dimanche 30 novembre 2008

Caracas : L’Alba recherche des solutions face à l’impact de la crise mondiale sur l’Amérique Latine et les Caraïbes


Les présidents des pays membres de l´Alternative Bolivarienne pour les Amériques (Alba) et le chef d´état équatorien Rafael Correa (à titre d´invité) se sont réunis en sommet extraordinaire à Caracas (la Capitale vénézuélienne), le mercredi 26 novembre 2008, pour chercher des solutions face à l’impact de la crise financière internationale sur la région de l’Amérique latine et des Caraïbes, selon les informations obtenues par l’agence en ligne AlterPresse.

Dans son discours de bienvenue à ses homologues, le président vénézuélien Hugo Chávez Frías a défini ainsi l´objectif du Sommet : « nous écouter au sujet de cette crise mondiale et ensuite proposer ».

La création d´une zone monétaire « libérée du dollar américain » et d´une banque de développement pour le Sud dans l´Alba, ainsi que la fin de la coopération avec la Banque Interaméricaine de Développement (Bid) figurent parmi les principales propositions auxquelles a abouti ce Sommet.

Les leaders de l´Alba ont aussi insisté sur l´urgence de convoquer un Sommet dans le cadre des Nations Unies sur la crise. Cette proposition a été faite antérieurement par les pays ibéro-américains réunis en sommet à San Salvador en octobre dernier.

En outre, les différents intervenants à ce Sommet extraordinaire ont invité leurs homologues à « renforcer l´Alba », en impulsant un modèle d´intégration à la fois économique et politique et basé sur le développement social.

Par ailleurs, ils ont mis en évidence l´échec du capitalisme néolibéral et des institutions de Bretton Woods, ainsi que l´incapacité des pays riches et de leurs forums (G8, G20, le Forum de la Coopération Économique pour l´Asie Pacifique –Apec pour son acronyme anglais Asia Pacific Economic Cooperation-) à juguler la crise financière internationale.

Une zone monétaire

La proposition de la création de la zone monétaire régionale, présentée par le président équatorien Rafael Correa, a reçu un très bon accueil parmi les leaders de l´Alba.

Cette zone pourrait, selon le mandataire équatorien, économiste de profession, commencer « dans l´immédiat » avec l´adoption d´une devise électronique pour ensuite déboucher sur une monnaie unique non seulement pour les pays de l´Alba mais pour tous ceux de la région.

Une banque de développement pour le Sud

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Les leaders de l´Alba ont aussi envisagé de créer une banque de développement pour le Sud.

Cette banque serait, selon le président vénézuélien, une « banque qui est nôtre », « libre » et « gérée par nos peuples ».

Par ailleurs, il invite ses homologues à sortir de la Banque Interaméricaine de Développement (Bid) qui, dénonce-t-il, est « un mécanisme de l´empire » puisqu´elle « s´est convertie en un mécanisme de pression » à l´instar du Fonds Monétaire International (Fmi) et de la Banque Mondiale (Bm), ajoute-t-il.

Se basant sur des témoignages de ses homologues au cours du Sommet, le chef d´état vénézuélien fait référence à des « pressions politiques » que la Bid aurait exercées sur ces derniers comme condition pour la concession de crédits.

« Renforcer et élargir l´Alba »

Pour le président nicaraguayen, Daniel Ortega, « l´intégration des peuples latino-américains et caraïbéens est fondamentale pour faire face à la crise économique mondiale ».

D´où la nécessité, selon le chef d´état centraméricain, de « renforcer l´Alba, ce marché qui est nôtre, l´élargir et continuer avec le modèle que nous sommes en train d´établir pour nos relations, un modèle d´orientation socialiste qui consiste en la solidarité, la complémentarité, le commerce équitable, l´éducation gratuite ».

« Ce sont des réponses aux préoccupations de nos peuples, non pas celles qui proviennent du capitalisme qui est en train de chercher comment reconstituer son modèle de domination », avance-t-il.

« L´architecture économique mondiale a échoué et doit être révisée »

De son côté, le président hondurien Manuel Zelaya a signalé que « l´architecture économique créée après la Seconde Guerre Mondiale a échoué et doit être révisée ».

Cet échec se reflète, constate le chef d´État, dans la crise actuelle et dans la faim qui frappe des millions et des millions de personnes.

À son avis, il faut chercher des réponses que nécessitent nos peuples, et l´Alba représente selon lui « la naissance d´un nouveau concept de développement ».

Dans la foulée, le président bolivien Evo Morales a critiqué les différents sommets et forums (principalement ceux du G20 et de l´Apec) où « nous n´avons pas écouté des solutions aux problèmes de l´injustice et de l´inégalité », fait-il remarquer.

Pour sa part, le vice-président du Conseil des ministres cubain, Ricardo Cabrisas, a fustigé le plan du gouvernement américain de renflouer avec des fonds multimillionnaires des « banquiers en faillite » qui, à son avis, sont responsables de l´« écroulement du système financier ».

Il s´indigne de ce que ce même gouvernement se disait « dans l´incapacité de destiner 30 milliards de dollars » sollicités par les Nations Unies, au cours de cette année, pour combattre la famine.

Ce sommet extraordinaire de l´Alba a été convoqué par Hugo Chavéz. Y ont pris part les présidents, bolivien Evo Morales, hondurien Manuel Zelaya, nicaraguayen Daniel Ortega, équatorien Rafael Correa, ainsi que le premier ministre de la Dominique, Roosevelt Skerrit, et le vice-président du Conseil de Ministres cubain, Ricardo Cabrisas.

Créée en 2004 comme une proposition d´intégration différente à l´Accord de Libre Échange des Amériques (Alca pour son sigle en espagnol Acuerdo de Libre Comercio de las Américas) promu par les États-Unis d´Amérique, l´Alba est intégrée par Cuba, la Bolivie, le Nicaragua, la Dominique, le Honduras et le Venezuela.

À la différence de l´Alca critiqué par les leaders de l´Alba pour son caractère « néolibéral », « asymétrique » et jugé au service « des intérêts du capital transnational et de la libéralisation absolue du commerce des biens, des services et des investissements », l´Alba met l´accent sur la lutte contre la pauvreté et l´exclusion sociale dans la région tout en cherchant l´unité latino-américaine et caribéenne.

À rappeler qu’Haïti et le Venezuela ont signé, le 29 mai 2007, lors du 5e Sommet de l´Alba, un accord énergétique dans le cadre de Petro Caribe, ainsi qu´un accord tripartite de coopération (avec Cuba) dans le contexte de coopération Alba-Haïti Bolívar-Pétion-Martí.

Ces deux accords ont été annoncés par le président vénézuélien lors de sa visite dans la république caribéenne, le 12 mars 2007.

Selon les termes de ces accords, un engagement a été pris par le Venezuela pour fournir à Haïti 14 000 barils de pétrole par jour dans le cadre de Petro Caribe, tandis que des techniciens cubains et vénézuéliens seront à pied d’œuvre pour construire trois centrales électriques dans trois villes du pays (Gonaïves, Cap-Haïtien et Port-au-Prince) et aménager des infrastructures aéroportuaires.

Un fonds de coopération humanitaire de 21 millions de dollars américains devrait également voir le jour pour l’achat d’équipements médicaux et pour l’hébergement de nouveaux médecins cubains en Haïti.

samedi 29 novembre 2008

Crise mondiale: Chavez propose une solution socialiste pour le monde



Le leader vénézuélien Hugo Chavez a proposé, devant le sommet extraordinaire de l'Alternative bolivarienne pour les Amériques, la voie socialiste comme moyen d'en finir avec la crise financière internationale, rapporte le correspondant de RIA Novosti.

"Certains leaders européens proposent de rénover le capitalisme. Je pense que le capitalisme doit être enterré pour qu'il repose en paix. Je suis sûr, et je le déclare au nom du Venezuela, que la crise actuelle ne peut être réglée que par la voie socialiste", a déclaré M. Chavez.

"Se trouve quelqu'un dans le monde pour croire que Washington est capable de proposer un moyen de sortir de crise?" s'est interrogé M. Chavez.

Le leader vénézuélien a proposé de convoquer d'urgence l'Assemblée général de l'ONU et de lancer "un dialogue planétaire entre le Nord et le Sud".

Les présidents bolivien Evo Morales, vénézuélien Hugo Chavez, hondurien Manuel Selaia, le vice-premier ministre cubain Ricardo Cabrisas, et le président équatorien Rafael Correa participent au sommet.

Chávez et les Russes à la manœuvre


Moscou a dépêché cinq navires dans les Caraïbes pour des exercices avec Caracas. Une façon pour le Vénézuélien de défier les Etats-Unis.


Cinq navires de la flotte russe de la mer du Nord, dont le Pierre le Grand, croiseur à propulsion nucléaire qui embarque plus de 1 000 hommes à son bord, mouillent depuis hier dans les ports de La Guaira et Puerto Cabello. Ils doivent effectuer en début de semaine prochaine des exercices conjoints avec des bâtiments vénézuéliens, une première dans les Caraïbes depuis la fin de la guerre froide. Ces manœuvres interviennent quelques semaines après que deux bombardiers stratégiques russes TU-160 à long rayon d’action, invités par Caracas à des vols d’entraînement sur ses frontières, eurent survolé la côte Est de l’Amérique latine à partir de la base El Libertador.

Alors que le président russe Dmitri Medvedev arrive aujourd’hui à Caracas, l’administration Chávez marche sur des œufs pour expliquer les grandes orientations diplomatiques de la république bolivarienne. «Nous avons condamné l’intervention géorgienne en Ossétie du Sud et appuyé l’offensive militaire de Moscou. Mais nous n’avons reconnu ni l’Ossétie du Sud ni l’Abkhazie (1)», explique l’un des conseillers du Président. Les militaires tentent de minorer la portée des exercices. «On a l’habitude de s’entraîner avec tout le monde, et notamment avec les commandos ou l’armée de l’air française. Les Russes nous vendent du matériel militaire, il est normal que nous les recevions, estime un ancien haut-commandant de l’armée soulignant leur caractère «purement d’ordre défensif». Les manœuvres, proposées par les autorités russes lors d’un précédent voyage de Chávez à Moscou (le vénézuélien a été reçu six fois au Kremlin ces quatre dernières années), revêtent néanmoins une dimension symbolique importante.

«Moscou veut avoir autant de succès en Amérique latine que Washington dans l’ancien espace soviétique. La Russie a décidé de démontrer sa puissance militaire même dans les environs immédiats des Etats-Unis», relevait vendredi le quotidien russe Kommersant. Pour le président Chávez, pourfendeur de «l’impérialisme américain», l’arrivée de l’armada russe est le moyen de prouver à ses «ennemis yankees» qu’il peut se passer de leur approbation pour moderniser son arsenal et trouver des alliés. La tentative de coup d’Etat contre Hugo Chávez, fomentée en avril 2002 avec le soutien de Washington, a laissé des traces. «Nous avons été agressés par les Etats-Unis, souligne Maximilien Arvelaiz, très proche conseiller du président vénézuélien. Nous établissons des contre-pouvoirs et nous n’avons de comptes à rendre à personne.»

Mais ce pays pétrolier, qui finance le renouvellement de sa puissance de feu grâce aux considérables richesses amoncelées ces dernières années par les cours de l’or noir, est un fidèle client de la Russie avec laquelle il entretient d’excellentes relations. Comme de nombreux pays d’Amérique latine. Avant Caracas, Dmitri Medvedev est ainsi passé par Lima, au Pérou, pour assister au Forum économique Asie-Pacifique (Apec), en compagnie de George W. Bush et du dirigeant chinois Hu Jintao, puis par le Brésil.

