l'économie de la drogue. Face aux coups de boutoir des groupes paramilitaires et de l'armée, les FARC s'enferment dans l'immobilisme, le ressentiment à l'égard des élites urbaines, et la cruauté de méthodes de lutte qui alternent enlèvements et terreur. A ce propos, le policier John Pinchao, qui est parvenu à s'évader après avoir été retenu par les FARC pendant huit ans, a écrit un témoignage saisissant sur le drame des otages (Evadé de l'enfer, éd. Florent Massot, 336 p., 19,90 euros).

Depuis plusieurs années, les FARC se sont révélées incapables de s'adresser aux Colombiens qu'elles prétendent représenter et émanciper. Pendant trois ans (1998-2002), elles ont disposé d'une zone démilitarisée aussi vaste que la Suisse, où les délégués du gouvernement, les ambassadeurs étrangers et les personnalités de tous les milieux se succédaient. Loin d'avoir été un simple dialogue de sourds, ces pourparlers ont démontré que les dirigeants des FARC n'avaient plus rien à dire à leurs concitoyens, qu'ils avaient perdu tout lien avec le pays réel. Et, pourtant, alors que la guérilla atteignait le degré zéro de la politique, une gauche réformiste et démocratique a vu le jour et est parvenue à gagner des positions importantes à Bogota, en province et au Congrès.

Le soutien du président vénézuélien, Hugo Chavez, et la manipulation de l'affaire des otages ont fait miroiter aux FARC une reconnaissance politique, en vue de reconstituer des finances diminuées et un moral ébranlé. Toutefois, la mort de leur chef historique, Manuel Marulanda, annoncée alors que l'ouvrage de Daniel Pécaut était sous presse, aggrave une crise apparemment sans issue, qui prend des allures de débandade. Hélas pour les otages, et pour les Colombiens de manière générale, la phase terminale de la guérilla pourrait durer longtemps.
LES FARC, UNE GUÉRILLA SANS FINS ? de Daniel Pécaut. Lignes de repères, 174 pages, 17 €.

Paulo A. Paranagua

lundi 16 juin 2008

FARC : La diplomatie de Chavez s'avère payante




Les guérilleros des FARC ont accepté de libérer ‎leurs otages en échange de la libération de leurs ‎prisonniers détenus par le gouvernement colombien. ‎Vendredi, dans un communiqué, la guérilla marxiste a ‎affirmé avoir accepté la demande du Président ‎vénézuélien, Hugo Chavez, pour une libération des ‎otages mais à condition que la Colombie relâche pour sa ‎part ceux des membres des FARC qu'elle retient en ‎prison

dimanche 15 juin 2008

Alvaro Uribe confirme qu'il rencontrera Hugo Chavez



La rencontre entre le président colombien et son homologue vénézuélien, qui aura lieu avant le 15 juillet, fait suite à la demande de Chavez de libérer les otages des Farc "sans aucune contrepartie".


Les relations se réchauffent entre la Colombie et le Venezuela. Le président colombien Alvaro Uribe a confirmé, samedi soir 14 juin, une rencontre avec son homologue vénézuélien Hugo Chavez. Cette rencontre aura lieu d'ici le 15 juillet, en territoire vénézuélien, et fait suite à la demande de Chavez de libérer les otages des Farc "sans aucune contrepartie".
Elle visera à "normaliser les relations (entre les deux pays) et à passer en revue les questions bilatérales", selon le porte-parole de la présidence colombienne, César Mauricio Velásquez.
Les ministres des Affaires étrangères des deux pays - qui ont préparé cette rencontre - participeront également aux entretiens.

