mardi 30 septembre 2008

Le renouveau de l’Amérique latine




Précurseur de la vague rose qui a déferlé cette dernière décennie sur le continent sud-américain, Hugo Chavez, président du Venezuela, incarne ce renouveau de l’Amérique latine qui après des années de libéralisme et de dictature voit une nouvelle classe dirigeante s’installer aux affaires, forts des bons résultats économiques qui résultent de l’élection de ces derniers. Entre l’anti-libéral Hugo Chavez au Venezuela, la socialiste Michelle Bachelet au Chili, l’Indien Evo Morales en Bolivie, le prêtre Fernando Lugo au Paraguay et Lula au Brésil, le Nouvel Hebdo vous propose un tour d’horizon sur la situation politique et économique de l’Amérique latine.

Rien n’arrête plus la vague rose qui déferle sur l’Amérique du Sud depuis 1998 et l’élection d’Hugo Chavez à la tête du Venezuela. Depuis cette date, sept pays ont élu à la tête de leur Etat un président situé à gauche, permettant ainsi une meilleure entente entre les pays d’Amérique latine qui, par le biais de projets comme le Mercosur ou la Banque du Sud, soulignent leur entente. Seuls, la Colombie dirigée par Alvaro Uribe, aussi sécuritaire que populaire, le Pérou du social-démocrate Alan Garcia élu en 2006 aux dépens d’Ollanta Humala soutenu par Chavez et l’Uruguay n’ont pas viré à gauche. Ce phénomène, par ailleurs encouragé par les bons résultats économiques et sociaux enregistrés, permet à une Amérique latine toujours sous la menace de la pauvreté de voir large et de prendre exemple sur l’Europe qui a su surmonter ses divisions pour créer l’Union européenne.

En effet, sous l’impulsion du chef d’Etat vénézuélien, Hugo Chavez, le 9 décembre dernier, l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, l’Equateur, le Paraguay, l’Uruguay et bien entendu le Venezuela se sont rassemblés dans la Banque du Sud. Cet organe économique est une banque régionale de développement pour le financement de projets dans des secteurs-clés comme l’a défini le président brésilien, Lula, approuvé par son homologue bolivien, Evo Morales, qui voit lui plus large, puisqu’il considère cette fondation comme le premier pas vers une monnaie commune à l’Amérique du Sud. Cette déclaration symbolise toute l’étendue de l’avancée des relations diplomatiques entre les nations du continent sud-américain, cependant plombée par les sérieux différends qui subsistent entre Hugo Chavez et Alvaro Uribe.

Ces deux derniers s’étaient d’ailleurs sévèrement opposés l’un à l’autre en mars dernier suite à l’incursion de l’armée colombienne sur le sol vénézuélien afin d’assassiner le numéro 2 des Farc, Raul Reyes. Hugo Chavez avait réprimé cette incursion effectuée sans son accord, tandis qu’Alvaro Uribe l’attaquait devant le Tribunal pénal international suite à des révélations bientôt démenties selon quoi le président vénézuélien avait fourni aux Farc une belle enveloppe de 197 000 000 €.
Au final, après une crise diplomatique qui aura duré plus de cinq jours et qui aura vu la frontière commune des deux pays bloquée l’espace de 48 heures, Uribe et Chavez auront entamé une relative réconciliation au sommet annuel de Rio, mais les tensions entre les deux rivaux restent tenaces. Ces deux personnages incontournables du paysage politique sud-américain aux projets politiques si opposés ne cessent de s’affronter dans un duel permanent. Alvaro Uribe, élu à la tête de la Colombie en mai 2002 en tant que candidat libéral sans étiquette, prône la fermeté face aux milices révolutionnaires des Farc et de l’ELN et souhaite rétablir une autorité de l’Etat souvent mise en cause par des guérillas toujours présentes malgré une certaine régression lors de ces dernières années. Sa lutte contre le trafic de drogue qui se traduit par des dévastations de champs, de coca notamment, l’a rapproché des Etats-Unis et de Georges W. Bush dans sa lutte antiterroriste. Les dévastations de champs de
coca restent cependant extrêmement critiquées par les associations écologistes qui dénoncent les herbicides employés, qu’ils jugent nocifs tout comme l’Union européenne qui a sévèrement réprimé le président Uribe.

La sévérité dont fait preuve le président Uribe vis-à-vis des Farc et de l’ELN s’est cependant traduite par des résultats concrets tels que le chiffre d’homicides volontaires qui ont régressé à moins de 18 000 en 2005 contre 28 000 en 2002. Enfin, les Farc compteraient dans leurs rangs moins de 6 000 guérilleros contre 15 000 en 1998. Sur le plan économique, avec un PIB annuel de 98 milliards de dollars, la Colombie reste la quatrième puissance économique du sous-continent, mais la 8e si l’on prend en compte le PIB par habitant. La croissance du pays est au beau fixe, puisque, après deux augmentations successives du PIB de plus de 6 % en 2005 et 2006, la croissance prévue pour cette année dépasse les 5 %. Quant au taux de chômage, la politique menée par Alvaro Uribe semble porter ses fruits puisque, de 20 % à son arrivée au pouvoir, il est passé à 10 % en 2005.

Les principaux secteurs d’activités économiques de la Colombie sont l’agriculture, notamment celle du café qui contribue à 7 % du PIB national. Bien entendu, le trafic de drogue, de cocaïne notamment, est extrêmement présent dans le quotidien des populations, la Colombie est d’ailleurs le premier producteur mondial de cocaïne.
Mais, à l’est du pays, au Venezuela, la situation s’oppose en tout point à celle de la Colombie. Hugo Chavez, profondément anti-américain, ne cesse d’accuser les Etats-Unis responsables de tous les maux de son pays. Il souligne son profond désaccord par le biais de propos acerbes, assimilant Bush à un tyran, un diable, un Dracula et un menteur. Il propose la délocalisation du siège de l’ONU vers un Etat qui respecte les résolutions de l’Assemblée générale, une accusation parmi d’autres envers les Etats-Unis, qu’il a maintes fois soupçonnés de conspirer contre lui et son gouvernement. Le leader déclaré de l’anti-impérialisme américain a même mis en cause la responsabilité d’Al-Quaïda dans le cadre des attentats du 11-Septembre.

Sur le plan économique, Hugo Chavez mène une pétro-diplomatie désormais mise en cause, exportant à prix coûtant du pétrole dans treize pays des Caraïbes. Le pétrole constitue 85 % des exportations du pays et 50 % du budget de l’Etat. En janvier 2006, il accorde aux Etats du Maine, du Massachusetts, dans le quartier new-yorkais du Bronx et du Rhode Island une réduction du baril de 40 %, au nom de la défense des Américains pauvres.

Cette pétro-diplomatie généreuse reste cependant dangereuse pour le Venezuela, qui, extrêmement dépendant de l’or noir, pourrait bientôt regretter ces contrats, tout d’abord car le pétrole n’est pas une énergie renouvelable et ces contrats sont signés au mépris de la modernisation des outils de production qui, une fois sérieusement endommagés par des fuites notamment, pourraient, comme c’est le cas au Nigeria, provoquer une perte d’extraction de l’ordre de 30 % soit un manque à gagner de l’ordre de plusieurs milliards de dollars. Sur le plan sud-américain, Hugo Chavez a permis au Venezuela de rejoindre en 2006 le Mercosur, le marché commun d’Amérique du Sud, quelques mois précédant le retrait de son pays du Fonds monétaire international.
Le Paraguay, lui, est un des membres fondateurs de l’union. L’actualité récente de ce pays de 6 millions d’habitants est marquée par l’élection présidentielle à un tour qui est survenue en avril dernier. Cette échéance historique a vu l’arrivée au pouvoir de l’évêque Fernando Lugo, qui a ainsi mis fin à l’omnipotence du parti Colorado, qui dirigeait le pays depuis 1946 sans la moindre interruption. Elu avec 40,8 % des suffrages sous l’étiquette de l’Alliance patriotique pour le changement, son engagement en politique n’est que très récent puisqu’il ne s’est engagé dans l’APC qu’en 2006, obtenant par la suite l’investiture du parti dans un laps de temps court, ce qui lui vaut d’être suspendu de son rôle d’évêque par le Vatican. Sa cote de popularité grimpe de telle façon que le président sortant, Nicanor Duarte (qui comme la Constitution l’y contraint ne se représentera pas aux élections d’avril), cible ses attaques sur ce personnage déjà connu pour ses actions en faveur des paysans sans terre depuis 1977. Il l’accuse d’être un dangereux communiste et le compare à ses homologues Evo Morales et Hugo Chavez. Le parti Colorado, représenté par Blanca Ovelar, réunit moins de 30,8 %, certes défavorisé par la candidature de Lino Oviedo, dont la proximité avec Ovelar a souvent été soulignée. Fernando Lugo a avoué dans une interview se résoudre au fait que malgré les grands efforts faits par l’Église, avec les pastorales sociales notamment, les succès escomptés n’avaient pas eu lieu et parce que j’ai compris que les changements réels dans l’économie et le social ne pouvaient venir que de la politique.

Le Brésil, le géant sud-américain

Sa participation au PIB total latino-américain est supérieure à 50 %, le Brésil, dixième puissance économique mondiale s’apprête à devenir, dans les cinquante ans à venir, une des quatre premières puissances du globe, devançant le Japon et la France. Ce pays, qui englobe la moitié du territoire sud-américain, poursuit lentement son expansion économique malgré les politiques de rigueur budgétaire entamées par le président Lula, dont la politique sociale visant à réduire les inégalités freine le développement économique brésilien, dont la croissance en 2008 peinera à atteindre les 4 % selon les prévisions du FMI. Enfin, l’entreprenariat est découragé par les forts taux d’intérêt qui culminent à plus de 20 %.
Ce développement économique morose reste cependant le seul point noir du bilan provisoire de « Luiz Inàcio Lula da Silva », élu en 2002 avec la promesse de réduire des inégalités pourtant colossales. En effet, 50 % des terres agricoles sont le bien d’1 % de la population et 10 % des Brésiliens les plus riches ont un patrimoine 80 fois plus élevé que 10 % des Brésiliens les plus pauvres. Le président brésilien a donc engagé des réformes concrètes comme des opérations symboliques, en témoigne le programme « Vai Brasil » dont le principe consiste à offrir aux Brésiliens modestes des billets d’avions et des chambres d’hôtels à bas coût, afin de parcourir leur vaste pays de 8,5 millions de kilomètres carrés qu’ils connaissent si peu.

Si cette opération ne relève que du superficiel, Lula s’est cependant engagé dans d’autres plans plus profonds, comme « Faim Zéro » mis en place depuis 2006. « Nous allons créer les conditions pour que tous nos compatriotes puissent manger décemment trois fois par jour, tous les jours, sans avoir recours à l’aide de personne, le Brésil ne peut continuer à vivre avec tant d’inégalités. Nous devons vaincre la faim, la misère et l’exclusion sociale. Notre guerre n’a pas pour objectif de tuer qui que ce soit. Notre guerre consiste à sauver des vies », avait déclaré le chef d’Etat brésilien lors de la mise en place de ce projet.

D’autres mesures visant à augmenter le taux de scolarisation ont été entreprises ; ainsi, depuis 2005, les familles dont le revenu mensuel est inférieur à 1/3 du salaire minimum légal (le salaire minimum légal s’élevant à 130 €) se voient attribuer des bourses selon le nombre d’enfants, en échange de la scolarisation de ces derniers.

Les opposants du président brésilien décrient le principe de ces réformes qui favoriseraient l’assistanat. Cependant, l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) ont félicité Lula estimant que, outre l’amélioration de la sécurité alimentaire du Brésil, « Faim Zero » a permis de contribuer à l’émancipation des plus démunis en leur donnant les conditions pour conquérir d’autres droits comme citoyens brésiliens.