Au-delà des juteux contrats de vente d’armes et du pied de nez à Washington, les Russes accroissent leur présence commerciale et diplomatique dans le sous-continent. Au Venezuela, cinq sociétés russes ont ainsi créé un consortium pour développer des activités pétrolières. Le géant russe du gaz Gazprom a entamé, au début du mois en collaboration avec la société d’Etat vénézuélienne Petróleos de Venezuela (PDVSA), le forage du premier puits de gaz dans les eaux du Golfe du Venezuela. La Russie a également proposé au Venezuela une coopération dans le domaine du nucléaire civil. «C’est surtout cela qui intéresse les Russes, le commerce. Personne ne s’y trompe : Moscou ne veut pas un retour à la guerre froide, estime Milos Alcalay, ancien ambassadeur du Venezuela à l’ONU. Ils se servent simplement de Chávez pour montrer les dents.»

Ingrid Betancourt en route pour la Colombie, pour la première fois depuis sa libération



L'ex-otage franco-colombienne des Farc Ingrid Betancourt est en route pour la Colombie où elle n'était pas retournée depuis sa libération, début juillet, a-t-on appris samedi de source diplomatique et dans son entourage.

Ingrid Betancourt, qui a quitté Paris dans la matinée pour Bogota, effectue une tournée en Amérique latine, a-t-on précisé dans son entourage.
Un responsable de l'ex-Ficib (Fédération des comités de soutien à Ingrid Betancourt) a précisé Mme Betancourt faisait ce déplacement dans le cadre de sa future fondation consacrée aux droits de l'Homme.

Interrogé sur une éventuelle étape en Colombie, le responsable d'un autre comité de soutien, Hervé Marro, avait répondu que cela "ne serait pas étonnant car la Colombie lui manque énormément".

"Mais si elle y va elle n'y restera pas longtemps pour des raisons de sécurité", avait-il poursuivi, ajoutant que les enfants de Mme Betancourt sont opposés à un voyage de leur mère en Colombie, craignant pour sa vie.

Ingrid Betancourt avait quitté ce pays le 3 juillet, au lendemain de sa libération dans le cadre de l'opération "Jaque" de l'armée colombienne, qui avait permis le sauvetage de 14 autres otages de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes).

Elle n'y était pas retournée depuis, évoquant des "raisons de sécurité".

Vendredi, elle n'a ainsi pas pu participer à un grand défilé organisé dans la capitale colombienne et les principales villes du pays pour réclamer la libération des quelque 3.000 otages encore entre les mains des groupes armés.

Ingrid Betancourt, qui est restée six ans aux mains des Farc, a multiplié depuis sa libération les voyages et les rencontres pour créer une fondation destinée à défendre les droits de l'Homme, qu'elle doit présenter officiellement le 13 décembre.

lundi 24 novembre 2008

Les bidonvilles de Caracas révèrent leur Président et saint Marulanda




Sur les hauteurs de la capitale, les plus démunis restent fidèles au rebelle Chávez.

«Tu aurais dû amener un cierge, il fait des miracles !» L’homme s’est approché, une bouteille de Polar, la bière locale, à la main. Ni agressif ni accueillant, juste un peu éméché. Réfugiés sous un toit de tôle pour se protéger de la pluie torrentielle, ses copains rigolent tout en s’étonnant de cette intrusion dans le bloque 17 de la Canada, un groupe d’immeubles «sensibles» perché sur les hauteurs de Caracas. Poignée de main, échange de regards. Au cœur du quartier 23 de Enero, Manuel Marulanda, le fondateur des Forces armées révolutionnaires colombiennes (Farc), mort dans la jungle au mois de mars, a donné son nom à une place que les habitants du barrio ont inauguré le 26 septembre à l’initiative du Parti communiste vénézuélien et de la Coordination bolivarienne.

Coup d’Etat. Entre deux immeubles délabrés, un chemin dallé mène au buste en bronze de Tirofijo («tir au but», le surnom du guérillero). L’inscription «Manuel Marulanda Velez, 1930-2008. Héros de Colombie», est gravée sur la plaque du piédestal au bas duquel un bouquet de fleurs est délicatement posé. Fiché dans le sol, à une dizaine de mètres du monument, un projecteur illumine à la nuit tombante le visage de l’ancien dirigeant des Farc, de son vrai patronyme Pedro Antonio Marin. La Colombie voisine a eu beau protester auprès des autorités vénézuéliennes, la place Marulanda n’a pas été débaptisée. «Ici, c’est une zone de guérilla. C’est nous qui commandons et nous rendons hommage aux grands hommes», assure Tony, la trentaine fanée en précisant que «si la droite nous cherche, les armes ne sont pas loin».
Le 23 de Enero tire son nom du 23 janvier 1958, date à laquelle la dictature du général Marcos Pérez Jiménez a été renversée, grâce notamment au soulèvement populaire né dans ce quartier. La police ne s’aventure pas souvent ici. Sur le point culminant de la colline, se dresse la Planicie, la forteresse où Hugo Chávez avait installé son QG lors de sa tentative de coup d’Etat du 4 février 1992 contre le président Carlos Andrès Pérez qui lui valut deux ans de prison. Pour accéder au «23»,une route étroite et défoncée, véritable mouroir de belles américaines - Plymouth Fury 3, Mustang ou Impala rouillées -, serpente à flanc de montagne. 250 000 personnes y partagent leur misère, entassées dans de sordides barres d’immeubles construites sous la dictature ou, pour les plus chanceux, dans des maisonnettes de briques au toit en fibrociment. De nombreuses familles colombiennes, fuyant la violence qui règne dans leur pays, ont également trouvé refuge dans le quartier.

Régulièrement, postés à des points stratégiques, des guetteurs ont l’air de prendre le frais à leur fenêtre. Le 23 de Enero a organisé son service de renseignements.

La place Marulanda a été prévenue qu’un visiteur, qui avait demandé son chemin un peu plus haut au lieu-dit La Piedrita, arrivait. C’est Santana qui a donné l’alerte. Au détour d’un virage, il est soudainement apparu, main dans les poches et bonnet de laine enfoncé jusqu’aux yeux. Derrière lui, une maisonnette est décorée d’une gigantesque fresque représentant Ernesto «Che» Guevara. Simon Bolivar, héros national de la République bolivarienne du Venezuela, lui fait face. Le révolutionnaire mexicain Emiliano Zapata n’est pas loin.
«Lion du désert». Une sono inonde la «zone libre» des basses assourdissantes d’un groupe de rap local. Des panneaux de bois proclament : «Ici, on n’obéit qu’à nous-mêmes.» Plus étonnant, La Piedrida possède également son buste fétiche. Il se dresse à l’effigie de Umar al-Mokhtar : «Héros libyen, 1862-1931, surnommé Le lion du désert.» Et leader du mouvement de résistance contre l’occupation de la Libye par l’Italie pendant vingt ans avant d’être arrêté et exécuté. Santana n’en sait pas plus, sauf qu’il a lutté contre l’impérialisme et que le petit livre vert du colonel Kadhafi en parlerait. Le 23 de Enero forge son identité politique dans une bien éclectique galerie de portraits.

Venezuela: les candidats «chavistes» s'imposent lors des régionales


Les partisans du président Chávez remportent 17 des 22 Etats en lice. Mais l'opposition renforce ses positions dans les Etats pétrolifères et dans les Etats les plus peuplés. Et elle enlève la mairie de Caracas.



«J’avais prévu de m’adresser aux Vénézuéliens du palais de Miraflores (le siège de la présidence, ndlr) mais quand j’ai su que vous étiez réunis ici, je suis venu.» En arrivant, sourire aux lèvres, au siège de campagne du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV, au pouvoir) au milieu de la nuit de dimanche à lundi, le président Hugo Chávez ne cache pas sa joie. Les candidats de son parti l’on en effet emporté dans 17 des 22 Etats en lice lors des élections régionales qui se sont tenues dimanche dans la République bolivarienne du Venezuela.

Le scrutin, où les postes de 328 maires et de 233 députés régionaux étaient également en jeu, a su mobiliser les électeurs vénézuéliens avec un taux de participation de 65,45%, un record pour une élection régionale. Le Président s’était personnellement investi dans la campagne, arpentant infatigablement le pays pour participer à tous les meetings des candidats de son parti.

Au point de s’attirer les critiques de ceux qui l’accusaient de vouloir faire de ses élections un véritable plébiscite. Son pari semble gagné puisque le PSUV décroche l’écrasante majorité des Etats, permettant au gouvernement de poursuivre sa politique de transformation de la société vénézuélienne vers le «socialisme du XXIe siècle» cher au Président.

Dans l'Etat de Barinas, le frère de Chávez remplace son père

Les partisans du Chávez l’ont surtout emporté dans trois Etats tenus depuis quatre ans par des dissidents du chavisme - Sucre, Guárico et Aragua - qui reviennent dans le giron présidentiel. Dans l’Etat très symbolique de Barinas, fief d’Hugo Chávez jusqu’alors gouverné par son père, c’est le frère du président, Adán Chávez, qui prend le relais.

L’opposition renforce pour sa part ses positions dans les Etats pétrolifères et dans les Etats les plus peuplés de la côte. L’objectif du PSUV de détrôner les candidats du parti Un Nuevo Tiempo (opposition social-démocrate) dans l’Etat de Zulia, dans le nord-ouest du pays, a notamment échoué.

«Nous jouissons ici d’un système démocratique»

L’opposition prend également le contrôle de l’Etat de Miranda dans le centre du pays, le deuxième Etat le plus peuplé du Venezuela, de Carabobo et de Táchira. Cerise sur le gâteau, Antonio Ledezema, son candidat, triomphe à la mairie de Caracas.

Lundi matin, citant tour à tour Bolívar (le «libérateur» du Venezuela et héros national) et l’ancien président cubain Fidel Castro, Hugo Chávez a insisté sur la transparence de ces élections et sur la démocratie de mise au Venezuela. «Le peuple, qu’il ait voté pour les candidats de la révolution ou pour d’autres a démontré que nous jouissons ici d’un système démocratique et que nous respectons ses décisions», a souligné le chef de l’Etat qui a également tenu à féliciter les «vainqueurs des partis d’opposition».

dimanche 23 novembre 2008

URGENT:Le parti de Chavez remporte les élections

Les partisans de Hugo Chavez l'ont emporté dans 17 des 20 Etats en jeu aux élections régionales et municipales de dimanche au Venezuela. Mais l'opposition s'est imposée dans certains grands centres, notamment dans la capitale Caracas.

Le président vénézuélien, dont la popularité reste très forte dix ans après son arrivée au pouvoir, avait voulu tirer du scrutin un nouvel élan pour sa "révolution bolivarienne". Son parti est arrivé en tête dans la plupart des régions.

L'opposition conquiert toutefois des Etats-clé comme Miranda et Zulia, et surtout la capitale Caracas. Aux dernières élections locales il y a quatre ans, les candidats de Chavez n'avaient été battus que dans deux des 22 Etats.

samedi 22 novembre 2008

Jean-Jacques Seymour sur Radio Vatican

Jean-Jacques Seymour a été interrogé sur Radio Vatican ce samedi 22 Novembre pour expliquer l'enjeu des élections régionales au Venezuela pour le régime bolivarien .Il s'est dit sans inquiétude pour la poursuite de la révolution pacifique .L'échec au referendum du 2 Décembre 2007 ayant permis une rectification et un approfondissement de la révolution.
Lire:"Une obsession nommée Hugo "aux éditions Menaibuc.

Les élections à la Radio

Suivez les élections régionales à la radio sur Radio Venezuela in Vivo


Les élections du 23 novembre au Venezuela : conclusion électorale d’une année déterminante



Dans le régime Chavez, chaque fin d’année, depuis cinq ans, est synonyme d’élections populaires pour les citoyens vénézuéliens. Quelques soient les résultats issus des urnes, la Démocratie en général et les structures électorales mises en place par l’Etat s’en trouvent renforcées. Malgré cela, les intérêts que représente le Venezuela dans la Région restent sous la menace perpétuelle des Etats-Unis et des oligarchies vénézuéliennes prêts à tout pour stopper l’avancée de la Révolution Socialiste. Les prochaines élections régionales et municipales du 23 novembre 2008 sont un des enjeux majeurs de la continuité du processus révolutionnaire. Or l’année 2008, préparative à ces élections, a été une année charnière.