Remerciements

"Je veux renouveler ici mes remerciements au président Hugo Chavez pour ses déclarations récentes qui aident bien la Colombie à parvenir à la paix définitive", a déclaré Alvaro Uribe, lors d'un déplacement samedi soir à Zapatoca, dans l'est du pays.
Le chef de l'Etat vénézuélien avait estimé publiquement que la lutte armée n'avait plus de raison d'être dans l'Amérique latine d'aujourd'hui et avait demandé à la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) une libération "sans conditions" de tous ses otages, dont la Franco-colombienne Ingrid Betancourt.
La prise de position d'Hugo Chavez constitue un revirement de la politique de Caracas à l'égard des Farc. Il y a encore un mois le chef de l'Etat vénézuélien demandait que la guérilla colombienne puisse bénéficier d'un statut de bélligérant et avait souhaité, au début de l'année que les Etats-Unis et l'Union européenne retirent les Farc de la liste des mouvements considérés comme "terroristes".

Médiateur

L'an dernier, Alvaro Uribe avait retiré à son homologue vénézuélien son mandat de médiateur pour tenter d'obtenir un accord avec les Farc qui réclament la libération de 500 guérilleros en échange de celle d'un groupe de 39 otages, dits "politiques", dont trois Américains et Ingrid Betancourt, ancienne candidate à la présidence enlevée il y a plus de six ans.
Interrogée mercredi par l'AFP, Yolanda Pulecio, la mère de Ingrid Betancourt a affirmé que l'état de sa fille, décrite par d'anciens otages comme étant très affaiblie, s'était amélioré.

vendredi 13 juin 2008

Betancourt au centre d'un marché



Bientôt la fin du calvaire pour Ingrid Betancourt, retenue en otage par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) depuis six ans? Un membre de la guérilla a proposé de relâcher la Franco-colombienne et d'autres otages en échange de la garantie de non extradition aux Etats-Unis d'un autre membre des Farc, a annoncé vendredi soir le président colombien Alvaro Uribe.

Et si les Farc avaient changé leur fusil d'épaule, depuis que leur chef, Manuel Marulanda, a été tué à la fin du mois de mai? En tout cas, il semble que le contact a bien été rétabli entre la guérilla et le pouvoir colombien. Alvaro Uribe a annoncé vendredi soir qu'un membre des Farc a proposé de relâcher Ingrid Betancourt et d'autres otages en échange d'une garantie de non extradition. "Nous avons envoyé une note au guérilléro qui a proposé de libérer Ingrid Betancourt et d'autres victimes d'enlèvements. Le directeur de la DAS (services de renseignement colombiens) l'a envoyée avec mon autorisation, assurant qu'il n'y aurait pas d'extradition si cela se passe bien", a-t-il déclaré.

"Espérons que la proposition de ce guérillero de relâcher Ingrid Betancourt soit réelle. Nous respecterions notre engagement de ne pas effectuer l'extradition", a continué le président colombien à Bogota. Jeudi déjà, il avait évoqué ce contact avec un des rebelles, sans plus de détail. "La directrice du DAS m'a dit qu'elle avait reçu un appel téléphonique des Farc, lors duquel un membre des Farc a dit: "si le président est d'accord (...) pour ne pas extrader cette personne des Farc, alors ils demanderont la libération immédiate des otages", avait-il expliqué sans donner de noms. "J'accepte cela. Dites-leur que oui, nous acceptons de ne pas extrader cette personne, mais ils doivent libérer les otages", avait-il continué.

Les négociations ont toujours échoué

Depuis qu'Alvaro Uribe est président, deux hauts dirigeants des Farc ont été extradés vers les Etats-Unis et les Farc demandent que ceux-ci soient inclus dans tout accord d'échange des otages contre des rebelles emprisonnés. Jusque-là, toutes les tentatives de négociations ont échoué. Uribe a déjà offert de l'argent, des réductions de peine et même des résidences à l'étranger, notamment en France, aux guérilleros qui se rendraient avec les otages sous leur responsabilité.

jeudi 12 juin 2008

La volte face d'Hugo Chavez




Hugo Chavez vient de faire une volte face complete en lâchant les Farc.
Dans son programe télévisé du dimanche "Allo Presidente", le président venezuelien a appelé la guerilla colombienne à déposer les armes et à libérer ses otages -parmi lesquels Ingrid Betancourt- "en échange de rien".

"La guerilla relève de l'histoire ancienne", a déclaré le chef de la "révolution bolivarienne", principal soutien jusqu'à présent des Farc à l'étranger.

