
"On n'écrase pas les mouches à coups de canon" répondit un jour le socialiste Felipe Gonzalez, alors président du gouvernement espagnol, à une question sur l'opportunité de déployer l'armée au Pays basque contre les terroristes indépendantistes de l'ETA.
Si cette sagesse avait inspiré la justice, le Parlement et surtout l'armée du Honduras, le président Zelaya n'aurait pas été évincé le 28 juin par un coup de force calqué jusqu'à la caricature sur les traditionnels putschs militaires latino-américains d'un passé pas encore lointain.
Il aurait suffi de laisser Manuel Zelaya aller seul à la faute définitive, de le laisser régenter le même 28 juin une consultation populaire destinée, malgré l'interdit constitutionnel, à ouvrir la voie à la réélection présidentielle et donc à la sienne. La Cour suprême de justice, le Parquet de la République, le Tribunal suprême électoral et le Congrès national (Parlement) avaient déclaré "illégale" cette consultation. L'armée refusait en conséquence de participer à l'organisation du scrutin.
L'Eglise et même le parti du président Zelaya, le Parti Libéral, assimilaient aussi la consultation à un pied-de-nez à l'Etat de droit hondurien visant à maintenir le pays dans le giron de la gauche bolivarienne du Vénézuélien Hugo Chavez. Manuel Zelaya épousa cette gauche par surprise en 2008. Il avait conquis la présidence en 2005 grâce aux électeurs de la droite libérale.
Plus encore qu'une entorse à l'Etat de droit, c'est le mépris de l'éthique politique élémentaire qu'aurait concrétisé la consultation par l'absence de tout contrôle objectif. Les urnes devaient être réparties non seulement dans les écoles, mais aussi dans des supermarchés, des parcs et des places publiques. Aucune liste des électeurs n'ayant été établie et aucun des grands partis ni aucune organisation internationale telles que l'ONU, l'OEA ou l'Union européenne ne crédibilisant le scrutin par la présence d'observateurs, les sympathisants du président Zelaya auraient pu déposer vingt fois ou plus, le 28 juin, des bulletins de vote dans des urnes différentes, voire dans la même.
Unique arbitre des résultats, Manuel Zelaya aurait proclamé son triomphe en soirée, consommant définitivement la violation de la Constitution et son propre discrédit, sans besoin de la moindre intervention militaire. Nul de bonne foi n'aurait avalisé son présumé triomphe, réel ou non. Le Congrès national pouvait alors ouvrir la procédure légale de destitution présidentielle sans aucun char dans la rue. La communauté internationale aurait observé sans s'émouvoir.
Les cris ne seraient venus que de la gauche radicale régionale alliée au président Zelaya au sein de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques, l'ALBA, qui englobe le Venezuela, Cuba, la Bolivie, le Nicaragua, l'Equateur, le Honduras, la Dominique, Antigua-et-Barbuda, ainsi que Saint-Vincent-et-les Grenadines. L'ALBA aurait peut-être subi le même discrédit que Manuel Zelaya, car lors de son VIe Sommet extraordinaire, le 24 juin au Venezuela, elle s'était solidarisée avec la consultation populaire déjà déclarée illégale au Honduras.
Malheureusement, à Tegucigalpa, c'est avec le canon des chars autour du palais présidentiel qu'on a chassé à l'aube du 28 juin le poids mouche politique qu'était devenu dans son pays le président Zelaya, transformé du coup, hors du Honduras, en héraut du droit et de la liberté. Pire qu'un délit et certes plus grave que les illégalités reprochées à Manuel Zelaya, ce coup d'Etat militaire, déclaré "légal" et "constitutionnel" par la justice et par le nouveau président provisoire du Honduras, Roberto Micheletti, est un gâchis politique continental.
Car alors que le Parlement européen documente et dénonce "la dérive autoritaire inquiétante" du pouvoir au Venezuela, que les plus de 200 dissidents encore emprisonnés à Cuba sont toujours assimilés à des "traîtres" recrutés par "l'impérialisme", qu'en Bolivie des commandos amérindiens empêchent des élus de l'opposition d'accéder au Parlement lors du vote de lois stratégiques, qu'en Equateur, comme au Venezuela et au Nicaragua, la justice combat davantage la presse que la criminalité galopante, voilà que les présidents de ces pays, Hugo Chavez, Raul Castro, Evo Morales, Rafael Correa et Daniel Ortega accueillent à Managua devant les télévisions internationales l'exilé Manuel Zelaya et se présentent comme un conseil des sages défendant la justice, les droits de l'homme et la légalité internationale.
Associée aux Etats-Unis, à l'Organisation des Etats américains, aux Nations unies, à l'Union européenne, à l'Union des nations sud-américaines, etc. dans la juste et nécessaire condamnation du coup d'Etat militaire au Honduras, la gauche radicale latino-américaine en tire une légitimité médiatique providentielle qui camouflera mieux ses propres excès. Gare donc au choix dun modèle inadéquat de chasse-mouche.




