D’une part, parce que le processus socialiste s’est approfondi tout en tirant les erreurs qui ont conduit à l’échec au référendum sur la Réforme partielle de la Constitution. D’autre part, parce qu’elle a été marquée par une offensive des Etats-Unis d’une puissance inégalée sur tous les fronts possibles : militaire, médiatique, économique et politique. A travers cette chronique nous reviendrons sur les évènements qui ont marqué cette année pour mettre en perspective l’importance des prochaines élections et la croissance continue de la menace étasunienne contre le Venezuela Bolivarien.

Ouverture de rideau : une victoire de la Paix et une défaite électorale

Le 10 janvier 2008, Clara Rojas et Consuelo Gonzalez de Perdomo sont libérées après avoir été retenues par les FARC pendant de nombreuses années. Malgré ce qu’en avait dit Jean Hébert Armengaud quelques jours plus tôt, "l’Opération Emmanuel" (du nom du bébé de Clara Rojas) fut loin d’être un "fiasco" . Hugo Chavez et le gouvernement bolivarien peuvent se féliciter, ils furent, avec l’ambassadeur de Cuba à Caracas, les principaux artisans de cette libération. Et pourtant bien loin d’être salué par une salve d’éloges médiatiques, l’Opération Emmanuel n’aura que peu d’écho vu l’ampleur de la réussite de ceux qui y travaillaient depuis des mois. Et même pire, elle sera l’occasion pour les Etats-Unis, la Colombie et leurs alliés médiatiques de commencer une véritable guerre psychologique pour tenter d’associer le Venezuela Bolivarien au "terrorisme" des FARC et générer par là une intervention militaire. En effet, porté par cette victoire, le président Chavez va dans les mois qui suivent s’impliquer pour un accord de paix durable en Colombie. Initiative qui sera torpillée par les élites de Bogota. Nous y reviendrons.

Dans le même temps, dans le camp socialiste au Venezuela, les Hallacas , le plat traditionnel des Fêtes de fin d’année, ont eu un goût amer. La douche froide provoquée par la récente défaite électorale au référendum sur la Réforme partielle de la constitution a laissé place, au début de l’année à un intense et nécessaire débat au sein des bases sur le sens de cette défaite. Conscient de cette nécessité de critique permanente du processus révolutionnaire, le président Chavez a lancé le programme des 3R : Révision, Rectification, et Ré-impulsion. En fait, il s’agit là de systématiser les analyses de la base afin de coordonner les erreurs qui se sont produites et d’y apporter les meilleures solutions. Ce n’est pas un changement de cap mais une nécessaire remise en cause suite à la défaite du 2 décembre 2007. L’institutionnalisation des 3R, bien loin de museler les critiques des organisations populaires, va permettre d’étendre la réflexion à tous les niveaux de la fonction publique. Ce qui a eu pour conséquence la création de nouvelles entités plus performantes et moins bureaucratiques, notamment en ce qui concerne les domaines de la production, de l’alimentaire, mais aussi des importations.
Nous soulignerons deux points qui ont leur importance dans la perspective des élections du 23 novembre.

Tout d’abord, les "nouveaux" éléments de l’opposition ont été sacrifiés après le 2 décembre 2007. Les leaders du mouvement étudiant de droite formé par l’Albert Einstein Institution et les jeunes yougoslaves d’Otpor n’ont pas décidé de retenir les leçons de leurs aînés d’Europe de l’Est et du Caucase, et se sont inscrits dans les partis politiques d’opposition, certains étant même candidats aux prochaines élections. Or, cela a pour conséquence de faire voler en éclat leur supposé "apolitisme" qui avait conquis une minorité d’étudiants. Rappelons de plus que l’enthousiasme créé par les mouvements de jeunes à la pointe des Coup d’Etat soft en Yougoslavie, Ukraine et Georgie ne s’est jamais traduit dans les urnes. L’exemple le plus flagrant étant celui d’Ukraine où le mouvement Pora n’avait recueilli qu’à peine 1.47% des voix aux élections législatives. Au Venezuela, la seule exception notable à cet engouement pour le pouvoir politique est le leader étudiant Yon Goiecochea. Il vient pourtant de recevoir le prix Milton Friedman (conseiller économique de Augusto Pinochet) et 500.000 dollars de la part du Think Tank Ultralibéral : le Cato Institute . Il va donc être difficile pour ces étudiants de renouer avec un soi-disant "apolitisme" pour mobiliser leurs troupes en vue de l’élection de novembre.

De même, le Parti Podemos et le Général-Parachutiste Baduel, n’ont plus qu’épisodiquement la faveur des media. Eux qui par leur revirement contre la Révolution Bolivarienne étaient devenus les stars médiatiques du "Non à la Réforme". Dans le cas de Raul Baduel, après avoir déclaré lors de la IVè Assemblée du parti Podemos qu’il avait été "choisi par la providence divine" pour sortir le pays des marasmes dans lequel il se trouve , il a écrit un livre : Ma Solution. Dans cet écrit, il préconise le recours à une Assemblée Populaire Constituante, et dans un deuxième temps initier une série de procès qui toucheront tous les fonctionnaires du Président jusqu’au plus petit . Sans commentaires.

D’autre part, la défaite de décembre dernier a provoqué un sursaut salutaire dans les masses chavistes. En effet, après 10 ans de victoires électorales ininterrompues, beaucoup d’électeurs chavistes ne s’étaient pas déplacés pour un referendum dont ils ne comprenaient pas bien les enjeux et dont ils avaient la certitude qu’il allait être gagné. Le fait qu’en démocratie on puisse aussi perdre devrait provoquer le retour de ces électeurs devant les urnes ce 23 novembre 2008. La peur de pouvoir perdre devrait favoriser le camp chaviste.

Renforcement de la politique économique et sociale du gouvernement bolivarien

Sécurité Alimentaire


En matière économique, l’année 2007 avait été marquée par une série de nationalisations opérées par le gouvernement bolivarien (secteur du pétrole, de l’électricité, des télécommunications). Le patronat vénézuélien s’était quant à lui distingué en organisant un blocus planifié sur les aliments de base des citoyens vénézuéliens les plus pauvres . Le lait fut le dernier aliment à disparaître des rayons juste avant le référendum du 2 décembre 2007 dans le but que le mécontentement créé se retranscrive dans les urnes. Face à cette offensive, le gouvernement va nationaliser, dés le mois de janvier 2008, une usine de production de lait appartenant à l’entreprise italienne Parmalat. Le 14 mars 2008, le président Chavez persiste dans la défense de la souveraineté alimentaire et nationalise l’entreprise vénézuélienne Los Andes (productrice de jus de fruit, de lait et de ses dérivés).

Par ces nationalisations, l’Etat produit 43% de la production nationale. Le blocus des entreprises privés ne peut alors plus tenir et le lait réapparaît sur les étals des supermarchés. D’une manière plus générale, le gouvernement décide de lancer un combat pour la souveraineté alimentaire. C’est dans cette optique que va être créé Producción y Distribución Venezolana de Alimentos (PDVAL) en février 2008. PDVAL se veut comme un complément de la mission Mercal qui avait vu le jour en 2003. Un complément qui a tiré les leçons de certaines erreurs commises dans la mission Mercal. En effet, la majorité de la distribution des produits Mercal avait été laissée à des superettes privées généralement sous la forme de coopérative. Ces distributeurs s’étaient avérés incapables de faire face à la spéculation sur les produits alimentaires de base, ou y participaient carrément activement. PDVAL dépend de l’entreprise pétrolière PDVSA, c’est donc une entreprise d’Etat. Elle s’occupe directement de toute la chaîne alimentaire, de la production à la distribution, en passant par plusieurs étapes intermédiaires. C’est d’ailleurs dans cette optique que le gouvernement a procédé à la nationalisation d’entreprises de gestion de la chaîne du froid en mars 2008.

Les points de vente PDVAL respectent les prix régulés mis en place par le gouvernement et dans bien des cas, on y trouve des produits bien moins chers et de toute aussi bonne qualité que dans les supermarchés privés. Comme de coutume, à l’apparition de PDVAL, les media commerciaux ont essayé de tromper le public en faisant croire que c’était la porte ouverte aux tickets de rationnement au Venezuela. L’immense majorité des Vénézuéliens (ainsi que l’auteur de ces lignes) qui bénéficient avec PDVAL d’une alternative aux grandes chaînes de distribution se remémore désormais avec sourire et dédain les menaces des media commerciaux.

Secteur des Infrastructures

En plus des efforts du gouvernement en matière de sécurité alimentaire, le domaine de l’infrastructure va connaître lui aussi une série de nationalisations. Avant d’aller plus loin, il semble bon de rappeler que les nationalisations s’opèrent plus rubis sur l’ongle qu’armes au poing, l’Etat vénézuélien rachetant les entreprises à un prix fixé par les deux parties. Le choix des entreprises à nationaliser relève de l’urgence de développement que connaît le Venezuela et s’inscrit dans la "Loi d’expropriation pour cause d’utilité publique ou sociale" . Et en matière d’infrastructure, le Venezuela est en pleine expansion ; tant dans les grands chantiers nationaux que dans les barrios où les Conseils Communaux travaillent d’arrache pied à l’amélioration de leurs quartiers. C’est dans ce contexte qu’ont été nationalisées les entreprises de production de ciment au Venezuela. Trois entreprises étrangères détenaient le monopole de la fabrication du ciment au Venezuela : la mexicaine CEMEX (50%), la suisse Holcim (25%) et la française Lafarge (25%). Malgré des chiffres de production élevés, le ciment manquait dans le pays et l’on devait l’importer de Cuba. La raison? Les trois entreprises exportaient la plupart de leur production et ne dirigeaient au marché national que du ciment de seconde qualité. Sans parler des multiples délits au Droit du Travail dont souffraient les travailleurs de ces entreprises.

Dans cette même logique de développement des infrastructures, l’entreprise de sidérurgie Sidor du consortium argentin Techint a été nationalisée. Cette nationalisation a d’abord été le fruit d’une longue lutte des travailleurs contre le patronat mais aussi contre une frange droitière du gouvernement bolivarien. En effet, le gouverneur chaviste de l’Etat du Bolivar et surtout le ministre du Travail non seulement n’appuyaient pas les travailleurs en lutte mais penchaient complètement dans le camp du patronat. Le gouverneur allant même jusqu’à lancer des forces de polices contre les piquets de grève. Le 30 avril 2008, le président Chavez tranche en faveur des travailleurs de Sidor, nationalise l’entreprise et renvoie son ministre du Travail quelques jours après. Sidor, désormais aux mains de l’Etat et des travailleurs, devra désormais produire en adéquation avec les besoins du pays en matière de sidérurgie.

Secteur financier

Début août 2008, le président Chavez annonce publiquement la prochaine nationalisation de la Banque espagnol "Banco de Venezuela" du groupe Santander. Le groupe espagnol dans lequel l’Etat est actionnaire cherchait à vendre à un banquier vénézuélien. Le gouvernement bolivarien s’est opposé à la transaction et a décidé son achat. Le but de cette acquisition est double. "Banco de Venezuela" était une des principales banques du pays, avec sa concurrente espagnole BBVA et dans une moindre mesure la Banque Industrielle du Venezuela, propriété de l’Etat. Avec cette nationalisation, l’Etat devient ainsi un acteur de poids dans le système bancaire vénézuélien. De plus, comme l’a souligné le président Chavez, il s’agira de multiplier les succursales pour toucher de plus en plus de petits épargnants, notamment dans les territoires désertés par les grandes banques privés .