Pour convaincre la nouvelle direction des Farc à abandonner la lutte armée, Chavez a fait valoir que la guerilla offre à "l'empire", c'est-à-dire les Etats-Unis, "l'excuse parfaite" pour attaquer la gauche radicale en Amérique latine. Autrement dit: "déposez les armes par solidarité avec nous !".

Pourquoi une telle volte-face ?
Parce que depuis le raid du 1er mars en Equateur qui a coûté la vie à Raul Reyes, l'ancien n°2 des Farc, la Colombie dispose de l'ordinateur de Reyes. Il contient des informations qui prouvent les liens entre le Venezuela et les Farc.
L'exploitation de ces informations peut avoir des conséquences très graves pour Chavez. Notamment aux Etats-Unis où certains demandent que le Venezuela soit inscrit sur la liste des pays soutenant le terrorisme.
Chavez a affirmé dans la même émission qu'il souhaitait "préparer le terrain" pour "travailler avec" le prochain président des Etats-Unis.
La mort, le 26 mars, de Manuel Marulanda, le chef historique des FARC, et son remplacement par Alfonso Cano est l'occasion pour Chavez d'appeler la guerrilla à changer de politique pour éviter uen déroute militaire.
La médiation de Chavez, soutenue par Nicolas Sarkozy, pour obtenir une liberation des otages a eu des résultats avec la liberation de Clara Rojas et de Consuelo Gonzalez le 10 janvier. Mais depuis qu'Alvaro Uribe, le président colombien a jugé qu'elle servait à légitimer les FARC, la médiation est entrée dans une impasse.
Au Venezuela, Chavez est sur la défensive depuis l'échec du referendum consitutionnel de décembre dernier. Il vient d'annuler une loi qui appelait la population à la délation pour aider les services de renseignements. L'opposition a accusé Chavez d'instaurer un Etat policier.

Uribe salue l'appel de Chavez aux Farc, Betancourt va mieux selon sa mère




Le président colombien Alvaro Uribe a salué mercredi l’appel à la paix lancé aux Farc par son homologue vénézuélien Hugo Chavez, tandis que la mère d’Ingrid Betancourt a assuré que l’otage franco-colombienne était en meilleure santé.

mardi 10 juin 2008

Difficile médiation dans la jungle nouvelle des FARC


La guérilla aurait perdu près de la moitié de ses effectifs depuis le début des années 2000.



Le président vénézuélien Chavez appelle la guérilla colombienne à libérer ses otages et à mettre fin à la lutte armée après la mort de ses chefs historiques.



Les négociations sont en veilleuse. Interrompus par la mort en mars du numéro 2 des Farc, Raul Reyes, dans un bombardement ciblé de l'armée, les contacts directs noués pour obtenir la libération d'Ingrid Betancourt n'ont pas repris, faute d'interlocuteur dans la guérilla. Le responsable des relations internationales et porte-parole des Farc a bien été remplacé par Joaquin Gomez au secrétariat général, l'instance dirigeante des Farc, mais le poste de «M. Monde» reste vacant. La fonction est trop exposée, par les temps qui courent. Dans la guérilla, la crainte d'être repéré par les écoutes téléphoniques et l'espionnage des courriers électroniques vire à la paranoïa. L'information circule désormais à la vitesse des pirogues à moteur et des chevaux empruntés par des messagers parcourant la forêt vierge à pied.

À la peur d'être écouté, localisé et bombardé, s'ajoute la hantise de la trahison. Digne du Far West, le système de mise à prix des têtes des commandants des Farc a, il est vrai, fait ses preuves. Ivan Rios, l'un des hauts responsables de la guérilla, a été abattu par un membre de sa garde personnelle. Et sa main coupée remise par son meurtrier aux autorités en échange d'une prime de 2 millions de dollars.


La mort du chef historique change la donne




Difficile dans ce contexte de rétablir un canal de discussion pour obtenir la libération d'Ingrid Betancourt. La France s'y emploie pourtant sans relâche. L'ex-consul français en Colombie Noël Saez et l'universitaire genevois Jean-Pierre Gontard les deux émissaires mandatés par la médiation franco-hispano-suisse , tentent dans la plus grande discrétion de renouer les fils du dialogue. «Nous sommes dans un exercice de patience où il faut éviter les malentendus alors que la situation réclame l'urgence», résume un diplomate.