Quoi qu’il en soit, le Brésil doit poursuivre ses luttes contre les inégalités afin de devenir prochainement une puissance économique de premier plan qui favorisera bien entendu le développement d’une Amérique latine aujourd’hui en phase de développement.

dimanche 28 septembre 2008

Chavez achète 50.000 logements et un million d'ordinateurs au Portugal




Le gouvernement vénézuélien a signé samedi à Lisbonne plusieurs contrats prévoyant notamment la fourniture d'un million d'ordinateurs et la construction de 50.000 logements sociaux, lors d'une cérémonie en présence du président Hugo Chavez.

Fabriqués par un consortium portugais pour les écoliers, les ordinateurs portables "Magalhaes", qui ont commencé cette semaine à être distribués aux élèves portugais, seront livrés au Venezuela à partir de décembre 2008.

"C'est beaucoup plus que de l'exportation d'ordinateurs, a estimé le Premier ministre portugais José Socrates. Il s'agit de coopérer avec le Venezuela pour y mettre en place un programme très semblable à celui que nous avons au Portugal, dont le but est d'améliorer l'éducation", a-t-il souligné.

Le gouvernement vénézuélien a également signé avec une entreprise portugaise un contrat pour l'achat de 50.000 logements sociaux préfabriqués, dont 35.000 seront produits au Venezuela grâce à un accord de transfert de technologie.

Le Portugal et le Venezuela sont également tombés d'accord pour coopérer dans le secteur de l'énergie, notamment du gaz et de l'électricité.

Achevant au Portugal une tournée internationale qui l'a conduit successivement à Cuba, en Chine, en Russie et en France, le chef de l'Etat vénézuélien s'est félicité d'avoir pu retrouver ses "amis", tant à Moscou qu'à Pékin, Paris ou Lisbonne, où il effectuait samedi sa troisième visite officielle en moins d'un an.

Chavez passe commande au Portugal d'un million d'ordinateurs portables à bas prix




Le président vénézuélien Hugo Chavez a passé commande samedi au Portugal d'un million d'ordinateurs portables à bas prix dans le cadre d'accords bilatéraux dont le montant a été évalué à deux milliards d'euros par les autorités portugaises.

Ces ordinateurs bleu et blanc, dérivés d'un PC pour enfants du géant américain Intel, sont fabriqués sous licence au Portugal et destinés en premier lieu aux écoliers des pays en développement. Ils sont équipés des derniers microprocesseurs d'Intel ainsi que de caméras numériques et d'un accès à Internet.

Si le prix exact à l'unité n'a pas été révélé, ces ordinateurs sont réputés ne coûter qu'environ 200 dollars (135 euros). Le Portugal souhaite exporter une partie de cette production.

A l'occasion de cette visite, la troisième du président Chavez à Lisbonne cette année, les deux pays ont également signé des accords dans les secteurs du logement, des infrastructures et de la coopération énergétique.

"Nous construisons une relation solide" avec le Portugal, a souligné M. Chavez au cours d'une cérémonie de signature. "Nous avons négocié en pensant à l'intérêt de chacun", a-t-il assuré.

Au terme d'une tournée qui l'a conduit à Cuba, puis en Chine, en Russie, en France et enfin au Portugal, le président vénézuélien devait regagner son pays dimanche.

Sarkozy invite Chavez à ne pas "s'enfermer dans un camp"


le chef de l'Etat français a souhaité que Paris développe ses relations avec le Venezuela, soucieux de diversifier son économie.

Hugo Chavez a été reçu à l'Elysée vendredi 26 septembre par Nicolas Sarkozy, avant dernière étape d'une tournée internationale commencée dimanche dernier et qui l'a mené dans six pays "amis" : Cuba, la Chine, la Russie, le Belarus, la France et le Portugal. Le président français a invité son homologue vénézuelien à ne pas "s'enfermer dans un camp" et à ne pas fournir à ses adversaires prétexte à le "caricaturer" afin de "penser à l'avenir", à un moment où l'administration américaine est sur le point de changer.

Nouvelle diatribe contre les Etats-Unis

A l'issue de son entretien de 40 minutes avec Nicolas Sarkozy, le président vénézuélien s'est toutefois livré à une nouvelle diatribe contre les Etats-Unis, dans la cour de l'Elysée, où il a dénoncé "l'hégémonie du dollar". "On est harcelé et attaqué par les Américains" a-t-il déclaré, avant de les accuser d'avoir "acheté le monde avec du papier qui n'a pas de valeur réelle".
Nicolas Sarkozy qui avait un temps misé sur Hugo Chavez pour faire libérer l'ex-otage franco-colombienne Ingrid Betancourt, s'est vu félicité pour "son leadership, son action et son dynamisme international" et pour sa proposition d'une remise à plat du système financier et monétaire mondial. Le président vénézuelien a cependant souligné que si Nicolas Sarkozy était favorable à un "capitalisme régulé", il voyait pour sa part dans le socialisme la solution aux difficultés actuelles.

"Renforcer les relations entre les deux pays"


Selon l'Elysée, Nicolas Sarkozy a souhaité que la France développe ses relations avec le Venezuela, soucieux de diversifier son économie. Des transferts de technologie, notamment en matière de transports, d'énergie ainsi que dans le domaine de la défense ont été évoqués, dans la perspective de lutter contre les trafics dans la région caraïbe."Nous allons renforcer les relations entre les deux pays", a confirmé Hugo Chavez, mentionnant les activités des sociétés pétrolières françaises Total et Perenco au Venezuela, le métro de Caracas et l'industrie automobile. La coopération entre les deux pays sera examinée lors d'une réunion mixte les 2 et 3 octobre, a-t-il précisé.

"Spéculations" sur l'extradition de Carlos

Hugo Chavez a enfin démenti des rumeurs selon lesquelles il avait l'intention de demander l'extradition de l'ancien activiste vénézuélien Ilitch Ramirez Sanchez, alias Carlos, détenu en France et poursuivi par la justice française pour des attentats dans les années 1980.
"Il s'agit seulement de spéculations. Nous n'avons pas discuté de ce sujet. Nous n'avons pas de mandat juridique pour demander l'extradition de Carlos car il n'a pas commis de crime au Venezuela", a-t-il déclaré.

Coopération nucléaire avec la Russie

Dans le cadre de sa tournée, Hugo Chavez a également rencontré jeudi soir à Moscou, le Premier ministre russe Vladimir Poutine. Celui-ci a déclaré que les relations avec l'Amérique latine constitueraient l'une des principales priorités du gouvernement russe en matière de politique étrangère.
L'ancien président a précisé que la Russie souhaitait s'entretenir avec Caracas de nouveaux contacts militaires et l'aider à développer l'énergie nucléaire à des fins pacifiques. Hugo Chavez a pour sa part expliqué au cours de l'entretien de jeudi que l'établissement de liens étroits entre le Venezuela et la Russie permettrait de renforcer un monde multipolaire

jeudi 25 septembre 2008

Les Russes passent à la manœuvre en Amérique latine


Hugo Chavez (à droite) et le vice-premier ministre russe, Igor Setchine, mardi à Caracas. Le président vénézuélien souhaite «dynamiser la nouvelle géopolitique mondiale».

La diplomatie russe met à profit les tensions entre les États-Unis et les pays les plus à gauche d'Amérique latine pour placer ses pions dans les Caraïbes.

En attendant les exercices navals conjoints russo-vénézuéliens prévus en novembre dans les Caraïbes, les manœuvres politiques battent leur plein. La Russie multiplie les initiatives pour renforcer sa présence dans une région considérée depuis des décennies par les États-Unis comme leur chasse gardée. Et célèbre ses retrouvailles avec les amis cubains.

Le vice-premier ministre russe, Igor Setchine, a rendu visite lundi à Raul Castro à La Havane en compagnie de chefs d'entreprise. Le déplacement à Cuba avait un air de déjà-vu. Il rappelait le temps où l'Union soviétique était le principal partenaire et protecteur du régime castriste. En échange de quoi Cuba alignait sa politique étrangère sur celle du grand frère. Les deux pays ont décidé de relancer leur coopération interrompue en 1991 après l'effondrement du communisme. Les rumeurs sur l'installation d'une base russe se sont finalement concrétisées avec l'annonce mercredi de la possible création d'un centre spatial. Il devrait permettre d'utiliser en commun des systèmes spatiaux de communication.
Parti ensuite pour Caracas, Igor Setchine a transmis à Hugo Chavez une invitation de Vladimir Poutine qui devrait être honorée dès la semaine prochaine. Ce sera l'occasion, à en croire le président vénézuélien, de «dynamiser la nouvelle géopolitique mondiale». «Nous sommes des alliés stratégiques. C'est un avertissement, un message à l'empire (américain NDLR)», s'était déjà réjoui, voilà quelques jours, le pourfendeur de l'hégémonie des États-Unis en Amérique latine.

Contre-feux à l'Otan

Il s'agit surtout pour Moscou d'allumer des contre-feux à la mise en place par les États-Unis d'un système de défense antimissile en Pologne et en République tchèque, avec qui un accord doit être signé demain. La Russie entend aussi répondre aux prétentions de l'Alliance atlantique, qui garde ouvertes les portes de l'Otan à l'Ukraine et à la Géorgie.

Au lendemain de la visite de son secrétaire général Jaap de Hoop Scheffer à Tbilissi, le Kremlin n'a pas hésité mercredi à évoquer des relents de «guerre froide» tout en paraphant un accord de coopération avec les territoires géorgiens d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud, ce qui devrait encore creuser le fossé entre Washington et Moscou. Les Russes se sont effet engagés à apporter «un soutien militaire» aux régions séparatistes où ils pourront disposer de bases.

L'escalade entre la Bolivie et les États-Unis est, dans ce contexte, une aubaine pour le nouveau front antiaméricain latino-russe. Car il ne fait aucun doute pour ses partisans que le bras de fer entre le président de gauche Evo Morales et les gouverneurs des régions les plus prospères dirigées par l'opposition a pour origine une «conspiration» de la Maison-Blanche.

Washington a riposté à l'expulsion la semaine passée de son ambassadeur, Philippe Goldberg, par le renvoi de son homologue bolivien en poste aux États-Unis. Mardi, l'Administration américaine a appelé ses ressortissants à quitter le pays et elle a évacué une soixantaine d'agents de la DEA, le service de lutte antidrogue, qui opéraient dans les zones de plantation de coca au sud de La Paz. Elle a également classé pour la première fois la Bolivie mais aussi le Venezuela sur la liste noire des nations qui ne combattraient pas le trafic de drogue avec assez d'ardeur. Une façon de rappeler que Evo Morales est l'ancien chef de file des cocaleros, les paysans planteurs de coca. La décision pourrait déboucher sur un arrêt des aides financières qui se montent à environ 100 millions de dollars pour la Bolivie. Prudent, Washington se garde toutefois d'appliquer une telle sanction qui remettrait en cause sa politique antidrogue. «Le gouvernement des États-Unis n'a aucune morale pour parler de drogue, pour parler de certification ou non», a rétorqué Evo Morales.

Soutenu par ses pairs sud-américains qui l'encouragent aussi à dialoguer avec ses opposants, Evo Morales n'hésite pas à chercher des appuis encombrants. Le disciple d'Hugo Chavez a suivi l'exemple de son mentor en appelant début septembre, à l'issue d'une entrevue à Téhéran avec Mahmoud Ahmadinejad, à la formation d'un front anti-impérialiste. Soit une improbable alliance des Indiens de Tiwanaku et des mollahs de Qom.