Approfondissement du Pouvoir Populaire

Continuant sur la voie de la construction du socialisme vénézuélien, le gouvernement va créer, au cours de l’année 2008, cinq nouvelles missions sociales. Rappelons que la figure des missions a pour tache de réinventer le nouvel Etat socialiste, avec la participation active des Communautés organisées. Bien que lancée à la fin de l’année 2007, c’est à partir du début de l’année 2008, que la Mission Musica prend son envol. Elle a pour but de consolider au niveau national, et avec l’aide des Conseil Communaux, le Système National d’Orchestre Infantile conçut par le chef d’orchestre Jose Antonio Abreu, pour donner un accès à la musique classique aux enfants des classes défavorisés . En mars, est créée la Mission José Gregorio Hernandez, du nom d’un médecin vénézuélien du début du XXe siècle considéré comme un Saint catholique par de très nombreux secteurs des classes populaires. Cette mission a pour but, grâce aux travaux de terrain des organisations populaires, de dresser une liste, communauté par communauté, des personnes souffrant de handicap physique et mentaux afin de leur porter tous les soins nécessaires. Sur le même modèle, la Mission Niños y Niñas del Barrio a vu le jour en juin 2008. Elle pour tâche d’organiser de venir en aide aux enfants des rues afin de les en sortir. D’autre part, elle organise aussi l’Organisation des Enfants et Adolescents du Venezuela qui, en lien avec les Conseils Communaux, devront aider à éradiquer les mauvais traitements, l’exploitation et le harcèlement dont souffrent certains enfants et adolescents au Venezuela. L’originalité de cette organisation est qu’elle est dirigée par les adolescents eux-mêmes.

Mais la Mission la plus importante sans aucun doute est la Mission 13 avril, lancée lors de la commémoration des 6 ans du retour de la démocratie au Venezuela. Elle consiste ni plus ni moins qu’en la réorganisation territoriale à partir d’expériences pilotes menées par les Conseils Communaux et l’Etat central. Elle prévoit l’articulation de toutes les Missions afin d’élever le niveau de vie des quartiers défavorisées mais aussi afin de créer de nouvelles entités territoriales, les Communes Socialistes, et promouvoir une économie productive communale. Cette Mission, définie comme "souterraine", par le président Chavez lors de son programme dominical du 24 août 2008, a pour but de transformer radicalement le visage du Venezuela. Son budget initial pour le deuxième semestre 2008 s’élève à 400 millions de Bolivars Forts (200 millions de dollars US).

Le plus grand chantier dans l’approfondissement du pouvoir populaire reste la consolidation des Conseils Communaux, des Banques Communales, et la mise en place de l’économie communale. Pour cela, l’Etat a soutenu financièrement les communautés organisées pour que celles-ci prennent en main la gestion des infrastructures, de la culture, de l’action sociale, etc…sans passer par le tamis réducteur des structures du vieil Etat bureaucratique encore entachées de corruption. Les Etats Régionaux contrôlés par des gouverneurs chavistes ont eux aussi apporté des aides financières aux Conseils Communaux. Le renforcement des banques communales liées au Conseil Communal et administrées par les membres du voisinage ont permis de financer de multiples projets productifs au cœur de la communauté, faisant par là à la fois baisser le chômage et renforçant l’appareil productif vénézuélien. Le Conseil Communal, qui est l’organe centralisant tous les comités de voisinage en matière d’éducation, santé, culture,… qui s’exprimaient avant au sein des Missions est devenu l’espace le plus emblématique de la Révolution socialiste et de la démocratie participative. Malgré les injonctions de l’opposition accusant les Conseils Communaux comme étant du seul domaine des chavistes, nous avons pu constater, à Caracas, que les classes moyennes supérieures (acquises à l’opposition) ont aussi joué le jeu et constituent leurs propres conseils communaux avec la volonté d’améliorer la vie de leur quartier.

En général, le gouvernement et le Peuple organisé sont réellement en train d’approfondir un système économico-social qui pourrait être une voie de définition du Socialisme du XXIe siècle. Même s’il est encore un peu tôt pour entreprendre un bilan systématique (les Conseils Communaux n’ayant qu’un an et demi d’existence), on peut déjà noter que le travail des Conseils Communaux porte ses fruits et que le gouvernement s’est engagé concrètement au niveau financer et politique à poursuivre cette expérience. L’année 2008 a réellement été l’année de "l’explosion du pouvoir populaire".

La Nueva Politica Economica Bolivariana

Au niveau de la politique économique et productive, le 11 juin 2008 représente certainement une date importante dans le choix des orientations du gouvernement bolivarien.

La bourgeoisie vénézuélienne, à part quelques exceptions, se caractérise par des fortunes bâties sur l’importation ou, lorsqu’elle produit sur le sol vénézuélien, par la fuite de capitaux pourtant régulés par le contrôle des changes mis en place en 2003. En règle générale, le pays reste fort peu industrialisé malgré l’industrie pétrolière. Le secteur de l’industrie de transformation est quasiment inexistant, la production agro-alimentaire insuffisante. Comme nous l’avons vu précédemment, l’Etat s’est engagé dans cette voie et a parallèlement développé sa "révolution pétrochimique" pour renforcer les industries de transformation à partir des composés chimiques issus du pétrole. Mais l’Etat peut-il à lui seul assurer le développement industriel du pays ou a-t-il besoin du capital privé? Et comment obliger des investisseurs nationaux à réellement s’engager dans la voie du développement économique et productif de la Nation?

La bourgeoisie vénézuélienne n’est ni monolithique ni radicalement anti-chaviste dans son ensemble. Après le coup d’Etat et le lock-out patronal, de nombreux entrepreneurs (petit, moyen et grand) ont quitté l’ultra-droitière organisation patronale Fedecamaras pour fonder Entrepreneurs Pour le Venezuela (Empreven). Comme nous l’a dit son président Alejandro Uzcategui dans une interview réalisé en septembre 2007 : "Nous sommes des entrepreneurs nationalistes. Pour nous l’intérêt collectif national doit primer avant l’intérêt individuel. Nous pensons que les stratégies économiques doivent être fixées par l’Etat, surtout dans un pays comme le Venezuela où il y a tant de pauvreté, de problèmes sociaux et une dette sociale aussi grande. (…) On doit passer d’un modèle d’entreprise capitaliste, néo-libérale, et individualiste à des entrepreneurs anti-impérialistes, dotés d’une conscience sociale, des entrepreneurs qui ne voient pas leurs entreprises comme une entité isolée mais intégrée dans son environnement social, c’est-à-dire la Communauté, et dans le pays" . Il y a donc au Venezuela une partie de la bourgeoisie prête à investir dans le développement du pays et à ne pas se dédier uniquement à la spéculation et à l’importation, ou carrément à la déstabilisation.

Comment attirer les investisseurs nationaux dans le développement du tissu productif du pays? C’est le centre des mesures prises par le gouvernement le 11 juin 2008, lors d’une réunion du chef de l’Etat avec les entrepreneurs privés intitulée : "Ré-impulsion productive. Alliance Stratégique Nationale". Dans le secteur industriel, un fond d’un milliard de dollars est dégagé du nouvel impôt sur les bénéfices éclairs des compagnies pétrolières et du fond d’investissement Chine-Venezuela pour créer des entreprises mixtes dans les secteurs de l’alimentaires et de la manufacture. De plus, l’Etat s’engage à mettre en relation les entrepreneurs vénézuéliens et leurs homologues étrangers, à reprendre une politique d’achats massifs aux entreprises privées selon les besoins de la Nation, et à développer les Entreprises de Production Sociale en connexion avec celles du capital privé.

Au niveau de la politique fiscale, l’impôt sur les transactions financières (1.5% de toutes les transactions faites par les entreprises) est annulé. Le contrôle des changes est allégé pour les petits importateurs de moins de 50.000 dollars. En ce qui concerne la politique agricole, un fond de 35 millions de dollars est créé pour subventionner les petits producteurs pour pallier les différences entre le coût de production et la récolte. De plus, si les prix s’effondrent, l’Etat subventionnera la différence de prix à hauteur de près de cinq millions de dollars. La dette que 25.149 petits producteurs avaient envers un organisme de l’Etat (Fondafa) est annulée. Ces mesures sont les plus significatives d’une liste encore plus longue .

Cette main tendue de l’Etat au patronat va être très fortement critiquée par les tenants de la droite dure et par une partie de l’extrême gauche. Les premiers n’y voyant qu’une mesure électoraliste (sic) destinée à gagner les élections de novembre, montrant par là le lien implicite qu’ils font entre le capital privé et la déstabilisation. Dans le cas de l’extrême-gauche et d’une partie du PSUV, les reproches et critiques sont de divers ordres. Certains reprochent le caractère ultralibéral de ces mesures, d’autres critiquent l’Alliance Stratégique comme étant un cadeau à la bourgeoisie et plaident pour plus d’investissement de l’Etat. Beaucoup tombent d’accord pour questionner les véritables intentions de la bourgeoisie (réunie pour le coup en ennemi de classe monolithique) qui jusque-là se serait uniquement distinguée par son côté putchiste. Il ne nous appartient pas ici de trancher dans un grand dialogue qui a beaucoup mobilisé la gauche du chavisme , mais la volonté du gouvernement de consolider une bourgeoisie nationaliste doit être comprise comme une voie vers le développement intégral de la nation tel qu’il était annoncé dans le Projet National Simon Bolivar 2007-2013 .

Tant les nationalisations que l’Alliance Stratégique avec le privé et l’approfondissement du pouvoir populaire sont des traits clairs de volonté du gouvernement et du Peuple de poursuivre leur chemin vers la défense de la souveraineté nationale et de consolider le projet du Socialisme du XXIe siècle. Toute l’année 2008 a été fortement marquée par ce travail collectif. En ce sens, les élections du 23 novembre 2008 apparaissent comme une étape importante pour la consolidation du processus révolutionnaire bolivarien.

Proportionnellement aux résultats concrets du pouvoir révolutionnaire, les efforts des Etats-Unis et des oligarchies locales pour entraver la marche de la Révolution Socialiste n’ont jamais été aussi forts qu’en cette année 2008.

Offensive des Etats-Unis et de leurs alliés

Jamais les Etats-Unis ne s’étaient montrés aussi menaçant qu’au cours de ces derniers mois. La menace d’une intervention militaire est désormais plus que présente. Le rôle que le président Chavez a joué pour trouver une solution pacifique au conflit colombien a été l’occasion de plusieurs manipulations médiatiques visant à chercher le prétexte d’une action belligérante. La Colombie s’est de plus en plus affirmée comme le relais de la politique agressive des Etats-Unis contre le Venezuela. Bruits de botte, guerre psychologique, séparatisme, et tentative de coup d’Etat : la guerre contre le Venezuela s’est intensifiée.

La Colombie : un véritable facteur de déstabilisation dans la région

Comme nous l’avons mentionné dans notre introduction, la volonté du Président Chavez de participer à un accord de paix durable en Colombie va être le point de départ d’une série d’actions politico-médiatique destinées à trouver un prétexte à une action belliqueuse. Le 20 janvier 2008, soit 10 jours après la libération de Clara Rojas et Consuelo Gonzalez, John Walters, le directeur du Bureau de la Politique de Contrôle des Drogues de la Maison Blanche, déclare "qu’Hugo Chavez est en train de devenir un important facilitateur du trafic de Cocaïne vers l’Europe et d’autres régions de l’Hémisphère", à savoir les Etats-Unis. Comme nous l’écrivions alors : "les media commerciaux vénézuéliens vont se faire l’écho des propos de Walters, d’autant plus qu’ils interviennent peu après la demande de Hugo Chavez de considérer la FARC comme un groupe belligérant et non comme des "narco-terroristes".