La donne est troublée par la mort du chef historique des Farc, Manuel Marulanda. Son remplacement par Alfonso Cano soulève des interrogations : Guillermo Leon Saenz, alias Alfonso Cano, l'intellectuel des villes, se montrera-t-il aussi inflexible que Marulanda, le paysan madré ? Ouvrira-t-il la cage d'Ingrid Betancourt avant qu'il ne soit trop tard ? Beaucoup en doutent. «Cela ne change pas grand-chose pour Ingrid. Cano est un dogmatique, aux idées éloignées du monde tel qu'il est» , estime Sergio Jaramillo, le vice-ministre colombien de la Défense. «Cano est un politique capable d'aller à moyen terme vers une solution négociée», veut croire Carlos Lozano, le directeur du journal communiste La Voz, l'une des personnalités colombiennes autorisées par un décret du président Alvaro Uribe à rencontrer pour des «raisons humanitaires» des membres de la guérilla.

Le nouveau numéro un des Farc n'est évidemment pas un enfant de chœur. Marxiste orthodoxe, il est imprégné d'un esprit sectaire renforcé par plus de vingt années passées dans les montagnes et la jungle. Étudiant en anthropologie à l'université nationale, l'ancien militant des jeunesses communistes est passé par l'école des cadres des pays de l'Europe de l'Est. «Ce n'était pas un personnage de premier plan», se souvient le journaliste Antonio Morales qui a suivi le même cursus dans cette faculté.

Cheville ouvrière du commerce des otages, Cano doit sa rapide ascension dans la hiérarchie des Farc à sa capacité d'organisation. Il est classé dans la catégorie des politiques plutôt que dans celle des militaires en raison de son rôle dans le Caguan, ce territoire démilitarisé de la taille de la Bretagne accordé aux Farc de 1998 à 2002 par le président Pastrana. Cano était à l'époque chargé de trouver des relais dans la société civile via le parti communiste clandestin et d'activer en parallèle un mouvement populaire bolivarien. Quelquefois évoqué, son passé de négociateur se résume à une participation à des pourparlers ratés avec le gouvernement colombien au début des années 1990 à Tlaxcala, au Mexique.


Moral des troupes en berne




Convaincu que Cano n'échappe pas aux pesanteurs de son organisation, Carlos Lozano «ne s'attend pas dans l'immédiat à une décision unilatérale des Farc de libérer Ingrid». «Même si, ajoute-t-il, les efforts français et surtout vénézuéliens peuvent le pousser à discuter.»

Isolé dans la cordillère centrale des Andes, Cano a pour priorité de survivre aux coups de boutoir de la guerre antisubversive conduite par l'armée. D'une efficacité décuplée ces derniers mois, les opérations de la force Omega désorganisent les «fronts» rebelles. Elles s'accompagnent d'actions psychologiques dévastatrices. Les promesses d'un pardon en cas de retour à la vie civile poussent les guérilleros au moral en berne à sortir du bois. Le plus vieux mouvement insurrectionnel de la planète subit une hémorragie sans précédent. «Les départs seraient encore plus nombreux sans la peur et la terreur qui règnent à l'intérieur du mouvement», assure Nicolas, un ancien responsable de la radio de propagande des Farc, qui a laissé «beaucoup d'illusions» dans la jungle. L'ex-combattant est aujourd'hui un cadre du programme gouvernemental de réinsertion des «démobilisés», les déserteurs des Farc. Un organisme au succès grandissant. Les Farc ne compteraient plus que 10 000 combattants, soit près de deux fois moins qu'au début des années 2000, à l'âge d'or du mouvement. Les hommes de Manuel Marulanda encerclaient alors Bogota et pouvaient compter sur des complicités à la ville comme à la campagne. Aujourd'hui, ils sont traqués par l'armée et détestés par les Colombiens de droite comme de gauche.