Le Venezuela peut satisfaire les besoins chinois et américains


Le président Hugo Chavez affirme que son pays a suffisamment de réserves pétrolières

Le président vénézuélien Hugo Chavez affirme, jeudi 25 septembre, que son pays avait assez de réserves pétrolières pour satisfaire à la fois la Chine et les Etats-Unis, client traditionnel mais adversaire politique.
Lors d'une conférence de presse, le président Chavez a souligné : "Je le disais hier au président Hu Jintao lors d'une réunion de travail, les réserves de pétrole du Venezuela ne font qu'augmenter". Une conférence de presse qui clôturait la visite en Chine d'Hugo Chavez marquée par un renforcement de la coopération énergétique bilatérale.

Un demi-million de barils de pétrole par jour

"Les réserves diminuent presque partout dans le monde, le Venezuela est l'un des rares pays, avec l'Arabie Saoudite, l'Iran et la Russie, qui peut assurer des engagements de grande ampleur avec tout le monde", a expliqué Hugo Chavez.
"Nous n'étions pas présents en Europe, maintenant nous allons entrer au Portugal, avec la Chine nous sommes partis de zéro il y trois ans (...) Nous sommes simplement en train de diversifier notre marché pétrolier", a-t-il poursuivi.
La Chine et le Venezuela ont signé mercredi à Pékin une série d'accords dans le domaine énergétique qui permettra au pays latino-américain d'exporter vers le géant asiatique en 2009 un demi-million de barils de pétrole par jour.

Complots d'assassinat

Le président vénézuélien a affirmé, jeudi, ne pas vouloir cesser les livraisons de pétrole aux Etats-Unis.
"La seule fois en dix ans de révolution bolivarienne où le Venezuela n'a pas envoyé de pétrole aux Etats-Unis, c'est quand ils m'ont renversé", a-t-il dit, faisant référence au coup d'Etat avorté de 2002.
"Nous ne voulons pas faire de mal au peuple des Etats-Unis", a souligné Hugo Chavez, rappelant que le Venezuela disposait de sept raffineries aux Etats-Unis fournissant de l'essence à plus de 10.000 stations-service.
"J'ai simplement dit que si le gouvernement américain commettait la folie d'envahir le Venezuela ou de soutenir un nouveau coup d'Etat, nous devrions prendre une mesure radicale", a-t-il dit.
Hugo Chavez a accusé à plusieurs reprises le gouvernement de George W. Bush de fomenter des complots pour l'assassiner.

mardi 23 septembre 2008

Hugo Chavez entame sa visite en Chine


Le président vénézuélien Hugo Chavez a entamé mardi une visite d'Etat en Chine, au cours de laquelle il doit signer un accord pour l'achat d'avions d'entraînement et de combat, selon l'agence Chine Nouvelle.

M. Chavez, qui est arrivé en provenance de Cuba, doit rester trois jours en Chine, qualifiée d'"alliée stratégique", avant de se rendre en Russie, prochaine étape d'une tournée internationale.

Lors de son séjour à Pékin, il doit rencontrer notamment mercredi le président Hu Jintao avant de présider une cérémonie de signature d'accords, selon le programme officiel.

Le président vénézuélien, qui s'oppose depuis des années à Washington, a annoncé avant son voyage qu'il devrait finaliser un contrat d'achat de 24 avions d'entraînement K-8 qui seront intégrés à l'armée de l'air vénézuelienne début 2009.
Il doit également annoncer l'apport de 4 milliards de dollars supplémentaires à un fond d'investissement sino-vénézuélien créé il y a deux ans.
Mardi, l'agence officielle chinoise n'a fait mention que d'accord bilatéraux dans les domaines judiciaires, sportifs et de l'inspection et du contrôle de qualité.
La journée de mardi ne sera marquée par aucun rendez-vous officiel, a précisé une porte-parole de l'ambassade de Venezuela.

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dimanche 21 septembre 2008

Hugo Chavez se rend à Cuba, en Chine et en Russie



Le président vénézuélien doit notamment rencontrer son ami Fidel Castro et son frère Raul, l'actuel président cubain, à qui il a promis d'apporter son aide.
Le président vénézuélien Hugo Chavez est parti ce week-end à Cuba, dévasté par le passage des ouragans Gustav et Ike, avant d'aller en Chine et en Russie la semaine prochaine.
Hugo Chavez rencontrera son ami Fidel Castro et son frère Raul, l'actuel président cubain, à qui il a promis d'apporter son aide, a-t-il expliqué vendredi.
Le dirigeant vénézuélien a promis à Moscou une plus grande coopération en ce qui concerne le pétrole et les armes. Il souhaite également se présenter en alternative aux Etats-Unis, en développant ses ventes de pétrole sur de nouveaux marchés, comme celui de la Chine

mardi 16 septembre 2008

Avions et flotte russes au Venezuela: raisons de Chavez et retombées régionales possibles




Que peut espérer ou craindre Hugo Chavez, président du Venezuela et leader de la gauche antiaméricaine dite bolivarienne, en s'offrant comme tête de pont d'une présence militaire russe en Amérique latine, la première depuis la fin de la guerre froide? C'est sur leur propre continent que les Etats-Unis sont défiés par Moscou et Caracas. Des conséquences régionales sont possibles.
Alors que la crise du Caucase fait planer un climat de guerre froide entre Moscou et Washington, la Russie a annoncé le 8 septembre qu'elle allait baser "temporairement" sur un aérodrome du Venezuela des avions anti-sous-marins. Cette révélation faite par Andreï Nesterenko, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, accompagnait sa confirmation de la participation d'une flotte russe à des manoeuvres communes avec le Venezuela, en novembre dans la mer des Caraïbes.

Cette flotte comprendra 4 bâtiments, dont l'emblématique croiseur à propulsion nucléaire "Pierre le Grand", porteur de missiles à double capacité conventionnelle et nucléaire, et la frégate "Amiral Tchabanenko", spécialisée dans l'attaque de sous-marins.

A la quasi unanimité, les analystes occidentaux y voient une réaction irritée de Moscou aux signes les plus récents de l'hégémonie des Etats-Unis, à savoir l'installation prévue du bouclier antimissile américain en Europe centrale, l'adhésion éventuelle de l'Ukraine et de la Géorgie à l'OTAN, ainsi que la présence en mer Noire de navires de guerre américains qui ravitaillent la Géorgie. Cette dernière vient de perdre ses régions rebelles d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud après avoir lancé dans la seconde une offensive militaire aussitôt contrée par les forces russes. L'indépendance de ces deux régions caucasiennes a été reconnue par Moscou, malgré les protestations et les menaces diplomatiques de Washington et de l'Union européenne. Hugo Chavez, lui, a applaudi "la réponse digne" de la Russie à l'offensive avortée de la Géorgie.

Deux jours avant la confirmation russe des prochaines manoeuvres navales en mer des Caraïbes, le contre-amiral Salbatore Cammarata, directeur du Renseignement stratégique de l'état-major naval du Venezuela, fixait du 10 au 14 novembre prochains le déroulement des ces manoeuvres. Le président vénézuélien Hugo Chavez l'a amendé en parlant de la "probabilité" de manoeuvres conjointes "fin novembre ou décembre", mais en réaffirmant que le Venezuela est désormais "un allié stratégique de la Russie".

La Russie a déjà vendu au Venezuela 24 avions de chasse Sukhoï, 53 hélicoptères et 100.000 fusils Kalachnikov pour un total de plus de trois milliards de dollars. Hugo Chavez, voisin ombrageux de la Colombie armée par les Etats-Unis, a en outre envisagé publiquement à diverses reprises l'achat de sous-marins russes.

Le 31 août dernier, le leader bolivarien confirmait qu'arrivera "bientôt" au Venezuela "un système intégral de défense antiaérienne à longue portée" de fabrication russe, pouvant frapper des cibles jusqu'à 200 km. Il indiquait alors que si un bombardier stratégique russe faisant éventuellement le tour de la planète avait besoin d'une escale technique au Venezuela, elle lui serait accordée.

De là à déduire que l'accueil "temporaire", au-delà de la durée des prochaines manoeuvres, d'avions anti-sous-marins russes pourrait s'étendre aux bombardiers stratégiques du président Dmitri Medvedev et de son Premier ministre Vladimir Poutine, il n'y aurait qu'un pas à franchir d'autant plus aisément que Cuba était désignée en juillet par plusieurs médias russes comme base régionale probable de tels bombardiers. Moscou avait alors démenti.

Cuba est l'alliée privilégiée du Venezuela. Ces deux pays ont créé l'ALBA (Alternative bolivarienne pour les Amériques) qu'ont ralliée la Bolivie, le Nicaragua, le Honduras et l'île de la Dominique. L'Equateur, le Paraguay et le Guatemala en sont de prochains membres potentiels.

Dans ce contexte, Hugo Chavez pourrait, dans sa logique bolivarienne, espérer retirer un certain nombre d'avantages de la nouvelle dimension stratégico-militaire de ses relations avec Moscou:

1. Contribution fortement symbolique et peut-être même effective à la remise en question de l'hégémonie des Etats-Unis.

2. Défaite du sénateur noir Barack Obama à l'élection présidentielle américaine du 4 novembre. L'élection historique à la présidence des Etats-Unis d'un Afro-Américain, partisan de surcroît du dialogue avec les ennemis actuels de Washington, rendrait soudain dérisoire le discours radicalement antiaméricain grâce auquel Chavez mobilise en permanence ses partisans et alliés au Venezuela et en Amérique latine. La sensation de défi et de menace que peut faire sentir aux électeurs américains la présence militaire russe au Venezuela favoriserait le faucon John McCain, l'adversaire républicain du démocrate Barack Obama. La victoire éventuelle de McCain serait pour Hugo Chavez le meilleur prétexte à la perpétuation du radicalisme bolivarien.

3. Relativisation de la prépondérance du Brésil. Dans le match non déclaré et d'apparence aimable que se livrent pour la suprématie politique en Amérique du Sud le Brésil social-démocrate et le Venezuela semi-collectiviste riche en pétrole, l'aval militaire d'une grande puissance, la Russie, permettrait à Caracas de compenser partiellement la primauté naturelle que confèrent au Brésil sa superficie continentale et ses quasi 200 millions d'habitants (contre 27 millions au Venezuela).

4. A tort ou à raison , Hugo Chavez peut logiquement être tenté de miser sur une présence militaire russe pour dissuader les intentions belliqueuses que Caracas prête régulièrement à la Colombie et aux Etats-Unis, qui réactivent leur 4e flotte dans la mer des Caraïbes et l'Atlantique sud.

5. L'aval russe permettrait peut-être au Venezuela de concrétiser la solidarité militaire que Hugo Chavez prône entre les membres de l'ALBA.

6. Un climat permanent de mobilisation militaro-nationaliste, ponctué de dénonciations de supposés ou réels complots putschistes, pourrait devenir l'un des recours de Hugo Chavez contre tout nouveau revers électoral après celui subi au référendum de décembre 2007 sur une révision socialiste de la Constitution. Les élections régionales et municipales du 23 novembre prochain seront décisives pour la continuité du pouvoir chaviste.

En revanche, Hugo Chavez ou l'Amérique latine peuvent craindre des retombées négatives d'une forte complicité militaire entre Caracas et Moscou:

1. L'implication de l'Amérique latine dans une dynamique de néo-guerre froide risque de réduire dans la région l'impact de la suprématie actuelle de la gauche en élargissant les contradictions entre ses composantes radicales et modérées. La consolidation de la jeune Union des nations sud-américaines (Unasur) et la création du Conseil de défense sud-américain proposée par le Brésil pourraient se compliquer, ainsi que l'ambition de l'Unasur de s'ériger en acteur global d'un monde multipolaire. A noter toutefois que le Brésil du président Inacio Lula da Silva envisage lui-même une association avec la Russie pour produire des avions de combat et des plates-formes lance-missiles. Le président russe Dmitri Medvedev pourrait être reçu en novembre à Brasilia.