L’intention de Walters est facilement compréhensible. Il s’agit d’accuser Hugo Chavez de collusion avec le trafic de drogue international. Cette accusation fut la pierre angulaire médiatique qui avait légitimé l’intervention des Etats-Unis au Panama en 1989, et dans une moindre mesure l’invasion de l’Afghanistan en 2001 (en plus du terrorisme). Ce fut aussi la raison invoquée pour la mise en place du Plan Colombie et le renforcement de l’aide militaire au gouvernement colombien dans sa guerre contre la guérilla. En bref, c’est une puissante arme dans la propagande de guerre préalable à toute intervention militaire" . Rappelons, d’une part, que la IVe flotte étasunienne a été réactivée en avril 2008 dans le but officiel de lutter contre le trafic de drogue et le terrorisme ; d’autre part que les statuts de l’Alliance atlantique, modifiés lors du cinquantenaire de l’Organisation, autorisent désormais les forces de l’OTAN à participer à des opérations militaires hors de leur zone géographique dans le cadre de la « guerre mondiale contre les drogues ». Cela nous permet de mieux comprendre les intentions guerrières de la Maison Blanche. Le travail diplomatique du Venezuela et le Rapport mondial sur les drogues de l’ONU, ainsi que le Mécanisme d’évaluation multilatéral de l’Organisation des États américains contredisant les affirmations de Walters ont permis de désamorcer cette bombe médiatique. Qu’à cela ne tienne, les Etats-Unis allaient bientôt bénéficier d’un miracle technologique pour continuer leur guerre médiatique contre le gouvernement bolivarien.

Le 1er mars 2008, une pluie de bombes s’abat sur le territoire équatorien. L’armée colombienne, en partenariat avec leurs alliés étasuniens, vient de démontrer son attachement à une sortie pacifique du conflit qui ensanglante le pays depuis 50 ans en assassinant Raul Reyes, principal interlocuteur des Farc dans le dossier de la libération des otages. Les blessés agonisants seront achevés par une incursion des militaires colombiens en territoire équatorien au mépris de toutes les règles élémentaires de souveraineté territoriale. La portion de jungle qui constituait le campement des guérilleros n’est plus qu’un vaste cratère au milieu duquel reposent intacts trois ordinateurs, deux disques durs externes et trois clés USB. Le lendemain, dans son émission Aló Presidente, Chavez outré par la violation du territoire équatorien, rétorque au Président Colombien : "Uribe, ne t’avise pas de faire la même chose au Venezuela. Nous ne voulons pas la guerre mais nous n’allons pas permettre à l’empire étasunien, à son toutou Uribe et à l’oligarchie colombienne de nous affaiblir" . Le personnel diplomatique est rappelé et 10 bataillons de tanks sont expédiés aux frontières avec la Colombie.

Le 3 mars, soit 48 heures à peine après les bombardements, le gouvernement colombien révèle une partie du contenu du matériel informatique "saisi". Les preuves abonderaient pour prouver l’alliance régionale entre l’Equateur et le Venezuela et les Farc .

Immédiatement, ces pays réfutent les accusations. Le gouvernement colombien va donc faire appel à Interpol pour "prouver" l’authenticité des documents. Le rapport émis par l’Organisation internationale jette plus de doute sur la validité des "preuves" du gouvernement colombien que n’éclaire le supposé lien entre les Farc et les voisins de la Colombie . Qu’importe, la valse médiatique est lancée. Puisque le Venezuela collaborerait avec une armée qualifiée par une minorité de pays comme "terroriste", alors le Venezuela (et dans une moindre mesure l’Equateur) est un pays terroriste et doit donc rejoindre la liste des Etats voyous dressée par Washington. Grandeur et mystère du syllogisme aristotélicien !

Le 13 mars, pour lever le doute sur les objectifs réels de cette opération psychologique, une dizaine de membres du Congrès étasunien clairement identifiés à la droite ultraréactionnaire et à la mafia cubano-étasunienne de Miami, introduisent une résolution au Congrès pour demander de déclarer le Venezuela comme un pays "protecteur du terrorisme ". Comme le fut l’Afghanistan avant l’opération "Liberté Immuable"...

Menaces militaires directs
La menace paramilitaire s’intensifie


Le 9 mai 2004, les citoyens vénézuéliens, découvraient une nouvelle forme de déstabilisation. Après le coup d’Etat d’avril 2002, le lock-out, les "guarimbas" (manifestations de rue ultraviolentes), une centaine de paramilitaires venus de la Colombie voisine étaient arrêtés à Caracas. Leur mission : tuer Chavez et de hauts fonctionnaires de l’Etat. Si ceux-ci furent emprisonnés (et grâciés par le président Chavez en janvier 2008), beaucoup d’autres entrèrent au Venezuela sans éveiller les soupçons. En 2006, nous écrivions : "De par leur proximité avec la Colombie, les Etats frontaliers sont, évidement, les plus touchés, mais certains quartiers populaires de Caracas souffrent aussi de ce fléau. Si une grande partie des paramilitaires défendent leur territoire et leur business armes au poing, d’autres restent en couverture menant une vie sociale normale, du moins en apparence. Le nombre est incertain mais jugé important. Or cette organisation, à la différence d’un simple groupe mafieux, a une idéologie politique (d’extrême droite) et une grande rigueur dans son organisation militaire" .

En fait, les paramilitaires colombiens ont pu s’implanter grâce aux failles des Etats régionaux et du gouvernement central en matière de sécurité. En liquidant les petits malfrats locaux, ils ont pu s’attirer la sympathie temporaire ou la passivité des populations locales. De plus, les paramilitaires travaillent aussi leur versant "social" en avançant de l’argent notamment aux commerçants informels et en prêtant des dollars aux commerçants importateurs, les évitant ainsi de passer par la trame bureaucratique mise en place avec le contrôle des changes pour obtenir des devises. Ceci permettant aussi aux paramilitaires de blanchir une partie de leurs revenus provenant de la production et du trafic de drogue en Colombie. Cette implantation dans le terrain social leur permit de réaliser leur véritable objectif : réduire les citoyens à un Etat de terreur et implanter un ordre fasciste .

Cela fait maintenant deux ans que l’on peut écouter, dans les barrios des Etats frontaliers, les témoignages de l’autre versant de cette invasion silencieuse. Ainsi, ce chauffeur de taxi de San Cristobal (capitale de l’Etat frontalier du Táchira) qui avait reçu un "prêt" des paramilitaires doit désormais mettre un CD à chaque fois que monte un client. Celui-ci entendra une émission de radio enregistrée véhiculant l’idéologie et la musique des paramilitaires. Si le chauffeur refusait de passer le disque, il le paierait de sa vie.

Qu’est-ce qu’on pu dire ces jeunes femmes de Rubio (ville du Táchira, à 20 minutes de la Colombie) lorsque les paramilitaires ont commencé à s’implanter dans leur ville? Elles ne se rappellent certainement pas. Mais, une chose est sûre, c’est qu’elle n’ont pas oublié cette nuit où elles revenaient à pied d’une fête dans le quartier. Une voiture s’est arrêtée. "Qu’est-ce que vous foutez dehors à cette heure là?" La réponse fut des plus limpide. "Qu’est-ce que ça peut vous foutre?". Le chauffeur a alors insisté : "Mais vous avez bu en plus". Quatre hommes sont sortis de la voiture et ont kidnappé les jeunes femmes. Les paramilitaires ne les ont ni violées, ni frappées mais les ont obligées à faire le ménage, préparer les repas et laver le linge. Au bout de dix jours, ils les ont relâchées en leur signalant : "Ce que vous venez de faire est votre rôle de femme, si on vous retrouve à marcher la nuit, on vous tue". Ce témoignage ne nous a pas été concédé dans une région reculée d’Arabie Saoudite mais sur le territoire socialiste du Venezuela. Dans la grande majorité des cas, cette invasion silencieuse s’est faite avec la passivité ou la complicité des forces de police vénézuélienne. Dans le meilleur des cas, elles n’agissaient pas. Et parfois, lorsqu’il s’agit de délits mineurs (bagarre entre couple ou infidélité,…), les policiers renvoyaient directement les plaignants à voir ça avec les paramilitaires.

Pour la première fois, en septembre 2008, les paramilitaires ont manifesté ouvertement leur présence dans le Táchira, comme pour défier le Peuple et le gouvernement bolivarien. Dans la petite ville de Rubio, en plus des graffitis revendiquant leur présence, des tracts ont été distribués au nom du groupe paramilitaire colombien les "Agu ilas Negras". Sur le papier ont peut lire que ce groupe va opérer un "nettoyage social". Principaux visés : "les homosexuels, les drogués, les putes, les hommes et femmes infidèles, les voyous, etc…" Un couvre feu a été imposé dans la petite ville par les paramilitaires. Toutes personnes marchant dans la rue après 10 heures du soir est susceptible d’y recevoir une raclée ou d’y laisser sa peau. La nuit, dans les quartiers populaires de certaines localités du Táchira, un silence glacial sort des fenêtres où il y a quelques mois encore, on pouvait y entendre de la musique. Les gens ne festoient ni ne crient plus, mais murmurent pour ne pas déranger "les types de dehors".

Pourquoi donc nos entreprises de communication ne nous ont jamais informés sur ces agissements, alors qu’ils sont si prompts à dénoncer des "milices chavistes" qui, elles, n’ont pourtant jamais existé ? Il n’est pas anodin que les Agui las Negras se manifestent aujourd’hui ouvertement. D’une part, le groupe paramilitaire se sent assez puissant pour défier l’Etat. D’autre part, la colère de la population se transfère sur le gouverneur chaviste de l’Etat du Táchira, favorisant par là le candidat de l’opposition aux prochaines élections régionales. Et pourtant, dans l’Etat frontalier du Zulia dont le gouverneur est un de leader de l’opposition, Manuel Rosales, les pratiques des paramilitaires colombiens sont monnaie courante et parfois agissent en totale collusion avec les interventions de la police régionale .

En plus des conséquences électorales, l’invasion paramilitaire montre bien que la guerre contre le Venezuela a bel et bien commencé. En effet, depuis les révélations de l’ordinateur du chef paramilitaire Rodrigo Tovar alias Jorge 40 aux derniers scandales de la parapolitique en Colombie, les liens de l’oligarchie colombienne au pouvoir avec les paramilitaires ne sont un secret pour personne. A part peut-être pour les lecteurs du Monde…

L’occupation de territoire vénézuélien par les paramilitaires apparaît donc comme une offensive militaire de Bogota et des Etats-Unis. Le paramilitarisme colombien opère de manière similaire au rôle qu’a eu la Contra nicaraguayenne, lancée depuis le Honduras, contre le gouvernement sandiniste.

Pendant ce temps, Pedro Carmona, le dictateur qui avait pris le pouvoir temporairement le 11 avril 2002, donne depuis le mois de septembre 2008, des cours d’espionnage à des gradés de l’armée colombienne .

Bruits de botte dans les Caraïbes

Le 24 avril 2008, le chef des Opérations Navales de l’armée étasunienne, l’amiral Gary Roughead, annonce le rétablissement de la IVè flotte des Etats-Unis, 58 ans après sa dissolution. Placée sous le commandement de l’amiral Joseph D. Kernan, dont la carrière s’est déroulée au sein des Forces Spéciales de l’US Navy, la IVè flotte est désormais active dans les eaux bordant l’Amérique Latine et peut entrer dans ses fleuves. Sa mission : lutter contre le trafic de drogue, le terrorisme et les flux migratoires illégaux. Or si l’on excepte le dernier point, nous avons pu voir comment les Etats-Unis et la Colombie ont redoublé d’effort pour associer le Venezuela aux deux premiers points. Il ne s’agissait donc pas d’une énième offensive pour dénigrer le gouvernement bolivarien mais bien de trouver un prétexte à l’intervention de la IV flotte étasunienne contre le Venezuela. Répondant au commandant de la IV flotte qui avait manifesté son intention de naviguer dans les "eaux marrons" (les fleuves) d’Amérique Latine, le président Chavez fut explicite : "Le navire gringo qui entrera dans ces eaux marrons deviendra lui-même marron car nous l’enverrons par le fond. Aucun navire ne passera par nos fleuves. Notre Révolution est pacifique mais pas désarmée" .