Le rêve d'un effondrement interne



Le sentiment de lassitude touche aussi les chefs. Visage emblématique de la guérilla, Karina, l'égérie borgne du 47e front, s'est livrée aux autorités le 18 mai. Son détachement était en déroute après plus de vingt ans d'opérations commandos à la Rambo. Le sous-commandant Karina était dans la nasse de l'armée colombienne. Le président Alvaro Uribe lui a garanti sa sécurité contre sa reddition. «Je n'en pouvais plus», a-t-elle reconnu. Tué au début de l'année dans un raid contre son camp, Martin Caballero, une autre figure de la lutte armée, avait, quant à lui, noté ses difficultés dans son journal de marche découvert près de son cadavre. «Trouver une simple vache pour se nourrir relève de l'action militaire», écrivait-il. «Les Farc vivent leur pire période politique et militaire, mais il faut se méfier de la propagande. La victoire de l'armée n'est pas totale, car la colonne vertébrale des Farc n'est pas touchée» tempère le journaliste Antonio Morales.

L'armée peut-elle pousser son avantage et en finir avec la guérilla ? Les optimistes rêvent un peu vite d'un effondrement interne avec à la clé une libération des séquestrés. Les réalistes envisagent un effritement conduisant d'ici à quelques années à un conflit de basse intensité. «On va vers une marginalisation de la guérilla», pronostique un expert européen. En attendant, les Farc détiennent toujours dans leur goulag tropical 700 otages.

Les militaires colombiens assurent que les Farc cherchent à exploiter politiquement la détention d'Ingrid Betancourt sans se préoccuper de son sort. Ils en veulent pour preuve les courriels découverts dans l'ordinateur de Reyes. Véritable mine d'or pour Bogota, le disque dur du guérillero révèle l'étroitesse des relations entre les Farc et Hugo Chavez. Il confirme que le caudillo des Caraïbes, son ministre de l'Intérieur et son chef du renseignement militaire sont au mieux avec Ivan Marquez, un chef influent d'une guérilla qui a plus que jamais besoin de l'arrière-cour vénézuélienne. Des correspondances électroniques qui démontrent aussi en creux qu'Hugo Chavez conserve la capacité d'ouvrir des portes même s'il n'a pas la clé des prisons de la guérilla. Un dénouement heureux nécessite que les Farc se décident, sous la pression, à jouer leur atout majeur.

lundi 9 juin 2008

Chavez appelle les FARC à rendre les armes




Le président vénézuélien a invité la guérilla colombienne à libérer ses otages et à mettre fin à la lutte armée, après la mort de ses leaders historiques.Le président du Venezuela Hugo Chavez a invité dimanche les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), la principale guérilla colombienne, a rendre les armes. Dans son message, Hugo Chavez, qui fait montre d'un ton inhabituellement ferme à l'encontre des FARC, explique que les efforts continus des rebelles pour renverser le gouvernement colombien, élu démocratiquement, ne se justifient pas.

Plus encore, il estime que «La guérilla relève de l'histoire ancienne» et « n'a plus sa place dans l'Amérique latine d'aujourd'hui ». Des propos étonnants de la part de celui qui appelait encore tout récemment les dirigeants du monde à retirer les FARC de leurs listes d'organisations terroristes et proposait que les mouvements armés soit reconnues comme des forces légitimes de rébellion. Selon lui, les guérillas armés sont devenues une excuse pour l'interventionnisme américain : «Vous êtes devenus une excuse, une excuse pour l'empire (américain) pour nous menacer tous, vous êtes l'excuse parfaite».

Cet appel inattendu intervient après les décès successifs de Raul Reyes et Manuel Marulanda, les deux leaders historiques de la guérilla. S'adressant à son nouveau chef Alfonso Cano, Hugo Chavez a estimé «que le temps est venu de libérer les otages que vous détenez. Ce serait un formidable geste humanitaire. Sans contrepartie».