2. Réduction de la stabilité politique et économique vénézuélienne et régionale en fonction de l'incertitude sur l'ampleur et les effets d'éventuelles mesures de rétorsion que pourraient adopter les Etats-Unis et peut-être l'Union européenne si l'alliance russo-vénézuélienne s'inscrivait dans une hostilité ouverte contre l'Occident ou contre certains pays du continent américain. Largement critiqué, l'embargo de Cuba par les Etats-Unis n'en est pas moins toujours une réalité 46 ans après la "crise des missiles" déclenchée en 1962 par l'installation de fusées soviétiques sur l'île des frères Castro. La planète frôla alors l'apocalypse nucléaire.

3. Une confiance excessive du Venezuela dans ses capacités militaires renforcées par la Russie pourrait nuire à la stabilité régionale en exacerbant les vieilles revendications territoriales de Caracas sur la Guajira colombienne et sur le nord-ouest de la Guyana.

4. Le stationnement "temporaire" annoncé à Moscou d'avions militaires russes sur un aérodrome du Venezuela se situe à la limite d'une légalité définie par l'article 13 de la Constitution bolivarienne. Cet article prohibe dans "l'espace géographique" national déclaré "zone de paix" l'établissement, "par une quelconque puissance ou coalition de puissances", non seulement de bases militaires, mais aussi "d'installations ayant de quelque manière des objectifs militaires". L'opposition à Hugo Chavez tentera d'y trouver argument pour accuser le chef de l'Etat de mépriser sa propre Constitution.

5. Enfin, Hugo Chavez fait peut-être un pari erroné sur la stabilité de son alliance avec la Russie. Théoriquement anticapitaliste et friand de nationalisations, le "socialisme du 21 siècle" du leader bolivarien est aux antipodes idéologiques d'un néocapitalisme parfois sauvage qui grandit à Moscou, où est tournée la page du passé collectiviste. La Russie ne défend plus une idéologie, mais bien ses intérêts. Sur cette base, Washington et Moscou ne sont pas nécessairement condamnées à se défier durant des lustres. Leur éventuelle réconciliation conduirait Chavez à perfectionner son chinois. Le 1er novembre prochain, c'est de Chine que sera lancé le "Simon Bolivar", premier satellite vénézuélien.

Venezuela-Russie: manoeuvres militaires navales conjointes en mer des Caraïbes




Alors que renaît un climat de guerre froide entre Washington et Moscou, des forces navales de la Russie et du Venezuela antiaméricain de Hugo Chavez effectueront des manoeuvres conjointes sans précédent dans la mer des Caraïbes, du 10 au 14 novembre prochains, a annoncé le 6 septembre l'état-major naval vénézuélien.

L'annonce de ces manoeuvres militaires survient alors que la crise du Caucase fait régner une vive tension diplomatique entre les Etats-Unis et la Russie, devenue le principal fournisseur d'armes du Venezuela.

Contrairement à Washington et à l'Union européenne, qui ont condamné la reconnaissance par Moscou de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, le président vénézuélien Hugo Chavez estimait fin août que la Russie "a répondu dignement" à la guerre déclenchée par la Géorgie qui voudrait conserver ces deux régions caucasiennes avec l'appui diplomatique et économique des puissances occidentales.

Le 2 septembre, le Nicaragua du président sandiniste Daniel Ortega, allié du socialisme radical de Hugo Chavez, a été jusqu'à reconnaître lui aussi officiellement, comme la Russie, l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie.

C'est la première fois depuis la dislocation de l'Union soviétique que l'Amérique latine redevient l'un des théâtres potentiels d'une guerre froide naissante, au moment où la région est dominée par des régimes de gauche inquiets de la réactivation de la 4e flotte américaine dans la mer des Caraïbes et dans l'Atlantique Sud.

La Russie, qui veut réaffirmer son statut de puissance mondiale, a déjà vendu au Venezuela 24 avions de chasse Sukhoï, 53 hélicoptères et 100.000 fusils Kalachnikov pour un total de plus de trois milliards de dollars. Hugo Chavez, voisin ombrageux de la Colombie armée par les Etats-Unis, a en outre envisagé publiquement à diverses reprises l'achat de sous-marins russes. Le 31 août dernier, il confirmait qu'arrivera "bientôt" au Venezuela "un système intégral de défense antiaérienne à longue portée" de fabrication russe, incluant des missiles d'une portée de 200 km.

Du 10 au 14 novembre prochains, quatre navires et un millier de militaires russes et, pour la partie vénézuélienne, des frégates équipées de missiles, des patrouilleurs, des sous-marins et des unités aéro-navales participeront aux manoeuvres a déclaré le contre-amiral Salbatore Cammarata, directeur du Renseignement stratégique de l'état-major naval du Venezuela.

Selon le contre-amiral, cité le 6 septembre par plusieurs quotidiens de Caracas (notamment Ultimas Noticias et Vea), des manoeuvres d'une telle nature n'auraient pas de précédent en Amérique latine. Leur objectif, dit-il, est de renforcer "les liens d'amitié et de coopération" entre les forces navales russes et vénézuéliennes.

Salbatore Cammarata révèle qu'une délégation russe conduite par le commandant en chef de la marine russe, Popov Fedorovich, s'était rendue au Venezuela, à une date non précisée, pour planifier les manoeuvres de novembre.

"Si un jour une flotte russe venait aux Caraïbes, nous hisserions les drapeaux, nous frapperions les tambours et ferions entendre l'hymne du Venezuela et l'hymne de la Russie, car ce serait la venue d'un ami qui viendrait nous donner la main. Ce serait l'arrivée d'un allié. La Russie s'est convertie aujourd'hui en l'un de nos principaux alliés" déclarait le président Chavez le 22 juillet, lors d'une conférence de presse pendant sa dernière visite à Moscou.

L'agence d'information russe Interfax, aussitôt reprise par les agences internationales, en déduisait alors que Hugo Chavez invitait la Russie à établir des bases militaires au Venezuela. Le président Chavez a fermement démenti cette interprétation, précisant que la Constitution bolivarienne du Venezuela prohibe la présence de bases militaires étrangères sur le sol national.

Hugo Chavez déclarait encore, le 31 août, que si un bombardier stratégique russe faisant éventuellement le tour de la planète avait besoin d'une escale technique au Venezuela, elle lui serait accordée.

Chavez en Chine prochainement

Le président vénézuélien Hugo Chavez est attendu en Chine du 23 au 25 septembre pour une visite d'Etat, a annoncé aujourd'hui le ministère chinois des Affaires étrangères.

"Pendant cette visite, il s'entretiendra avec le président Hu Jintao et rencontrera d'autres dirigeants", a déclaré la porte-parole du ministère, Jiang Yu. Mme Jiang a expliqué que les deux pays signeraient des accords de coopération en matière de "justice, sports, inspection de la qualité et autres secteurs".

Fidel : l’assassinat de Chavez serait une catastrophe !




L’assassinat du président Hugo Chavez serait une catastrophe pour la patrie de Simon Bolivar, a averti le leader cubain Fidel Castro dans une lettre lue à la télévision le dimanche 14 septembre par le président du Venezuela. Dans son message, Fidel faisait allusion aux révélations concernant une tentative de coup d’Etat et des plans d’assassinat contre Hugo Chavez, dans lesquels sont impliqués des militaires à la retraite et d’autres en activité.

« Ce qu’ils devraient faire, c’est te protéger s’ils croient vraiment que le socialisme est un échec qui fait que les dirigeants se coupent de leur base, tournent le dos à leur propre peuple, alors qu’en réalité c’est la seule voie, le seul chemin qui conduit vers la vie, vers la Patrie », a signalé Fidel dans la lettre lue par Chavez dans l’émission Allo président, a rapporté Prensa Latina.

Le président Chavez, qui avait reçu la veille un message du leader de la révolution cubaine, s’est exclamé : « Fidel Castro se bat à nos côtés ». Hugo Chavez s’est dit honoré d’être le destinataire de ces lignes venant d’un homme dont la longue vie a été une longue bataille, et qui livre à présent cette bataille qui est la nôtre ».

« Dans la lettre qu’il adresse à tous les Vénézuéliens, Fidel se livre à une analyse politique, éthique, historique et économique profonde des circonstances dans lesquelles Cuba et le Venezuela ont évolué, a fait remarquer le président du Venezuela.

« Faisant preuve d’une conscience à toute épreuve, d’une intelligence et d’une clairvoyance hors du commun, Fidel ne cesse de penser à l’avenir des peuples », a déclaré Hugo Chavez au début de son émission Alo Presidente qui à cette occasion s’est déroulé dans la municipalité de Viñedo, à plus de 300 km au sud-est de Caracas.

« Il y a deux époques dans la vie de chacun de nos deux peuples. Le pétrole vénézuélien n’est pas la canne à sucre. La canne est une matière première qui, même si son prix d’achat était très faible, ses volumes et sa qualité étaient tels qu’elle générait des profits importants dans une monnaie qui, pendant des décennies a eu un pouvoir d’achat très important », a lu Chavez.

« Ton pays a atteint certains niveaux de développement industriel », a poursuivi Fidel Castro dans la lettre dont Chavez a lu des extraits. « Tes propres mérites et l’appui populaire dont tu jouis te permettent d’assurer la direction d’un peuple qui recevait très peu de ce qu’il produisait », a rappelé Fidel dans son message, faisant allusion à la victoire électorale de Chavez en 1998.

Le pays avait trop de bras, le chômage, le consumérisme des riches, leurs boutiques et leurs services à la mode yankee l’ont obligé à vendre la force de travail, ont plongé le pays dans l’inflation et l’ont dépossédé de ses réserves en devises », a ajouté le leader cubain.

Par contre, Cuba ne pouvait compter que sur les revenus de la canne à sucre, a continué de lire Chavez.

« L’appareil d’Etat était inefficace et les forces armées n’avaient aucune histoire propre, tout était une invention yankee. Les deux ont disparu », a poursuivi Chavez en lisant le message de Fidel. Le président vénézuélien en a profité pour remercier Fidel Castro pour ses réflexions, « qui serviront à tous les révolutionnaires du monde ».

« Nous sommes arrivés au pouvoir sans expérience, mais avec plus d’audace que des leaders de la révolution française tels que Danton, et pas moins radicaux que ne le fut Robespierre », a lu Chavez, en ajoutant que ces paragraphes étaient fortement imprégnés du sens de l’histoire.

«La concertation politique s'est améliorée en Amérique latine»


Evo Morales et Hugo Chávez, lundi à Santiago du Chili

Olivier Dabène, professeur à Sciences-Po Paris et directeur de l'Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes, revient sur la situation en Amérique latine à la suite du conflit en Bolivie.

Quels enseignements peut-on retirer de la réunion de l’Unasur (Union des nations sud-américaines) qui réaffirmé lundi son soutien à Evo Morales?

C’est d'abord une victoire pour Hugo Chávez et Evo Morales. Le soutien est appuyé, sans équivoque. Cette réunion vient confirmer à Hugo Chávez qu’il est possible en Amérique latine de construire une alliance politique et, pourquoi pas, militaire. Car c’est son objectif. C’est une porte ouverte à des discussions ultérieures sur une alliance militaire. Ensuite, ce qui est nouveau, c’est cette capacité de l’Amérique latine à résoudre ses problèmes, seule. On l’avait déjà vu, en mars dernier, lors du sommet du Groupe de Rio à Saint-Domingue (qui avait scellé la réconciliation entre l’Equateur, la Colombie et le Venezuela, une semaine après le déclenchement d’une grave crise, ndlr). La concertation politique en Amérique latine s’est améliorée, et leur diplomatie a mûri. C’est indéniable.