D’autre part, comme nous le rappelle Eva Golinger : "En février 2008, le Pentagone a lancé l’Opération Enduring Freedom. Caraïbes-Amérique Centrale et a envoyé un bataillon des Forces spéciales dans la zone pour y prévenir les menaces potentielles de terrorisme dans la région" .

En plus des menaces militaires, et de la guerre psychologique permanente, le Venezuela bolivarien a dû faire face, cette année 2008, à une tentative de sécession qui ne manquera pas d’avoir des conséquences sur les élections de novembre.

Une curieuse autonomie organisée par Washington

Amputer une partie du territoire d’un Etat "rebelle" n’est pas une technique nouvelle des puissances impériales. De la naissance du Koweït au dépeçage de la Yougoslavie, l’Histoire rappelle aux gouvernements qu’adopter une politique d’indépendance nationale et anti-impérialiste comporte des risques sérieux pour la souveraineté de la Nation en question.

Les récents évènements en Bolivie autour des questions de l’autonomie régionale promue unilatéralement par les préfets de droite opposés au Président Morales ont donné lieu à une véritable "Internationale de l’Autonomie Régionale" pour promouvoir l’éclatement en Amérique Latine des Etats contestant les politique de Washington.

Déjà en septembre 2006, la ville de Guayaquil en Equateur accueillait le premier "Forum International sur la Liberté et l’Autonomie Régionale". Financé par les Etats-Unis à travers la NED et la USAID, cette réunion a pu compter, parmi les nombreux participants, sur la présence du maire de Quito et de celui de Guayaquil pour l’Equateur, du secrétaire général de la Préfecture de Santa Cruz en Bolivie et d’un représentant de Rumbo Propio, une organisation séparatiste du Zulia, la riche région pétrolière vénézuélienne.

L’organisation Rumbo Propio voit le jour en 2005. Son but est de promouvoir "l’autonomie" de la région pétrolière du Zulia. Affichant clairement une idéologie ultralibérale , l’organisation ne conquiert pas beaucoup d’adhérents malgré la publicité que lui a fait l’ancien ambassadeur des Etats-Unis à Caracas .

C’est le lendemain du referendum illégal sur l’autonomie de la région de Santa Cruz en Bolivie, le 5 mai 2008, que Rumbo Propio va réapparaître et constituer une menace supplémentaire pour la Révolution Bolivarienne. Ce jour là, le Conseil Législatif de l’Etat du Zulia (CLEZ) a annoncé la tenue d’une session spéciale de l’Assemblée parlementaire régionale sur le thème de l’autonomie. L’orateur invité n’est autre que Nelson Suarez représentant de l’organisation Rumbo Propio. Comme pour donner une dimension nationale à cette tentative de sécession, l’ancien gouverneur de l’Etat de Carabobo et candidat à l’élection présidentielle contre Chavez en 1998, Henrique Salas Römer, affirmait le 7 mai 2008, dans les colonnes du journal El Universal, que l’autonomie est une alternative au gouvernement de Chavez et déclarait : "Ainsi, les revenus pétroliers ne passeront plus par le pouvoir central et iront directement aux régions" . Sans commentaires.

Il ne faut pas s’y tromper. Il n’est pas question ici d’une quelconque autonomie, les Etats régionaux vénézuéliens en disposant déjà dans beaucoup de domaines dans lesquels ils peuvent légiférer. Il s’agit purement et simplement de sécession. Il n’y a qu’à regarder les "statuts" d’autonomie rédigés par Rumbo Propio pour s’en rendre compte .

En plus des menaces directes, de la guerre psychologique et médiatique, la Révolution Bolivarienne doit désormais faire face à des techniques plus souterraines qui ont déjà fait leur preuve en Yougoslavie.

La question de "l’autonomie", quant à elle, s’est déjà installée dans les débats des candidats du Zulia aux prochaines élections régionales et municipales.

Le cas de la "mallette"

Le cas de la "mallette" va devenir le recours privilégié des media commerciaux vénézuéliens pour dénigrer le gouvernement. De la même manière que les supposés révélations du matériel informatique de Raul Reyes, le feuilleton juridico-financier de la "mallette" continue plus d’un an après son début à révéler de surprenantes accusations.

Cette telenovela commence le 4 août 2007, lorsqu’un entrepreneur à la double nationalité vénézuélienne et étasunienne et résidant à Miami, est arrêté aux douanes de Buenos Aires avec une attaché-case contenant 800.000 dollars. Immédiatement et sans aucune preuve ni enquête, les media vénézuéliens et internationaux lâchent leur verdict : cet argent devait servir à alimenter la campagne de Cristina Fernandez de Kirchner à l’élection présidentielle.

C’est là le début d’une saga dont les media commerciaux vénézuéliens et les partis politiques d’opposition se sont largement abreuvés durant la campagne du referendum pour la Réforme partielle de la Constitution. Selon eux, cette affaire montrerait bien le haut niveau de corruption des élites bolivariennes méprisant la dure réalité du citoyen lambda.

Mais l’affaire va prendre alors une autre dimension. Deux des associés du porteur de la valise, Guido Antonini, vont être accusés, eux, d’être des agents secrets vénézuéliens et d’avoir fait pression sur Antonini pour qu’il ne révèle pas l’origine de cette "caisse noire". C’est donc devant les tribunaux de Miami que le deuxième volet de l’affaire est jugé. Et redonne un souffle à une saga qui aurait du s’arrêter devant la justice argentine.

Nous ne nous prononcerons pas sur un jugement en cours mais nous interrogeons tout de même sur trois points parallèles à cette affaire. Les media internationaux et vénézuéliens se sont offusqués qu’une mallette de 800.000 dollars ait pu être remis au parti de Cristina Kirchner. La justice tranchera pour savoir s’il s’agit d’info ou d’intox. Mais pourquoi donc la machine médiatique ne s’emballe-t-elle pas de la même manière lorsque le gouvernement des Etats-Unis, à travers la NED et la USAID pour ne citer que deux agences, a financé l’opposition bolivienne à hauteur de 120 millions de dollars par an (l’équivalent de 150 "mallettes") depuis l’arrivée de Evo Morales au pouvoir ? Pourquoi donc les media internationaux n’ont-ils jamais fait mention des centaines de millions de dollars que ces mêmes agences ont versé à l’opposition antichaviste au Venezuela ?

Si l’entrepreneur Franklin Duran, associé de Guido Antonini, est reconnu coupable de "conspiration et d’être un agent vénézuélien" par la justice de Miami, alors on peut aisément penser qu’il recevra la même peine que les cinq agents cubains condamnés à quelques années de plus que la perpétuité pour avoir infiltré les réseaux terroristes anticastristes de Miami en toute transparence avec les autorités policières des Etats-Unis. Le verdict contre Franklin Duran sera donc un bon indicateur a contrario de la culpabilité du gouvernement vénézuélien.

Enfin, la première affaire de la mallette avait fortement servi l’opposition dans sa campagne électorale contre la Réforme de la Constitution. Le "Non" à la Réforme était associé dans leur discours au "Non" à la corruption, faisant référence, sans preuve, au cas de la "mallette". Comme par le hasard du calendrier judiciaire de Miami, le jugement concernant la deuxième affaire lié à la "mallette" vient de s’ouvrir, un peu plus de deux mois avant les élections et exactement 15 jours avant le lancement officiel de la campagne électorale par le Centre National Electoral vénézuélien. Le hasard fait bien les choses, surtout lorsqu’il vient de Miami. Cette seconde affaire de la "malette" permet aussi aux media commerciaux de ressasser ce thème pour ne pas se prononcer sur les récentes tentatives déjouées de Coup d’Etat ou la découverte dans l’Etat du Zulia (dirigé par l’opposition) d’un bazooka destiné à pulvériser l’avion présidentiel . De plus, cette saga est rythmée, tout comme le fut celle de l’ordinateur de Raul Reyes, par de nouvelles déclarations rocambolesques au fur et à mesure que le procès se déroule à Miami.

Comme on peut le voir, la guerre médiatique et psychologique fait rage contre le Venezuela. De plus, depuis le Plan Balboa en 2001 et les manoeuvres réalisées à Curaçao en 2005 , jamais les Etats-Unis ne s’étaient montrés militairement aussi menaçants face au Venezuela. La stratégie du séparatisme vient, quant à elle, renforcer la pression sur la Révolution Bolivarienne. Cette guerre de "basse" intensité cherche surtout à fatiguer le Peuple pour le pousser dans les bras de l’opposition aux élections régionales et municipales du 23 novembre. Au niveau national, cela a débouché sur une tentative déjouée de Coup d’Etat en septembre et le renvoie de l’ambassadeur étasunien à Caracas . Mais la poussée de la gauche en Amérique Latine a changé la donne. L’action belliqueuse des Etats-Unis dans ce qu’il considère comme leur pré-carré a provoqué au cours de l’année 2008, plusieurs réponses de poids des pays latino-américains.

Alliances internationales face aux menaces de l’Empire

Les réactions face à la réactivation de la IVè Flotte étasunienne ne sont pas venues que du Venezuela ou de Cuba. Le 14 juillet 2008, le sénateur Pedro Simon, du parti du Mouvement Démocratique Brésilien (centre), se dresse contre la IVè Flotte : "Si la IVè flotte n’a pas un caractère offensif [comme la affirmé Thomas Shannon, le vice secrétaire d’Etat étasunien aux affaires occidentales, ndt], alors c’est pour se défendre, mais se défendre de quoi ? L’Union Soviétique n’existe plus, Fidel Castro ne gouverne plus Cuba et Chavez est en train de changer. Il reçoit le président de Colombie et oublie les Farc. Donc je me demande : Quel est le motif pour relancer la IVè Flotte?" . Son rejet est suivi quelques jours plus tard par celui du Mercosur . L’inquiétude du Brésil, relayé par le président Luis Iñacio da Silva le 18 septembre 2008 , vient du fait que la IVè Flotte patrouillera dans les immenses gisements de pétrole off-shore découvert dans les eaux territoriales brésiliennes quelques mois plus tôt. Cette déclaration du Brésil, du Mercosur mais aussi la préoccupation d’autres pays latino-américains comme le Venezuela, l’Argentine, la Bolivie, Cuba intervient dans un moment clé de l’unité latino-américaine.

Création de l’Union des Nations Sud-américaines (UNASUR)

Si les racines d’Unasur remontent à la signature du traité de Cuzco, le 8 décembre 2004, pour poser les bases d’une union supranationale, c’est le 23 mai 2008, à Brasilia, qu’Unasur a été officiellement lancée. Tous les pays sud-américains en sont membres. Inspirée de l’Union Européenne, Unasur dispose dans sa volonté d’intégration régionale d’un Conseil des Chefs d’Etats, d’une présidence temporaire (assumée pour un an par la présidente du Chili Michelle Bachelet), d’un secrétariat et d’un Conseil des ministres des affaires étrangères. Dans un premier temps Unasur s’est concentrée sur le développement d’infrastructure notamment en matière énergétique. A terme, il est envisagé une monnaie commune (qui dépendrait alors de la Banque du Sud), un parlement élu (dont le siège serait à Cochabamba en Bolivie). La libre circulation des citoyens des pays membres d’Unasur étant elle déjà effective.