La Fédération internationale des comités Ingrid Betancourt (FICIB) a estimé dans un communiqué que «l'appel du président Chavez va dans la bonne direction, et apporte un nouvel espoir à toutes les familles de séquestrés». «Il est spécialement important que cet appel ait été lancé par une personnalité dont on sait qu'elle jouit du respect des dirigeants de la guérilla», note la FICIB, appelant Alfonso Cano et les membres du secrétariat des FARC à «faire un geste fort en libérant leurs otages, en priorité celles et ceux dont l'état de santé est le plus préoccupant».

Le gouvernement colombien évalue à 700 le nombre de personnes enlevées et séquestrées par les FARC, certaines pour des raisons politiques, d'autres en vue d'obtenir des rançons.

dimanche 8 juin 2008

Chavez lance un appel au Farc




Le président vénézuélien Hugo Chavez a demandé dimanche au nouveau dirigeant des Farc, Alfonso Cano, de libérer sans conditions tous les otages, tout en déclarant qu'un mouvement guérillero armé n'était plus d'actualité en Amérique latine.

"Je crois que le moment est venu pour les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) de libérer tous les (otages) qu'elles retiennent dans la montagne sans rien en échange. Ce serait un grand geste humanitaire" a déclaré M. Chavez durant son programme radio-télévisé dominical "Allo Président".

"En Amérique latine, un mouvement guérillero armé n'est pas actuellement à l'ordre du jour, et cela il faut le dire aux Farc", a poursuivi le chef de l'Etat vénézuélien.

C'est la première fois que le président vénézuélien adresse un message à Alfonso Cano depuis que sa désignation à la tête des Farc a été annoncée en mai.

"Je dis à Cano: allez, libérez tous ces gens, puis, avec un groupe de pays" démarrons les négociations sur un accord de paix, a insisté Hugo Chavez.

"C'est ce que je voulais dire à (Manuel) Marulanda", a ajouté le dirigeant vénézuélien, qui a regretté de ne pas avoir obtenu l'accord de la Colombie pour rencontrer l'ancien numéro un des Farc, le leader historique surnommé Tirofijo, décédé fin mars.

"Le contexte dans lequel se trouve l'Amérique latine et même le contexte des Etats-Unis semble créer des conditions favorables à un processus de paix" en Colombie, a estimé Hugo Chavez.

Le président vénézuelien avait assuré entre septembre et novembre 2007 une médiation auprès des Farc en vue de parvenir à un échange humanitaire entre une quarantaine d'otages aux mains des rebelles - dont la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt et trois Américains - et quelque 500 guérilleros emprisonnés.

lundi 2 juin 2008

Chavez exhorte à "semer les graines de la révolution" dans le monde


Le président vénézuélien Hugo Chavez a appelé dimanche ses partisans à "semer les graines de la révolution" dans le monde entier pour faire face à "l'hégémonie impériale" des Etats-Unis.

"Notre objectif est de semer les graines de la révolution dans le monde entier, et nous devons le faire avec calme et fermeté", a-t-il déclaré, cité par l'agence ABN, lors d'une rencontre avec les candidats du Parti socialiste unifié du Venezuela (au pouvoir) aux postes de gouverneurs et de maires.

Selon le leader vénézuélien, les idées révolutionnaires doivent être promues aux Amériques, en Europe, en Afrique et même en Russie.

"Nous devons promouvoir nos idées du Canada à l'Argentine en passant par les pays des Caraïbes, a indiqué M. Chavez. Nous devons aller jusqu'au coeur de notre mère l'Afrique, notre cause doit conquérir toute de l'Europe, des côtes portugaises aux steppes infinies de la Russie, le pays de nos amis et de nos frères."

Le président vénézuélien a estimé que le processus de diffusion des idées révolutionnaires dans le monde devait déboucher sur la création d'un réseau de mouvements internationaux.

"Le grand objectif du Parti socialiste unifié du Venezuela consiste à créer un large réseau de mouvements internationaux sur tous les continents qui résistent à l'hégémonie impériale (des Etats-Unis)", a-t-il résumé.

dimanche 1 juin 2008

Colombie - Un tournant pour les FARC


La mort de Manuel Marulanda, chef historique des FARC, marque la fin d'une époque pour la guérilla colombienne. Mais peut-on espérer une libération des otages ?

