Discours prononcé par le général d’armée Raul Castro Ruz, président du Conseil d’Etat et du Conseil des ministres, à la clôture de la 9e Commission mixte Cuba-Venezuela, après avoir été décoré de l’Ordre du Libertador, et reçu la réplique de l’épée de Simon Bolivar des mains du président de la République bolivarienne du Venezuela Hugo Chavez FriasCamarade Hugo Chavez Frias, président de la République bolivarienne du Venezuela.
Camarade Ramon Carrizales, vice-président de la République bolivarienne du Venezuela.
Membres des délégations de Cuba et du Venezuela,
Huit ans se sont écoulés depuis la signature par le président Chavez et le camarade Fidel de l’Accord intégral de coopération entre le Venezuela et Cuba, qui a constitué le point de départ d’un type de relations complètement différentes entre les peuples latino-américains.
Par la suite, l’impact politique, économique et social de cet événement allait être couronné par le succès des missions sociales qui ont démarré en 2003.
Cette décision montrait une nouvelle voie à suivre entre deux pays frères de la région, portait à un niveau supérieur nos liens de coopération, et servit de base à la signature, en décembre 2004, de l’Accord et de la Déclaration conjointe pour l’application de l’Alternative bolivarienne pour Notre Amérique.
Aujourd’hui, ces documents peuvent être considérés à juste titre comme le prélude de la fondation de l’ALBA, et cette première rencontre comme son premier Sommet.
L’ACCORD INTEGRAL DE COOPERATION AFFICHE UNE CROISSANCE SOUTENUE ET SES PROJETS SONT DE PLUS EN PLUS IMPORTANTS ET COMPLEXES
Il est réconfortant de constater qu’au cours des huit ans qui se sont écoulés l’Accord intégral de coopération affiche une croissance soutenue et que ses projets sont de plus en plus importants et complexes.
Un seul exemple: il y a huit ans il y avait au Venezuela 1 600 000 analphabètes. Aujourd’hui le Venezuela est reconnu par l’UNESCO comme un pays sans analphabétisme.
Nous devons aujourd’hui travailler avec empressement pour achever les projets en exécution. Il est indispensable d’identifier, comme nous le faisons, les obstacles susceptibles de retarder la matérialisation des objectifs que nous nous sommes fixés.
Camarade président Chavez,
Camarades,
L’ALBA est une forme supérieure d’association de nos pays, un instrument qui permet aux pays d’Amérique latine et de la Caraïbe de faire face au néolibéralisme et à la crise, et de construire des sociétés plus justes et équitables.
L’ALBA grandit sans renoncer à une seule idée du rêve unitaire de solidarité et de justice pour tous. Hier nous étions deux, aujourd’hui nous sommes six, et demains nous serons davantage.
Petrocaribe, fondée dans l’esprit solidaire du Venezuela, tout comme d’autres initiatives de coopération inspirées par des principes semblables, s’érigent comme des exemples qui prouvent qu’un monde meilleur est possible.
Dans les circonstances actuelles où en tant que patriotes latino-américains et caribéens nous redoublons d’efforts pour atteindre un jour l’unité de toutes nos nations, je me souviens des paroles inspirées du jeune soldat bolivarien qui, accompagné par Fidel, arriva il y a exactement 14 ans à l’Université de La Havane pour nous dire:
«Pour nous, le prochain siècle sera le siècle de l’espoir, le siècle de la résurrection du rêve bolivarien, du rêve de Marti, du rêve latino-américain».
Camarade et frère Chavez, tes paroles prémonitoires commencent à se matérialiser; les rêves d’hier commencent à devenir réalité.
Au nom de notre peuple, toute notre reconnaissance pour la solidarité généreuse, pour la tienne et celle de ton peuple, avec la Révolution cubaine. Si les dures années de la période spéciale sont maintenant derrière nous, pendant lesquelles nous avons dû résister seuls face à la crise économique et la recrudescence du blocus, ceci a été dû non seulement à notre unité et à notre esprit de résistance, mais aussi au soutien décisif que nous avons reçu du Venezuela bolivarien.
