
Précurseur de la vague rose qui a déferlé cette dernière décennie sur le continent sud-américain, Hugo Chavez, président du Venezuela, incarne ce renouveau de l’Amérique latine qui après des années de libéralisme et de dictature voit une nouvelle classe dirigeante s’installer aux affaires, forts des bons résultats économiques qui résultent de l’élection de ces derniers. Entre l’anti-libéral Hugo Chavez au Venezuela, la socialiste Michelle Bachelet au Chili, l’Indien Evo Morales en Bolivie, le prêtre Fernando Lugo au Paraguay et Lula au Brésil, le Nouvel Hebdo vous propose un tour d’horizon sur la situation politique et économique de l’Amérique latine.
Rien n’arrête plus la vague rose qui déferle sur l’Amérique du Sud depuis 1998 et l’élection d’Hugo Chavez à la tête du Venezuela. Depuis cette date, sept pays ont élu à la tête de leur Etat un président situé à gauche, permettant ainsi une meilleure entente entre les pays d’Amérique latine qui, par le biais de projets comme le Mercosur ou la Banque du Sud, soulignent leur entente. Seuls, la Colombie dirigée par Alvaro Uribe, aussi sécuritaire que populaire, le Pérou du social-démocrate Alan Garcia élu en 2006 aux dépens d’Ollanta Humala soutenu par Chavez et l’Uruguay n’ont pas viré à gauche. Ce phénomène, par ailleurs encouragé par les bons résultats économiques et sociaux enregistrés, permet à une Amérique latine toujours sous la menace de la pauvreté de voir large et de prendre exemple sur l’Europe qui a su surmonter ses divisions pour créer l’Union européenne.
En effet, sous l’impulsion du chef d’Etat vénézuélien, Hugo Chavez, le 9 décembre dernier, l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, l’Equateur, le Paraguay, l’Uruguay et bien entendu le Venezuela se sont rassemblés dans la Banque du Sud. Cet organe économique est une banque régionale de développement pour le financement de projets dans des secteurs-clés comme l’a défini le président brésilien, Lula, approuvé par son homologue bolivien, Evo Morales, qui voit lui plus large, puisqu’il considère cette fondation comme le premier pas vers une monnaie commune à l’Amérique du Sud. Cette déclaration symbolise toute l’étendue de l’avancée des relations diplomatiques entre les nations du continent sud-américain, cependant plombée par les sérieux différends qui subsistent entre Hugo Chavez et Alvaro Uribe.
Ces deux derniers s’étaient d’ailleurs sévèrement opposés l’un à l’autre en mars dernier suite à l’incursion de l’armée colombienne sur le sol vénézuélien afin d’assassiner le numéro 2 des Farc, Raul Reyes. Hugo Chavez avait réprimé cette incursion effectuée sans son accord, tandis qu’Alvaro Uribe l’attaquait devant le Tribunal pénal international suite à des révélations bientôt démenties selon quoi le président vénézuélien avait fourni aux Farc une belle enveloppe de 197 000 000 €.
Au final, après une crise diplomatique qui aura duré plus de cinq jours et qui aura vu la frontière commune des deux pays bloquée l’espace de 48 heures, Uribe et Chavez auront entamé une relative réconciliation au sommet annuel de Rio, mais les tensions entre les deux rivaux restent tenaces. Ces deux personnages incontournables du paysage politique sud-américain aux projets politiques si opposés ne cessent de s’affronter dans un duel permanent. Alvaro Uribe, élu à la tête de la Colombie en mai 2002 en tant que candidat libéral sans étiquette, prône la fermeté face aux milices révolutionnaires des Farc et de l’ELN et souhaite rétablir une autorité de l’Etat souvent mise en cause par des guérillas toujours présentes malgré une certaine régression lors de ces dernières années. Sa lutte contre le trafic de drogue qui se traduit par des dévastations de champs, de coca notamment, l’a rapproché des Etats-Unis et de Georges W. Bush dans sa lutte antiterroriste. Les dévastations de champs de
coca restent cependant extrêmement critiquées par les associations écologistes qui dénoncent les herbicides employés, qu’ils jugent nocifs tout comme l’Union européenne qui a sévèrement réprimé le président Uribe.