Il avait gagné son surnom de Tirofijo (« En plein dans le mille ») au maquis. Non seulement par son acharnement à mener la guérilla depuis 1964, mais aussi par sa propension à liquider les réfractaires. Des trois dirigeants des FARC disparus depuis trois mois, Manuel Marulanda est le seul qui n'ait pas été assassiné. Mort d'une crise cardiaque, le 26 mars, à 78 ans, dont soixante dans la jungle, ont confirmé ses lieutenants. Depuis le 16 février, l'armée de Bogota était à ses basques. Donné pour mort à dix-sept reprises, rarement sorti de la clandestinité, décrit par ses combattants comme charismatique, autoritaire et cruel, Marulanda avait réussi à échapper à ses poursuivants, plusieurs bataillons formés aux techniques antiguérilla. Avec la mort de celui qui se prenait pour le Castro d'Amazonie, la guérilla orpheline pourrait bien être aux abois.

C'est Alfonso Cano, 59 ans, ancien membre des Jeunesses communistes colombiennes devenu chef du bloc occidental des FARC, qui hérite du sceptre. Selon Pascal Drouhaud, spécialiste de la Colombie et auteur de « FARC, confessions d'un guérillero » (éd. Choiseul), Marulanda, qui souffrait d'un cancer de la prostate, s'était effacé du devant de la scène en juin 2004 et vivait dans une petite maison du département du Putumayo. Déjà intronisé comme penseur politique de la guérilla, le dauphin Cano, dès lors, prend le pouvoir. « Un idéologue, certes , dit Pascal Drouhaud, mais aussi un pragmatique. »

La mort de Marulanda, qui incarnait le mythe du combattant, va-t-elle changer la face de la guérilla colombienne ? Plusieurs experts occidentaux admettent que le mouvement est loin d'être décapité. « Un luxe de précautions va être pris désormais , annonce un connaisseur du dossier des otages colombiens. Depuis la mort de Raul Reyes, tué lors d'une offensive colombienne, les dirigeants n'utilisent plus de téléphones satellitaires. » Ses trois ordinateurs, ses trois clés USB et deux disques durs ont « parlé », selon les révélations d'Interpol à la mi-mai : 37 812 documents analysés par 64 informaticiens de l'organisation internationale de police criminelle.

Tendances mafieuses.


Un coup dur pour le mouvement néo-marxiste, qui enregistre un millier de désertions depuis le début de l'année. Dont la célèbre « Karina », dirigeante historique et chef du 47e Front. Le président colombien, Alvaro Uribe, se révèle, il est vrai, généreux pour ceux qui sortent volontairement du maquis : il a créé un fonds de 63 millions d'euros afin d'accompagner les défections...

Est-ce un espoir pour les 39 otages « politiques » de la guérilla, dont Ingrid Betancourt ? Les diplomates français étudient le dossier. Mais ils redoutent deux écueils. D'une part, une grande offensive de l'armée colombienne. Sur ce point, Uribe se serait engagé auprès de Paris à retenir la troupe. Pour le moment du moins... Second écueil : l'atomisation du mouvement, déjà divisé en trois blocs et chacun de ces blocs en au moins cinq fronts. « Le secrétariat des FARC qui dirige le mouvement ne peut pas toujours transmettre ses ordres à un terrain trop disparate », commente un connaisseur.

D'autant que les FARC, dont les forces seraient tombées de 17 000 à 8 000 combattants, sont devenues une véritable narcoguérilla, davantage intéressée à protéger les champs de coca qu'à la lutte révolutionnaire. Avec des profits juteux : selon un expert de l'Onu, de 300 à 500 millions de dollars sont engrangés chaque année par les FARC grâce au trafic de drogue. Les sept dirigeants du secrétariat général sont ainsi poursuivis pour commerce de stupéfiants. « De plus en plus, les tendances mafieuses l'emportent », estime la même source. D'où la difficulté à négocier sur la question des otages. La narcoguérilla accumule, certes, les revers. Mais elle garde une carte dans sa manche, de taille : ses prisonniers. Le nouveau lider maximo a beau être un pragmatique, la jungle des FARC n'a pas encore livré tous ses secrets.