Comment expliquer ce durcissement diplomatique, avec expulsions croisées d'ambassadeurs, entre la Bolivie et le Venezuela d’un côté et les Etats-Unis de l'autre?

Ce durcissement diplomatique du Venezuela et de la Bolivie face aux Etats-Unis est à remettre dans un contexte de campagnes électorales. Evo Morales prépare son referendum sur la nouvelle constitution (le 7 décembre, ndlr) et la route est encore longue jusqu’à son approbation. L’année politique qui vient de s’écouler n’a pas été favorable à Chávez, qui a connu sa première défaite électorale depuis 1998 (lors du référendum sur la réforme constitutionnelle le 2 décembre 2007, ndlr), et les élections municipales et régionales du 23 novembre prochain s’annoncent donc décisives et difficiles. Dans ce cadre, l’antiaméricanisme est une ressource qu’il mobilise à satiété. Le Venezuela et la Bolivie profitent donc d’un moment de faiblesse des Etats-Unis qui n’ont plus de politique extérieure, du fait des élections. On tape sur un adversaire qui n’est plus là, qui ne fait plus peur. Reste à voir comment ça va se passer, en 2009, avec la nouvelle administration américaine.

Que penser du rapprochement de Caracas avec Moscou?

Hugo Chavez ne manque jamais une occasion de signifier son opposition aux Etats-Unis, en fréquentant des pays considérés comme des Etats voyous par Washington, comme il l’avait fait avec l’Iran. Mais c’est juste de la provoc.

Une peinture d'Hugo Chavez vendue 255.000 dollars aux enchères

Une peinture du président vénézuélien Hugo Chavez a été vendue 255.000 dollars (180.000 euros) aux enchères afin de récolter de l'argent pour son parti.

Hiroshima Bravo, une parlementaire alliée d'Hugo Chavez, a précisé que trois hommes d'affaires vénézuéliens avaient acheté vendredi à Caracas le tableau, intitulé "The Yare Moon" ("La lune de Yare").

Chavez l'a peint il y a 16 ans, alors qu'il purgeait une peine de deux ans dans la prison de Yare, suite à une tentative de coup d'Etat raté qui visait à renverser le gouvernement du Venezuela.

Hiroshima Bravo a expliqué à l'Associated Press lundi que 40 personnes avaient participé aux enchères, qui ont ouverte à environ 14.000 dollars (10.000 euros).

lundi 15 septembre 2008

Bolivie: L'Amérique du Sud soutient Morales mais l'appelle à dialoguer


Les pays d'Amérique du Sud ont apporté lundi soir, lors d'une réunion d'urgence de près de six heures à Santiago, leur "soutien unanime" au président Evo Morales tout en l'appelant à dialoguer largement pour touver une "solution durable".

Les pays d'Amérique du Sud ont apporté lundi soir, lors d'une réunion d'urgence de près de six heures à Santiago, leur "soutien unanime" au président Evo Morales tout en l'appelant à dialoguer largement pour touver une "solution durable".

La "déclaration de La Moneda", du nom du palais présidentiel chilien, publié après la réunion, rejette par avance toute tentative de "coup civil" et soutient l'unité de la Bolivie et l'ordre constitutionnel.

Toutefois les dirigeants sud-américains insistent aussi sur la nécessité d'un dialogue à rechercher ensemble (avec l'opposition) pour trouver "une solution durable".

Le dialogue devrait se faire avec l'aide d'une commission ouverte à tous les membres de l'Unasur. Cette commission aidera au travail d'une table ronde présidée par M. Evo Morales.

Le ton pragmatique et modéré de la "déclaration de La Moneda" reflète l'influence de la présidente du Chili, Michelle Bachelet et du Brésil Inacio Lula Da Silva qui avaient exigé une réunion concrête pour ce "baptême du feu" de l'Unasur, créée en 2004.

Le dirigeant brésilien voulait éviter notamment des déclaration enflammées contre les Etats-Unis de la part des présidents vénézuélien Hugo Chavez et bolivien Evo Morales qui viennent d'expulser les représentants de Washington de leur pays.

L'Unasur participera aussi à une commission d'enquêtes sur les violences qui ont fait au moins 18 morts et une centaine de blessés à Pando, une région du nord de la Bolivie.

Sept chefs d'Etat de l'Unasur et le secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA) José Miguel Insulza participaient à la réunion à portes fermées, qui avait commencé vers 20H00 GMT au palais présidentiel de La Moneda.

"L'essentiel est l'installation d'une table ronde pour établir le dialogue qui peut être accompagné par la présidence de l'Unasur", exercée par le Chili cette année, avait expliqué le ministre chilien des Affaires étrangères Alejandro Foxley avant le début de la réunion.

La mission à La Paz peut se faire conjointement avec l'OEA, "pour discuter avec tous les secteurs" en conflit en Bolivie, a-t-il déclaré.

A son arrivée à Santiago, le président vénézuélien Hugo Chavez a réaffirmé que la crise bolivienne était due à "une conspiration internationale dirigée par l'empire américain".

En signe d'apaisement, les gouverneurs des provinces rebelles boliviennes ont annoncé la suspension des manifestations et des blocages routiers.

Ces gouverneurs s'opposent à M. Morales, dont le mandat a pourtant été largement confirmé en août par un référendum avec près de 68% des suffrages, et rejettent son projet de Constitution qu'ils jugent trop étatiste et centralisé.

Les plus proches alliés du gouvernement bolivien de gauche, M. Chavez et l'Equatorien Rafael Correa, ont répondu à l'appel de la réunion, lancé samedi par Mme Bachelet, mais aussi le Brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, le Colombien Alvaro Uribe, l'Argentine Cristina Kirchner, le Paraguayen Fernando Lugo et l'Uruguayen Tabare Vazquez.

Le président péruvien Alan Garcia (droite), qui se déplace peu, s'est fait représenter par son ministre des Affaires étrangères, Jose Garcia Belaunde.

En Bolivie, les heurts de la semaine dernière entre partisans des deux camps ont fait au moins 18 morts, une centaine de blessés et une cinquantaine de disparus dans le département de Pando (nord) où l'état de siège est en vigueur depuis quatre jours.

dimanche 14 septembre 2008

Le conflit en Bolivie préoccupe ses voisins


L'état de siège est déclaré dans la région du Pando, où plus de trente personnes ont été tuées.
Pour l'Unasur, l'union des pays d'Amérique du Sud née il y a quelques mois à peine, c'est le baptême du feu. Les douze chefs d'État qui en sont membres se retrouvent aujourd'hui à Santiago, puisque c'est le Chili qui assure la première présidence tournante de l'Union, afin de discuter de la crise en Bolivie.

Le pays est secoué par des explosions de violence, provoquées par l'opposition contre le gouvernement d'Evo Morales. À l'origine, ces manifestations, issues de quatre régions de l'est du pays (Santa Cruz, Beni, Tarija et Pando), ont pour objectif d'exiger la fin d'un impôt destiné à financer une allocation pour les personnes âgées les plus pauvres, la «rente dignité». Les préfets et les comités civiques, qui regroupent les entrepreneurs de ces régions, les plus riches de Bolivie, affichent ainsi leur volonté d'autonomie par rapport au pouvoir central. Concentrant la quasi-totalité des réserves d'hydrocarbures, mais aussi les terres les plus fertiles, ils s'opposent au projet d'Evo Morales d'instituer une nouvelle constitution favorable aux populations indiennes des hauts plateaux, dans l'ouest du pays. Premier président à revendiquer son origine indienne de Bolivie, Evo Morales prévoit notamment de lancer une réforme agraire au profit des paysans sans terre.


Occupation de bâtiments publics

Le 10 août dernier, un référendum remettant en cause les mandats du président et des préfets a montré que la cause de l'autonomie était populaire dans les régions orientales, mais qu'Evo Morales l'était plus encore. Plus de 67 % des électeurs lui ont renouvelé leur confiance, c'est 13 points de plus qu'en décembre 2005, quand il a été élu dès le premier tour à la tête de la Bolivie. En position de force, le président a appelé les préfets à la négociation, tout en refusant de faire marche arrière sur la «rente dignité». Du coup, ces derniers ont multiplié les actions. Depuis deux semaines, des troupes de choc sèment la terreur en envahissant les bâtiments publics, en occupant les aéroports et les postes-frontières et en tentant d'empêcher les exportations de gaz naturel vers l'Argentine et le Brésil.

Vendredi, la tension est montée d'un cran dans le département du Pando, à la frontière avec le Brésil et le Pérou. Plus de trente corps ont été retrouvés, la plupart repêchés dans des rivières, à la suite des affrontements entre partisans et opposants d'Evo Morales. Rappelant que les victimes sont dans leur immense majorité des paysans acquis à sa cause, le président estime qu'il s'agit d'un «massacre à la mitraillette», auquel auraient participé «des narcotrafiquants et des tueurs à gage brésiliens et péruviens sous l'ordre du préfet du Pando». Il a déclaré l'état de siège dans le département : le port d'arme est interdit, tout comme la circulation et la réunion de plus de trois personnes entre minuit et six heures du matin. Constatant que des milices armées continuaient à patrouiller à Cobija, la capitale du département, le gouvernement a ordonné dimanche la détention du préfet pour non-exécution des ordres.

En déclarant l'état de siège, Evo Morales veut surtout calmer l'armée, alors que des rumeurs de coup d'État circulent depuis plusieurs jours à La Paz. Depuis le début du conflit, le président bolivien a ordonné aux soldats de ne pas tirer contre les manifestants, alors que l'opposition cherchait justement à l'acculer à la faute. Une attitude saluée par l'OEA, l'Organisation des États américains, mais incomprise au sein du haut commandement. Profondément nationaliste, l'armée laissait entendre qu'elle ne pouvait rester les bras croisés face aux provocations des groupuscules. Cette nervosité est devenue plus palpable encore jeudi, quand le président vénézuélien, Hugo Chavez, a fait savoir qu'il était prêt à envoyer ses troupes en Bolivie. L'offre, perçue comme une humiliation, a aussitôt été rejetée par le général bolivien Luis Trigo. Pour le président bolivien, il devenait urgent de montrer qu'il restait maître de la situation.

Le soutien affiché par certains de ses voisins latino-américains contribue à cette réaffirmation d'autorité. Sortant de son habituelle réserve diplomatique, le plus puissant d'entre eux, le Brésil, a fait savoir qu'«il ne tolérerait aucune tentative de renverser le gouvernement», et il a qualifié les attaques des opposants d'«actions terroristes».

La Bolivie s'enfonce dans la crise



Evo Morales est confronté à sa pire crise depuis qu'il est arrivé à la présidence de la Bolivie, il y a trois ans. Après avoir imposé la loi martiale dans le département autonomiste rebelle de Pando (Amazonie, nord-ouest), où le bilan des violences est d'au moins 28 morts, il a accusé samedi le gouverneur d'enrôler des mercenaires étrangers contre ses partisans.

L'Amérique latine s'inquiète de voir la Bolivie s'entredéchirer et craint son implosion: le Chili, qui préside l'Union des nations sud-américaines, a convoqué une réunion d'urgence lundi à Santiago. Le Vénézuélien Hugo Chavez, qui a apporté son soutien à son camarade Evo, a confirmé qu'il serait là: "il faut éviter une tragédie encore plus grave", a-t-il lancé. Le Nicaraguayen Daniel Ortega a fait savoir qu'en "solidarité" avec La Paz, il refuserait une invitation à rencontrer George W. Bush à Washington.