Mais c’est le 15 septembre, soit 4 mois après son lancement officiel, que Unasur va s’affirmer comme une force politique régionale en "condamnant toute rupture de l’ordre constitutionnel" en Bolivie, en affirmant son soutien au président Morales et en invitant au dialogue. Mais surtout en refusant de recevoir les préfets d’opposition boliviens et en les isolant sur la scène internationale, Unasur a démontré son soucis d’intégration latino-américaine face aux ingérences incessantes des Etats-Unis. Un nouveau bloc régional est né.

Le Conseil de Défense Régional

Le bombardement du territoire équatorien par l’armée colombienne et ses alliés de Washington, le 1er mars 2008 a eu un effet collatéral. Face à cette violation de la souveraineté de l’Equateur, le président Chavez qui avait préalablement, en janvier 2008, parlé d’une armée commune des pays de l’ALBA, relance l’idée d’un ensemble armée supranational. C’est le Brésil qui va structurer cette proposition et proposer aux pays membres d’Unasur un Conseil de Défense Sud-américain non à des fins belliqueuses mais de dissuasion. La proposition va être reçu avec enthousiasme à Caracas, Buenos Aires et La Paz et avec plus de réserve en Uruguay. La Colombie quant à elle refuse de s’intégrer à cette initiative.

Les Etats-Unis ne sont absolument pas conviés à participer à cette initiative. Comme le souligne Nelson Jobim, ministre de la Défense du Brésil : "J’ai parlé avec les autorités des Etats-Unis et je leur ai clairement dit que nous allons faire ce dont l’Amérique du Sud a besoin. Il n’y aucune possibilité que les Etats-Unis participent car le Conseil [de Défense] est sud-américain et les Etats-Unis ne sont pas un pays sud-américain. Nous n’avons pas besoin de demander la permission aux Etats-Unis pour faire cela " .

Le Conseil de Défense Sud-américain n’a pas encore vu le jour même si Nelson Jobim estime qu’il "pourrait devenir une réalité avant la fin de l’année [2008]".

Quoiqu’il en soit, ce projet ainsi qu’Unasur démontre la volonté des pays sud-américains de parler en tant qu’ensemble régional pour tenter d’écarter par là l’ingérence des Etats-Unis. De plus, ces réponses régionales nous aide à relativiser l’opposition qui existe, selon certains éditorialistes, entre deux gauches latino-américaines, l’une bonne et raisonnée incarnée par Lula et l’autre, celle d’Hugo Chavez et de Fidel Castro qualifiée de populiste . La volonté du Brésil de s’imposer comme la puissance leader dans cette alliance régionale (son industrie militaire serait la première à profiter d’un Conseil de Défense Sud-américain) l’oblige à sceller des alliances. Les problèmes des latinos-américains seront désormais gérés par les latinos-américains.

L’alliance militaire Venezuela-Fédération de Russie


Pour répondre aux menaces militaires étasuniennes contre son territoire, le Venezuela a renforcé la coopération avec la Russie dans le domaine de la défense. La Russie était un des vendeurs d’armes privilégiés par le Venezuela. Elle est devenue un partenaire militaire. Le 10 septembre 2008, deux bombardiers TU-160 sont arrivés à Caracas sur invitation du Venezuela. Après avoir exercé des manœuvres pendant cinq jours, ils sont repartis en Russie. Mais comme le souligne le porte-parole de l’Etat-major général de l’armée russe, Anatoli Nogovitsyne : "La visite au Venezuela est le premier vol de longue durée de ce type, et forts de ce potentiel stratégique, nous devons l’entretenir" . De plus, des manœuvres navales conjointes entre des vaisseaux de guerre russes et la marine vénézuélienne vont avoir lieu en novembre 2008 dans les eaux territoriales vénézuéliennes. Comme le note l’analyste Ilia Kramnik : "la présence de navires russes dans la mer des Caraïbes constitue en soi un sujet de discussion supplémentaire mais la situation politique qui prévaut actuellement nous oblige, qu’on le veuille ou non, à évoquer à nouveau un retour au temps de la guerre froide (…)

Le terme "d’exhibition du drapeau", procédé aussi vieux qu’efficace, est ce qui caractérise le mieux le type d’action entreprise par la Marine russe. Cette présence vise essentiellement à manifester son intérêt pour une région et, par la même occasion, à démontrer à un adversaire potentiel sa capacité à l’attaquer dans telle ou telle zone d’importance critique en cas de nécessité" . Le terme de Guerre Froide utilisé par Kramnik résonne tout à fait juste si l’on garde à l’esprit que ces manœuvres ont été décidées peu de temps après l’embrasement dans le Caucase.

D’une manière plus générale, tout au long de l’année 2008, et alors que s’intensifiaient les menaces étasuniennes, la Révolution Bolivarienne a su tisser des alliances tant régionales qu’internationales pour prévenir de toute violation possible de son territoire. Dans le même temps, au niveau national, les élections du 23 novembre 2008, ont été amorcées dés le premier trimestre de l’année.

Cap sur les élections régionales et municipales du 23 novembre 2008

La division politico-territoriale du Venezuela rend capitales les élections régionales et municipales du 23 novembre 2008. En effet, les larges autonomies politiques et financières accordées aux régions et aux mairies peuvent représenter un frein au projet de développement national du gouvernement bolivarien. Si la Constitution définit l’Etat central dans son article 4 comme "fédéral et décentralisé", les articles 167 et 179 l’obligent à financer les Etats régionaux et les Municipios à hauteur de 20% de ses rentrées fiscales . L’argent étant réparti pour 30% de ce montant pour toutes les régions à part égales. Les 70% qui restent sont répartis en fonction de la population des Etats régionaux. L’Etat du Zulia qui est le plus peuplé du Venezuela, est celui qui a reçu le plus d’apport financier de la part de l’Etat central.

Or le gouverneur d’opposition Manuel Rosales utilise une partie de cet argent pour financer son Parti Politique à hauteur de 5.500.000 dollars par mois si l’on en croit le député à l’Assemblée Nationale, José Luis Acosta . Ce qui amène le président Chavez à avertir qu’en cas de victoire de l’opposition dans les Etats régionaux, les partis politiques qui lui font face utiliseront les ressources de l’Etat à des fins déstabilisatrices. La référence à une "Media Luna" vénézuélienne a même été évoquée en référence aux départements gérés par l’opposition au président Morales en Bolivie.

D’autre part, certains maires ou gouverneurs utilisent ces ressources de l’Etat pour les placer dans des banques privées (généralement au travers "d’amis influents") à des fins spéculatives.

D’une manière générale, les mairies et Etats régionaux tenus par l’opposition sont un frein à tous les projets de développement que réalise le gouvernement bolivarien. Les prochaines élections régionales et municipales seront donc déterminantes pour la continuité du processus socialiste au Venezuela.

La consolidation du Parti Socialiste Uni du Venezuela

L’année 2007 avait été marquée par la naissance du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV). La majorité des dizaines de petites formations politiques qui appuyaient la Révolution Bolivarienne s’étaient dissoutes pour incorporer le grand parti de l’unité. Deux partis chavistes importants avaient refusé, pour différentes raisons, d’intégrer le PSUV : Patrie Pour Tous et le Parti Communiste du Venezuela. Après avoir, durant l’année 2007, élaboré des fondations et désigné des responsables temporaires, le PSUV allait ce soumettre à un exercice de démocratie interne de grande ampleur.

Le 9 mars 2008, les militants du PSUV étaient appelés aux urnes pour désigner la direction de leur parti. Afin d’éviter tout reproche de fraude, le comité électoral temporaire décida de louer les services et la logistique du Centre National Electoral. Autrement dit, l’élection interne du PSUV a bénéficié des mêmes critères de rigueur démocratique que n’importe quelle élection vénézuélienne et ce, en vertu de l’article 293 de la Constitution . Tous les militants pouvaient librement se présenter à cette élection interne. Le 9 mars 2008 au soir, le PSUV a élu une direction permanente composés de 30 membres (15 permanents, 15 suppléants). Il est intéressant de constater que dans les 15 membres permanents, cinq viennent de l’ancien parti de Chavez, le MVR, trois viennent de Patrie Pour Tous et un du Parti Communiste. Autrement dit, les cadres qui ont quitté les Partis qui se refusaient à se fondre dans le PSUV ont été plutôt bien intégrés au sein de la direction nationale. On ne peut pas vraiment donc parler d’un MVR bis.

Fort de cette expérience démocratique, le PSUV va reprendre le même chemin des urnes afin d’élire en primaires leurs candidats aux élections régionales et municipales du 23 novembre 2008. De même que pour les élections à la direction nationale, chaque militant pouvait se présenter à ces primaires. Prés de deux millions et demi ( !!!) de militants ont voté pour les multiples candidats aux 603 postes à pourvoir. La plupart des candidats ont pu être connus le soir même. Pour les cas en ballottage, la direction nationale du PSUV en présence des candidats concernés a déterminé, pour des raisons stratégiques et politiques, quel serait le meilleur candidat.

Ces résultats vont donner lieu à une clarification idéologique et sera le début d’une mise au point avec les partis alliés. Tout d’abord, il faut se rappeler que le président Chavez avait décidé de lancer un Parti uni de la Révolution notamment pour en finir avec la myriade de petites organisations politiques dont la seule constitution tenait au chantage électoral que leur formation pouvait alors exercer sur les Partis Majoritaires . Autrement dit, les 1% ou 2% des petites formations qui manquaient aux grands partis de la Révolution étaient âprement négociés pour un poste facilement éligible ou pour un siège de ministre ou de haut fonctionnaire. Le président Chavez avait prévenu ses alliés : "Libre à vous de ne pas vous unir au PSUV, mais ne venez pas réclamer des postes par la suite. Le Peuple au sein du PSUV élira ses propres candidats."

Devant les résultats obtenus aux primaires, certains militants du PSUV arrivés clairement derrière le candidat élu ont crié à la fraude. Or ces élections internes se sont déroulées dans les mêmes conditions de transparence que les élections d’ampleur nationale avalisés par différents organismes internationaux. Ces mauvais perdants n’auraient pas mérité une seconde d’attention si les media commerciaux n’avaient pas amplifié leurs plaintes, jetant une fois de plus le doute sur un système électoral qui leur a pourtant permis de remporter le referendum sur la Réforme partielle de la Constitution en 2007.

Certains partis alliés de la Révolution voyant la possibilité d’une élection d’un de leurs membres leur échapper vont entreprendre un bras de fer avec la direction du PSUV. C’est le cas notamment du Parti Patrie Pour Tous qui a proposé à certains des mauvais perdants des primaires du PSUV de se présenter sous ses couleurs aux élections régionales et municipales du 23 novembre 2008. Le but est de diviser la gauche pour pouvoir peser dans l’obtention de poste. Fort du succès des élections primaires, le vice-président du PSUV a convoqué plusieurs rencontres avec les dirigeants des partis alliés pour éviter une dispersion des votes à gauche, mais a affirmé comme principe de ces discussions l’impossibilité de négocier les postes des candidats du PSUV. Dans certains Etats et certaines mairies (dont la mairie de la Grande Caracas), le PSUV s’affrontera donc à des candidats de gauche en plus des candidats de l’opposition.

Dans le cas de l’Etat rural du Guarico, le gouverneur chaviste en place, Eduardo Manuitt, ne pouvaient pas se représenter car il avait déjà passé deux mandats à la tête de l’Etat. Il décida de lancer sa fille pour lui succéder. Etant lui-même un grand propriétaire terrien, un patron d’entreprise et Gouverneur de Guarico, la perte des autorités de l’Etat aurait été un manque à gagner pour sa famille…

Devant la défaite de sa fille aux primaires du PSUV, la famille Manuitt a maintenu la candidature de la fille du gouverneur avec l’appui du parti Patrie Pour Tous. Ce fut l’occasion d’une clarification idéologique du processus. Le gouverneur Manuitt et sa famille obstruait depuis quelques années la construction du socialisme et la réforme agraire dans son Etat. Maintenu jusqu’alors pour des raisons stratégiques, le président Chavez l’a renvoyé dans les rangs de l’opposition.