Colombie: une génération d'intellectuels pour la 1e fois à la tête des Farc



Après la mort de son chef historique, Manuel Marulanda, la guérilla colombienne des Farc, issue d'un mouvement paysan, est passée pour la première fois sous le contrôle d'une génération d'intellectuels.

A l'image du nouveau leader des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), Alfonso Cano, la plupart de ses dirigeants ont fréquenté les bancs de l'université, où ils ont été marqués par l'expérience française de "mai 68".

Anthropologue de formation, Cano, 59 ans, l'idéologue de la guérilla marxiste, ne vient pas du même milieu que Marulanda, son vieux fondateur, décédé en mars à l'âge de 80 ans, décrit en paysan rusé et réputé pour ses qualités de combattant.

Parmi les nouveaux chefs guérilleros figurent deux médecins, Timoleon Jimenez et Mauricio Jaramillo, ainsi qu'un ingénieur agricole Joaquin Gomez, lui-même un ancien professeur universitaire qui étudia en Union soviétique.

"C'est une génération née aux alentours de 1950 et qui est entrée à l'université à la fin des années 60, lors de l'âge d'or de +mai 68+, qui s'est traduit en Colombie par un mouvement étudiant actif dans toutes les universités publiques", explique à l'AFP le sociologue Luis Eduardo Celis.

"C'est dans cette ambiance d'effervescence étudiante et l'essor d'une contre-culture (...) que se formèrent Cano et d'autres dirigeants de gauche", poursuit M. Celis, un spécialiste du conflit colombien, enseignant au centre d'études Nuevo Arco Iris.

Issu d'une famille de la petite bourgeoisie avec une mère enseignante et un père ingénieur agronome, le nouveau chef des Farc est entré à l'université en 1968 et a milité dans les rangs des Jeunesses communistes colombiennes, dont il fut un dirigeant à l'échelle nationale.

"J'ai débuté la lutte politique dans la chaleur de mai 68 et du Vietnam", confiait-il dans une interview accordée en 2000, durant les négociations de paix menées en vain avec le gouvernement d'Andres Pastrana (1998-2002). Détenu à plusieurs reprises à l'occasion de manifestations étudiantes, Cano fut libéré en 1981 à la faveur d'une amnistie, avant de s'enrôler dans les rangs de la guérilla, où il connut une rapide ascension.

"Le mouvement étudiant est devenu le secteur où la guérilla encore embryonnaire a trouvé un soutien et un moyen de se développer", affirme Orlando Villanueva, professeur à l'Université Francisco Jose de Caldas.

Le "mai 68" colombien fut sévèrement réprimé par le gouvernement qui instaura l'Etat de siège en 1971, après la mort de 20 étudiants dans des affrontements à Cali (sud-ouest).

Une fois intégrés aux Farc, les anciens universitaires se sont efforcés, au milieu des montagnes ou de la jungle colombiennes, de s'adapter à l'esprit de la guérilla, fondé en 1964 par un groupe de paysans dirigés par Marulanda.

"Les membres des Farc qui sont d'origine urbaine comme Cano, qui proviennent d'une classe moyenne aisée, ont effectué un processus inverse d'assimilation de toute la culture et le schéma de pensée paysan", souligne M. Celis.

Pour cette raison, le sociologue colombien tempère l'optimisme suscité autour de cette nouvelle génération de dirigeants, dont le profil laisse entrevoir l'espoir de négociations de paix.

"Beaucoup d'entre eux ont assimilé la logique rurale, conservatrice, soupçonneuse qu'ils ont appris des fondateurs des Farc, ce qui leur a permis de survivre et de monter en grade", estime-t-il.

Les chefs des Farc ne sont en outre pas tous d'anciens universitaires. Son stratège militaire, Jorge Briceno, en constitue l'exception la plus notable. Ce fils de guérillero n'a guère quitté le maquis et la légende raconte qu'il aurait vu le jour dans un camp de la rébellion.