Car le bras de fer a pris une dimension internationale, Morales et Chavez ayant expulsé les ambassadeurs américains, disant voir la main de Washington derrière les manifestations anti-gouvernementales de Bolivie. Morales accuse les diplomates américains de comploter avec ses opposants et les "oligarques", et d'attiser les violences et les divisions du pays.

Le Brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, qui a tenté une médiation dans la crise bolivienne, compte se rendre également à Santiago si La Paz le lui demande. Le Brésil, premier client du gaz bolivien, a vu ses livraisons perturbées depuis le début de la crise.

Au cours d'une conférence de presse, samedi, le premier président amérindien de Bolivie a accusé le gouverneur rebelle de Pando, Leopoldo Fernandez, d'avoir enrôlé à sa solde "des narcotrafiquants, des assassins brésiliens et péruviens" pour tendre une embuscade à un groupe de paysans pro-gouvernementaux sur une autoroute de la jungle, jeudi. "Ces gens ont été massacrés", a-t-il dénoncé.

Le dirigeant paysan Antonio Moreno, survivant de l'affrontement, a raconté ce qui s'était passé: les paysans pro-Morales se rendaient à un meeting et seraient tombés dans une embuscade des partisans autonomistes. Les deux groupes en étaient venus aux mains lorsque tout à coup, un homme est sorti d'un véhicule, armé d'une mitraillette, et a fauché le groupe de paysans.

L'affrontement a fait 28 morts, a annoncé dimanche le ministre de l'Intérieur Alfredo Rada après la découverte de dix cadavres. Deux autres personnes sont mortes vendredi quand l'armée a repris, difficilement, le contrôle de l'aéroport de Cobija, capitale de Pando, frontalier avec le Brésil.

La loi martiale est difficile à faire respecter à Cobija, où les groupes d'opposition ont pris le contrôle et en raison des tirs isolés, a reconnu le ministère de l'Intérieur.

Morales a affirmé qu'il n'hésitera pas, si besoin est, à étendre l'état de siège aux trois autres provinces autonomistes rebelles, tout en disant espérer beaucoup des pourparlers lancés vendredi. L'opposition autonomiste s'y est emparée la semaine dernière des champs de gaz naturel et des bâtiments publics, dressant des barrages routiers, exigeant l'annulation du référendum du 7 décembre.

Ce référendum, dénoncé par l'opposition libérale, cristallise la crise qui couve depuis l'accession du socialiste Morales à la tête du pays le plus pauvre d'Amérique latine. Il prévoit de permettre à Morales de briguer un second mandat, de procéder à une réforme agraire en faveur des paysans sans-terre et de renforcer la centralisation du pouvoir.

L'état de siège avait été décrété quelques heures après l'annonce du lancement de pourparlers entre La Paz et les gouverneurs des provinces rebelles (Santa Cruz, Tarija, Beni, Pando et Chuquisaca), pour tenter de trouver un compromis de sortie de crise.

Déclenchée par une énième querelle financière Etats/régions, elle oppose deux Bolivies: celle des hauts plateaux andins et des indiens pauvres, défendue par Morales l'ancien "cocalero". Et celle des provinces riches, blanches et métisses de l'est et du sud, Santa Cruz et Tarija en tête, qui tiennent les ressources naturelles en gaz et pétrole, et la richesse agricole.

Depuis l'arrivée du socialiste Morales au pouvoir, la rébellion couve donc dans cinq provinces réclamant l'autonomie régionale. Les gouverneurs rebelles ont affirmé samedi que tout dialogue serait rompu s'il y a d'autres morts à Cobija, et annoncé qu'il se rendaient dimanche dans le Pando, en solidarité avec Fernandez.

samedi 13 septembre 2008

Bolivie: Morales relance le dialogue mais déclare l'état de siège à Pando


Le gouvernement bolivien tentait toujours samedi de relancer le dialogue avec ses adversaires autonomistes, après avoir déclaré l'état de siège dans la petite région de Pando (nord) en proie à de graves violences ayant fait au moins huit morts depuis jeudi.

Cinq régions de Bolivie, pays de 10 millions d'habitants, sont secouées par des affrontements entre les partisans du président socialiste Evo Morales et des militants autonomistes, opposés à ses projets de réforme constitutionnelle.

Au palais présidentiel de La Paz, Mario Cossio, le porte-parole des cinq gouverneurs opposés au président Morales, a rencontré dans la nuit de vendredi à samedi le vice-président Alvaro Garcia Linera pour entamer un dialogue crucial. Les pourparlers entre l'exécutif de gauche et les gouverneurs autonomistes et plutôt à droite étaient interrompus depuis plus de huit mois.

Le chef de l'Etat Evo Morales a dû promulger dans la nuit de vendredi à samedi l'état de siège à Pando (nord), petite région de 70.000 habitants, frontalière du Brésil, à cause des violences qui se poursuivaient, après avoir fait huit morts jeudi et des dizaines de blessés.

La région de Pando et son aéroport ont été placés sous le contrôle de l'armée et de la police. Selon les autorités, les violences et pillages sont le fait de bandes organisées dont certains membres seraient des étrangers, venus du Brésil.

Le ministre de l'Intérieur Alfredo Rada a dit craindre un bilan plus lourd et les médias locaux estimaient à 16 le nombre de morts depuis jeudi tandis que des paysans parlaient d'une cinquantaine de décès.

Concernant les pourparlers en cours, Mario Cossio, gouverneur de la province de Tarija (sud) a déclaré que la première "tâche était de pacifier le pays" puis d'oeuvrer à "un grand pacte national" permettant "un procesus de réconciliation".

Depuis quatre jours, les manifestations anti-gouvernementales touchent cinq régions (sur les neuf que compte la Bolivie): Santa Cruz (est), Tarija (sud), Beni et Pando au nord et Chuquisaca (sud-ouest), avec des barrages routiers, des pillages et des occupations de bâtiments publics.

Les gouverneurs de ces provinces s'opposent au président Evo Morales, dont le mandat a pourtant été largement ratifié en août par référendum avec près de 68% des suffrages. Ils rejettent depuis des mois son projet de constitution qu'ils jugent trop étatiste et centralisé et favorisant exagérément, à leurs yeux, les populations indigènes.

L'Eglise catholique, l'OEA (Organisation des Etats Américains), l'Union européenne et les Nations unies ont demandé au gouvernement et à ses opposants de négocier une trêve.

L'escalade de la violence en Bolivie a entraîné une crise diplomatique régionale avec la décision surprise du président vénézuélien Hugo Chavez d'expulser l'ambassadeur des Etats-Unis à Caracas, par solidarité avec La Paz. M. Morales a accusé le chef de la mission américaine à La Paz, Philip Goldberg, de soutenir l'opposition.

La Bolivie est parvenue toutefois à rétablir vendredi les fournitures de gaz à l'Argentine et au Brésil, fortement perturbées depuis 48 heures, a annoncé le vice-ministre des hydrocarbures William Donaire.

La droite et les gouverneurs autonomistes critiquent le gouvernement pour son projet de constitution qui ne tient pas compte, selon eux, d'un statut d'autonomie prévu pour les régions. Mais ce qu'ils dénoncent surtout c'est une réforme agraire devant limiter la taille des propriétés à 5 ou 10.000 hectares.

Le pays andin apparaît coupé en deux entre d'un côté les partisans du président de gauche, Evo Morales, en majorité des paysans pauvres des Andes, et de l'autre, les métis et la minorité blanche qui vivent dans les plaines de l'est et du sud où sont concentrées les terres fertiles et les hydrocarbures.

vendredi 12 septembre 2008

Conflit avec le Venezuela: Washington contre-attaque



Sean Mc Cormack, Porte Parole du Département d'état

Caracas expulse l'ambassadeur des Etats-Unis, Washington expulse l'ambassadeur vénézuélien. Et le département du Trésor annonce des sanctions contre des proches de Chávez...

Œil pour œil, dent pour dent. Hugo Chávez a décidé hier d’expulser l’ambassadeur américain du Venezuela? Aujourd'hui, c’est au tour de Washington de renvoyer à Caracas l’ambassadeur vénézuélien, Bernardo Alvarez. Celui-ci avait de toute façon été rappelé par le président vénézuélien dès jeudi soir. Un porte-parole du département d’Etat a d'ailleurs précisé qu’il ignorait si Alvarez avait déjà quitté le territoire américain, mais que l’ordre d’expulsion était toujours valable.
Par ailleurs, le département américain du Trésor a annoncé aujourd'hui des sanctions contre deux hauts responsables des services secrets et un ancien ministre du Venezuela, qu’il accuse «d’aide matérielle aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) dans leur trafic de drogue».

Le Trésor écrit que ses sanctions visent nommément deux responsables en poste, Hugo Carvajal, chef de la Direction des renseignements militaires vénézuéliens et Henry de Jesús Rangel, chef de la Direction des services de renseignements et de prévention vénézuéliens, ainsi que Ramón Rodríguez Chacín, qui était il y a quelques jours encore ministre de l’Intérieur et de la Justice.

Le ministère américain accuse les trois hommes d’avoir «armé, encouragé et financé les Farc», la guérilla colombienne, qu’il qualifie de groupe «de terroristes et de trafiquants de drogue». Il reproche à Ramón Rodríguez Chacin, très impliqué dans la libération d’otages des Farc au début de l'année, d'«être le principal contact pour les armes au sein du gouvernement vénézuélien» et d’avoir «essayé de faciliter un prêt de 250 millions de dollars du gouvernement vénézuélien aux Farc fin 2007».

Les sanctions «gèlent tous les actifs que les individus et les entités désignées détiennent sous juridiction américaine et interdisent à tout ressortissant américain d’effectuer des transactions commerciales ou financières avec lesdits actifs», indique le Trésor dans un communiqué.

On attend désormais la riposte de Chávez. Jeudi, il avait une nouvelle fois menacé de suspendre tout approvionnement en pétrole aux Etats-Unis, les premiers acheteurs de brut vénézuélien. Mais jusqu'ici, ce ne sont restés que des mots.

Chavez aux commandes de son Tu-160




Les forces aériennes russes s’offrent une petite balade dans les pays exotiques, avec deux bombardiers Tu-160 arrivés au Veznezuela, salués bruyamment par Chavez qui annonçait hier qu’il piloterait l’un d’eux. Le “style Chavez” et cette présence absolument inhabituelle ont de quoi irriter le Pentagone et Washington, ce qui sera le cas sans aucun doute et ce qui était le but recherché sans aucun doute.
Laissons de côté les habituels détails sans guère d’importance, avec tendances techniques et stratégiques, sur les capacités de l’un ou l’autre (USA ou Russie), sur l’aspect symbolique ou opérationnel du déploiement, sur un démenti russe qui complète la manœuvre à force d’impudence qui ressemble à de l’ironie («Foreign ministry spokesman Andrei Nesterenko said Monday that the exercises were “not in any way connected to the current situation in the Caucasus.”»).

Bien entendu, il s’agit d’initiatives habituelles d’affirmation symbolique de puissance qui ont évidemment tout à voir avec la crise géorgienne et avec la tension nouvelle entre la Russie et les USA. Les Russes complètent leur dispositif pour faire savoir qu’ils sont désormais diablement sérieux. Ils n’ont pas l’intention de s’en tenir à la seule situation en Géorgie, voire même en Europe, mais considèrent la crise d’un point de vue global. Ils affirment, à l’intention des USA, que rien désormais de ce qui se passe dans le monde ne leur est indifférent (éventuellement, ils affirment que rien de ce qui peut arriver à Chavez et au Venezuela ne leur est indifférent).