Il en fut de même pour le gouverneur chaviste de l’Etat du Carabobo. Soupçonné d’enrichissement illicite de par sa position à la tête de l’Etat régional, le général Acosta Carles se présentera en novembre en tant que candidat indépendant. Le président Chavez a même averti "qu’il préférait perdre un Etat régional" que de faire réélire ce type de candidats.

Quoiqu’il en soit, cela modifie le panorama électoral vénézuélien. L’opposition ne détient pas seulement les pouvoirs exécutif et législatif de deux Etats (Zulia et Nueva Esparta) comme l’affirme la plupart des media internationaux. Depuis le retournement de veste du parti Podemos et des deux gouverneurs mentionnés plus haut, l’opposition possède 6 Etats sur 22 que le PSUV cherchera donc à gagner.

Unité relative de l’opposition et offensive médiatique

Face au rouleau compresseur électoral que représente le PSUV et ses deux millions et demi de militants qui participèrent aux primaires, l’opposition a décidé, malgré de nombreuses différences idéologiques, de s’unir. Mais dans ce cas, point d’appel aux militants ou à la convocation de primaires. Le critère retenu pour sélectionner un candidat unique a été le recours à des entreprises de sondages, ou à l’organisation Súmate, pourtant impliqué dans des tentatives de renversement du gouvernement .

Les résultats ne sont pas allés de soi, chaque candidat ayant sa propre firme de sondage qui le déclarait gagnant. Au final, le choix des candidats uniques de l’opposition fut le résultat de réunions à huis clos entre les dirigeants des partis d’opposition. Et lorsqu’aucun accord n’a pu être dégagé, alors plusieurs candidats de l’opposition restent en lice. Par exemple, dans le municipio Chacao (base de l’opposition à Caracas), quatre candidats de l’opposition s’affrontent, trois de ces prétendants provenant du même Parti politique : Un Nuevo Tiempo. Il est vrai que le pactole que représente ce municipio (un des plus riches d’Amérique Latine) semble plus important que les désirs d’unité pourtant exprimés par les militants de l’opposition.

De manière plus générale, la coalition d’opposition réunit des partis allant de l’extrême gauche à l’extrême droite qui, avant l’arrivée de Chavez au pouvoir et la nouvelle donne politique, s’étaient fait la guerre tout au long de la période dite de Punto Fijo. L’exemple le plus frappant de ces alliances rocambolesques vient du l’Etat du Bolivar. Andres Velasquez, leader du parti La Causa R, a reçu le soutien des partis Accion Democratica et Copei. Par le passé, ces partis avaient organisé des fraudes électorales pour empêcher l’accès au poste de gouverneur, puis de président lors de l’élection de 1994 au candidat….Andres Velasquez de La Causa R. En cas de victoire de celui-ci, on imagine la teneur des transactions dus à ce soutien surréaliste. Et malgré cette alliance, l’opposition part divisée dans cet Etat, puisque le parti Primero Justicia a décidé de présenter son candidat.

En plus de cette unité relative, les programmes des candidats d’opposition restent très vagues. Généralement axés sur l’insécurité, qui reste un problème national peu facilement gérable avec des moyens locaux ou régionaux. L’utilisation des mécontentements de la population est inversement proportionnelle aux solutions réelles apportées par les candidats d’opposition. Plus généralement, les candidats d’opposition ont ciblé leurs campagnes sur des thèmes nationaux impulsés par les media commerciaux, comme c’est le cas avec l’affaire "de la mallette", les "inéligibilités " et les décrets-lois impulsés par le président Chavez.

Les inéligibilités et les décrets-lois : véritable "aubaine" pour une opposition en mal de programme

Le 25 février 2008, l’Inspecteur Général de la République, Closdovaldo Russian, soumet au Tribunal Suprême de Justice (TSJ), une liste de 368 noms d’élus ou de hauts fonctionnaires soupçonnés d’irrégularités dans leur gestion. Le 5 août, le TSJ promulgue l’inéligibilité de 272 personnes de cette liste. Parmi la liste, des personnalités liées à l’opposition mais aussi au gouvernement. Ainsi, l’ancienne Vice-ministre des affaires étrangères pour l’Amérique du Nord, Mari Pili Hernandez ne peut se présenter à une élection ni briguer un poste de haut fonctionnaire. La grande majorité des inéligibles acceptent la sentence.

L’opposition voit dans cette décision de justice une "aubaine" pour faire réapparaître le sceptre déjà usé de la dictature chaviste. Mené par Leopoldo Lopez, le maire de Chacao déclaré inéligible pour sa gestion du Municipio et pour un détournement de fond de PDVSA au profit de son parti politique d’alors , l’opposition va se lancer dans un raid médiatique national et international (notamment aux Etats-Unis et au Mercosur) pour dénoncer ce qu’ils voient comme une atteinte à la démocratie. Et pourtant, les condamnations se base sur les articles 91, 92, 94, 105 et 113 de la loi sur la Controlaria General de la Republica, voté en 2002 avec la présence de députés d’opposition à l’Assemblée Nationale . Comme le rappelle Sarah Testard dans un article minutieux consacré au sujet des inéligibilités : "il y a des dizaines et dizaines d’hommes politiques jugés inéligibles durant ces dernières années en France, pour divers cas de corruption.

Quelques exemples, comme celui du couple Mégret en octobre 2006, condamnés par le tribunal correctionnel de Marseille à un an d’inéligibilité et huit mois de prison avec sursis pour détournement de fonds publics à la mairie de Vitrolles en 2001-2002, ou encore celui de l’ancien maire de Dijon, François Rebsamen en octobre 2004, condamné par le tribunal administratif de Dijon à un an d’inéligibilité pour avoir transformé le bulletin municipal en tribune servant ses propres intérêts, ou celui d’Antoine Aubrée, l’ancien maire de Pont-Sainte-Maxence, condamné fin janvier à six mois de prison avec sursis et dix ans d’inéligibilité par le tribunal correctionnel de Senlis, soupçonné de délit de favoritisme sur quatre marchés publics de la ville. La liste est longue, la France n’est pas á l’abri de ses corrompus. Le Venezuela n’est pas une exception" .

Malgré cette évidence, le rejet des inéligibilités est devenu un des thèmes centraux de la campagne des candidats de l’opposition, au détriment des véritables enjeux régionaux et municipaux.

Devant le vide programmatique des candidats d’opposition et l’essoufflement de la campagne contre les inéligibilités, l’opposition va se trouver un autre cheval de bataille : une liste de 26 décrets-lois promulgués à travers la loi Habilitante voté en 2007 par l’Assemblée Nationale. Comme le souligne le sociologue Gregory Wilpert : "Au Venezuela, la loi habilitante n’a rien à voir avec ce genre de « gouvernement par décrets » puisqu’elle est limitée de plusieurs manières. Premièrement, le président est tenu de respecter la constitution. Il ne lui est possible de promulguer des décrets-lois que dans des domaines définis par l’Assemblée nationale, pendant une période limitée fixée par celle-ci, et uniquement s’ils sont conformes à la constitution. En d’autres mots, il ne peut donc pas ordonner arbitrairement l’arrestation de quelqu’un ou faire fi des droits civils fondamentaux, par exemple.

Certaines lois doivent même être soumises à la Cour suprême, chargée d’en examiner la constitutionnalité (…) De plus, les décrets-lois peuvent être abolis par le plus important pouvoir de tous : les citoyens. Les décrets-lois peuvent être annulés par un vote populaire" . Ce n’était pas la première fois que Chavez utilisait la loi Habilitante. Les lois qui avaient découlés de ces premiers "pouvoirs spéciaux" furent le déclic du Coup d’Etat d’Avril 2002.

Lorsque l’Assemblée Nationale vote la loi Habilitante en janvier 2007, l’opposition ne se manifeste pas trop. Hugo Chavez bénéficie de 18 mois pour concocter des lois. A part quelques lois marginales, le président n’utilisera la loi Habilitante (qu’)alors que le mandat donné par l’Assemblée Nationale s’épuisait. L’opposition qui, peut-être, s’attendait à ce que le président Chavez ne promulgue aucune loi monte alors à la charge, en dénonçant les 26 décrets-lois comme étant le calque de la Réforme partielle de la Constitution rejetée le 2 décembre 2007.

Or, les 26 décrets-lois, touchent des domaines variés qui n’étaient pas concernés par la proposition de Réforme de la Constitution. C’est le cas des lois promulgués sur le Tourisme, le secteur financier agricole, l’habitat, les vois de navigation, la sécurité sociale, le transport ferroviaire, et les banques. Autrement dit, 22 des 26 décrets-lois n’ont absolument rien à voir avec les points proposés dans la proposition de Réforme partielle de la Constitution. Drôle de calque !!!!

Pour les quatre lois restantes (dans le domaine militaire, de l’administration publique, et de l’économie populaire), on retrouve en effet des thèmes proches de ceux proposés dans la Réforme partielle de la Constitution. Mais ces lois sont soumises à des cadres dont le respect de la Constitution actuelle. Ainsi, la Loi Organique sur l’Administration Publique autorise l’exécutif à nommer des responsables pour un territoire donné afin de coordonner les œuvres du gouvernement. Le responsable devra, bien entendu, respecter les aires de compétences des maires et des gouverneurs élus. Ce thème se trouvait certes dans la proposition de réforme de l’article 225 de la Constitution mais il n’entre en aucun cas en contradiction avec la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela. Qu’importe, l’opposition y voit un tour de passe-passe, et l’imposition d’une dictature de l’exécutif au Venezuela. Les préfets français apprécieront la remarque…

De même, la loi sur l’économie populaire visant à développer un modèle productif communautaire ne s’oppose pas au respect de la propriété privée telle qu’elle s’exprime dans la Constitution (et telle qu’elle s’exprimait dans le projet de réforme) mais a développer en parallèle de nouvelles formes de propriétés.

En ce qui concerne la nouvelle loi sur les Forces Armées, le point qui fait bondir l’opposition est l’intégration de la "Milice Bolivarienne" comme corps spécial des forces armées. La Milice Bolivarienne, qui n’a évidemment rien à voir avec celle de Pierre Laval, est la fusion du corps de réserve et de la Garde Territoriale en charge des frontières. La proposition de Réforme de l’article 339 prévoyait d’instaurer la Milice Bolivarienne comme un des cinq corps des Forces Armées (en plus de l’armée de Terre, la Marine, l’Aviation et la Garde Nationale). Cette proposition fut rejetée et la Milice ne sera qu’un corps "spécial" sans être un pilier des Forces Armées. Cette loi renforce aussi, en accord avec l’article 328 de la Constitution, le caractère sociale des Forces Armées et rénove la pensée militaire vénézuélienne en se détachant des canons imposés par l’Ecole des Amériques et Washington depuis des décennies.

En fait, l’approbation des 26 décrets-lois permet surtout aux candidats d’opposition de mobiliser leurs troupes en leur affirmant que leur vote du 2 décembre dernier n’a servi à rien. C’est d’autant plus facile que peu de monde a lu les 26 décrets lois. L’interprétation faussée faite par les media commerciaux sert donc de Reader’s Digest. Bien plus fort qu’une ébauche de programme relatif à la réalité régionale et municipale, cette nouvelle duperie permet de jouer sur la rancoeur et l’émotionnel. Mais à la différence de l’approbation du Traité de Lisbonne à Versailles, le 4 février 2008, les bases de la Constitution bolivarienne n’ont pas été ébranlées.

Le Peuple vénézuélien n’est pas dupe et le fera certainement savoir le 23 novembre 2008.