Nous te sommes aussi reconnaissants pour ton affection et ton respect pour Fidel. Pour ton engagement constant en faveur de l’unité de nos peuples, et pour ton sens de la dignité et de l’honneur.
LA VICTOIRE EN AMERIQUE LATINE DEPEND DANS UNE LARGE MESURE DE LA VICTOIRE AU VENEZUELA
Toutes nos félicitations, à toi et au peuple bolivarien, pour la victoire obtenue aux récentes élections régionales. Tous nos vœux de succès dans les nouvelles batailles à venir. Nous vous rappelons que la victoire en Amérique latine dépend dans une large mesure de la victoire au Venezuela.
Mon admiration et mon amour pour le Venezuela m’ont accompagné depuis que, jeune homme, les idées de Patrie et humanité ont pris corps dans mon esprit.
Et je ne suis pas une exception. C’est un sentiment que je partage avec des millions de mes compatriotes. Il s’est enraciné profondément dans le cœur de nos deux peuples pendant deux siècles d’espoirs, de rébellions et de luttes communes; deux siècles de solidarité et d’engagement avec l’œuvre inachevée des pères de l’indépendance américaine.
Nous autres, Cubains, considérons Bolivar comme nôtre, tout comme Marti se considéra comme un fils et un humble serviteur du Venezuela.
Comme lui, nous ne sommes pas venus sur cette terre sœur en pensant aux honneurs qui nous seraient rendus, mais pour rendre hommage à un peuple qui s’est tenu aux côtés de Cuba dans chaque moment difficile, dans les moments où l’on reconnaît les vrais amis.
Je me souviens combien nous étions angoissés en 1958, alors que nous combattions dans les montagnes de l’est de notre pays, à l’idée de voir ruiné le merveilleux moment que vivait ce peuple frère.
C’est alors que j’ai écris dans mon journal de campagne:
«Dimanche 7 septembre 1958.- Au Venezuela il y a eu aujourd’hui une tentative de coup d’Etat. Une menace terrible pèse sur le Venezuela, notre alliée naturelle dans nos luttes futures, en faveur de la libération économique et de la souveraineté pleine de l’Amérique latine. Pourvu qu’elle puisse tenir jusqu’à ce que nous parvenions à conquérir la liberté, pour pouvoir nous aider mutuellement.
Le peuple, dans une action magnifique et bravant les balles, s’est emparé du poste de police.»
Un autre événement me vient aussi à l’esprit. C’était pendant les premiers jours de 1953. Je venais d’avoir 22 ans et je suis arrivé à Caracas depuis le port de La Guaira, où avait fait escale après avoir fait une halte à Curaçao le bateau à bord duquel je suis retourné à Cuba après avoir assisté à un Congrès de la jeunesse.
J’étais accompagné de deux jeunes révolutionnaires guatémaltèques: Bernardo Lemus et Ricardo Ramirez. Le premier devint un brillant professeur d’économie, mais fut assassiné dans la fleur de l’âge par la tyrannie qui régnait sur son pays. Le second allait être connu dans son pays comme le commandant guérillero Rolando, également décédé.
Conséquents avec l’exemple de Marti, sans prendre le temps de secouer la poussière du voyage nous arrivâmes directement devant la statue du Libertador. C’était deux mois à peine avant l’attaque de la caserne Moncada.
Cinquante-cinq ans plus tard, c’est avec une profonde satisfaction que je suis revenu sur cette terre sœur pour d’abord rendre hommage à Bolivar et aussi pour ratifier l’engagement de concrétiser les rêves qu’il caressait pour Nôtre Amérique.
Je repars animé de ce même esprit, convaincu que beaucoup des choses commencées par Bolivar restent encore à faire, et que c’est à nous, à nos enfants et à nos petits enfants de relever ce défi.
Je réitère, avec Fidel, la phrase de José Marti qui traduit la pensée de tous les Cubains: «Que le Venezuela me dise à quoi je pourrais lui être utile: Il a en moi un fils».