Ce n’est ni une renaissance de l’“impérialisme soviétique” à la sauce russe ni une nouvelle Guerre froide, c’est une partie d’une réponse classique mais ferme et sans ambiguïté d’une puissance qui s’estime mise en cause, une partie d’une réponse à toutes les initiatives sous influence ou inspiration US qui, en Europe, ont nourri une forte pression contre la Russie ces dernières années. C’est aussi, de la part des Russes, une manière indirecte mais précise de confirmer leur volonté de mise en cause de l’ordre international mis en place par les USA, sous “influence unipolaire” des USA. Répétons-le, les Russes sont sérieux, ou, comme disent les politiciens de Washington, “they mean business”.

Hugo Chavez menace de couper l'approvisionnement en pétrole des Etats-Unis




Le président vénézuélien a donné, lors d'une intervention à la télévision publique tard jeudi soir, 72 heures à l'ambassadeur américain pour quitter le Vénézuéla, menaçant de couper l'approvisionnement en pétrole des Etats-Unis, en cas d'agression de son pays.

Hugo Chavez a aussi rappelé son ambassadeur en poste à Washington, qui ne reviendra qu'avec l'arrivée "d'un nouveau gouvernement" américain. Il a accusé les Etats-Unis de chercher à l'évincer et a déclaré: "on en a assez... de vous, les Yankees".

Cette décision fait suite à celle, la veille, de la Bolivie, qui a exigé le départ de son ambassadeur américain de La Paz. Le président Evo Morales a accusé les Etats-Unis de soutenir les manifestations d'opposition qui ont lieu dans le pays depuis deux semaines, des affrontements qui ont fait au moins huit morts et 20 blessés, selon la porte-parole de la présidence, Nancy Teixera.

Les manifestants protestent contre le vote d'une nouvelle Constitution bolivienne, prévue le 7 décembre et qui devrait renforcer les pouvoirs du président bolivien, en vue d'accéder à un second mandat.

Le Vénézuéla est le quatrième fournisseur en pétrole des Etats-Unis mais les Etats-Unis sont le premier client du Vénézuéla. Ce n'est pas la première fois que de telles tensions apparaissent au grand jour. C'est le sujet de la lutte contre le trafic de drogue qui aurait mis le feu au poudre ces derniers mois.

Hugo Chavez a annoncé sa décision quelques heures après avoir arrêté un groupe de conspirateurs présumés, qui seraient soutenus par les Etats-Unis et auraient visé de le renverser, voire de l'assassiner. Le groupe serait composé d'anciens et d'actuels officiers de l'armée. Une accusation réfutée par Jennifer Rahimi, porte-parole de l'ambassadeur américain à Caracas, Patrick Duddy.

Moscou épaule Chavez



La Russie est allée plus loin dans sa volonté de contester l'« hégémonie » américaine en envoyant hier deux avions de lutte anti-sous-marine au Venezuela, pays du président Hugo Chavez, bête noire de Washington. Jusqu'à présent, Moscou ne faisait que vendre des armes à Caracas. Cette nouvelle initiative, au beau milieu de l'imbroglio sur le Caucase (lire ci-contre), est une manière de dire aux Occidentaux qu'il n'est pas question pour eux de laisser grignoter leur sphère d'influence. L'opération pourrait aussi avoir pour objectif d'appuyer « les mouvements de renationalisation des politiques de l'énergie dont Chavez s'est fait le porte-drapeau », selon Thomas Gomart, chercheur à l'Ifri

Les bombardiers russes:un avertissement

Le président vénézuélien Hugo Chavez a affirmé que la présence de deux bombardiers russes au Venezuela constituait un "avertissement" aux Etats-Unis. "C'est un avertissement. La Russie est avec nous (...). Nous sommes des alliés stratégiques. C'est un message à l'empire (américain)", a-t-il déclaré, lors d'un discours public. Chef de file de la gauche radicale et bête noire des Etats-Unis dans la région, Chavez a ajouté que le Venezuela n'était désormais plus un pays "pauvre et solitaire".
Deux bombardiers russes TU-160 se trouvent depuis mercredi au Venezuela pour y effectuer des "vols d'entraînement", selon la version officielle de Moscou et Caracas.
La Maison Blanche avait indiqué qu'elle suivrait de "très près ces manoeuvres". L'arrivée des bombardiers survient alors que la marine russe a annoncé des manoeuvres navales conjointes pour novembre dans les Caraïbes, une initiative inédite en Amérique latine.

L'escalade de la violence en Bolivie tourne à la crise régionale


L'escalade de la violence en Bolivie, qui a déjà fait au moins huit morts, entraîne une crise diplomatique régionale avec la décision surprise du président Hugo Chavez annoncée jeudi d'expulser l'ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela, par solidarité avec La Paz.

L'expulsion de l'ambassadeur des Etats-Unis à Caracas, Patrick Duddy, est la deuxième en 48 heures d'un chef de mission diplomatique américaine en Amérique du sud, après la décision mercredi du président bolivien Evo Morales de déclarer persona non grata l'ambassadeur américain à La Paz, Philip Goldberg.

Ces mesures diplomatiques coïncident avec une multiplication des violences dans le pays, où huit personnes ont été tuées jeudi dans une manifestation dans le nord.

Des heurts ont éclaté ces derniers jours à travers la Bolivie entre partisans du gouvernement de gauche et militants de l'opposition libérale, qui manifestent en soutien à plusieurs gouverneurs provinciaux autonomistes, hostiles à la politique d'Evo Morales.

M. Morales, le premier président indigène de l'histoire du pays, avait accusé mercredi l'ambassadeur des Etats-Unis d'encourager une division de la Bolivie, un pays andin de 10 millions d'habitants partagé entre paysans indigènes d'un côté, blancs et métis de l'autre, et de conspirer contre le gouvernement.

Le gouvernement l'accuse aussi de fournir une aide financière aux opposants de droite via l'USAID, l'agence américaine pour l'aide au développement.

Washington a aussitôt réagi en expulsant, par réciprocité, l'ambassadeur de Bolivie aux Etats-Unis.

"Allez au diable, yankees de merde", a lancé M. Chavez, bête noire de Washington et allié politique d'Evo Morales, en annonçant l'expulsion dans les 72 heures de l'ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela.

M. Chavez a assuré aussi être prêt à venir en aide à Evo Morales s'il se trouvait menacé.

L'opposition conservatrice bolivienne accuse régulièrement Cuba et le Venezuela d'avoir envoyé en Bolivie des militaires camouflés en coopérants civils ou médicaux.

En Bolivie, de violents affrontements se sont déroulés jeudi non loin de Cobija, dans la région de Pando (nord), entre partisans du président Morales et opposants, faisant au moins huit morts et une dizaine de blessés.

Depuis quatre jours, des heurts et des manifestations sporadiques se poursuivent dans les cinq régions de Santa Cruz (est), Tarija (sud), Beni et Pando (nord) et Chuquisaca.

"Je ne vois pas comment cela peut s'arrêter, il s'agit de groupuscules et de commandos très organisés", explique à l'AFP Franck Poupeau, un sociologue de l'Institut français d'études andines (IFEA) basé à La Paz.

Dans plusieurs régions, les manifestants anti-gouvernementaux se sont emparés de bâtiments des douanes, des impôts, de centraux téléphoniques ou même de petits aéroports.

"Ces prises d'institutions publiques n'ont rien de mobilisations populaires, ce sont de petits groupes très organisés", remarque M. Poupeau qui ne voit pas dans l'immédiat de possiblilité de dialogue ni de sortie de crise.

Devant ces désordres persistants, le chef de l'Etat a averti l'opposition que "la patience avait des limites", tandis que le gouvernement dénonçait une "menace de guerre civile" de la part de "groupes fascistes", particulièrement à Santa Cruz, le moteur économique du pays, mais aussi le bastion de l'opposition libérale.

Des manifestants ont aussi interrompu partiellement la fourniture de gaz naturel au Brésil et à l'Argentine, les pays voisins, en fermant les vannes d'un gazoduc et en provoquant une explosion dans une station de pompage.

Evo Morales, tenant de l'anti-libéralisme, est confronté depuis des mois à la fronde de cinq des neuf gouverneurs des provinces boliviennes, qui refusent un projet de constitution qualifiée d'"étatiste et indigéniste". Ce projet doit être soumis à un référendum le 7 décembre.

Cinq gouverneurs, sur neuf, réclament la reconnaissance de statuts d'autonomie régionale, déclarés illégaux par le gouvernement.

La Paz expulse l'ambassadeur américain




Le président bolivien, Evo Morales, a décidé d'expulser du pays l'ambassadeur américain. L'annonce en a été faite, mercredi 10 septembre, lors d'une réunion publique à La Paz. "Sans peur de personne, sans peur de l'empire [américain], aujourd'hui devant vous et devant le peuple bolivien, je déclare M. Goldberg, ambassadeur des Etats-Unis, persona non grata, et je demande à notre ministre des relations extérieures de procéder aux démarches légales et diplomatiques pour que la décision de notre gouvernement et de notre président soient connus, et pour que [le diplomate] retourne d'urgence dans son pays", a-t-il déclaré.
Selon le chef de l'Etat, Philip Goldberg a acquis l'expérience du séparatisme lors de ses missions diplomatiques en Bosnie et au Kosovo. "Nous ne voulons pas de séparatistes ni de divisionnistes qui conspirent contre l'unité [de la Bolivie], ni de gens qui attentent contre la démocratie", a-t-il précisé. Le ministre des relations extérieures, David Choquehuanca, avait reproché à M. Goldberg d'avoir rencontré, à Santa Cruz, le préfet Ruben Costas, partisan de l'autonomie régionale. Les diplomates accrédités à La Paz se rendent souvent à Santa Cruz, grande métropole économique.

Le ministre bolivien de la présidence, Juan Ramon Quintana, estime qu'un "coup d'Etat civil" est en marche. "Maintenant, on n'a pas besoin de chars : le coup d'Etat s'organise dans les préfectures et les comités civiques" autonomistes, selon cet ancien militaire.

Aux Etats-Unis, le sous-secrétaire d'Etat pour l'Amérique latine, Thomas Shannon, a qualifié de "regrettable" et de "grave erreur" la décision de M. Morales. M. Goldberg est un "diplomate au comportement impeccable", a-t-il ajouté. Au Venezuela, le président Hugo Chavez a déclaré appuyer la décision de M. Morales contre "l'empire agresseur et génocidaire".

Hugo Chavez expulse l'ambassadeur des Etats-Unis




Hugo Chavez a donné soixante-douze heures à l'ambassadeur américain pour quitter le Venezuela et a menacé de couper l'approvisionnement en pétrole des Etats-Unis. Dans une intervention télévisée, jeudi 11 septembre, le président vénézuélien a présenté cette décision comme un geste de solidarité envers la Bolivie, où le président Evo Morales accuse Washington de soutenir les manifestations d'opposition, qui ont lieu dans le pays depuis deux semaines, au vote d'une nouvelle Constitution. Ces affrontements ont déjà fait au moins huit morts et vingt blessés. Evo Morales avait lui-même exigé mercredi le départ de l'ambassadeur étatsunien de La Paz.
ALLEZ EN ENFER"

Hugo Chavez a aussi annoncé sa décision quelques heures après avoir arrêté un groupe de conspirateurs présumés, soupçonnés d'être soutenus par les Etats-Unis et de vouloir le renverser, voire de l'assassiner. Le groupe serait composé d'anciens et d'actuels officiers de l'armée. Pour Chavez, "derrière ces soldats à la retraite, il y a l'opposition politique désespérée et derrière [elle], il y a l'empire nord-américain", a-t-il dit.