La sévérité dont fait preuve le président Uribe vis-à-vis des Farc et de l’ELN s’est cependant traduite par des résultats concrets tels que le chiffre d’homicides volontaires qui ont régressé à moins de 18 000 en 2005 contre 28 000 en 2002. Enfin, les Farc compteraient dans leurs rangs moins de 6 000 guérilleros contre 15 000 en 1998. Sur le plan économique, avec un PIB annuel de 98 milliards de dollars, la Colombie reste la quatrième puissance économique du sous-continent, mais la 8e si l’on prend en compte le PIB par habitant. La croissance du pays est au beau fixe, puisque, après deux augmentations successives du PIB de plus de 6 % en 2005 et 2006, la croissance prévue pour cette année dépasse les 5 %. Quant au taux de chômage, la politique menée par Alvaro Uribe semble porter ses fruits puisque, de 20 % à son arrivée au pouvoir, il est passé à 10 % en 2005.
Les principaux secteurs d’activités économiques de la Colombie sont l’agriculture, notamment celle du café qui contribue à 7 % du PIB national. Bien entendu, le trafic de drogue, de cocaïne notamment, est extrêmement présent dans le quotidien des populations, la Colombie est d’ailleurs le premier producteur mondial de cocaïne.
Mais, à l’est du pays, au Venezuela, la situation s’oppose en tout point à celle de la Colombie. Hugo Chavez, profondément anti-américain, ne cesse d’accuser les Etats-Unis responsables de tous les maux de son pays. Il souligne son profond désaccord par le biais de propos acerbes, assimilant Bush à un tyran, un diable, un Dracula et un menteur. Il propose la délocalisation du siège de l’ONU vers un Etat qui respecte les résolutions de l’Assemblée générale, une accusation parmi d’autres envers les Etats-Unis, qu’il a maintes fois soupçonnés de conspirer contre lui et son gouvernement. Le leader déclaré de l’anti-impérialisme américain a même mis en cause la responsabilité d’Al-Quaïda dans le cadre des attentats du 11-Septembre.
Sur le plan économique, Hugo Chavez mène une pétro-diplomatie désormais mise en cause, exportant à prix coûtant du pétrole dans treize pays des Caraïbes. Le pétrole constitue 85 % des exportations du pays et 50 % du budget de l’Etat. En janvier 2006, il accorde aux Etats du Maine, du Massachusetts, dans le quartier new-yorkais du Bronx et du Rhode Island une réduction du baril de 40 %, au nom de la défense des Américains pauvres.
Cette pétro-diplomatie généreuse reste cependant dangereuse pour le Venezuela, qui, extrêmement dépendant de l’or noir, pourrait bientôt regretter ces contrats, tout d’abord car le pétrole n’est pas une énergie renouvelable et ces contrats sont signés au mépris de la modernisation des outils de production qui, une fois sérieusement endommagés par des fuites notamment, pourraient, comme c’est le cas au Nigeria, provoquer une perte d’extraction de l’ordre de 30 % soit un manque à gagner de l’ordre de plusieurs milliards de dollars. Sur le plan sud-américain, Hugo Chavez a permis au Venezuela de rejoindre en 2006 le Mercosur, le marché commun d’Amérique du Sud, quelques mois précédant le retrait de son pays du Fonds monétaire international.
Le Paraguay, lui, est un des membres fondateurs de l’union. L’actualité récente de ce pays de 6 millions d’habitants est marquée par l’élection présidentielle à un tour qui est survenue en avril dernier. Cette échéance historique a vu l’arrivée au pouvoir de l’évêque Fernando Lugo, qui a ainsi mis fin à l’omnipotence du parti Colorado, qui dirigeait le pays depuis 1946 sans la moindre interruption. Elu avec 40,8 % des suffrages sous l’étiquette de l’Alliance patriotique pour le changement, son engagement en politique n’est que très récent puisqu’il ne s’est engagé dans l’APC qu’en 2006, obtenant par la suite l’investiture du parti dans un laps de temps court, ce qui lui vaut d’être suspendu de son rôle d’évêque par le Vatican. Sa cote de popularité grimpe de telle façon que le président sortant, Nicanor Duarte (qui comme la Constitution l’y contraint ne se représentera pas aux élections d’avril), cible ses attaques sur ce personnage déjà connu pour ses actions en faveur des paysans sans terre depuis 1977. Il l’accuse d’être un dangereux communiste et le compare à ses homologues Evo Morales et Hugo Chavez. Le parti Colorado, représenté par Blanca Ovelar, réunit moins de 30,8 %, certes défavorisé par la candidature de Lino Oviedo, dont la proximité avec Ovelar a souvent été soulignée. Fernando Lugo a avoué dans une interview se résoudre au fait que malgré les grands efforts faits par l’Église, avec les pastorales sociales notamment, les succès escomptés n’avaient pas eu lieu et parce que j’ai compris que les changements réels dans l’économie et le social ne pouvaient venir que de la politique.
Le Brésil, le géant sud-américain
Sa participation au PIB total latino-américain est supérieure à 50 %, le Brésil, dixième puissance économique mondiale s’apprête à devenir, dans les cinquante ans à venir, une des quatre premières puissances du globe, devançant le Japon et la France. Ce pays, qui englobe la moitié du territoire sud-américain, poursuit lentement son expansion économique malgré les politiques de rigueur budgétaire entamées par le président Lula, dont la politique sociale visant à réduire les inégalités freine le développement économique brésilien, dont la croissance en 2008 peinera à atteindre les 4 % selon les prévisions du FMI. Enfin, l’entreprenariat est découragé par les forts taux d’intérêt qui culminent à plus de 20 %.
Ce développement économique morose reste cependant le seul point noir du bilan provisoire de « Luiz Inàcio Lula da Silva », élu en 2002 avec la promesse de réduire des inégalités pourtant colossales. En effet, 50 % des terres agricoles sont le bien d’1 % de la population et 10 % des Brésiliens les plus riches ont un patrimoine 80 fois plus élevé que 10 % des Brésiliens les plus pauvres. Le président brésilien a donc engagé des réformes concrètes comme des opérations symboliques, en témoigne le programme « Vai Brasil » dont le principe consiste à offrir aux Brésiliens modestes des billets d’avions et des chambres d’hôtels à bas coût, afin de parcourir leur vaste pays de 8,5 millions de kilomètres carrés qu’ils connaissent si peu.
Si cette opération ne relève que du superficiel, Lula s’est cependant engagé dans d’autres plans plus profonds, comme « Faim Zéro » mis en place depuis 2006. « Nous allons créer les conditions pour que tous nos compatriotes puissent manger décemment trois fois par jour, tous les jours, sans avoir recours à l’aide de personne, le Brésil ne peut continuer à vivre avec tant d’inégalités. Nous devons vaincre la faim, la misère et l’exclusion sociale. Notre guerre n’a pas pour objectif de tuer qui que ce soit. Notre guerre consiste à sauver des vies », avait déclaré le chef d’Etat brésilien lors de la mise en place de ce projet.
D’autres mesures visant à augmenter le taux de scolarisation ont été entreprises ; ainsi, depuis 2005, les familles dont le revenu mensuel est inférieur à 1/3 du salaire minimum légal (le salaire minimum légal s’élevant à 130 €) se voient attribuer des bourses selon le nombre d’enfants, en échange de la scolarisation de ces derniers.
Les opposants du président brésilien décrient le principe de ces réformes qui favoriseraient l’assistanat. Cependant, l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) ont félicité Lula estimant que, outre l’amélioration de la sécurité alimentaire du Brésil, « Faim Zero » a permis de contribuer à l’émancipation des plus démunis en leur donnant les conditions pour conquérir d’autres droits comme citoyens brésiliens.
Quoi qu’il en soit, le Brésil doit poursuivre ses luttes contre les inégalités afin de devenir prochainement une puissance économique de premier plan qui favorisera bien entendu le développement d’une Amérique latine aujourd’hui en phase de développement.

