Jeudi, Hugo Chavez n'a pas mâché ses mots contre les Américains. "Allez en enfer, yankees de merde. Nous sommes un peuple digne, allez en enfer cent fois", a déclaré le président vénézuélien lors d'un rassemblement politique en présence de milliers de partisans. Chavez a aussi souhaité le retour de l'ambassadeur vénézuélien en poste à Washington "avant qu'ils le mettent à la porte de là-bas". Le Venezuela renverra un ambassadeur à Washington "quand il y aura un nouveau gouvernement aux Etats-Unis", a-t-il ajouté. Chavez a enfin ordonné une réduction des vols des compagnies américaines à destination de Caracas en réaction à des propos de l'administration américaine sur le manque de sécurité dans les aéroports vénézuéliens.

jeudi 11 septembre 2008

Kadhafi et Chavez, attractions du sommet de Londres sur le pétrole




Londres a annoncé avoir adressé une invitation à Mouammar Kadhafi de la Libye et à Hugo Chavez du Venezuela à prendre part au prochain sommet international sur le pétrole prévu au Royaume-Uni.

Cette décision est perçue par les experts politiques contre une grande reconnaissance de deux des plus controversés dirigeants du monde.

Pour Kadhafi, l’événement de décembre 2008 pourrait constituer son premier voyage officiel en Angleterre depuis le bombardement de Lockerbie survenu en 1988 marqué par des années d’isolement occidental.

Avec les deux hommes qui figurent sur la liste d’invités du sommet promis par le Premier ministre britannique qui est un suivi de la réunion internationale des producteurs et consommateurs de pétrole tenue durant l’été en Arabie Saoudite, les observateurs politiques et de la presse examinent les sujets de façon critique comme événement qui s’annonce un grand rassemblement des champions producteurs de pétrole du monde.

Même si les responsables indiquent que le Premier ministre Gordon Brown s’intéresse aux sujets qui traitent de la hausse des prix du carburant et s’emploiera à coordonner une réponse internationale à la demande de plus en plus croissante et le dirigeant d’au moins un grand pays producteur de pétrole, les autorités ont exclu de considérer le dirigeant iranien, Mahmoud Ahmadinejad comme invité convenable.

Londres a clairement fait part de ses appréhensions concernant les ambitions nucléaires iraniennes sous le règne d’Ahmadinejad.

Les analyses diplomatiques soutiennent toutefois que la présence du Colonel Kadhafi, va défrayer davantage la chronique et risque d’assombrir la toute perception sur l’Iran.

« Cela fait deux décennies que les relations diplomatiques britanniques avec le pays (Libye) ont été rompues après que des coups de feu tirés de l’ambassade libyenne (à Londres) eurent tué une gardienne de paix, Yvonne Fletcher qui contrôlait les manifestants devant les locaux de l’ambassade », commente un responsable européen.

Les relations ont connu un autre coup de froid suite au bombardement d’un avion de ligne américain sur l’Ecosse en 1988.

Depuis lors, le gouvernement libyen a accepté sa responsabilité dans le bombardement et une « responsabilité générale » pour le meurtre de Fletcher et l’ex-Premier ministre, Tony Blair, a effectué une visite dans le pays d’Afrique du nord pour rencontrer le guide libyen l’année dernière.

Le Colonel Kadhafi a également effectué plusieurs visites d’Etat en Europe.

On craint aussi qu’il soit difficile d’attirer d’éminentes invites au sommet suite au précédent sommet international sur le pétrole de Djedda en juin 2008, qui a été largement qualifié de « non productif ».

Cependant, un porte-parole de Downing Street (la résidence du PM), a indiqué: « Le Premier ministre va poursuivre sa détermination d’agir sur le plan intérieur et de collaborer avec les autres à l’échelle internationale pour faire face au fonctionnement des marchés internationaux de pétrole ».

Coup d'Etat: Chavez ouvre une enquête




Le président du Venezuela, Hugo Chavez, a ordonné l'ouverture d'une enquête sur une tentative présumée de coup d'Etat à son encontre, a annoncé aujourd'hui la télévision publique vénézuélienne.

A l'origine de cette enquête, la télévision a diffusé l'enregistrement de trois militaires, un vice-amiral et deux généraux à la retraite, évoquant la prise par la force du palais présidentiel à Caracas.

M. Chavez est lui-même intervenu à l'antenne, à la suite de cette diffusion, pour demander à son ministre de la Défense, Gustavo Rangel Briceño, d'ouvrir une enquête.

mercredi 10 septembre 2008

Urgent:Complot contre Hugo Chavez



Un complot visant le président Hugo Chavez a été mis à jour à Caracas La télévision d'état a diffusé tout à l'heure l'enregistrement d'une converstion téléphonique des conspirateurs présmés parlant de renverser Chavez.
Le Vice amiral Carlos Millan figure parmi les conspirateurs ainsi que deux autres anciens officiers de la garde nationale et de l'armée de l'air.

Chavez confirme la présence deux bombardiers russes au Venezuela



Le président vénézuélien Hugo Chavez a confirmé la présence de deux bombardiers russes Tu-160 au Venezuela pour y effectuer des "vols d'entraînement".

"Ce sont des bombardiers Tu-160 supersoniques qui ne venaient plus dans cette région depuis un certain temps, et cela fait deux ans que la Russie a décidé de relancer son programme d'aviation stratégique", a déclaré le président Chavez au cours de l'inauguration d'un centre médical.

Selon des responsables du ministère vénézuélien de la Défense, ces deux bombardiers se trouvent sur la base aérienne d'El Libertador, dans l'Etat d'Aragua (nord).

dimanche 7 septembre 2008

Le Danemark sur le point de légaliser les FARC. Le procès des tee-shirts.


Un tribunal danois rejette les preuves que l’Etat colombien obtient en employant la torture

Le tribunal régional qui juge sept activistes danois pour la vente de tee-shirts avec le logo des FARC et du FPLP (Front Populaire pour la Libération de la Palestine) a rejeté toutes les preuves à charge provenant de Colombie, considérant que l’Etat colombien utilise systématiquement la torture et d’autres violations des Droits de l’Homme afin d’obtenir des confessions. Le Haut Tribunal de Copenhague décidera jeudi prochain si les FARC et le FPLP sont des « groupes terroristes » ou « des mouvements de libération ».

Le Danemark est sur le point d’être le premier pays européen à « légaliser » les Farc.

Le Haut Tribunal de Copenhague a rejeté toute utilisation du matériel provenant du système légal colombien. Cette décision fondamentale a été prise pendant le procès dénommé « des tee-shirts », où l’entreprise de vêtement « Fighters & Lovers » est en train d’être jugée pour financement du terrorisme, à cause de son appui aux FARC de Colombie et au FPLP.

Le Haut Tribunal a conclu que la torture et la violence font partie intégrante du système légal colombien. Par conséquent, aucun document légal ne peut être présenté comme une preuve devant le tribunal sans violer la loi danoise et la Convention des Nations Unies contre la Torture.

« Le Haut Tribunal danois reconnaît que l’Etat colombien torture et assassine systématiquement ses opposants politiques. La conséquence doit être que les procès judiciaires rejettent le matériel provenant du système légal colombien, étant donné le risque évident de torture et autres violations des Droits de l’Homme », affirme Thorkild Hoyer, avocat de la défense de « Fighters & Lovers ».

Un examen complet du matériel du procureur danois dans l’affaire contre « Fighters & Lovers » a montré que le matériel présenté venant de Colombie est basé sur des confessions obtenues par la torture : viol, torture à l’électricité, strangulation et violence extrême. Ceci a été révélé au moment de comparer le matériel du procureur avec les rapports de plusieurs organisations des droits de l’homme, y compris l’ONG colombienne « Commission Internationale des Juristes » (ICJ), connue internationalement.

Le défense a mentionné les cas de Rosember Gutiérrez et Diana Álvarez, liées à une ONG colombienne et condamnées pour terrorisme par une cour de Bogotá, et qui, selon un rapport élaboré en 2006 par la ICJ, ont été victimes de viols et autres violences physiques et menacées de mort par les autorités.

La première réaction du procureur fut de retirer son principal témoin, le juge et professeur colombien Montealegre Lynett en tant que représentant du système légal colombien. Cependant, le procureur a décidé ce vendredi de présenter, de toutes façons, Montealegre Lunett et fut autorisé à le faire par le Haut Tribunal, à la condition qu’il ne fasse référence à aucun document concret venant de Colombie. « Il ne va pas être facile à Montealegre Lynett d’expliquer son rôle dans un système légal que le Haut Tribunal considère comme marqué par la torture et la violence ».

Les sept accusés du collectif « Fighters & Lovers » risquent des peines allant jusqu’à 10 ans de prison pour violation de l’article 114b du code pénal danois, qui punit l’appui économique à des groupes terroristes. L’accusation est basée sur le fait qu’en février 2006 la firme a annoncé qu’elle destinerait un cinquième du prix des tee-shirts à Radio Resistencia (liée aux FARC) et à un atelier graphique du FPLP.

Les magistrats devront déterminer si les FARC et le FPLP sont des organisations terroristes comme le soutient l’accusation, ou des mouvements de libération, comme l’affirme la défense, car c’est là que se décide si l’ action commise est délictuelle ou non.

Les accusés ont été acquittés en première instance en décembre dernier, le tribunal ayant considéré que, en accord avec les preuves présentées, on ne pouvait pas conclure que les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) et le Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) soient des organisations terroristes.

Le procès, commencé devant le Haut Tribunal de Copenhague ce mardi 3 septembre, va se poursuivre durant la semaine prochaine. Il est prévu que la sentence soit rendue le 11 septembre. Les audiences du Tribunal sont ouvertes au public. Elles commencent le matin à 9h 30 à l’adresse suivante : Østre Landsret 3. afdeling, Bredgade 59 Copenhague.

Une décision fondamentale

Le rejet par la justice danoise des preuves provenant de l’Etat colombien , pour être fausses dès l’origine, marque un important précédent légal, au moment où le gouvernement colombien a initié une campagne de criminalisation et de persécution judiciaire contre plusieurs personnes qui se sont engagées sur l’accord humanitaire.

C’est le cas de la coopérante Remedios Garcia, en Espagne, de la sénatrice libérale Piedad Córdoba, des journalistes Carlos Lozano et William Parra, en Colombie, ou de María Augusta Calle, membre de l’Assemblée Constituante de l’Equateur. Tous sont accusés, par l’Etat colombien, de liens supposés avec les FARC, mais l’unique preuve apportée par le procureur sont des archives et des documents prétendument saisis dans les ordinateurs attribués au commandant de la guérilla assassiné par l’armée colombienne en territoire équatorien.

Suivant la doctrine juridique étasunienne des « fruits de l’arbre empoisonné », n’importe quelle preuve obtenue illégalement est juridiquement nulle et ne peut être employée dans un procès. C’est ce qui arrive dans le cas du fameux « ordinateur portable de Raul Reyes », où se concentrent tous types d’illégalités : violation de l’espace aérien équatorien, violation territoriale, violation des Droits de l’Homme des prisonniers et exécution de blessés et de prisonniers de manière extrajudiciaire.

Ceci s’ajoute au fait que le propre rapport de l’expert d’INTERPOL sur les équipements informatiques prétendument pris aux FARC lors de l’incursion militaire du 1er mars 2008, assure qu’entre le premier et le 3 mars il y a eu des irrégularités (manipulation d’archives) et que le protocole international relatif à la chaîne de protection des preuves que pourrait admettre un tribunal, n’a pas été respecté.

L’avocat de Remedios García, Enrique Santiago, affirme que « l’origine illégale des preuves ou indices qui sont à l’origine des actions judiciaires fausse toute la procédure, y compris les preuves accusatoires obtenues de façon licite après le début du procès »